‹ Histoire du Canada à l'usage des maisons d'éducationChapitre 31 sur 59 · DE DENONVILLE. [1G8S · texte numérisé non relu

DE DENONVILLE. [1G8S

de la Nouvelle-Angleterre ne se faif^aient aucun Bcrupule de violer le traité de neutralité. I/année se passa en négociations, dont le colonel Dongari protita pour se poser auprès des sauvages comme médiateur entre les Français et les Iroquois ; et i^ finit par déclarer nettement que les Français ne devaient espérer de paix avec les cinq cantons qu'à ces quatre conditions : 1° Qu'on ferait revenir de France les sauvages condamnés aux galères ; 2° qu'on obligerait les iroquois chrétiens du ;au{ Saint-Louis et de la Montagne, de retournei* daits leurs, cantons ; 3° qu'on raserait les forts de Niagara et de Cataracoui ; 4° qu'on restituerait aux Tsonnontouans tout ce qu'on avait enlevé de leurs villages. Autant valait dire que la colonie française devait rester exposée à toute la fureur des Ii-oquois. 175. Le colonel Dongan n'en resta ])as là ; il numda à Orange les principaux chefs des cinq caîiioîis, c^< leur dit : < Je souhaite que vous nielliez ];îis ];; ï hache ; mais je ne veux pas que vous rcntoi-rio;:; > contentez-vous de la cacher sous l'herbe, :ij!ii (lU;* 3) vous puissiez aisément la reprendre quand il ;>oni 2 besoin. Le roi, mon maître, m'a défendu (Je voua 3> fournir des armes cl des munilioirs corujv le,; 1 Français ; mais, que cette défense ne vous ahirrn-^ 3> point : si les Français rejettent les condition.; (j;î;^ :> je leur ai proposées, vous ne manquerez de ri" i d-' J ce qui sera nécessaire pour vous faire justicv ; j' » vous le fournirai plutôt à ines dépens, v (.'elle allocutioii indique nettement la politique c'o i.-, Nouvelle-Angleterre, qui considérait ces lu^-lililé;; des Iroquois comme le commencement de la giicrix' qu'ils allaient bientôt entreprendre eux-mêmes cojitrc^ la puissance française en Amérique. ?•!. de LVnor.vilh'. qui ne se voyait nullement eu état do i'éj)rinKi', comme il l'aurait voulu, l'insolence de ces bîirliîires, trouva moyen de leur faire accepter des conditions de ])aix, en consentant à dénu>lir le fort Niagara, c^i à laire j-e venir au ])lutôt les chef}^ iroquois (ju'oii îivait si injustement mis au rang dêh for(7ats.

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176. Dans le temps même que le marquis de Denonville se donnait le plus de mouvement pour pacifier le Canada, les hurons de Michillimakinac, qu'on avait si souvent soupçonnés de perfidie, réussirent à rendre toute paix impossible. Kondiaronk, leur chef, surnommé le liât, le plus rusé comme le plus brave de tous les sauvages, ayant promis au gouverneur de marcher contre les Iroquois, partit de Michillimakina<î avec une troupe choisie de Ijurons, résolu de co distinguer par quelque exploit éclatant. Arrivé à Cataracoui, il apprit que le gouverneur lié^-ociait un accommodement avec \cix canHou!?, et attendait à Montréal des ambassadeurs et deu otages de toute la nation iroquoise ; le commandant de Cataracoui ajouta que, dans une pareille circonstance, la moindre hpstilité contre les Iroquois désobligerait infiniment Ononthio. Le Eat, quoique convaincu qu'on sacrifiait sa nation et ses alliés, sut se contenir, et ne laissa échapper aucune plainte ; mais, vivement piqué de ce que les Français faisaient la paix sans consulter leurs aillés, il résolut de punir cet orgueil insultant. Laissant croire aux Français qu'il reprenait le chemin de son village, il va attendre, à l'anse de la Famine^ les députés et les otages iroquois qui devaient se rendre à Montréal, fond sur eux à l'improviste, en tue un bon nombre, et fait le reste prisonnier. Peu après, comme on lui demanda d'où il venait : < Je viens de tuer la paix, > dit-il ; « nous verrons comment Ononthio se tirera de cette affaire. > Quand ses prisonniers lui eurent dit, qu'ils étaient députés auprès de leur père commun, pour conclure la paix entre toutes les nations, le Rat fit l'étonné, et protesta que c'était les Français eux-mêmes qui l'avaient envoyé à la Famine pour les surprendre ; puis il les relâcha sur l'heure à l'exception d'un seul, qu'il garda pour remplacer un des siens qui avait été tué. Il se rendit ensuite avec la plus grande diligence à 3iichillimakinac, et fit présent de sou prisonnier à M. de la Burantaye. Ce ^commandant, qui n'était^'^s'^encoi^" informé* des ^pourparler3 du

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par Icii ariuc: . ^- -.. lùi'cpîirg^iicr saîi:; doute le tm^yplicc clii feu. L'iroq^uois eut beau p^oto^^toi• qu'il était ambassadeur, et qu'on l'avait pfiîi par tra)H>H)n, le lîat trouva moyen de faire croire que la crainte de la mort le fîiisait extravagucr ; on Texécuta. Le chef liuron alors fait Tenir un vieil ii-oquois. depuis longtemps captif dans J:On village, lui donne la liberté, pour qu'il aille apprendre à f<es compatriotes <jue les Français n'amusaient les cantons que pour faire des prisonniers et leur casser la tète. Cet artifice lui roussit, et les Iroquois ne lurent 2)as fâchés d'avoir un prétexte aussi plausible de recommencer la guerre.

177. Dans la nuit du 5 août 1GS9, eiiviro:i 'qtir.torze ou quinze cents iroquois firent une descente dans l'île de Montréal, à l'endroit appelé Lacliine. Trouvant tout le monde endormi, ils commencèrent pa?massacrer tous les hommes, puis mirent le feu ;uix maisons. En moins d'une heure, ils avaient fait pcrir Aians des tourments affreux plus de deux cents personnes. Après cette horrible boucherie, ils se mirent a parcourir l'île, exerçant partout les mêmes cruautés. Quand ils furent las de carnage, ils emmencrent deux cents prisonniers, et les bridèrent dans leurs villages.

CHAPITEE Y.

Seconde administration de M. de Frontenac — Projet de M. do Callijrc:; contre les colonies anglaises — Destruction de Cataracoui — Pcmquid enlevé aux Anglais par les Abénaquis — Expéditions de Schenectady, de Salmon-Falls et de Casco — Siège de Qucboc par Phipps — Attaque du général Winthrop manquéc - Schuylcr défait par M. de Varennes à la Prairie de la Madeleine.

178. Depuis que les gouverneurs de la !N"ouve lie- York .avaient pris ouvertement les Iroquois sous leur protection, on ne pouvait qu'avoir les plus vives appréhensions sur le sort de la colonie. M. de Callicres, gouverneur de Montréal, jugeant que le seul moyen

de salut qui restât à la Kouvclle-Francc, était d'abattre la puissance anglaise dans cette partie du continent, conçut le projet de faire la conquête de la Nouvelle- York et des établissements qui en dépendaient. Il passa en France, et présenta à la cour son mémoire, qui fut approuvé ; mais l'exécution du plan fut confiée au comte de Frontenac, comme à l'homme le plus proj^re à lo faire réussir. Deux vaisseaux do ligne partirent de Kochefort, sous le commandement do M. de la CafFmière, qui devait suivre exactement les ordres du comte de Frontenac. On devait faire voile d'abord pour l'entrée du golfe, où le gouverneur et M. de Callières devaient prendre un des meilleurs vaisseaux marchands, pour se rendre en diligence à Québec, avec les troupes de terre, auxquelles se joindraient toutes celles qui .seraient disponibles dans la colonie. Pendant que M. de la Cafîinière irait bloquer le port de Xew-York, le comte de Frontenac, avec l'armée de terre, devait remonter la rivière de Sorel, $>ous prétexte d'aller faire la guerre aux Iroquois, auxquels il annoncerait dès son arrivée qu'il n'en voulait qu'aux Anglais. Il se hâterait ensuite de s'emparer d'Orange (Albany), puis do descendre riludson, et de soumettre la capitale, qui portait alors le nom de Manhatte. Le succès d'une pareille •expédition demandait le concours de deux choses sur lesquelles on ^le peut jamais compter sûrement, .savoir, des vents favorables, et une diligence égale dans tous ceux qui étaient chargés des préparatifs. Aussi l'entreprise échoua-t-elle complètement : les vaisseaux partirent trop tard ; ils furent séparés par les brumes sur les bancs do Terre-Neuve, et ne se réunirent à Chédabouctou que le 18 septembre. M. de Frontenac n'arriva à Québec que le 12 octobre, et ne se rendit que le 27 à Montréal, qui venait d'être ravagé par les Iroquois.

179. M. de Denonville, de concert avec M. de Chanipigny, avait envoyé l'ordre de raser le fort Frontenac, ou Cataracoui, si l'on n'y envoyait pas de secours avant lo mois de novembre. On représenta au général quo

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ce fort, ; ituj au. fond d'une baie, n'occupant aucun ])assage, était de peu d'utilité ; qu'en outre il était lort difficile d'y faire arriver des convois, et d'y entretenir garnison, sans compromettre la sùrete de ])Ostes plus nécessaires. Mais le comte de Frontenac (tait trop intéressé à conserver un fort qui était son ouvrage et qui portait son nom, pour écouter des raisons aussi spécieuses. Il fait préparer en toute diligence un convoi de vingt-cinq canots, pour porter le contre-ordre au commandant M. de Varennes, et le conduit lui-même jusqu'à Lachine ; mais il n'y avait pas deux heures qu'il était de retour à Montréal, qu'on vit arriver la garnison du fort, qui en avait, fait sauter les bastions, les murailles et les tours^ après avoir détruit les vivres et les munitions, coulé à fond trois barques avec leurs ancres et les canons de fer, et emporté les canons de bronze, qu'ils cachèrent chemin faisant dans le lac Saint-François.

180. Cependant la campagne de 1689 ne fut pas malheureuse dans toutes les parties de la Nouveile- (''rance. Du côté de l'Acadie, les Anglais subirent un échec assez humiliant. Ils s'étaient établis et fortifiés dans un lieu nommé Pemquid, entre la rivière do Pentagouet et le Kénébec. Un parti de cent guerriers abénaquis se mit en devoir de les deîogcr de ce poste. Cette petite troupe, toute composée de fervents néophytes, se comporta avec autant de modération que de bravoure : le fort fut investi, et bientôt, la garnison ayant demandé à capituler, les sauvages permirent au commandant de sortir sur le champ de la place avec quatorze hommes et quelques femmes qui y restaient, et se contentèrent de leur dire que, s'ils étaient sages, ils ne reviendraient plus ^.es inquiéter ; que les Abénaquis étaient les maîtres de leurs terres, et qu'ils n'y souffriraient jamais des gens aussi entreprenants, qui les venaient troubler dans l'exercice de leur religion. Ils entrèrent ensuite dans la place, sans y commettre aucun désordre, rasèrent le fort et les maisons, et ils eurent assez d'empire sur eux-mêmes pour briser une barrique

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(i"cau-de-vie sans en boire une seule goutte. Cette expédition fut bientôt suivie d'une autre encore plus vigoureuse. Les sauvages de Pentagouet et ceux do la rivière Saint-Jean se réunirent, et enlevèrent aux anglais établis dans le voisinage de Kénébec, quatorze petits forts assez bien munis, les ruinèrent, après avoir tué jusqu'à deux cents personnes, et en rapportèrent un très-grand butin. Dans la baie d'iludson, d'Iberville et ses compagnons soutint l'honneur du drapeau français. De concert avec son frère Maricourt, il y prit deux vaisseaux anglais avec toute leur charge, retenant tous les pilotes au nombre des prisonniers. Au mois de juin, Sainte-Hélène, étant venu rejoindre ses deux frères, remit à d'Iberville un ordre du gouverneur général de mener à Qtiébec la plus considérable de y-os deux prises. Il partit avec Sainte-Hélène et les pi-incijiaux d'entre les prisonniers, laissant à Maricourt trente-six hommes pour xrarder tous les postes du fond de la baie.

181. M. de Frontenac, ee voyant hors d'état d'effectuer la conquête de la Nouvelle- York, voulut tenter un dernier etfort pour rétal>lir, ilaiis l'esprit des sauvages, la réputation des arme; iVançaises, et mettre un terme aux dévastations de;:. Iroquois. Il leva trois partis de guerre compOoé.s de soldats, de colons et do sauvages, et les chargea d'autant d'expéditions, qui tombèrent sur les Anglais p:;r trois endroits à la fois, dans l'hiver de l(jS9-00. La première, commandée par M. d'Ailleboust de Mantet et Lemoyne de Sainte- Hélène, était dirigée contre la 2>^ouvelle-York. Les deux commandants français voulaient commencer par réduire Orange même ; mais les sauvages s'effrayèrent de la difficulté de l'entreprise, et il fut convenu qu'on attaquerait Corlar (maintenant Schenectady). Pendir.it huit jours, l'armée eut beaucoup à soufh'ir : tout le monde était à pied, et l'on marchait quelquefois dans l'eau jusqu'aux genoux, par im froid intolérable. Enfin, un soir, sur les quatre heures, on arrive à deux lieues de Corlar. L'attaque avait été remise au lendemain ; mais l'excès du

froid fit chaTigcr clc résolution, et, dès que les cclaîreurs furent de retour, on résolut de marcher à l'heure même. Les habitants ûiisaient si peu de garde, que non-seulement la porte où se devait faire l'attaque était ouverte, mais il n'y avait pas même de sentinelles. Aussi, dans leur effroi, ces malheureux ne songèrent guère à se défendre. Tout fut rasé et brûlé, à l'exception de la maison d'une veuve chez laquelle l'on avait transporté Montigny, blessé dans l'action. Le gouverneur de la place, qui demeurait de l'autre côté de la rivière, se mit en devoir de se défendre avec ses domestiques et quelques sauvages. Comme on ne lui voulait faire aucun tort, parce qu'en plusieurs rencontres il en avait très-bien usé avec les Français, le commandant envoya d'Iberville avec le Grand-Agnier, chef des iroquois du saut Saint-Louis, le sommer de se rendre, lui promettant bon quartier. On lui tint exactement tout ce qu'on lui avait promis. Soixante ])ersonnes, femmes, enfants et vieillards, qui avaient échappé à la première furie des assaillants, eurent la vie sauve ; on épargna aussi trente iroquois, afin de faire voir aux cantons qu'on n'en voulait qu'aux Anglais.

182. Le second parti, de cinquante hommes environ, y compris cinq algonquins et vingt sokoquis, partit des Trois-Iiivières le 28 janvier, sous les ordres du vaillant Hertel, tira droit au sud dans les terres, et, après une marche de deux mois, s'empara d'un village de la Noiivelle-Hampshire, qui porte maintenant le nom de Salmon-P'alls. Cette place était défendue par une maison fortifiée et par deux forts de pieux, dans l'un desquels il y avait du canon. Tout fut emporté avec une conduite et nne bravoure qui donnèrent do l'étonnement aux Anglais. Les plus braves des assiégés furent taillés en pièces ; cinquante-quatre furent faits prisonniers de guerre. Il n'en coûta nux vainqueurs qu'un français, qui eut la cuisse cassée, et qui mourut le lendemain. Dès le soir du même jour, deux sauvages vinrent avertir Hertel, que 200 anglais s'avançaient des bourgs voisins

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pour lui couper la retraite. Il s'y était attendu; il se met en bataille, sur le bord d'une rivière, à la tète du seul pont par lequel les ennemis pussent l'attaquer. Les Anglais, méprisant le petit nombre des Français, s'y engagèrent avec oeaucoup do confiance. Ilertel les laisse avancer, sans tirer uu seul coup ; puis, fondant sur eux l'épée à la main, il -en tue huit du premier choc, en blesse dix autres, et oblige le reste à lui céder le champ de bataille. La Fresnière, son fils aîné, y reçut un coup de feu dans le genou, et Crevier, son neveu, resta parmi les morts. Après cette brillante action, Hertel ne songea plus qu'à la retraite, et la fit avec beaucoup d'intelligence et de bonheur.

183. Lejourm-'me du départ de l'expédition des Trois-Rivières, M. de Portncuf partait de Québec à la tête du troisième parti, qui fut dirigé contre Casco, situé au bord de la mer, à l'embouchure de la rivière de Kénébec. La petite troupe cam2)a à quatre lieues de cette place. Pendant la nuit, quatre sauvages et deux français ayant été se mettre en çmbuscade assez près du fort, cinquante hommes de Ta garnison sortirent le jour suivant, et s'avancèrent vers l'endroit où on les croyait ca(;hé.s. Ils étaient presque sur eux, qu'ils n'avaient encore rien aperçu ; mais nos six braves, qui les voyaient venir, font leur décharge de dix pas ; puis, san:^ leur donner le temps de se reconnaître, fondent sur eux l'épée et la hache à la main. Il n'en rentra que quatre dans le fort ; encore étaient-ils blessés. Cependant le gouverneuide la place résolut de so défendre jusqu'à la mort. M. de Portneuf se trouva alors fort embarrassé : sa commission ne l'autorisait qu'à dévaster les campagnes, et il les trouva dégarnies ; d'un autre côté, il était trop avancé pour reculer avec honneur. Tout bien considéré, il prit sur lui de continuer l'attaque. Les Anglais, désespérant de pouvoir conserver tous leurs forts, après l'échec qu'ils venaient d'éprouver, allèrent de nuit se loger sur le bord de la mer, à cinquante pas de la place, derrière une esp(^*<'e do

morne fort escarpé, où ils n*avaient rien à craindre (lu canon. Il fallut ouvrir la tranchée. Les canadiens/ non plus que les sauvages, n'étaient nullement faits'à ce genre d'attaque ; mais le courage et le désir do vaincre suppléèrent à ce défaut d'habileté, et l'ouvrage avança avec tant de vitesse, que, dès le soir du lendemain, les assiégés demandèrent à parlementer, et furent bientôt obligés de se constituer prisonniers de guerre. A peine la place était-elle évacuée, qu'on vit paraître quatre voiles anglaises, qui venaient avot^ de:s troupes pour secourir Casco ; mais ceux qui les; commandaient, ne voj-ant point do pavillons sur lë;^ forts, comprirent qu'ils étaient venus trop tard, et l'cbroussèrent chemin. M. do Portneuf lit raser les fortilications, et brûler toutes les maisons à deux lieue..; à la rondo. Un français avait eu le bras, cassé, un sauvage lo bras percé d'un coup de fusil : c'est tout ce que b-i coûta sa conquête.

184. Le succès do ces cruelles incursions excital'alarmc et rindignation dans toute la Nouvello- Angloterro. On y arma une flotte de sept vaisseaux,, montés de plus de 700 hommes, que l'on confia au chevalier "William Phipps. Celui-ci fit voile pour Port- Kojal. Le gouverneur, M. de Manneval, ne so trouvant pas en état de défense, consentit à remottro la place, à condition que le gouverneur et les soldats sortiraient avec armes et bagages, seraient conduits à (Québec dans un vaisseau qu'on lui fournirait, et que les habitants seraient maintenus dans la paisible ])Osscssion de leurs biens et dans le libre exercice do leur religion. Phipps consentit à tout avec facilité ; mais il ne voulut point mettre ces conditions par écrit, disant que sa ])arolo de général valait riiioux que tous les écrits du monde. La capitulation Ait confirmée de bouche, et M. de Ivlanncvalle remit lest;', c.lef> du fort à l'amiral anglais. Phij^ps, à la vue do l'état d. labre de la place, se repentit d'avoir accordé des conditions si honorables à des gens qui étaient si peu en mesure de se défendre, et ne se crut plus lié ]>ar sa promesse. Les habitations furent mises au

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pillage ; regli:so même fut profanée ; le gouverneur fut indignement traité, et fait prisonnier de guerre avec toute la garnison. L'Acadie pasF-a ainsi pour la quatrième fois au pouvoir de l'Angleterre.

185. La vengeance des colonies anglaises n'était pas encore satisfaite. On donna à l'amiral Phipps une Hotte do 35 vaisseaux, avec 2,000 hommes de débarquement ; cette fois l'on ne se proposait rien moins que la conquête de toute la ISTouvelle-PVance. M. de Frontenac, qui jugea que cette flotte aurait assez à faire du côté de l'Acadie, s'occupait de faire face à l'armée de terre que le général AVinthrop amenait du côté de Montréal ; lorsque le major Provôt, qui commandait à Québec en son absence, lui dépêcha un couiTier, pour lui annoncer que la flotte ennemie était à Tadoussac, et que, au moment où il recevrait cette dépêche, elle serait probablement à File aux Coudres. Le comte envoya sur le champ M. de Kamezay, gouverneur des Trois-Riviêres, au chevalier <le Cal Hères, gouverneur de Montréal, pour lui ordonner de descendre 'à Québec le plus promptement que possible, avec toutes ses troupes, à la réserve des compagnies nécessaires à la garde de Montréal ; et, sans perdre un instant, il part lui-même pour la ('n])itale. Déjà la flotte anglaise était au pied de iile d'Orléans. Depuis cinq jours, le major Provôt avait fait travailler aux fortifications avec la plus grande diligence, afin do mettre la ville à l'abri d'un coup de main. Le gouverneur, satisfait, n'eut qu'à ajouter quelques retranchements et à confirmer l'ordre déjà donné aux milices de Beauport, de l'île d'Orléans et de la côte de Lauson, de ne point quitter leurs postes, qu'ils ne vissent l'ennemi faire sa descente, ou attaquer la place. Les ouvrages s'étendaient depuis le palais de l'intendant, sur la rivière Saint-Charles, jusqu'à l'emplacement qu'occupe aujourd'hui la citadelle, sur la cime du cap. En face de la rivière Saint- Charles, régnait une double palissade qui courait «iepuis le palais de l'intendant jusqu'aii Saut-au Matelot. Trois batteries, placées à la basse ville,

occupaieut les intervalles des batteries supérieures, et toutes les issues étaient barricadces.

180. La flotte ennemie, qui avait été contrariée par les vents et i)ar le manque de pilotes, parut eniiii devant la ville le 10 octobre. A mesure qu'elle avançait, les plus petits bâtiments se rangeaient le long de la côte de Beauport ; les autres tenaient le large. Tous jetèrent l'ancre vers les dix heures du matin, et, dans le moment, on aperçut une chaloupe qui débordait de l'amiral, et qui se dirigea vers la ville. On ne douta point qu'elle ne i)Ortàt un trompette, ])arce qu'elle avait un pavillon blanc à son avant. M. de lù'ontenac envoya à sa rcncontn^ un officier, (pu le joignit à mi-chemin, lui lit bander les yeux, et le conduisit au fjrt en le ])i'omenant exprès tout autour de la place, oii les grands mouvements qu'il entendit dans tous les quarlier.s lui persuadèrent que, loin d'être sans mo)'eus de défense comme le croyait l'amiral, Québec était semé de canons et de retranchements. 8a surprise augmenta encore, lorsqu'on lui ota le bandeau, et qu'il aperçut le gouverneur général, l'évéque et l'intendant au milieu d'une grande salle toute renrpi;.' d'officiers, dont la contenance noble et assurée acheva de le déconcerter. 11 présenta en tremblant sa sommation i)ortant : <l Que les ravages et les cruauté ^ « exercés par les français et par les sauvages contre « les sujets paisibles des colonies anglaises d'Amé- « rique, avaient obligé leurs très-excellentes majestés <L Guillaume et Marie d'armer pour se rendre maîtres <r du Canada, afin de pourvoir à la sûreté des provinces « de leur obéissance, et qu'on eut à lui remettre dans a une heure le fort avec toute sa garnison, la ville « avec tous ses habitants et leurs biens quelconques. > Dès qu'on eut achevé la lecture de cet écrit, le trompette tira de sa poche une montre, la présenta au gouverneur, et lui dit qu'il était dix heures, et qu'il ne pouvait attendre sa réponse que jusqu'à onze. Un cri d'indignation s'éleva du milieu des officiers français, qui voulaient qu'on traitât cet insolent

comme l'ciivoyj il'im corsaire. M. de Frontenac, quoique piquô a;i vif, témoigna plus de modération, et se contenta de lui répondre de viVe voix : « Que « le roi Guillaume était un usurp£.tcur, et que les « Français, en portant la guerre chez les colons ( anglais, n'avaient fait que combattre des sujets a révoltés contre leur prince légitime (Jacques II) ; « qu'au reste il ne pouvait se fier à la parole de <L Philips, après sa trahison envers M. de ilanncval, « gouverneur de l'Acadie, qu'il avait retenu prisonnier « contre le droit des gens, i Le trompette demanda cette réponse par écrit : <r Je vais répondre à votre « maître par le bouche du canon, 7> dit le comte ; d qu'il apprenne que ce n'est pas de la sorte qu'on 3 fait sommer un homme comme moi. » Dès que le trompette fut arrivé à bord, on commençai tirer d'une des batteries de la basse ville. Du jDremier coup do canon, le pavillon de l'amiral fut abattu, et, la marée l'ayant fait dériver, des canadiens allèrent le 2)rendre à la nage, malgré le feu qu'on faisait sur eux, et l'emportèrent à la vue de toute la flotte. Il fut porté s.ur le champ à la cathédrale, oi^i il resta jusqu'à la conquête du pays.

187. Le lendemain (17 octobre), une barque anglaise bien montée s'approcha de la rivière Saint-Charles, pour examiner si l'on y j^ourrait faire une descente sur la l'ive gauche. Elle échoua assez loin de terre, et ne laissa pas de faire un grand feu jusqu'au retour de la marée ; mais on y répondit fort bien. Le 18 à midi, on aperçut presque toutes les chaloupes, chargées de soldats, tourner du même côté ; mais, comme on ne pouvait deviner en quel endroit précisément elles tenteraient la descente, elles ne trouvèrent personne pour la leur disputer ; 1500 hommes débarquèrent et se rangèrent en bon ordre sur le rivage. M, de Frontenac envoya pour les harceler un détachement des milices de Montréal et des Trois-Tîivières, auxquelles se joignirent quelques habitants de Eeauport. Jjc combat dura environ une heure. I^es Canadiens, qui n'ct4iicn< pas plus de 300, volt'^'caient de rocher en

lU • VilONTENAC '2^ [IGDO

roclior, àtravoi'.s les marécagoa et les broiissailleo, tout autour des Anglais, qui se tenaient serres en bataillon et faisaient un feu continuel, mais presque sans cftct. Ycrs le soleil couchant, un bataillon de troupe -i régl'.'es eut ordre de couvrir la retraite des miliciens. Le même soir, les quatre plus gros vaisseaux de l'escadre vinrent mouiller devant la ville, qui les salua lapremière. Le feu continua jusqu'à huit heures du soir. Le lendemain la cannonade recommença; mais les Anghds ne faisaient pjis si grand feu que la veille. Au bout de quelque temps, le contre-amiral se trouva tellement incomnu)dé par les batteries du Saut-au-Matclot, qu'il crut devoir s'éloigner. L'amiral ne tt'.rda ])as à le suivre ; il était percé à l'eau en plusieurs en'droits, ses manœuvres étaient coupées, son i .-and mât fracassé, et un grand nombre de ses gens lués ou blessés. Le contre-amiral et les deux autre > vaisseaux avaient aussi beaucoup soufiert. C'était Sainte-Hélène qui avait pointé presque tous lés c-inons do la principale batterie, et aucun de ses coups ne porta à faux.

188. Pendant cette canomide, les troupes débarqua e.. près de Beauport étaient restées tranquilles dans leur camp, et Ton se contenta do les observer. Le 20, dé;; qu'il fit. jour, elles se rangèrent en bataille, et parurent vouloir marcher vers la ville ; mais M. de Longueil et de ^Sainte-Iîélène, à la tète de 200 volontaires, leur coupèrent lo chemdn, et firent sur eux des décharges si continuelles et si à propos, qu'ils les contraignirent de gagner un petit bois, où ils les laissèrent, pour faire leur retraite en bon ordre. Les Canadiens eurent, dans cette seconde action, deux hommes de tués, et quatre de blessés ; du nombre de ceux-ci furent les deux commandants. Sainte-Hélène mourut de sa blessure quelques jours après, au grand regret de toute la colonie, qui perdait en lui un des hommes les plus braves qu'elle ait jamais eus. Pendant l'action, M. de Prontenac, à la tète de trois bataillons, s'était avancé au bord de la Petite-Rivière, qu'il n'eut pas besoin de passer. La nuit suivante, l'amiral fit porter aux siens

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cinq piècco d'artillerie, avec lesquelles ilG.s'îiva::oèreiit dans le dessein de battre la ville en brèche. Ils lurent rencontrés par des détachements qui se séparaient à point nommé pour les attirer dans des embuscades, puis PC réunissaient pour combattre en reculant à petits pas. Enlin. rendus à une maison palissadée, les ( 'aTiadiens firent un feu si meurtrier, qu'ils arrêtèrent toute l'armée. Dans ce moment, les ennemis firent jouer letirs pièces de campagne ; mais on leur répondit chaudement de la batterie qui était à la porte de la Petite-l^viére ; tandis que l'artillerie anglaise fit si ])eu d'effet, qu'il n'y eut qu'un jeune écolier de tué, et un î auvage blessé. A la nuit close, ils s'éloignèrent en jurant contre les Français, qui se battaient, disaient-ils, derrière des haies et des buissons à la manière des sauvages. La nuit du 21 au 22 lut 1rèsobscure, et il plut beaucoup ; ils en profitè]*ent ];Our décamper, et regagnèrent leurs chaloupes sans se donner même le temps d'emporter leur canon. Le 23, la flotte leva l'ancre, et se laissa dériver à la ïnarée. Phipps avait perdu autour de Québec prè^; de, ^jOO hommes, et, pour comble de disgrâce, il pe:dit encore presque toute sa flotte en redescendant le fleuve.

180. Le général AVinthroji, à la tête d'une armée de 3000 hommes, anglais, iroquois et mahingans, devait attaquer le gouvernement de Montréal, pendant que la flotte anglaise ferait le siège de Québec. Cette tentative eut encore moins de succès que la première. Les Iroquois attendaient depuis ]}lusieurs jours les Anglais et les Mahingans, qui arrivèrent enfin au rendez-vous avec ime armée affaiblie ])ar les ravages de la petite vérole. Dans leur mécontentement, ils reprochèrent à leurs alliés de n'être venus que pour les empoisonner. En effet, plusieurs furent bientôt attaqués de la même maladie, et il en mourut jusqu'à 300. Il n'en fallut pas davantage pour débander toute l'armée, et faire échouer l'entreprise.

190. Les colonies anglaises continuaient toujours à envoyer de temps à autre des détachements pour appuyer les Iroquois du côté de Montréal. Au com-

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mcncomontcraoLiL (1691), M. de Callïèrcs eut nouvolki (ju'uu de CC3 partis avait été vu sur la rivière lUclioliou. C'était une petite ti'oupe d'environ troin cents hommes, anglais, mahingans, sokoquis et. agniers, sous. Ie3 ordres du major Schuyler. Le gouverneur de ]\rontréal assembla f;cpt à huit cents hommes, et Ich mena camper à la Prairie do hx Madeleine. Un matin, une heure avant le jour, la sentinelle aperçut des gens qui se glissaiePit le long de la hauteur sur laquelle était le fort. C'étaient des ennemis, qui, profiliint de la pluie et de l'obscurité, se logèrent dans le quartier des milices, que l'on avait laissé dégarni cette nuit-lf;. M. de Callières était retenu au lit par une grosse fièvre. Au bruit de la sentinelle, M. de Saint-Cirque, ancien capitaine qui commandait en l'absence du chevalier do Callières, arriva le premier avec son bataillon à la vue du quartier des milices, et, souj> çounant que les ennemis pouvaient s'en être emparés, il s'arrêta pour s'en éclaircir. Bans le moment, on fit sur lui une décharge de mousqueterie, dont il. fut blessé à mort, avec plusieurs des siens. Le second bataillon arriva dans l'instant, conduit par M. de la Chassaigne, et donna tète baissée sur l'ennem.i, qui céda après une assez vigoureuse résistance. Un ])etit détachement les suivit ; malheureusement, il tomba dans une embuscade, et tous ceux qui le composaient furent tués. Les confédérés continuèrent la retraite, dans une contenance qui sentait beaucoup moins les vaincus que les vainqueurs ; lorsqu'ils rencontrèrent M. do Yarennes, qui était parti de Chambly au premier bruit du combat. Les ennemis l'attaquèrent avec beaucoup de confiance et de résolution. Il se trouvait, en cet endroit, deux grands arbres renversés. Do Varennes, avec autant de sang froid que s'il eût commardé un exercice, se fait un retranchement do ces arbres, place sa troupe derrière, et lui fait mettre ventre à terre, pour essuyer le premier feu des ennemis. Faisant alors relever ses gens, il les partage en trois bandes, fait une décharge générale ; puis, avec une présence d'esprit et une promptitude incroyables, il

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les range en bataille, et charge i'ennciui avec tant de vigueur, quMI le fait plier ])artout. JjCS confédérés .se r.i! lièrent néanmoins jusqu'à deux fois; mais, après une heure et demie de combat, ils furent contraints de se débander, et la déroute fut entière. Le jeune et vaillant LeBer Duchènc se distingua à la tète des Canadiens, et fut blessé à mort.

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