BEAUHARNAIS
CIIAPITEE X.
M. «le Beauharnais gouverneur — 'M. Dupuy intendant — Mort de Mgr de Saint-Valier — Difucultos entre le chapitre et le conseil — M. llocquart intendant — Expédition de Ligneris contre les Renards — Mgr Dosquetcoadjuteur de Mgr de Mornay — Naufrage de l'Eléphant — Fort d'Oswégo— Niagara fortifié — Fort do la
ë ointe à la Chevelure — La Vcrcndryc découvre les inontagnes .ocheuscs — Prise de Louisbourg.
223. Nomme gouverneur général de la Nouvelle- France le 11 juin 1726, M. de Beauharnais arriva à Québec vers la fin d'août, avec le nouvel intendant M. Dupuy, qui venait remplacer M. Bégon. M. Dupuy était un homme instruit et accoutumé aux affaires, mais extrê^mement prétentieux, c II n'est pas aisé, t disait en parlant de lui M. de Beauharnais, de vivre < avec un homme d'une hauteur qui passe l'imagi- ( nation. C'est un homme absolument hors de sa € sphère. » En elfet, sans la modération du gouverneur, on aurait vu se renouveler les scènes scanda-
dcuses des mauvais jours de M. de Frontenac.
224. Deux ans s'étaient à peine écoulés depuis la mort de ^I. de Yaudreuil, cj^ue le Canada eut encore à déplorer la perte de son second évèque, Mgr de Saint- Valier, qui mourut dans la nuit du 25 au 26 décembre 1727, à riIopital-Général de Québec. La mort de ce prélat fut suivie de difficultés fort graves entre rarchidiacre 31. de Lotbinière et le chapitre. L'intendant a3'ant cru devoir prendre la défense de l'archidiacre, il s'ensuivit une querelle très-vive entre lui et le conseil d'une part, et le gouverneur de l'autre. Les choses s'envenimèrent au point, que ]\r. de Beauharnais crut devoir se rendre au conseil, et adresser à tous les membres des reproches a-sez vifs, de ce que, sans le consulter, on s'était md.' «l'intervenir dans des matières aussi délicates que celles dont on s'occupait; et, au nom du roi, il d 'fendit aux officiers du conseil de rendre arnjun arrêt cur l3 iv.ijct en question, jusqu'à ce qu'il eût plu à sa
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majesté d'en ordonner. Lu lultc uo so Lenunia qu'au mois de septembre 1728, lorsque le roi eut fhit connaitro sa volonté, et déchiu\'ii:é }L l):v^•Av de s(vs fonctioj s d intendant.
225. Le sieur Dupuy partit au moio d'octobre, et LI. d'Aigremont fut chargé de le remplacer comme commissaire ordonnateur, en attendant qu'un autre fût nommé à cette place. M. d'Aigremont ne jouit pas longtemps de son élévation ; il mourut peu après, universellement regretté. M. Ilocquart exerça après lui les fonctions d'intendant, sans en avoir le titre, qu'il ne reçut qu'en 1731.
226. La tranquillité dont jouissait le Canada depuis la paix d'Utrecht, fut un instant troublée par les courses et les pillages des Outagamis, ou Renards. M. de Beauharnais, poussé à bout, jura de les extermine.'. Il donna à M. de Ligncris 450 canadiens, avec ! ept ou huit cents sauvages. Cette petite armée partit de Montréal au commencement du mois de juin 1728, et, prenant la route de l'Outaouais, arriva à Chicacco vers la mi-août. Ils v trouvèrent, ranimés sur le rivage et prêts à s'opposer à leur descente, les Mal ho mines, ou Folles- Avoines, que les Outagamis avaient entraînés dans leur alliance.
227. A peine les Canadiens eurent-ils mis pied à terre, qu'ils chargent les Malhomines en poussant do grands cris, et, après une résistance assez vive, les enfoncent et les mettent en déroute. Le bruit de cette défaite répandit la tei-rcur parmi les tribus indiennes, et les Outagamis les premiers prii'cnt la fuite. Ligneris se mit en devoir de les ])Oursuivre ; il remonta la nvirre des Outagamis jusqu'à sa source, et s'avança jusqu'à leur dernier fort, sur une rivière qui tombe dans le \Visconsin. Mais on ne put les atteindre ; il fallut se contenter de détruire leurs bourgades, avec les dépôts de mais qui n'y trouvaient, et de ravager la campagne, afin de leur oter tout moyen de subsistance. Cette ex])édition, si peu satî-;fîxisante qu'elle fat, eut cependant le bon efiet de rendre pour un temps la paix à ces contrées, et
1720-31] lîKAUilARXAIS. VVJ
d'îi^s'.iiVi* lo i coriiinuiiicîitioîis entiv Ki (,'u:!udu ot lu Loviisiano.
228. .Vpivslamortdc Mgrde Saint-A'alicr, le jiouvcl évoque, Zvl. de ^lorna}', ne pouvant se rendre dans Ro:i diocc'sc à cause de son grand âge et de ses infirmités, le roi lui fit nommer pour son coadjuteur ]V[. Do.^quet, qui fut sacré sous le titre d'évcque de Samo3. M. Dosquet s'embarqua sur VEléphnnt, vaisseau du roi, commandé par le û\s de feu 31. de A^audreuil. Il était accompagné de M. de la Tour (1). nommé doyen du chapitre de Québec. Sur le point d'arriver, V Eléphant donna sur un écueil en iace du cap Brûlé, à une douzaine de lieues de (Québec, et se perdit ; on put cependant sauver l'équipage et les passagers avec une partie de la charge.
229. Il y avait déjà quelques années (1723) que le gouverneur de la Xouvelle-Angleterre, 31. Burnet, avait établi un comptoir à Chouaguen,ou Oswégo, et il Tavait même protégé par un fort à l'entrée de la rivière du même nom. Les Anghiis auraient vo ilu, comme le sieur Joncaire, avoir leur cabane à T: onnontouan, et en avaient fait la demande à ce canton ; mais les Tsonnontouans répondirent : « Xotre terre est en paix ; les Finançais et vous n'y pourriez -)as demeurer ensemble sans la troubler : que Joncaire y ait sa cabane, à la bonne heure ; il est enfant de la nation, il jouit de son droit. » M. de Vaudreuil avait cru devoir appeler l'attention du ministre sur ces tentatives d'empiétement des Anglais. Le marquis de Beauharnais, animé des mêmes craintes, demanda aux Tsonnontouans de lui permettre de ])rotégcr par un fort en pierre le poste important de Niagara, t De peur, leur disait-il, que les Anglais ne s'en prévalent pour vous asservir. ï Lorsqu'il voulut faire ; es plaintes à M. Burnet d'avoir fortifié Oswégo, celui-ci lui reprocha à son tour la construction du fort de
(1) L'abbc (lo la Tour est auteur d'un ouvrage intitula : " Mémoiieg sur la vie de Mgr de Laval, " dont il n'a paru que le premier volui;ie, l'impression du second ayant été empêchée, dit-on, pnr la famille de Mgr de Saint-Valier.