‹ Histoire du Canada à l'usage des maisons d'éducationChapitre 38 sur 59 · DUQUESNE · texte numérisé non relu

DUQUESNE

Diiiwiddie, gouverneur de cette province, résolut -y au cliasser les Français. Cette mission fut contiéf (1753) à un jeune homme de vingt-et-un ans, qui se taisait déjà distinguer par l'ardeur de son patriotisme et la fermeté de son caractère. C'était George Washington, qui était alors major des milices de la Virginie. Washing:on vint, en qualité de commissaire, parlementer avec les Français, et les somma d'évacuer le territoire de la vallée de l'Ohio. Le major virginieii »>»J^. A j^v/^fif. tous ses instants pour bien observer le.pays et la posntiGi". dec français. A son retour, il indiqua comme la clef du pa;y» on litiQ% «"'Jï filiale occuper et fortifier, le confluent des deux rivier^r, Alléghani et Monongahéla, qui par leur réunion forment la Belle-Rivière, ouOhio. Mais, à ce moment même, les Français choisissaient ce lieu pour y élever le fort Duquesne. C'est aujourd'hui la grande vilK? <lc Pittsboui'g.

248. Au commencement d'avril 1754, AVashington, nommé lieutenant colonel, repartit à la tète de deux compagnies, pour aller occuper le territoire contesta. M. de Contrecœur chargea un de ses officiers, M. de Jumonville, de sommer les Anglais de se retirer. Jumonville, obligé de traverser des forêts et des territoires habités par des sauvages ennemis ou suspects, avait pris une escorte de trente-quatre hommes. Dans la nuit du 27 au 28 mai, il fut cerné ■[mr les troupes de Washington, attaqué dès le mîxtin. et tué avec neuf des siens, quoiqu'il portât un pavillon de parlementaire; le reste de la troupe fut fait prisonnier, excepté un seul, qui se sauva, et vint apporter au fort Duquesne la nouvelle de cette déplorable affaire.

249. 31. de Contrecœur, le 28 juin, envoya 3[. do , Villiers, frère de Jumonville, avec 600 canadiens et' 100 sauvages, venger la mort de son frère, et repous- i ser l'ennemi. M. de A'illiers se conduisit avec énergie./ I/c fort Nécessité, défendu par 500 anglais et ncuf^ pièces de canon, fut enlevé au bout de dix heures de^ oombat. Malgré une pluie torrentielle, la mousquc^

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terie des assiégeants fit taire rartiiieric aiiglaiiLO. Les assiégés, qui avaient eu quatre-vingt-dix hommes tués ou blessés à mort, se décidèrent à capituler, et s'engagèrent à s'en retourner dans leur pays. Leur fuite fut si 2)récipitce, qu'ils abandonnèrent jusqu'à leur pavillon. Cette victoire n'avait coûté à M. de Yilliers que deux hommes tués et soixante-dix blessés.

CHAPITllE XII.

Commencement de la guerre avec les colonies anglaises — Prit-e de VAlcide et du Lis — Expéditions do Braddock, de Mcnkton, de Johnson et de Shirlcy — Mesures jjrises par M. de Vaudreuil pour la campagne de 175G.

250. L'Angleterre ne laissait plus ses commissaires à Paris que pour sauver les apparences ; on avait déjà donné l'argent et les troupes nécessaires pour la guerre, et le général Eraddock était choisi pour commander les troupes que l'on envoj^ait en Amérique.

251. La France, de son côté, se prépara à soutenir ses prétentions par la force. L'amiriiï Dubois de la Mothe partit avec une puissante escadre, qui portait plusieurs régiments de vieilles troupes et un grand approvisionnement d'efiels militaires. Il arriva sur les bancs de Terre-Xeuve ])resque en même temps que l'amiral anglais Boscavren, à qui l'on avait donné onze vaisseaux de ligne et plusieurs frégates pour intercepter ce convoi. Les brouillards séparèrent l'escadre française. Ij' Alcide et le X^'s soutinrent seuls tout le feu des Anglais, et furent contraints de se rendre. Ces deux vaisseaux avaient à bord M. Eigaud de Yaudreuil, huit compagnies de troupes et beaucou]) d'officiers du génie.

252. Lraddock, en arrivant en Virginie, tint une 'Onférence avec tous les gouverneurs de province. 1 fut arrêté qu'on attaquerait le Canada par quatre ndroits à la fois: liiaddock lui-même, à la tète des roupes régulières, marcliciait contre le fort Duuesne ; Shirley, avec les tro:.ii.c.. ])rovinciales, contre

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Kiagara ; Johnson contre le fort Saint-Frédéric; enfin Monkton, du côté de l'Acadie, devait s'emparer de Gasparaux et de Beauséjour.

253. Monkton, qui commandait un corps de 3,000 hommes, détruisit les restes de la domination française en Acadie. Les généraux anglais, contre toutes les règles suivies parmi les nations civilisées, attirèrent les malheureux Acadiens dans un piège à Grand-Pré, brûlèrent leurs maisons, dévastèrent le pays, les embarquèrent pêle-mêle sur leurs vaisseaux, et les dispersèrent dans les différentes colonies depuis Boston jusqu'à la Caroline, les abandonnant, sans pain et sans protection, dans une terre étrangère, à la charité des particuliers.

254. L'expédition commandée par Braddock partit de la Virginie au mois de juin ; elle était forte do 2,200 hommes. Le général se rendit sur les bords de rOhio, où il laissa la moitié de ses forces, et mena le reste jusqu'à quatre lieues environ du fort "Duquesne. LA, le colonel Washington lui conseilla de se tenir sur ses gardes, et lui offrit de le devancer, alin de ])révenir les surprises. Le brave mais trop confiant Braddock dédaigna l'avis, et précipita sa marche vers le fort. A midi le 9 juillet, il s'engagea dans un défilé où l'attendait M. de Beaujeu, à la tète de 220 canadiens et 650 sauvages. Un combat sanglant de trois heures s'ensuivit ; Braddock fut blessé à mort, après avoir eu cinq chevaux tués sous lui, et plus de la moitié de ses gens (1.300 hommes) restèrent sur le champ de bataille, ou furent noyés dans la Monongahéla. Washington et ses miliciens se battirent mieux que les réguliers, et assurèrent la retraite de ceux qui échappèrent au désastre. L'armée française ne perdit que quarante hommes; mais elle eut à regretter la mort de son commandant M. de Beaujeu, qui fut tué dès le commencement de l'action.

255. Le général Johnson était chargé d'attaquer le centre, vers le lac Saint-Sacrement. Son armée, (•>mt)os6e de 5.000 hommes, ])artit d'Orange, et se d'î-iii-ea vers lo fort Saint-Frédéric, où le baron

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Dieskau attendait les Anglais avec 3,000 hommes. Celui-ci, ayant été informé qu'un détachement anghiis h-availlait à se retrancher au fort Ljdius, ou Edouard, laissa la moitié de son monde à 8aint- Prédéric, et voulut aller le surprendre avant que les travaux ne fussent troj) avancés. Arrivé à une lieue du fort des Anglais, il apprit qu'il avait laissé derrière lui le gros de l'armée ennemie, et que même il ne restait j^lus que 500 hommes au fort Lydius; làdessus, il rebrouse chemin. L'armée française ]i'était qu'à une petite distance du camp de Johnson, lorsqu'elle rencontra un détachement de 800 anglais, qui s'en alhiieut au secours du fort Lj'dius. Le feu fut très-vif de part et d'autre, et la victoire resta aux .Français. Dieskau voulut profiter de l'élan des siens et du désordre de l'ennemi pour enlever le camp de Johnson ; mais la fatigue rebuta les sauvages, et, malgré des 2)rodiges de valeur, les troupes régulières ne purent forcer les retranchements anglais. Cotte attaque coûta au baron Dieskau sept oti huit cents des siens, et lui-même fut grièvement, blessé et fait prisonnier.

25'). Shirley, qui était chargé de conduire l'expédition dirigée contre I^Tiagara, se rendit à Chouagueiî, où il attendit des provisions j^endant deux mois entiers, et finit par remettre l'attaque à la campagne suivante.

257. Le marquis de Yaudreuil, à qui les opérations <le la dernière camj3agne avaient fait reconnaître l'importance de la position de Carillon, y fit faii\^ quelques travaux do fortifications, pour protéger les approches du fort Saint-Frédéric, assurer la navigation du lac Champlain, et fermer aux Anglais hi principale entrée de cette frontière du Canada. Mais il ne voulut pas seulement se tenir sur la défensive ; pendant l'hiver, il travailla à ruiner les 2:>rc])aratirs de l'ennemi. IjCs Anglais tenaient en réserve, au fort Bull, situé entre Chouaguen et Schénectady, une grande quantité de provisions, et des munitions de lonte sorte, qu'on dirigeait sur Chouaguen. Le

gouverneur chargea de Léiy, fils de l'ingénieur du même nom, d'aller prendre ce fort, avec 166 canadiens, 82 sauvages et 93 hommes des troupes de la marine. Le fort, qui n'était gardé que par 90 hommes fut enlevé dans un peu plus d'une heure. Les français y mirant le feu, apros s'être emparés des provisions, dont on avait un extrême besoin dans la colonie. Presque dans le même temps, le brave de Yilliers, pour tenir en échec la garnison anglaise de Ohouaguen, alla asseoir son camp sur les bords de la rivière au Sable (Sandy Creek), et y construisit un petit fort en pieux. De là, il attaquait souvent l'ennemi, pillait ses munitions, et rendait fort difucile la communication entre Chouaguen et la vallée de la rivière Mohawk. Du côté de la Eelle-Eivicre, Dumas, qui avait remplacé M. de Contrecœur, tint continuellement des partis en campagne, et fut secondé par les sauvages alliés, qui détruisirent plusieurs villages sur les frontières.

CHAPITEE XIII.

Campagnes de 1756 et 1757 — Arrivée de Montcalm, de Lévis, do Eourlamaque — Prise de Chouaguen et de William-Henry.

258. La guerre qui devait décider du sort de la Xouvelle-France était réellement commencée depuis deux ans, lorsque la déclaration solennelle en fut laite par la Grande-Bretagne sous George II le 18 nuii 175G, et par Louis XV le 9 juin suivant. Pour la soutenir avec gloire, la France envoya en Canada de ses meilleurs troupes, un bataillon du régiment de la Sarre, et un bataillon de Poyal-Poussillon. Le marquis de Montcalm vint remplacer le baron Dieskau au commandement de l'armée. Quoique simple maréchal de camp, il avait les pouvoirs et faisait les fonctions de lieut<^nant général des* armées du roi.

259. Avec M. de Montcalm, arrivèrent au:<si plusieurs officiers : le chevalier de Lévis, depuis drtc de

liévis et maréchal de France ; de Bougainviiio, aide de cainp de Montcalm, alors capitaine de di-agon.s ; Bourlamaque, colonel d'infantei'ic et ingénieur, officier du premier mérite, qui, à des talents supérieurs joignait encore le sentiment des convenances et une grande fermeté do caractère.

2u0. Le marquis de Montcalm n'eut qu'à se féliciter de ses premières relations avec M. do Yaudreuil ; mais il ne tarda pas à reconnaître les abus nombreux qui exisi+«.îA"<^^ on Canada. Il s'en plaignit^ f^t la bonne entente pm-uo ^.^ *,MVtîfrîr. Peu de v^.^^^p?» ^^vès l'arrivée du nouveau général, commencèrent à se révéler les premières indications de faits graves, accusant des désordres considérables dans les ditférentes parties de l'administration : Timprobitéde la plupart des fonctionnaires de la colonie, surtout de l'intendant et de ses complices ; la faiblesse du gouverneur ; la formation de deux partis jaloux l'un de l'autre, les troupes de l'armée régulière, et les milices canadiennes.

261. La disposition générale adoj)tée pour les opérations de l'armée française, en 175(i, fut de se tenir sur la défensive, de faire quelques courses sur le territoire ennemi, et surtout de surprendre le fort Chouaguen. Le chevalier de Lévis fut chargé de la garde de Carillon. M. de Bourlamaque, devait, du fort Frontenac, observer Chouaguen et la route du lac Ontario. Niagara fut fortifié de nouveau, et confié à M. Pouchot, capitaine au régiment de Béarn : on mit des troupes à Gaspéetsur la frontière acadiei^nc ; les garnisons de Louisbourg et du fort Duquesne furent augmentées : enfin l'on se tint prêt partout.

2G2. M. de Montcalm se porta de sa personne à Carillon, pour attirer toute l'attention do l'ennemi sur ce |)oint, pendant que Bourlamaque préparait, au fort Frontenac, tout ce qui était nécessaire pour l'attaque de Chouaguen. Laissant îilors le chevalier de Lévis à Carillon avec 3,000 liommes, conti-e les 8,000 anglais que commandait le comte de Loudouiî, il alla rejoindre Bourlamaque, et débarqua son arince,

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le 10 août, à une demî-lîcuc du fort Ontario, qui était situé en face de Chouagucn, Le colonel Bourlamaquo, chargé des opérations du siège, ouvrit la trancliée à quatre-vingt-dix toises. Le 13, les Anglais furent contraints d'évacuer le fort Ontario, qui fu immédiatement occupé par les troupes française. . Le lendemain au matin, ^L Kigaud de Yaudreuil 2>assa à la nage, avec ses canadiens et ses sauvages^ la rivière Chouagiien, ou Oswégo, et, malgré le feu le plus vif, il alla occu2:)er les hauteurs qui dominaient Chouaguen, et couper les communications entre ce fort et le fort George. Le feu plongeant que fit la batterie des Canadiens, obligea, le lendemain les Anglais à capituler. Cependant ils n'avaient encore perdu que 150 hommes, du nombre desquels se trouvait le colonel Zdercer. Plus de 1600 prisonniers, cinq drapeaux, 113 bouches à feu, 5 bâtiments d<guerre, plus de 200 barques ou bateaux, avec d'immenses approvisionnements d'armes et de vivres, tombèrent au pouvoir des Français, auxquels cette victoire ne coûta que 30 hommes tués ou blessés. MoLitcalm détruisit les fortifications de Chouaguen, ot revint à Carilloii, où il s'occupa de terminer les travaux de défense de ce fort.

203. La pii^e do Chouaguen dérangea les plany de-. Anglais, et laissa la Xouvelle-York plus que Jamais exj^oséo aux incursions des bandes canadiennes et aux cruelles attaques des sauvages alliés. En efîet,pendant le reste de la campagne, la Pensylvanie et ]?. Virginie furent tellement ravagées, que les <-olons reculèrent plus de quarante lieues au-delà des Alléghanis, abandonnant maisons, récoltes et bestiaux. Le chevalier de Yilliers, à la tête d'un détachement de 55 hommes, alla même jusqu'à vingt licusi* de Philadelphie, prendre le fort Grcnville, où tuuc fut brûlé, tué ou fait prisonnier.

2G4. Malgré les succès obtenus, le Canada, miné à l'intérieur par l'incoivluite des administrateurs, épuisé par la famine, ne pouvait résister longtemps aux forces considérables que l'Angleterre ne cessait d'en-

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voyer en Amérique, M= de Vaudreiiil demanda au ministre des secours en vivrez et en soldats. Malheureusement, la guerre continentale absorbait les ressources du gouvernement français, et le Canada fut non-seulement négligé, mais regarde comme un obstacle à la guerre d'Allemagne ; on n'accorda â M, de Yaudreuil que 1500 hommes. Pendant ce temps, Pitt, devenu ministre, profita de la faiblesse ou de l'embarras où se trouvait la France, fit d'im^ menses préparatifs, envoya aux colonies anglaises 10,000 soldats, et résolut de couper toute communication entre la France et le Canada.

265. Une flotte anglaise de plus do 20 vaisseaux, avec 12,500 hommes de débarquement, vint mouiller à Halifax. Elle était destinée à reprendre Louisbourg, qui avait été cédé à la France lors de la paix d'Aixla-Chapelle, en 1748, La lenteur de l'amiral IIolbourne permit à M. Dubois de la Mothe do jeter dans cette place une si forte garnison, que l'ennemi crut inutile d'en former le siège.

266. Avec les quelques secours envoyés de France, MM, de Yaudreuil et Moutcalm formèient leur plan do campagne, et décidèrent que l'on prendrait, cette année (1757), le fort George, ou William-Henry, qui était établi à la tête du lac 8aint-Sacrement. Montcalm l'investit complètement avec une armée de 7,600 hommes, dont 3,000 réguliers. Le général Monroe se défendit vaillamment pendant six jours.. Dans cet intervalle, le général Webb, qui n'était qu'à cinq lieues de distance avec 4,000 hommes, refusa constamment de le secourir. L'impossibilité oii l'on était de nourrir tant de prisonniers décida !Montcalm à les renvoyer, à condition de ne pas servir oontre la France pendant dix-huit mois. Le lendemain de la capitulation, les Anglais se inirent en route sans attendre l'escorte qui avait ordre de les protéger contre les attaques des indiens ; ils avaient encore eu le tort de donner du rhum à ces sauvages, malgré le*, représentations ex^^resses des généraux fran^'ais, A peine étaient-ils sortis du fort, que les

5auvages alliés, ivres et furieux, les attaquèrent, pour piller leurs bagages. Les Anglais, qui avaient conservé leurs armes, au lieu de faire bonne conteuance devant les indiens, se sauvèrent en désordre. Les sauvages, excités ])îiv la lâcheté des fuyards, en tuèrent quelques-uns, et en firent un bon nombre prisonniers, qui fui-ent plus tard renvoyés dans la N'ouvelle- Angleterre. Les fortifications furent rasées, comme colles de Chouaguen,

CHAPITEE XIV.

Campagne de 1758 — Famine — Prise de Louisbourg — Bataille de Carillon— Prise et destraction du fort Frontenac — Abandon du fort Duquesnoo

2G7. L'hiver do 1757 à 1758 fut extrêmement long ut rude o La famine allait toujours en augmentant ; lo peuple était réduit à deux onces do pain par jour, et tout était d'une horrible cherté. Au mois do mai, il n'y îivait presque plus de pain, ni de viande ; la livre de bœuf se vendait 25 sous ; la livre de farine autant. Pour comble do malheur, lo pou de vivres qu'envoyait la France fut en grand(> partie intercepté par les Anglais.

208. Au milieu de cet état de souffrance et de gêne, certains fonctionnaires et employés du gouvernement trouvaient moyen de passer le temps fort agréablemont. Des bals et des repas se donnaient au palais de l'intendant. <î On y jouait, dit M. Doreil, un jeu ;\ faire trembler les plus déterminés joueurs. Ileurou- >jement pour ceux do nos officiers qui ont joué, que M. Bigot, qui est en état de perdre, a bien fait Icd donneurs de cette partie; il lui en a coûté environ 200,000 livres. 2) On jouait aussi à ^Montréal chez M. de YaudreniL Le roi avait cependant défondu les jeux do hasard ; mais ses ordres étaient honteusement violés,

2G0. Malgré la disette, la rareté des munitions et la disproportion du nombre, le Canada ne dé.sespérait

15G ' ■) VATJDREUIL-MONTCALM. [1758

pas de la lutte, c Koiis combattrons, écrivait Montcalm au ministre ; nous nous ensevelirons, s'il le faut, sous les ruines de la colonie. ) On n'avait cependant que moins de 6,000 hommes à opposer aux 50,000 que l'Angleterre et les colonies avaient mis à la disposition du général Abercromby, qui pouvait encore compter sur un corps de réserve de 30,000 miliciens.

270. Les Anglais se préparèrent à envahir le Canada par trois points: Louisbourg, Carillon (Ticondéroga), et le fort Duquesne, Les opérations commencèrent par Louisbourg.

27 L L'amiral Boscawcn arriva devant Louisbourg le 2 de juin, avec une flotte de vingt-quatre vaisseaux de ligne, dix-huit frégates, cent cinquante transports et 12,600 hommes aux ordres du général Amhcrst. La garnison était deprès de 7,000 hommes, tant soldats que miliciens et sauvages ; les fortifications étaient mauvaises et incomplètes, malgré les représentations du gouverneur de la place, M. de Drucour, et il n'y avait dans le port que cinq vaisseaux hors d'état de lutter contre la flotte de Boscawen; de sorte que, par siège, ou par blocus et famine, les Anglais devaient ^U'endre Louisbourg. Le dé}3arquemcnt commença le 8 juin, et le général Wolfe fut un de ceux qui contribuèrent davantage au succès de l'attaque. Pendant le siège, madame de Drucour montra beaucoup de courage, excitant les soldats à se bien défendre, mettant elle-même le feu au canon trois fois par jour. Après une résistance de près de deux mois, le gouverneur crut devoir capituler. Les ramparts étaient démolis, l'artillerie hors do service; 800 soldats avaient été tués ou blessés ; 1200 autres étaient malades. M. de Drucour fut contraint d'accepter les conditions du vainqueur. Il demeura prisonnier de guerre avec toute la garnison, et les habitants furent transportés en l^Vance.

272. L'expédition contre Carillon était conduite par le général Abercromby ; l'armée anglaise se montait à 16,000 hommes, dont 7,000 de troupes de ligne et 9,000 miliciens. Montcalm, Lévis et Bourlamaque

léfendaient la place avec 'in peu plus de 3,000 homaes. Le 8 juillet, sui' le midi, Abercromby ma^cha^ outre les retranchements français avec beaucoup de vivacité ; son armée était divisée en quatre colonnes, [ont les intervalles étaient occupés i)ar des trouj^es; égères. On laissa l'ennemi s'approcher jusqu'à quaante-cinq pas ; \À, on l'arrêta tout court par un fou .ussi juste que bien noiu-ri. Pendant sept heures, les' olonnes anglaises s'acharjiùrcnt à ciilover le retranhement, et rirent six attaquas consécutives. Entliouiasmée par le courage héroiquo de Montcalm, sa )etit armée se battait avec joi'^ et avec uji entrain .dmirable. Une attaque s'iir le flanc gauche de l'armée innemie fut vigoureusement exécutée par M. do jévis; tandis que du côté opposé la flottille angh^ise Le la rivière de la Chute fut repoussée par le canoLi .e Carillon. Enfin, Abercromby, après un combat ipiniâtre, battit en retraite. 11 avait perdu 5,000 lomnies ; les Français eurent 377 hommes tués ou )lessés, dont 37 officiers. Les Canadiens, partagés !n quatre corps, sous M3I. lîaymond, de Saint-Ours, janaudière et de Gaspé, se distinguèrent beaucoup )endant cette mémorable journée. Le soir de hi 'ictoire, l'iieureux général écrivait, sur le champ de >ataille même, à 31. Doreil, son ami: < Ah ! quelles roLipes, mon cher Doreil, que les nôtres ! je n'en ai amais vu de pareilles. » Abercromby profita do l'obsurité de la nuit pour CiTectuer sa retraite. Il se rem- )arqua sur le lac Saint-Sacrement, et revint établir es quatiers au fort Edouard, sans être poursuivi, >arce que les troupes françaises n'étaient pas en nom- )re suiîisant, et qu'elles étaient trop fatiguées.

273. Quelque temps après, Abercromby envoya !.> ■olouol Bradstreet avi^c 3,000 hommes, attaquer ]^Yonenac, qui n'était gardé que par 70 hommes. M. de *î'oyan, qui y commandait, fut obligé de capituler au )out de deux jours. Les Anglais détruisirent le fort, >râlèrent tous les vaisseaux, emportèrent rartillerie, t se retirèrent au fort Bull.

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