JACQUES CARTIER
pagné des gentilshommes et de vingt mariniers, partit avec trois hommes du pays, qui servaient de guide?. Après avoir traversé une magnifique foret de chênes,, nos voyageurs arrivèrent daixs des champs cultivés et tout couverts de maïs, au milieu desquels était situé- Hochelaga.
18. Cette bourgade était entourée d'une forte paliasade circulaire de la hauteur d'environ deux lances, et formée d'un trij^le rang de pieux, dont ceux du milieu étaient plantés droits, et les autres croisés par lehaut, le tout fortement entrelacé de racines et do branches. Une seule porte, fermant à barres, donnait entrée dans la bourgade. Au-dessus de cette porte et sur plusieurs points de la palissade, était pratiquée une espèce de galerie, munie d'échelles, et garnie do j^ierrcs pour la défense de la place. La bourgade renfermait une cinquantaine de grandes cabanes, longues d'environ cinquante pas, sur douze ou quinze de largeur, et couvertes de grandes écorces bien cousues ensemble. L'intérieur de ces cabanes étai«t de plusieurs pièces, dont chacune était occupée par une famille, et au centre était ménagée une salle commune, où se faisaient et s'entretenaient les fe^ix. Il y avait même, à la partie supérieure, des greniers destinés à recevoir leurs provisions de maïs,
19. On conduisit les étrangers dans ime espèce de place publique, de forme caiTée et de la grandeur d'environ un jet de pierre, où on les reçut au milieu des démonstrations de la joie la plus cordiale ; après les j^remiers sa-luts de bienvenue, les femmes et les filles se retirèrent, et les hommes s'assirent par terre autour d'eux. Bientôt après, l'on vit paraître l'agouhanna, ou seigneur du lieu, porté solennellement sur ime grande j^eau de cerf, par neuf ou dix hommes, qui vinrent le déposer sur des nattes, auprès du capitaine français. C'était un homme d'environ cinquante ans, tout perclus de ses membres.
11 n'avait pour marque de distinction qu'une simple lisière rouge do poil de porc-épic, qui lui tenait lieu do diadème. Pour faire honneur à son hôte, il ôta
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cotto co-iL'oniio cb cbjiiu su tJ:;e, ce l.i i-iii: [;;ii* cello do Cartiei-. Lo capitaine de oon côté donna an chef et à ceux qui l'entouraient divcr.s petits objets, dont ils parurent tous fort contents. Quand les Français voulurent prendre congé de leurs hôtes, les femmes se mirent au devant d'eux, leur oflrant des mets qu'elles avaient elles-mêmes apprêtés. Mais, comme les sauvages ne mettaient point de sel dans leurs aliments, on leur fit entendre qu'on n'avait nul besoin de manijer. Plusieurs des habitants d'IIochelas-a voulurent accompagner les Français jusque sur la montagne, qui était à environ un quart de lieue de la bour<j:ade. Cartier donna à cette montaocne le nom de Mont- Royal (Montréal), qui est devenu plus tard celui de la ville et de l'ile tout entière.
20. Voyant qu'il était impossible de franchir le saut Saint-Louis, les Français se hâtèrent de reprendre le chemin de Canada, dans la crainte qu'il ne fut arrive malheur au galion ; le lendemain, ils trouvèrent VEmerillon sain et sauf comme ils l'avaient laissé, au lac Saint-Pierre, et, le jour suivant, 5 octobre, on se remit en route. Le 7, Cartier mouilla par le travers d'une rivière remarquable venant du nord, à laquelle il donna le nom de Fouez (les Trois-Rivières), et, pendant que les barques remontaient la rivière pour en faire l'exploration, il fit planter une belle ^ande croix sur la pointe la plus avancée d'une des iles qui partagent l'embouchure en plusieurs chenaux. Xie 11 octobre, V Emerillon rentrait dans le havre de Bainte-Croix.
21. Ceux des Français qui étaient demeurés à ■Canada, s'étaient occupés à construire devant les Taisseaux une espèce de retranchement garni do pièces d'artillerie, de manière à pouvoir au besoin s© •défendre contre toutes les forces du pays ; précaution qu'on jugea nécessaire, parce qu'il fallait passer l'hiver <îans le voisinage d'une bourgade fort j)«uplée, où <;ommandait un chef dont on avait 2)lu3 d'une raison tic se défier.