‹ Histoire du Canada à l'usage des maisons d'éducationChapitre 2 sur 59 · DOMINATION FRANÇAISE PREMIÈRE ÉPOQUE · texte numérisé non relu

DOMINATION FRANÇAISE PREMIÈRE ÉPOQUE

DEPUIS LES PREMIERS VOYAGES DE DÉCOUVERTE JUSQU'à L\ FONDATION DE QUÉBEC. (1497-1608).

CHAPITEE PEEMIER

Premiers voyages aux côtes du Labrador et do Terre-Xeuvo ; Cabot, Gaspar Cortercal, Jean Denis, Thomas Aubert. — Découvcrto du Canada ; Jacques Cartier et Roberval.

1. A peine le génie de Christophe Colomb avaitil révélé l'existence d'un nouveau monde (1-4:92), que les peuples du vieux continent furent saisis comme d'une soif ardente de découvertes. Les uns prétendaient y trouver les richesses fabuleuses de la Chine et des Indes ; les autres y voyaient un double moyen et de s'illustrer par des conquêtes faciles, et de convertir à la foi de nombreuses peuplades infidèles ; enfin, les princes de l'Europe songèrent à assurer à leurs couronnes des avantages qui jusque là avaient été abandonnés à l'industrie de quelques aventuriers. Dès l'année 1497, le vénitien Jean Cabot^ et son fils Sébastien venaient, avec une commission .du'roi d'Angleterre Henri YII, reconnaître les côtes du Labrador au-delà du cinquante-sixième degré de latitude nord. En 1500, un gentilhomme portugais,

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nommé Gaspar do Cortcrçal, abordait aux cotes do Tcrrc-Xcuvc, ct^riicmo pénétrait dans l'intérieur du ^olfo Saint-Laurent. En 150G, Jean Dcniy^jlc^ Honneur, publiait une carfo" ëes cotes do Terrc-Nouvo et des environs. Enfin, deux ans plus tard, Thomas Aubert, pilote de Dieppe^ remontait le fleuve Saint- Laurent, et emmenait en Fi'ance un sauvage du Canada. Il parait certain cependant que, lorsque ces premiers voyageurs traversèrent l'océan Atlantique^ il y avait déjà longtemps que les côtes de Terre-lSTeuvo étaient connues des Basques et des Bretons, |>uisqu'ils y trouvèrent des noms et dej mots qui appartenaient à la langue de ces peuples. . On va même jusqu'il soutenir, avec assez de fondement, que les navigateurs basques, attirés surtout par les immenses protits que leur assurait la pêcho de la baleine, fréquentaient ces 2)arages plus de cent ans avant que Colomb eut découvert les Indes Occidentales.

2. Quoiqu'il en soit, les premières expéditions entreprises au nom du roi de France, furent celles do Jean Yérazzani, florentin qui était au service do François I. Ce capitaine fut chargé, dans l'automne de 1523, de la double inission d'attaquer les vaisseaux espagnols, et d'aller à la découverte des terres neuves au-delà de l'océan. Ce ne fut que le 17 janvier qu'il put faire voile pour l'Amérique, dont il rangea les côtes depuis la Floride jusqu'à la hauteur do Terreî^euve. « Cette terre, dit-il, fut reconnue par les Bretons dans les temps passés j elle est sous lo cinquantième degré de latitude. î

3. La guerre allumée entre François I et Charles- Quint fut cause que, pendant dix ans, la France no Bongea guère à l'Amérique. Enfln, piqués d'émulation au récit des succès des Espagnols dans le nouveau monde, ctdes richesses qu'ils en retiraient, les Français reprirent le dessein d'y établir une colonie. Cette fois, l'on choisit un habile navigateur de Saint-Malo, nommé Jacques Cartier, que François I revêtit d'une commission l'autorisant à prendre possession do tous. *le.3 p-iy.-; qu'il pourrait dc'^;')uvrir, afin d'y porter, avoe

1534] JACQUES CAUTIEP.. 3

la gloire du nom français, les lumières do la foi et do la civilisation chrétienne.

•4. A peine Cartier avait-il reçu sca lettre.5 de commission, que les terrcneuvicrs, craignant de voir diminuer les énormes profita que leur rapportait la pêche de la morue et le trafic de.i pelleteries, Buscitèrent contre une entreprise si généreuse tous le;3 obstacles que put leur inspirer l'esprit de lucre et do jalousie, jusqu'à faire cacher le.i pilotes et les mariniers destinés au voyage. Do sorte que le brave capitaine fut obligé d'adresser une supplique à la cour de Saint- Malo, qui mit arrêt sur tous les vaisseaux du ]}ort, jusqu'à ce que celui de Cartier fàt convenablement équipé. Enfin, le 20 avril 1534, après que les capitaines, maîtres et compagnons eurent fait serment do bien et loyalement se comporter au service du roi^ Cartier mit à la voile avec deux bâtiments d'environ soixante tonneaux, montés de soixante-un hommes d'équipage. Il eut les vents si favorables, qu'au bout do vingt jours il abordait au cap de Bonneviste, dan» l'ile de Terre-Neuve.

5. La multitude des glaces qu'il y trouva, et la contrariété des vents, furent cause qu'il s'écoula un mois avant qu'il put passer le détroit de Belle-Isle. Enfin, le 9 juin, il entra dans le golfe, et vint mouiller l'ancro dans le havre de Brest (aujourd'hui le Yieux-Fort) ; puis, après y avoir fait chanter la messe le jour do la Saint-Barnabe, 11 juin, il continua avec ses barques l'exploration de la côte du Labrador jusqu'à la baio de Chécatica, t laquelle, dit-il, je pense l'un des bons havres du monde, et icelui fut nommé le hâvro Jacques-Cartier. > De retour à ses vaisseaux, lo capitaine malouin se décida à aller reconnaître les terres que l'on découvrait du côté du sud. Il explora Buccessivement la côte occidentale de Terre-Neuvo jusqu'à une petite distance du cap de Raye, les îles aux Oiseaux, celles de Brion et de la Madeleine ; puis^ cinglant vers l'ouest, il arriva, le 3 juillet, à l'entrée d'une baie profonde à laquelle il donna le nom de baie des Chaleurs, à cause des grandes chaleurs qu'il

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y cpro;r.-:i. AyanL :ni:} ses vaisseaux dans la j^ort Saint-Mai-(;i:i (aiijourJ'hui Port-Daniel), il pénétra, i\vec une de se..; barques, jusqu'au fond de la baie, pour o'assurer s'il n'y avait point de passage à l'ouest ; puis, après avoir échangé, avec les naturels du pays, quelques petites marchandises pour des pelleteries, il poursuivit son expédition, se promettant déjà beaucoup Jdes bonnes dispositions de ces peuples. « Nous connûmes, dit-il, que ce sont gens faciles à convertir à notre sainte foi, qui vont de lieu en autre, vivant et prenant du poisson au temps de pêcherie pour vivre.»

6. Bientôt la violence des vents força les deux vaisseaux à chercher un refuge dans la baie de Gaspé. Là, Cartier fit planter, sur la pointe de l'entrée du bassin, une croix de trente pieds de haut, sous lo <îroisillon de laquelle on mit un écusson en bosse à trois fleurs de lis, avec cette inscription : Vive le iioi DE France. L'ouvrage terminé, les Français s'agenouillèrent devant la croix, la saluant respectueusement et montrant ensuite le ciel à ces barbares, pour leur faire entendre que c'est de ce signe que tous les hommes doivent attendre leur salut. Longtemps, les sauvages contemplèrent avec admiration cet ouvrage mystérieux. Lorsque les Français furent retournés à leurs vaisseaux, lo chef de cette peu2)lade, vêtu d'une vieille peau d'ours noir, se rendit auprès des navires avec trois de î;cs fils et son frère, sans toutefois approcher d'aussi près qu'il avait coutume de faire, et fit une longue harangue, montrant la croix qu'on avait plantée, puis toute la terre des environs, comme pour dire qu'elle était toute à lui, et qu'on ne devait pas y planter cette croix sans sa permission. Cartier l'adoucit par quelques petits présents, et le congédia satisfait, gardant avec lui deux de ses fils pour les emmener en France.

7. Dès que lo vent fut bon, les vaisseaux sortirent do la baie de Ilonguédo (ou Gaspé), et Cartier remonta le fleuve jusque vers la ])ointe des Monts. Là, voyant les courants contraires, et craignant de iroi) s'exposer à la violence des vents d'est, il crut devoir songer au

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