‹ Histoire du Canada à l'usage des maisons d'éducationChapitre 36 sur 59 · DE LA JONQUIÈRE · texte numérisé non relu

DE LA JONQUIÈRE

flotte anglaise de dix-sept vaisseaux, sons les ordres des amiraux Anson et Warren. M. de la Jonquière se battit héroïquement pour sauver les transports ; mais, les six vaisseaux de lignes ayant été pris, le reste de la flotte fut contraint d'amener pavillon.

239. La conquête de Louisbourg, efiectuéc par les seules forces des colons de la Nouvelle-Angleterre, fit com2:)rendre à tout le monde que le Canada ne pourrait être longtemps conservé sans quelque mesure énergique. Le comte do la Galissonnière, qui avait été nommé (10 juin 1747)pour remplacer ad interhn^L de la Jonquicre, prisonnier des Anglais, proposa d'établir une suite de forts bien situés et bien approvisionnés, depuis le Saint-Laurent jusqu'à la Louisiane ; do faire venir de Franco 10,000 cultivateurs pour j^cupler les bords des lacs et des principaux affluents du Mississipi ; d'empêcher les colons anglais de franchir les AUeghanis; enfin d'attirer tous les Acadienssur le territoire français, ou en deçà de la péninsule de la i^ouvelle-Ecosse.

240. Pour préluder à l'exécution des vastes projets qu'il suggérait au gouvernement, le comte de la Galissonnière fit construire ou augmenter les forts de Gaspareaux et de Beauséjour, sur l'isthmxC d'Acadie ; celui de la Présentation entre Montréal et le fort Frontenac, et celui de Toronto, ou Eouillé, entre ce dernier et Détroit. Dès lors, il y eut, de Québec au Mississipi, une grande ligne de postes militaires qui assuraient les communications entre le Canada et la Louisiane ; elle se composait de Québec, Montréal, la Présentation, Frontenac, Toronto, Détroit, fort des Miamis, Saint- Joseph, Chicago, Crèvecœur sur l'Illinois, et le fort de Chartres sur le Mississippi. On forma en outre une autre série de postes plus avancés, entre le lac Ontario et le Mississipi, destinés à fortifier la frontière et à assurer la possession de l'Ohio, ou Bellc-Ptivièrc. Cette ligne commençait à Niagara, et se continuait par le fort de la Presqu'île, celui de la rivivi'c aux Bœufs, celui de Machault et le fort Duqucsnc, qui fut élevé un peu plus tard.

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241. ^l. de la Galissonnière réorganisa la milice, et la porta à 12,000 hommes. En même temps, il envoya un détachement de 300 hommes dans la vallée de rOhio, pour en chasser les traitants et les colons anglais, avec ordre de reprendre possession du pays d'une manière solennelle. Sa présence dans la colonie eut été sans doute d'un grand secours au milieu des difficultés où elle se trouvait. Mais la cour avait besoin de ses services ; il fut rappelé en France, et nommé, ainsi que M. de Silhouette, pour discuter la question des limites de l'Acadie, avec les commissaires anglais MM. Shirley et Mildmay. Il quitta Québec le 24 septembre 1749.

242. <L Quand je pense, dit le célèbre naturaliste Kalm, à toutes les belles qualités qui brillaient en M. de la Galissonnière, je ne puis ei\ faire asse:: <rélo<]re. Il a des connaissances étonnantes en toutes les sciences, mais surtout dans les sciences naturelles, où il est tellement versé, que, quand il commenf;ait à me parler sur ce sujet, je m'imaginais voir notre grand Linnée sous une forme nouvelle. Jamai.; l'histoire naturelle n'a eu en ce pays un plus grand protecteur, et il est douteux qu'on 7ie revoie ici son pareil. »

243. Le marquis de la Jonquièrc, qui avait recouvr.'sa liberté l'année précédente, 2)rit possession de son gouvernement le 2 septembre 1740. La méjuoirc récente des grandes actions qu'il avait faites sur mer, le lit regarder d'un bon œil. Il avait instruction de suivre les plans de M. de la Galissonnière, qui lui laissa en effet beaucoup de mémoires instructifs; mais U n'en put goûter tous les projets.

244. Jusqu'à cette époque, les Canadiens avaient eu rarement sujet d'accuser leurs gouverneurs ou leurs intendants de péculat ou de concussion dans la régie des finances. Mais, à l'arrivée du marquis de la Jonquière, la corruption commença à se montrer chez la plupart des fonctionnaires publics. Le gouverneur se fit beaucoup d'ennemis en attirant dans la oolonie piusieui's de ses parents, auxquels ils distribua

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