CHAPITRE PEEMIEE
Kégime militaire — Traité de Paris, 1763 — Emigration en France — Les lois anglaises substituées aux lois Irançaises — Murray gouverneur— Nouveau conseil — Ponthiac et son projet — La Gazette de Québec — Murray remplacé par Carleton.
298. Après la capitulation de Montréal et le déj)art des troupes françaises, la paix la -plu^ profonde succéda aux horreurs d'une longue et sanglante guerre. Les habitants, ruinés et si souvent décimés siïr le champ de bataille, ne songèrent plus qu'à réparer leurs pertes, et à s'appliquer à la culture de leurs terres dévastées. Les vainqueurs, de leur côté, eurent le bon esprit de ne point s'aliéner les esprits, et s'occupèrent de mettre en sûreté leur précieuse conquête. Amherst fit choix des troupes nécessaires à la garde du pays, et renvoya le reste en Europe, ou dans les colonies anglaises. Le Canada continua à se subdiviser en trois gouvernements : Murray demeura gouverneur de Québec ; Gage, gouverneur de Montréal, et le colonel Burton, gouverneur des Trois-Rivières. Le général Amherst partit pour New- York vers le 20 de septembre, laissant à ces gouverneurs particuliers le soin d'établir des cours, ou tribunaux, pour l'administration de la justice dans leurs gouvernements respectifs.
299. Murray établit un conseil militaire, composé de sept officiers de l'armée, pour décider les affaire» civiles ou criminelles les plus importantes, se réser-
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vant les autres questions, pour les juger lui-même Bans appel. Gage, dans les limites de sa juridietion, adoucit un peu ce système arbitraire, et autorisa les capitaines de paroisse à terminer les différends, tout en laissant aux parties le droit d'en appeler au commandant militaire du lieu, ou à lui-même. Aux Trois-Eivières, les choses furent réglées à peu près comme dans le gouvernement de Québec.
300. Ce régime militaire était une violation des ciipitulations, qui garantissaient aux Canadiens les droits de sujets anglais, droits par lesquels leurs personnes ne pouvaient être soustraites à lem'S juges naturels sans leur consentement. Ce fut peut-être ce qui contribua le ])lus à isoler du gouvernement la population canadienne, qui se voyait ainsi livrée sans défense au despotisme de ses nouveaux maîtres. Xics Canadiens récusèrent ces juges, dont ils n'entendaient point la langue, et réglèrent leurs différends ensemble, ou s'en rapportèrent à l'arbitrage du curé de la paroisse ; et l'on peut dire que ce fut ce qui sauva notre nationalité. Cette organisation militaire fut maintenue jusqu'au rétablissement de la 2Daix.
301. Cependant, les Canadiens persistaient à croire que la France ne les abandonnerait pas, et se ferait rendre le Canada à la fin des hostilités ; mais, après trois longues années d'attente, ils virent tomber leur dernière illusion : lo traité de Paris f 10 février 1763) iixa leur sort, en les attachant définitivement à l'Angleterre. La France se contenta de se réserver le droit de pêcher la morue sur les cotes de Terrc-
302. Cet événement détermina une nouvelle émigration ; la plupart des notables qui se trouvaient encore dans le pays, passèrent en France, ou à Saint- -Domingue, au nombre de mille à douze cents ; il ne resta que quelques rares employés subalternes, quelques artisans et les corps religieux. Cette diminution de la population canadienne, était d'autant plus regrettable, qu'elle avait lieu dans lu classe élevée et instruite, et le changement qui s'opéra