‹ Histoire du Canada à l'usage des maisons d'éducationChapitre 19 sur 59 · D*AILLEBOUST · texte numérisé non relu

D*AILLEBOUST

bourgade de Saint-Joseph ne se rétablit plus. Ceux qui échapj)èrent, et ceux qui étaient absents, se réfugièrent à celle de Sainte-Marie, qui était comme la métropole du pays, où ils furent assez tranquilles jusqu'au jn'intemps de l'année suivante.

122. Le 16 de mars 1649, un parti de mille iroquois tomba brusquement sur la bourgade de Saint-Ignace avant qu'il tit jour. Il ne s'y trouvait alors que quatre cents i^ersonnes, et on n'y faisait aucune garde : aussi les assaillants n'eurent-ils d'autre peine que celle de mettre le feu aux palissades, et d'égorger des gens endormis ou qui n'avaient pas eu le temjis de se reconnaître. 11 ne se sauva que trois hommes, qui allèrent donner l'alarme à la bourgade voisine, apjjeléc Saint-Louis. Ici les Iroquois furent repoussés jusqu'à deux fois ; inais, à la faveur d'un grand feu de mousqueterie, qui abattit les plus braves des assiégés, un gros d'iroquois s'attacha à un endroit de la palissade, y fit brèche, et donna passage à toute la troupe. Ce ne fut plus alors qu'une boucherie, et tous les Hurons furent bientôt mis hors de combat. Les Pères Jean de Brébeuf et Gabriel Lalemant, neveu des Pères Charles et Jérôme Lalemant, s'étaient postés chacun à une des extrémités de l'attaque, et ils furent toujours aux ondroits les plus exposés, uniquement occupés à soutenir le courage de leurs néo])hytes, et à ba2)tiser les mourants. Ils furent faits prisonniers avec tous les hurons qui n'étaient point tombés dans la mêlée, et on leur fit souffrir les tourments les plus horribles.

123. Après de si rudes échecs, les Hurons désespérèi-ent absolument de se soutenir. En moins de huit jours, toutes les bourgades des environs de Sainte-Marie se trouvèrent désertes. Ceux mêmes qui restaient dans cette bourgade, n'osant sortir, parcequ'ilsne doutaient point que les Iroquois ne tinssent encore la campagne, 86 virent bientôt en proie à la famine, et prirent le parti de se réfugier dans l'ile de Saint- Josepli, fort peu éloignée du continent où ils étaient. La bourgade de Saint-Jean dont les habitants n'avaient pu se décider à quitter le pays, et qui comptait à elle seule plus de

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six cents familles, eut bientôt le sort de toutes les autres. On y apprit que trois cents iroquois étaient en campagne, et, pour leur montrer qu'on ne les craignait point, tous ceux qui étaient en état de ]>orter les armes, î>e mirent en devoir de les aller chercher. L'ennemi fut instruit de cette imprudente démarche, passa par des chemins détournés, et arriva à la pointe du jour à la vue de Saint- Jean. Tout fut mis à feu et à sang. Le P. Garnier m.ourut (7 décembre 1649) au milieu de ses néophytes, dans l'exercice de son ministère.

124. Parmi les Hurons qui échappèrent au désastre général, les imsse donnèrent aux vainqueurs, et furent incorporés à la nation iroquoise ; les autres descert^dirent à Québec, se mettre sous la protection des Français et de leur père Ononthio. Rien, ce semble, n'était plus aisé, que de les mettre en état d'avoir lo nécessaire sans être à charge à la colonie, qui aurait pu même avec le temps en tirer quelque avantage, et le P. Jérôme Lalemant, suj:)érieur général des missions, fit exprès le voyage de France pour en traiter avec les directeurs de la compagnie des Cent- Associés. Il eut beau représenter de quelle importance il était de ne pas laisser périr tant de chrétiens qui venaient se jeter dans leurs bras, combien il était facile de 2:)Ourvoir à leur subsistance, de quelle ressource ils pouvaient être soit pour l'augmentation du commerce, soit pour la défense du pays ; il ne put se faire écouter.

125. Les Ilurons de leur côté ne se virent pas plutôt sous le canon de Québec, qu'ils passèrent de l'excès du découragement à celui de la présomption ; ils f:o crurent désormais invincibles, et, quoiqu'ils n'eussent parmi eux que très-peu de guerriers, ils ne se ])roposèrent rien moins que de rendre aux Iroquois tout lo mal que ceux-ci leur avaient fait. Ils engage rent les habitants de Sillery à se joindre à eux ; les Algonquins des Trois-Ivivières grossirent encore la trou];c, et cette armée toute composée de chrétiens marcha contre les Agniers. Comme ils approchaient du village

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