‹ Histoire du Canada à l'usage des maisons d'éducationChapitre 3 sur 59 · JACQUES CARTIER · texte numérisé non relu

JACQUES CARTIER

retour, et, de l'avis de tous les compagnoiio, il Ht voile pour la Bretagne, où il arriva heureusement le 5 septembre, plein de l'espérance qu'on j)ourrait facilement former dans ces nouveaux pays des établissements également utiles à la religion et à l'état.

8. Le rapport avantageux que Cartier fit sur ces contrées, et l'espérance de gagner les indigènes au. christianisme, engagèrent le roi à lui donner une commission plus ample et un armement plus considérable. Le 16 mai 1535, jour de la Pentecôte, Cartier entendit la messe, et communia avec toute sa troupe, parmi laquelle se trouvaient un assez grand Aombrc de gentilshommes qui Taccom^^agnaient eu qualité de volontaires. La messe finie, ils allèrent recevoir, au milieu du chœur, la bénédiction de l'évèque, qui les y attendait revêtu de ses habits pontificaux, et, le mercredi suivant, 19 mai, ils mirent à la voile. Cartier montait un navire d'enviroa cent vingt tonneaux, nommé la Grande-Hermine. Les deux autres vaisseaux étaient beaucoup plus petits i ja Petite- Hermine était de soixante tonneaux, et VEmeriUon n'était que de quarante.

9. La traversée fut longue et orageuse ; les trois navires, séparés les uns des autres par de furieuses tempêtes, ne purent se rejoindre que le 26 juillet au havre de Blanc-Sablon, où Cartier avait marqué le rendez-vous. La flotille alors se remit en route, et suivit la côte septentrionale du golfe, pour achever le?; découvertes commencées l'année précédente.

10. Le 10 août, des vents contraires jetèrent les trois vaisseaux dans une belle et grande baie (la baie de oainte-Cieneviève), à laquelle Cartier, en l'honneur (lu saint dont on célèbre la fête ce jour-là, donna le nom de Saint-Laurent. Ce nom, suivant Charlevoix, :;e serait étendu à tout le golfe, dont cette baie fait partie, puis enfin à la Grande Rivière de Canada.

11. Selon toutes les apparences, Cartier, dans son premier voyage, avait pris l'île d'Anticosti pour la terre fcr:n?. Cette fois, il reconnut que c'était une île ; et, comme on en doublait la pointe le jour do

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l'Assomplio:! do hi Siiiiito A^'icrge,- il 11; iiop.iînii îlo do l'Asi^omptio!! ; mais lo nom primitif a prôviilu. Là, les deux Baiiviigos qu'on avait pris à (laspô l'année ])r6cédcnte eoînmencèrent à se reconnaUro. et à j^ouvoir donner aux FiBniçais des renseignement ; plus précis. Ils affirmèrent qu'on était à l'em- Douchurc du grand fleuve d'IIochelaga, et que c'était le chemin de Canada leur ])ays. Cependant, avant do passer outre, Cartier voulut u'assurer par lui-mômo si, dans la partie do la côte nord qu'il n'avait point explorée, il n'y aurait point quelque passage au nord-ouest. Il fit donc virer do bord, et vint mouiller aux Sept-Iles (qu'il appela les îles IZondes), oi I03 vaisseaux demeurèrent à l'ancre ])endant que Cartier -alla avec ses barques explorer le reste de la cote jusqu'à la baie de Sainte-(.Teneviôve, d'où l'on était parti. Les brumes et les vents contraires retinrent les vaisseaux aux Se])t-Iles pendant quelques jours. Enfin, l'on remonta lo fleuve, et, le premier do septembre, Cartier put reconnaître l'entrée de cotto fameuse rivière dont lui avaient tant ])arlo Taignoagny et Domagaya, la rivière du Saguenay. Il y avait là quatre canots de sauvages venus do Canada •(Québec) pour y faire la pèche et la chasse au loupmarin. Deux do ces cano-ts se risquèrent à aborder les navires étrangers, mais non sans une grande peur ; de sorte que l'un d'eux s'évada aussitôt, tandis •que l'autre a])procha assez près, ])Our que l'un dos sauvages do Cartier pût se faire entendre et lo;; engager à venir à bord en toute sûreté.

12. Le 6 de septembre, Cartier mouillait près d'une lie qu'il nomma îlo aux Coudres parce qu'il y trouva •quantité do coudres francs. Lo 7 au soir, il jetait l'ancro environ huit lieuo.i ])lus haut, entre la côte ■du nord et nne autre belle et grande île (l'île d'Orléans), qu'il nomma île de I^acchus, parce qu'il y trouva ])our la première foi:> la vigne sauvage. Il Yenait d'entrer dans ce qu'il îi\)\yA\G province de Canada, <jUL- embrassait tous les environs de Québec. Sur lc3 tords du fleuve, on voyait çà et l.i quelque: î cabanes

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d'écorces, des sauvages demi-nus occupée à faire la pêche de l'anguille et d'autres poissons.

13. Cartier lit connaissance avec ces sauvages par le moyen de Taignoagny et de Domagaya, qu'il avait priSj dans son premier vo^-age, à Honguédo (ou Gaspé). Jjicntôt les navires furent entourés de canots, qui apportaient du poisson, du maïs et des melons en :ilx)ndan('C. Le lendemain, on vit arriver Y agcnuKamuiy c'est-à-dire, le grand chef, qui B'a])pclait Donnacona. Douze grands canots l'accompagnaient. Il en fit rester dix en arrière ; puis, s'avançant avec les deux autres, i l adressa à Cartier une longue harangue de bienvenue ; o', quand il apprit le bon traitement que ses deux ompatriotcs avaient éprouvé en France, il pria lo^ capitaine français de lui donner ses bras à baiser, pour lui témoigner sa reconnaissance. Cartier, après leur avoir fait à tous quelques petits présents,' descendit dans le canot de Donnacona, y fit apporter du pain et du vin, ])0ur le traiter lui et sa suite ; après quoi on B2 sépara avec beaucoup de satisfaction de part et d'autre, et le chef emmena avec lui les deux inter- 'prètes Taignoagny et Domagaya.

14. Lorsque l'agouhanna se fut retiré, Cartier fit appareiller ses barques pour chercher un lieu propre à l'hivernage de ses vaisseaux. Il côtoya l'île d'Orléans^ et « trouva, au bout d'icelle île, un affourc d'eau bel et c délectable pour mettre navires ; auquel, dit-il, y a t un détroit du dit fleuve fort courant et profond, large « d'environ un tiers de lieue, le travers duquel y a une c terre double, de bonne hauteur, toute labourée, aussi « bonne terre qu'il soit possible de voir. Et là est la c ville et demeurance du seigneur Donnacona et de c nos deux hommes qu'avions pris le premier voyage; € laquelle demeurance se nomme Stadaconé. > Au pied de cette terre double ou à deux versants, Bur laquelle était situé Stadaconé, serpentait .une petite rivière à laquelle Cartier donna le nomf&e Sainte-Croix (aujourd'hui la rivière Saint-Charle^, parce qu'il y arriva le 14 septembre,1 jour *'deT l'Exaltation de la sainte Croix. Il y'ût entrcT ]i\zGrande^i

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}^.,PeîUe. Hermine, et laissa lo gallion dant5 la rade, poiir remonter jusqu'à la bourgade d'IIochelaga.

15. Le lendemain, 17 de septembre, Donuacon:), voulut renouveler plus solennellement la bonne l'écejîtion qu'il avait déjà fixité aux Français quelque.;, jours auparavant. Il s'avança avec tout son peu])lo jusqu'à une petite distance des vaisseaux; I), lo.i sauvage.i préludèrent par des danses et dci chant,; de leur fiiçon, après lesquels, Donnacona, rangea tous ses gens d'un côté, et traça sur le sable un cercle, où il fit mettre le capitaine français, ot sa suite ; puis il commença une grande harangue, tenant par la main une jeune fille d'environ dix ans. Quand il eut fmi de parler, il présenta la jeune fille à Cartier, ot les sauvages poussèrent trois cris, en signe d'approbation. Donnacona lui fit encore présent de deux jeunes garçons l'un après l'autre, et à chaque fois les assistants répétèrent les mèmea acclamationr. Cartier, fit monter les enfants sur les vaisseaux, et présenta on retour deux épées, deux grands bassins d'airain, l'un tout uni, et l'autre cisel?. Donnacona, fort satisfait, commanda à tous ses gens de chanter et de danser ; puis il témoigna au capitaine qu'il serait bien aise, lui et les siens, d'entendre ces bronzer, tonnants dont on lui avait fait si grande fôte. Cartier fit tirer à boulet une douzaine de berges : « De quoi, « dit-il, ils furent tous si étonnés, qu'ils pensaient « que le ciel fût chu sur eux, et se prirent à hurler c et à hucher si très-fort, qu'il semblait qu'enfer }' « fût vidé. >

IG. Cependant, on ne tarda pas à s'apercevoir que les deux interprètes, Taignoagny surtout, avaient change de dispositions depuis leur arrivée. Donnacona, jaloux sans doute de garder pour lui seul tous les avantages que pouvait lui promettre l'amitié des Prançîiis, fit tous ses elTorts ])0ur détourner CaHier de monter jusqu'à la grande îxjurgade d'IIochelaga. Il lui- fit représenter < que l;i rivière était mauvaise, of que leur dieu Cudo'.uigny ;ii>nonçait qu'il y avait tant do neiges et.de glac^j, quj tous mourraient dans

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lo voyage. Peu soucieux de ces menaç-antes prédictions, Cartier lui fit réponse, <t que Cudouagny ne «savait ce qu'il disait^, et que Jésus les saurait bien « garder du froid, s'ils lui voulaient croire. » Cependant Taignoagny et Domagaya persistèrent à refuser de se joindre à l'expédition, et Cartier sévit contraint <le partir sans interprète. Il se mit en route pour Hochelaga le 19 de septembre, avec le galion et deux barques, laissant les deux autres vaisseaux dans la rir.'ièrc Saint-Charles. A quinze lieues environ do Canada, Cartier s'arrêta à un endroit nommé Achelaï, O-i la rapidité du courant, resserré entre des rochers, rendait la navigation dangereuse. Grand nombre de îiauvagcs vinrent à bord visiter les Français, et, entre ^autres, un de 3 capitaines du lieu, qui oifrit à Cartier doux de ses enfants, et voulut aussi lui faire entendre <|uo plus haut la navigation devenait plus diffijile. Parvenu au lac Saint-Pierre (1), Cartier, ne trouvant plus asse-3 de prof:)ndeur, se vit contraint de laisser J"i VEnicrillon. Il fit donc appareiller et approvisionner le 3 deux barque^, et continua sa route avec les sieurs de Pontbriand, de la Pomnieraye, Jean <j-.:)uyon et vingt-huit mariniers, y compris les deux pilotes Jalobert, son beau-frère, et Guillaume lo l3reton. Il arriva à Hochelai^a le 2 octobre.

17. Les habitants de cette bourgade, au nombre de pluj de mille, vinrent au devant des Français jusqu'au pici du courant Sainte-Marie, que les barque i no q)urent remonter. Tous à l'envi leur apportaient du poisson en abondance, et du maïs. Cartier, voyant Je bon coeur de ces sauvages, mit pied à terre, et, faisant placer toutes les fivaimes d'un côté et les îiommes de l'autre, leur fit à tous quelques présents. Vers le soir, lorsque les Français se fiu*ent retirés dans leurs barques, ces bonnes gaw'i demeurèrent toute la nuit sur la rive à danser et à entretenir i\Q:i feux de joie. Le lendemain, de grand matin, Cartier, accom-

(1) Lo laT Saint-Pierre, qui n'avait f>a3 encore do non à cetts «po'^uc, fit appolc I.iJ d'An;jo.ilôa3 quolquod aaaésa pla3- tard, vrai- ^smbl ibleuieni par Thévet.

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