‹ Histoire du Canada à l'usage des maisons d'éducationChapitre 39 sur 59 · La garnison du fort Duque;-.ne, où coniman · texte numérisé non relu

La garnison du fort Duque;-.ne, où coniman

158 VAUDllEUIL-MONTCALM. ^ lT3o-3'JJ

dait !M. do Ligncris, se replia sur le fort MachaulL à l'approche d'une armée de 6,000 hommes commandés par le général Forbes et le colonel Washington. Forbes répara le fort, et lui donna le nom de Pittsbourgc

275. En somme, l'avantage de la campagne de 1758 demeurait aux Anglais» Ils avaient pris Louisbourg^ détruit le fort Frontenac, et occupaient la vallée de rOhio; la brillante victoire de Carillon avait seulement arrêté le mouvement offensif dv. "--^-^ ot retardé encore d'un an la prise d jiinitive du Canau^,

270. MM. de A^audreuil et Montcalm écrivirent aux ministres pour faire coniia-tre la situation critique de la colonie^ qui allait pjrir par la faim et la guerre, si on ne lui envoyait de.:s vivres et des soldats. En même temps, MM. deBougainville otDorcil passèrent en France, aMn d'ap])uyer les demandes de leurs chefs. Mais le gouvernement de Louis XV, servi par une administration inintelligente et corrompue, était sans finances, sans marine, et continuellement occupé à réparer les échecs que ses armées éprouvaient en Allemagino. Aussi le ministre de la guerre, le maréchal de 13elle-Isle, répondit qu'on ne devait compter riur aucun renfort de trouj^es.

(/IIAPITKE XY.

Ciiinpagnc de ITôU — Préparatifs de l'Angleterre — Wolfe devant Quobee — Bataille de A!ontinorency — Succès des armes anglaises du cMq des lacs — Prife de Niagara — Bataille des plaines d'Abraliaiii — Mort de Wolfe et de Montcalm— Pcddition de Québec.

277. \^\\ 1759, les Anglais attaquèrent encore 1« Cantida par trois points différents, comme dans la campagne précédente. Le général Prideaux, avec l'armée qui avait pris le fort Duquesnc, devait s'avancer vers les hics, et couper toute communication avec la Louisiane. Le général Amherst, successeur d'Aberci"(jmby, avait l'ordre de marcher sur ^ilontr'al pnr le lac rhnm])lain et la rivière dePiche-

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lieu avec 12,000 hommes, pour se joindre Vi l'rd-mée qui remonterait le fleuve Saint-Laurent. Le /i;<Jiiéral Wolfe, à la tète de 11,000 hommes, devait :se ])orter dô LoiiiLd)ourg sur Québec, avec une flotte de 20 vaisfjcaiix, 10 frégates et 18 bâtiments inférieurs ; cette flotte était montée par 18,000 marins, A ces 40,000 hommes, soutenus en an-ière par 20,000 hommes de réserve, on n'avait à opposer que 5,500 soldats, les milices et quelques bandes de sauvages. 31, de Vaudreuil fit une levée en masse de ioute la population mâle de seize à soixante ans, et l'enthousiasme <les Caniidiens fut tel, que (.le; entants de douze ans, et des vieillards de quîitix^-vingt, s'enrôlèrent volontairement dans la milice ; il ne resta plus aux champs (jue des femmes et des »:i;fant^-.. Par cette mesure, le nombre des dc'lenseuis de la colonie fut porte Jusqu'à 1,500.

-78. Les forces furent ainsi di.'qjosc'es : le capitaine i^)Uchot fut envoyé à Xiagara avec 300 hommes ; 31. de Corbière à Frontenac, iDOur en relever les fortitications ; M. de la Corne, avec 1,200 hommes, fut chargé de garder la tête des rapides du Saint-Laurent; on plaça sur le lac Champlain M, de Bourlamaquc avec 2,G00 hommes ; Montcalm, Lévis et Bougainville, avec 14,000 hommes, se réservèrent le soin de défendre Québec contre l'armée de AYolfe. En cas d'échec, le rendez-vous de toutes ces troupes était à Montréal.

270, AVolfe, s'embarqua à Louisbourg au mois de mai, et fit voile sur Québec. Ce général n'était âgé (pie de trente-six ans. Il s'était distingué si particulièrement à la prise de Louislx)urg par son intelligence et par son intrépidité, que le général Amherst avait cini devoir le l'ecommander auprès du ministre. Pitt le nomma en efr'et major général, et la conduite de Wolfe justifia pleinement la sagesse de ce choix.

280. On avait elevc' des forts sur tous les ])oints do la frontière, et l'on n'avait rien fait pour mctti-e Québec à l'abri d'une attaque; les remparts étaient. inachevés. Au dernier moment, on couvrit la pince

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Êar une suite do retranchements, sur !outc la cote do ioauj^ort, depuis la ville jusqu'au saut de Montrnorencj'. Ces retranchements étaient, de distance on distance, flanqués do redoutes garnies de canon, dan:^ les endroits où la descente paraissait plus facile. Pour défendre l'entrée de la rivière Saint-Charles, onût, à son embouchure, vis-à-vis la porto du Palais, un barrage composé do mâtures bien enchaînées, retenues l^ar des ancres et protégées par cinq bateaux ])orlant chacun une pièce do canon. Un ]xni on arrière, on coula deux navires marchands pour y établir uno batterie de gros calibre raj'onnant sur le bassin. A l'endroit oii aboutissaient les routes de Beauport et de Charlesbourg, on établit, d'une rive à l'autre, un pont de bateaux, dont les deux têtes étaient défendues par des ouvrages à cornes. On borda la rive droite de la rivière, depuis ce pont jusqu'à la porte du Palais, do retranchements, sur lesquels on plaça do l'artillerio, pour empocher l'ennemi de s'emparer pur surprise des hauteurs de Québec.

281. La flotte do "Wolfe fut guidée par le capitaine d'une frégate française. Denis de Vitré, qu'on avait fait prisonnier, et qui fut largement récompensé de sa trahison. L'illustre Cook rendit aussi à la flotte de très-grands services par ses levés hydrographiques. Wolfe arriva devant Québec le 27 juin. Il trouva, en examinant la situation de la ville et de l'armée françîûse, que les difîicultés do son ontre2)rise étaient plus grandes qu'il ne l'avait sup])osé d'abord. Ses hésitations couflrmorent Montcalm dans la résolution do rester immobile dans L>on camp de ]^eanport, jusqu'à ce que les plans de l'ennemi fussent mieux connus. Wolfo débarqua une partie de ses troupes nu bout do rilo d'Orléans, envoya un détachement «ur les liautonrs de la pointe Lévis pour bombarder la ville, et un îiutro à la cote du nord. Voyant m éammoins qu'il ne ]X)uvait réussir à faire sortir les Français de leurs retranchements, et qu'Amherst ne paraissait pas, il résc^ut do commencer Fait aque. Le 31 juillet, le C\nt^!rio7i,YnmioaiidQ GO, et doux frégates

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vinrent s'cmbosscr près de la côte du saut Montmorency, en face de la redoute de Johnston. Wolfe venait de démasquer, sur les hauteurs de l'Ange-Gardien, une nouvelle batterie de vingt canons et six mortiers. Le feu de l'artillerie anglaise commença à onze heures, et continua jusqu'au soir. Sur les quatre heures de l'après-midi, les berges commencèrent à se rapprocher des vaisseaux échoués, pendant que l'artillerie faisait im feu terrible sur la gauche. Vers cinq heures, les Anglais 3'ébranlèrent ; les troupes campées près de Montmorency, descendirent en colonnes, passèrent à gué au pied du saut, vinrent se joindre à celles deMonckton, qui débarquaient sous la protection des frégates, et se rangèrent en bataille. Onze compagnies de grenadiers et 400 volontaires gravirent une partie de la hauteur, pour attaquer une redoute que M. de Lévis venait d'abandonner. Ce fut alors que commença le feu des Français ; il fut si meurtrier, que cette seule attaque coûta à l'ennemi GOO hommes. Les Anglais n'avaient pa^ tiré moins de trois mille coups de canons, sans compter les bombes et les grenades. En se retirant, ils mirent le feu aux deux frégates qu'ils avaient embossées près de la côte, et qui se trouvaient échouées. 282. Les Anglais étaient plus heureux du côté des lacs. L'armée formidable du général Amherst avait obligé Bourlamaque à faire sauter les forts Saint- Frédéric et Carillon, et à se retrancher dans Tile aux Noix. A l'approche du général Prideaux, les différentes garnisons du Portage, du fort Machault, de Détroit, de la Presqu'île, de Yenango et du fort de la rivière aux Bœufs, furent contraintes de se replier sur Niagara, où commandait M. Pouchot. L'on abandonnoit ainsi sans combattre, faute de soldats et de secours, une vaste étendue de territoire et l'un des plus beaux pays du monde. Prideaux débarqua sans opposition à une lieue de Niagara, et l'investit dans les formes. Tandis qu'il dirigeait les opérations du siège, il fut tué le 20 juillet, et le commandement dv; ^jes troupes passa à sir AVilliam Johnson, quipoursui-

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vit le siège îivoc vigueur, et força M. Pouchot à lui rendre la place. Le fort Frontenac n'ayant pu être relevo, faute de temps, les Anglais se trouvèrent dès lors maîtres du lac Ontario et des pays d'en haut.

283. La victoire de Montmorency semblait terminer la car.\pagne sur le Saint-Laurent. On était rendu îui 12 de septembre. Wolfe avait envoyé çà et là divers détachements pour ravager les campagnes ; mais ces dévastations ne hâtaient guère la prise do Québec, qui était le but principal de l'expédition. Enfin, le général anglais prit le parti de remonter le fleuve, pour chercher, au-dessus de hi ville, un lieu propre à un débarquement. M. de Bougainville observait les mouvements de l'ennemi ; mais Wolfe sut lui doniiei' le chîrnge. Il se rendit jusqu'au Cap-Eouge ; et, dans la nuit du 12 septembre, a^^rès avoir fatigué les Français par de continuelles allées et venues, il redesci-ndit le fleuve, trompa la vigilance des seniinellcs, débarqua ses troupes à l'improviste dans Tansc du Fcîuion, gravit les falaises, et. le 13 au matin, rangea sco troupes sur les plaines d'Abraham. Montcalm. qui se croyait couvert par M. de Bougainville, accourut aussitôt de Beauport avec 4,500 hommes, résolu d'attaquer les Anglais avant qu'ils eussent le temps de se retrancher.

284. L'armée de Wolfe était rangée en face des buttes à Xeveu, dont la hauteur suffisait pour le protéger contre le canon de la ville. Son aile droite, commandée j^ar Monckton, était api:)uyée au bois de Samos, et sa gauche, sous les ordres de Townshend, se courbait un peu le long du chemin de Sainte-Foye. Montcalm rangea ses troupes sur une seule ligne do trois hommes de profondeur, la droite sur le chemin de Sainte-Foye, et la gauche sur le chemin de Saint- Louis ; les réguliers occupaient le centre avec l'artillerie, et les milices étaient sur les ailes.

285. Les Anglais essuyèrent la première décharge sans s'ébranler, malgré des pertes nombreuses. Wolfc, oiîvaincu <|ue toute retraite était maintenant imp088ib:3, pai-courait les rangs 2)0ur exciter lo cou-

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rago do feC;-5 soldats. Il avrdt fuit mettre deu;: balles dai]:-j les fusils, et donné ordre de ne tirer que quand le •. Français seraient à vingt pas. Au moment lixé, le ; An<i:lais firent sur toute la lic^nc une décharice si

CD Cj O

terrible, qu'elle jeta le désordre dans toute l'armée iranv^aisc. Le général anglais, quoique ble3sé au poignet, saisit ce moment pour faire, avec sus grenadier:^, une charge à la baïonnette sur la gauche des Français. Il avait à ^^eine foit quehpies pas, qu'il fut atteint d'une seconde balle, qui lui traversa la poitrine. Monckton, blessé presque en même temps que lui, dut laisser le commandement à Townshend, et quitter le champ de bataille, ainsi que le ctdonel Carleton. Les troupes anglaises, ignorant en grande partie la chute de leur général, continuèrent à se battre avec intrépidité, jusqu'à ce qu'elles eussent enfoncé et mis en déroute les troupes de Montcalm. En ce moment, TTolfe entendit dire: Ils fuient! — Qui ? demanda-t-il. — Les Français, lui répondit-o:i. — «Je meurs content, » dit le héros, et il expira.

'286. Montcalm, en essayant de rallier ses soldats en désordre, reçut aussi une blessure mortelle. Malgré la violence du mal, il resta à cheval, et, soutenu par deux grenadiers, il rentra dans la \\\\e consternée, où il mourut le lendemain matin, avec tous les sentiments d'un véritable héros chrétien.

287. Les Français perdirent, dans cette journée, près de mille hommes, y compris 250 prisonniers, du nombre desquels furent MM. de Senezergues et de Saint-Ours, qui moururent de leurs blessm*es. La perte des Anglais fut d'environ 700 hommes.

288. La mort de Montcalm et de M. de Senezergues, jointe à l'absence du chevalier de Lévis et do

'Bougainvillc, causa une terreur et une consternation universelles. L'armée se rassembla dans l'ouvr^igc à cornes du pont jeté sur la rivière Saint-Charles, M. do Yaudreuil y assembla un conseil de guerre, où l'on exagéra un peu la perte que l'on venait de faii-e ; on arrêta que le gouverneur et les trou])es aband ^aneraient Québec pour se retirer à la rivière Jacqiios-

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Cartier, i/.i viilo, pros(|Uo dôpoiirvuc de vivres et de munitions, ro>îalt avec une gannson d'un peu plus de 1,700 Iioniincs, presrj^ue tous miliciens, et la plupart cnticre nient ([«'nioralisés. Les instructions que 31. de Vaudreuil laissa à M. de Ivamezay, commandant de la place, lui prescrivaient « de ne pas attendre que l'ennemi l'emportât d'assaut» ; mais il était bien évident qu'on devait tenir jusque-là.

289. M. de Lévis, qui avait été envoyé au lac. Ohamplain, rejoignit l'armée à la rivière Jacques- Cartier le 17 septembre, et en prit le commandement. 11 re})résenta au gouverneur, qu'il fallait ou brûler la ville, ou, ])ar une victoire prompte, l'empêcher de tomber au pouvoir de l'ennemi. Quelques trouj^es d'élite, sous M. de Bougainville, furent détachées immédiatement pour se jeter dans la ville ; l'armée se mit en marche, et arriva, le 19, à quelques heures de Québec ; lorsqu'on apprit avec chagrin que M. de Eamezay avait capitulé la veille, avant que les Anglais eussent investi la place, ni même tenté un assaut. Le général ne put contenir son indignation ; il l'exprima dans les termes les plus amers ; mais le mal était sans remède. Le 18, M. de Kamezay, entraîné par le découragement général, avait arboré le j^avillon blanc, au grand étonnement des Anglais; et, quoiqu'il eût reçu et de Eougainville et de M. de Yaudreuil lui-même des a.ssurances d'un ])rompt secours, il ne jugea ])as à propos de rompre la capitulation entamée, se retranchant sur les ordres qu'il avait du gouverneur, de ne point risquer de laisser emporter la place à hi. pointe de l'épée. Il fut stipulé que la garnison serait embarquée pour la France; que les habitants conserveraient leurs biens, leur religion, et ne seraient point 1 transférés » comme les Acadiens.

290. L'armée anglaise, ibrte encore de ])lus de 8,000 hommes, hiverna dans la ville, oà le général ^lurray fut laissé pour gouvernenr. L'a.rmée francair.e se replia une seconde fois, sur la rivière Jac- (lue.".-Cnrtier, ])Ouy y prendre ses quartier:; d'hiver, et ]l'> :.ii!icic:vî f-e disper.si ront poin* faire leur.i récoltes.

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CHAPITPJ- XVI.

Seconde bataille des Plaines — Lovi? entroprcii'l ie siège de Qu-'hcc; — L'armée française se replie sur iMontrcal — Vaiiquelin — Capitulation de Montréal ; cession du Canada à l'Angleterre.

291. Cinq années d'une liorrible famine, le manque de munitions, Timpossibilité de communiquer librement avec la mère 2^*i^i*i^t enfin la présence de trois armées formidables, semblaient autant de motifs suffisants pour faire cesser une lutte si énégal^ et si désespérante. Le chevalier de Lévis eut cependant assez d'empire sur les esprits, pour leur inspirer d'autres sentiments. Persuadé que la France ne pouvait pas manquer d'envoyer quelque secours à l'ouverture de la navigation, il calcula ses moyens et ses ressources, et se décida à tenter une attaque contre Québec. L'armée, forte de 6,000 hommes, se mit en route dés le printemps, et arriva sur les Plaines le 28 avril 1760. Le général Murray sortit dé la ville avec un pareil nombre de soldats et vingtdeux pièces de canon. Il rangea son armée en avant des buttes à Neveu, presque sur le même champ de bataille où AVolfe l'année précédente avait trouvé la mort au sein même de la victoire. Comme toutes lea troupes françaises n'étaient pas encore arrivées, il voulut s'emparer du moulin de Dumont, qui commandait le chemin de Sainte-Foye, afin de leur couper le passage. Ce point fut chaudement disputé pendant quelque temps, et définitivement emporté par les grenadiers français, qui s'y maintinrent. Le chevalier de Lévis, remarquant que Murray avait dégarni sa gauche, pour concentrer ses forces sur le moulin, profita habilement de cette circonstance, et lança le colonel Poulariès, avec une puissante colonne, contre cette aile affaiblie. Celui-ci l'enfonça à la ^ayonnette, et prit le centre en flanc, tandis que Lévis lui-même soutenait son aile gauche. Le centre de l'armée anglaise, troublé par les fuyards, fut forcé d'interrompre son feu, et fut bientôt entraîné lui-même

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dans une déroute générale. Lîi proximité de la ville fut le salut du reste de l'armée. Toute l'artillerie et les munitions restèrent entre les mains des vainqueurs. Les Anglais avaient perdu près de 1,500 hommes, et les Français environ 800.

1^92. Lévis, pour ne point laisser refroidir l'ardeur de ses soldats, commença de suite l'investissement de la ville, en attendant les secours qui devaient venir de la mère patrie. Comme on se berçait encore d'espérances, on vit arriver, le 15 mai à dix heures du soir, deux vaisseaux, qui vinrent jeter l'ancre devant Québec ; mais c'étaient deux vaisseaux anglais, avant-garde d'une nouvelle escadre de huit ou dix vaisseaux. « Impossible d'exprimer, dit Knox, l'allégresse qui transporta alors la garnison anglaise ; officiers et soldats montèrent sur les remparts en face des Fi'ançais, et poussèrent, ])cndant près d'une heure, des hourras continuels, en élevant leurs chapeaux en l'air, s La continuation du siège n'était plus ])<)ssible. Lévis fut donc contraint de se replier sur Montréal.

2i)8. Deux frégates, presque sans artillerie, composaient alors toutes les forces maritimes de la colonie. Elles furent prises, le 16 mai, après un combat de deux heures ; leur commandant, M. de Vauquelin, et ses officiers, refusèrent d'amener pavillon, même lorsqu'ils n'eurent plus ni poudre, ;ii boulets. L*amii-al anglais, ])]ein d'admiration pour leur bravoure, les traita avec tous les égards que méritait leur conduite.

204. Après la retraite de M. de Lévis, les Anglais ]>rirent le parti de faire converger leurs trois armées sur Montréal, pour y cerner les restes des troupes françaises, et les contraindre à caj)ituler. Le général Murray remonta le Saint-Laurent avec la flotte ; le brigadier Haviland partit de Saint-Frédéric, et Amherst s'avança de (>houaguen vers le fort Lévis, qui se trouvait sur son chemin. Ces trois armées, dont chacune était plus forte que toutes les troupes de la colonie, ne pouvaient éprouver aucune résistance

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tiérioiise diiiis leur luarche. Les milicioiis, ruinés, épuisés de fatigues, désertaient les uns ajn'ès les autres ; les habitants des campagnes étaient contraints ■ de se soumettre aux Anglais partout sur leur passage. Ce2)endant le brave capitaine Pouchot, avec ses 200 soldats, trouva moyen d'arrêter pendant douze jours les 11,000 anglais que commandait le général Amherst. Il ne rendit le fort Lévis, qu'après que les remparts eurent été détruits, et toutes ses pièces mises hors de service ; tous ses officiers et le tiers de sa garnison, avaient été tués ou blessés. En entrant dans le fort, les Anglais, vo^'ant si peu de monde, demandaient^' Pouchot, où était donc sa garnison; il leur ré2>ondit qu'ils la voyaient toute.

295. Le 8 septembre, les trois armées anglaises, formant un ensemble de plus de 20,000 hommes, avec une nombreuse artillerie, se préparèrent à attaquer 3Iontréal, qui n'avait à leur opposer qu'une faible garnison' de 3,500 hommes. Cette ville n'était entourée que de méchants murs de deux ou trois pieds d'épaisseur, suffisants tout au plus pour la mettre à l'abri d'une surprise des Iroquois. Aussi 31. de Yaudrcuil, après avoir tenu un conseil de guerre, crut que le parti le plus sage était d'obtenir une capitulation aussi avantageuse que possible. Le général Amherst accorda la capitulation proposée, mais refusa aux troupes Irançaises les honneurs de la guerre. Lévis, indigné,, se retira dans l'ile Sainte-Hélène avec les 2,000 hommes qui lui restaient, et ne voulut point rendre honteusement son épée. Mais le salut de la colonie et de ses pauvres habitants dut l'emporter à la fin sur le point d'honneur militaire ; sur un ordre formel de M. de Yaudrcuil, il posa les armes, en j)rotestant pour lui et pour son armée contre le traitement fait au troupes fraiu;aises, et, ]>OHr épargner à ses soldata une partie de l'humiliation qu'ils allaient subir, il commanda qu'on fit brîdcr les drapeaux; ce qui fut exécuté sur le champ.

20(). Par la capitulation de Montréal, les Canadiens t';ar(lnic:ît le libre exercice de leur religion, leurs lois

et leurs propriétés ; toutes les places occupées par les Français devaient être évacuées sans délai, et livrées aux troupes de sa majesté britannique ; les troupes françaises, devaient être transportées en France, et s'engagèrent à ne point servir j^endant le reste do la guerre ; le gouverneur, l'intendant, et les employés du gouvernement, devaient pareillement être transportés en France aux frais de l'Angleterre.

297. Dès l'automne, les vaisseaux anglais emportèrent 2,400 soldats et artilleurs, avec 185 officiers, 500 matelots, et un grand nombre des colons les

Î)lus marquants. Mais, de tous ceux qui quittèrent e pays, celui que Ton regretta davantage, fut le chevalier de Lévis. Les quelques années qu'il passa en Canada lui suffirent pour donner aux Canadiens l'idée la plus avantageuse de ses talents militaires. Sa présence à la tête des troupes était un gage du succès ; toutes les batailles où il se trouva furent gagnées, et l'on peut presque assurer, que, s'il eût été à Québec le 13 septemt)re, le résultat de cette journée eût été bien diftercnt; il avait assez d'influence sur Montcalm pour prévenir peut-être ce que bien des personnes ont qualifié d'imprudence ou de précipitation. Personne du reste ne sut mieux que lui allier la véritable bravoure avec le jugement et la justesse du coup-d'œil militaire.

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