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cet état de faiblesse où il s'était vu si souvent; d'un autre côté, l'humiliation des Iroquois lui procura un moment de calme, dont les missionnaires purent profiter pour annoncer à ces barbares les vérités de l'évangile. Mais la traite de l'eau-de-vie, qui ruinait partout leurs travaux, et que les Iroquois faisaient librement avec les Anglais et les Hollandais, fut toujours un obstacle insurmontable à la conversion do la plupart d'entre eux, et l'on prit le parti de réunir en bourgade au saut Saint-Louis tous ceux qui voud;;aicnt embrasser le christianisme. On y vit bientôt une nouvelle église, composée de fervents néophj'tes, et féconde en héros chrétiens, dont les vertus rappellent les beaux siècles de l'église.
154. Pendant que les missionnaires travaillaieiit ji étendre le royaume de Dieu, l'intendant Talon envoyait faire des découvertes dans le Nord et dany l'Oueiit, faisait examiner les mines de fer de la baie Saint-Paul (1G66), encourageait l'exploitation de celle du Saint-Maurice, dressait des mémoires pour le ministre de la marine, et travaillait avec une ardeur infatigable au progrès de la colonie.
155. La meilleure partie du régiment de Carignan se fixa dans le pa3's ; on y renvoya même, deux ans après, six compagnies du jnème régiment, qui avaient accompagné M. de Ti*acy à son retour en France. Plusieurs des officiers, qui étaient gentilshommes, y obtinrent des seigneuries, des fiefs ou des terres privilégiées. Le sorte que la Nouvelle-France peut se glorifier d'avoir à elle seule i)lus de noblesse ancienne peut-être, que toutes les autres colonies françaises ensemble.
156. Il y avait cinq ans que Mgr de Laval avait fondé à Québec un grand séminaire où l'on devait enseigner la théologie, et préparer les jeunes clex'cs aux saints ordres. Le 9 octobre 1668, il fit solennellement l'ouverture d'un petit séminaire destiné à conduire jusqu'en théologie les enfants qu'on jugerait propres à l'état ecclésiastique. Cet établissement eut tout le succès qu'on en pouvait désirer ; peu d'années après,
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•'0 plii3 de îioixaiite élèves venaient y puiser ic.j leçons de la science et de la piété.
157. Cette même année (1668), M. Talon fut remj^lacé par M. do Bouteroue, et repassa en Fi*anco. Des affaires de famille demandaient sa présence à Paris, et quelques sujets de mécontentement lui faisaient souhaiter de s'éloigner du pays pour un temps. Il est certain qu'il se plaignit à la cour des manières de M. de Courcelles à son égard. Celui-ci, quoique du reste un des gouverneurs les plus accomplis qu'ait eu la Xouvelle-France, n'était pas toujours d'un commerce aisé. M. Talon de son côté croj'ait devoir aller toujours son chemin, lorsque le service du roi ou le bien do la colonie le demandaient.
158. M. de Courcelles fut, jusqu'à la fin de son administration, continuellement occupé à tenir en respect les différentes nations sauvages du pays. Trois soldats avaient enivré et tué un chef iroquois, qui avait bcaucouj) de pelleteries ; pendant qu'on instruisait leur procès, six sauvages mahingans avaient été, de la même manière, enivrés et massacres par trois autres français. Les deux nations s'allitrent, pour mieux se venger. M. de Courcelles, affn de prévenir les suites que pouvait entraîner cette infra-tion du droit des gens, monta sur le champ à Montréal, où il apprit qu'il venait d'arriver des sauvages de toutes les nations, même des iroquois et des mahingans. II se fit amener les trois soldats qui avaient assassiné le cbef iroquois, et leur fit casser la tête en leur présence, promettant de faire pareille justice des meurtriers des mahingans, indemnisa les deux tribu;^ de ce qu'on leur avait volé, et décida les nations mécontentes à demeurer en paix. M. de Courcelles, qui l'avait pris sur un ton fort haut avec les sauvages, entreprit de résoudre une autre difficulté, qui n'otait ni moins importante, ni moins délicate. Les Iroquois et les Outaouais étaient au moment de recommencer leurs hostilités. M. do Courcelles leur fit déclarer aux doux partis qu'il ne souffrirait pas qu'ils troublOr^scnt ainsi le rppos des nations; qu'il traiterait,
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comme il venait de traiter les assassins, lou;.i cou:: qui refuseraient de s'accommoder à des condition» raisonnables ; ainsi, qu'on eût à lui envoyer dc^i députés, qu'il écouterait leurs griefs, et rendrait justice à tous.
159. Le Canada, jusqu'à cette époque, avait toujours été considéré comme un pays de missions, et l'évèquc de Pétrée, w'avait point d'autre titre que celui de vicaire apostolique. Ce fut cette année, 1G70, que MgT de Laval fut nommé évoque de Québec. Il y eut de longues négociations. Les parlements de Paris et de Rouen prétendirent que le roi avait le droit de nommer l'évèque de Québec, aussi bien que les autres évoques de France. Enfin l'on transigea : la nomination de l'évèque resta au saint siège, mais l'évèquc dût prêter serment au roi de France. Lo roi, pour doter le nouvel évèché et le cha])itre de la cathédrale, y fit réunir les deux menses de l'abbaye do Maubcc. Mgr de Saint- Yalier, successeur de Mgr de Laval, obtint depuis la réunion de l'abbaye de Bénévent, partie à l'évêché, partie au chapitre. Le défaut d'argent pour payer les bulles, obligea le nouvel évèque de Québec à passer en France, pour demander au roi de quoi y satisfaire, et il ne put les avoir qu'en 1G74.
IGO. Il se fit aussi alors quelques changements par rapport au gouvernement de Montréal. M. de Maisonncuve, ayant souhaité de se retirer, M. de Bretonvilliers, supérieur général du séminaire de Saint- Sul])ice, nomma de droit pour le remplacer M. Perrot, qui avait épousé la nièce de M. Talon. Ce nouveau gouverneur jugea que la commission d'un simple particulier ne lui donnait pas un caractère qui convînt à un officier du roi, et obtint des provisions de Sa Majesté^ où il était marqué expressément qu'elles avaient été données sur la nomination de M. do Bretonvilliers.
ICL M. Talon, pendant son séjour en France, n'avait guère été occupé que du Canada. Il y revint avec les PP. Ilécollets, et une partie des cinq cents familles
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que le roi aviiii accordée.-; à ,ccl intciM.iaiit pour peupler la colonie. Depuis l(>iigîeiîip?-, il avait i'briué le projet de soumettre à la Fiiiin<!-c^le-iK)rd et Foiiejvt du Canada. Ccô bollco et vib>tv-j i-i'^gioiis ctaient jiabitées-par un graud nombre do tribus algonquine.-i, (juc lc.3 niiL^'jionnaircô avaient bu ]U'éparor à l'ailiaiice des Fran(;ais. L'agent que 31. Talon einploya jjoiir cxécutci" son dcysein, fut un voyagoiir, noninié Xicolas PeiTot, homme d'esprit et de bonne famille, qui avî\it quelque instruction. Il avait été attaclié aux Jésuites, et il avait eu l'occasion de traiter avec la plupart de ; nations sauvages, d'apprendre leur langue, et de s'attirer leur coniiance. Perrot visita les tribus du Xord et de l'Ouest, et invita leurs capitaines, à se trouver le printemps suivant, à une grande assemblée qui -devait se tenir au saut Sainte-^Iarie, et à laquelle Ononthio enverrait un de ses capitaines pour leur faire connaître ses volontés. Les députés do ces différentes nations se trouvèrent au rendez-vous. Le Père Allouez, qui avait fondé les premières missions do l'Ouest, lit en algonquin un discours dans lequel, après avoir donné aux sauvages une grande idée de la puissance du Grand Ononthio, c'est-à-dire, du roi de France, il tâcha de leur persuader, qu'ils ne pouvaient rien faire de plus avantageux que de mériter la protection d'un tel monarque; ce C|u'ils obtiendraient en le reconnaissîint pour leur grand chef. Tous répondirent, suivant leur coutume, par de grandes acclamations, puis par des présents. On planta une <'roix et un poteau auxquels on attacha les armes de France, et, après avoir chanté le Vexillacl VExaudiai, on mit tout le pays avec ses habitants sous" la 2)rctection du roi. Les députés s'écrièrent tous qu'ils ne voulaient plus avoir d'autre père que le Grand Ononthio des Français. La cérémonie finit par le Te Deum, qui fut suivi d'une décharge de mousqucterie et d'un grand festin.
1G2. M. de Courcelles, convaincu plus que jamais do la nécessité d'opposer une forte barrière aux Iroquois, dont l'insolence et la réputation s'étaient encore
accrues par rcxtormination presque complète des Andastos et des Chaouanons, leurs voisins, fit dire aux principaux chefs des cantons qu'il avait une affaire importante à leur communiquer, et qu'il irait incessamment les attendre à Cataracoui. Ils s'}^ rendirent en c^rand nombre, et le gouverneur, a])rès. les présents d'usage, leur déclara qu'il avait dessein de bâtir en ce lieu-là un fort où ils pussent venir plus, commodément faire la traite avec les Français. Les Iroquois, ne soupçonnant pars que, sous prétexte de chercher leur utilité, on n'eût en vue que de les tenir en bride, répondirent que ce projet leur paraissait bien imaginé, et sur le champ les mesures furent prises pour en assurer l'exécution. Mais M. do Courcelles, dont la santé avait considérablement souffert dans ces courses pénibles, avait demandé son raj^pel en France, et à son retour à Québec il trouva le comte de Frontenac qui venait le relever. Il n'eut pas de peine à ftiire goûter son dessein au nouveau gouverneur, et dès le printemps suivant, M. de Frontenac se rendit à Cataracoui, et y fit construire le fort, qui avait été projeté. Ce fort, situé sur l'erv placement actuel de Kingston, ])orta longtemps ]i- ]iom de Frontenac, aussi bien que le lac Ontario, à l'entrée duquel il était bâti.
CIIAPITEE III.
Le comte de Frontenac nommé fjouvcrneur — Brouillcries ai sujet d i conseil et de la traite de l'eau-dc-vie — Jollictctlo P. Marquct t découvrent le Mississipi — La Salle complète la découverte — M. de Frontenac remplacé par M. do la Barre,, et ^intendan^ Duchcsneau par M. de Meules — La guerre déclarée aux Iroquoi? ; faiblesse de M. de la Barre.
163. M. de Frontenac était doué de beaucoup de ])éné- Iration et de grandeur d'âme, mais incapable décéder aux conseils et de modifier ses desseins. Il était courageux, ])ersévérant et d'une fermeté à toute é2)rcuve, mais susceptible de prévontions, sacrifiant
la justice à ses haines personnelles, et le succès d'une entreprise au triomphe de ses préjugés. Il ne tarda pas à se brouiller avec bien des gens dans la colonie, surtout avec l'intendant M. Duchesneau, qui avait succédé (1672) à M. Talon. On accusait le comte de n'avoir composé le conseil supérieur que de personnes qui lui étaient entièrement dévouées, et de vouloir s'approprier le titre et les fonctions de président de ce conseil. Les difficultés furent poussées si loin, qu'en 1675, le roi rendit une ordonnance portant que le gouverneur général aurait la première 2)lace, l'évèque la seconde, et l'intendant la troisième, mais que ce serait à celui-ci à demander les opinions, à recueillir les voix et à prononcer les arrêts.
164. Ce fut pendant cette première administration du comte de Frontenac que se coînpléta la découverte du Mississipi. Il paraît maintenant bien constate que le premier canadien qui ait découvert les Grandes Eaux du 3Iississipi, est l'intrépide et aventureux ISTicolet, qui avait déjà couru tous les pays.de l'Ouest vers Fan 16.30. Plus de trente années après (1673), M. Talon chargea un bourgeois do Québec nommé Jolliet et le P. Marquette, d'aller reconnaître si ces Grandes Eaux dont parlaient les sauvages coulaient au sud vers le golfe du Mexique, où se déchargeaient clans le grand océan Pacifique. Ces deux voyageurs avaient suivi le cours du Mississipi jusqu'à l'Arkansas ; mais, éloignés de Québec de plus de neuf cents lieues, manquant de vivres et de munitions, dans un pays dont ils ne coniuiissaient pas les habitants, ils s'étaient vus contraints de rcjn-endre le chemin du Canada, n'ayant plus le moindre doute que le fleuve ne se jetât dans le golfe du Mexique.
165. Cavelier do la Salle, homme instruit, actif, et animé du double désir de s'illustrer et de s'enrichir, arriva en Canada au milieu de septembre de 1678, avec le dessein d'achever cette importante découverte. Il monta immédiatement à Cataracoui, qui lui fut cédé à condition qu'il bâtirait le fort en pierre. Il en repartit bientôt à la tèto d'une cxp-édition
SO FRONTENAC l*" ^ [1G83
conr.ick'rablc, établit un poste à Niagara, et bâtit, inv les terres des Illinois, un nouveau fort auquel il donna le nom de Crèvecœur. Il comptait Fur rap[)ni de cette grande nation, j^our lier le Canada îivoc la contrée du Mississipi, et pour en faire comme sa base d'oj^érations dans le voyage qu'il illiait entreprendre vers le golfe du Mexique; mais les Troquois, excites par les Anglais, qui s'alarmaient (le ces découvertes, attaquèrent et vainquirent à ]diisieurs reprises ces nouveaux alliés delà puissance française. Pour comble de malheur, la Salle ne pouvait pas com])ter sur ses gens, dont j^lu^ieurs avaient cons])irc contre lui. Il fut forcé de revenir à Cataracoui (1G80). L'année suivante, sans se laisser effrayer par les obstacles, il recommença son expédition, descendit la rivière des Illinois, et atteignit le Mississipi le 2 février 1682. Le 9 avril suivant, il constata enfin que ce grand fleuve se jetait dans le golfe du Mexique. La Salle prit possession, au nom du roi, de l'immense bassin du Mississipi, auquel il donna le nom de Louisiane, et revint à Québec au printemps do l'année IGS'S.
166. Pendant que la Salle reculait ainsi les bornes d.e la Nouvelle-France, le pays se voyait menacé d'une nouvelle guerre capable de le replonger dans res premiers malheurs. Plusieurs causes contribuèrent à amender une rupture entre les Français et les cinq cantons. Le colonel Dongan, gouverneur de l:i Nouvelle-York, faisait donner aux Iroquois les mai'chandises à meilleur marché que ne jxmvaient le illire les Français, à cause du privilège qu'avait la compagnie des Indes, de prélever le quart des castors, ( t le dixième des autres fourrures. Les Anglais leur iburnissaient encore en abondance l'eau-de-vie, les armes à feu et toutes sortes de marchandises. i*ciiii concun-encc fâcheuse augmentait la fierté naturelle des Iroquois, en même temps qu'elle aigrissait les traitants français, et donnait lieu à des actes de violence, dont on accusa en particulier les gens de >' J. <îc la Salle. On devnjt s'attendre d'ail leui's que