‹ Histoire du Canada à l'usage des maisons d'éducationChapitre 41 sur 59 · MURRAY · texte numérisé non relu

MURRAY

alorp, sous le rapport des sciences et des arts, se fit sentir longtemps dans le pays.

303. A peine l'Angleterre fut-elle confirmée dans la possession de sa conquête, qu'elle commença par la démembrer. Lo Labrador, les îles d'Anticosti et de la Madeleine furent annexées au gouvernement de Torre-^N'euve ; le Cap-Breton et l'île Saint-Jean, à la Nouvelle-Ecosse ; le territoire des grands lacs, aux colonies voisines. Bientôt encore, le Nouveau-Bruns- Avick en fut détaché, avec une administration parti-^ culière, et prit le nom qu'il porte aujourd'hui. Le reste, sous le nom de province de Québec, fut désormais soumis à un gouverneur imiquo, qui fut d'al)ovd le général Murra}'. Par lu, le Canada se trouvait )ion-seûlement rétréci, mais encore privé d'abondantes sources do richesses, que cette liicî^ure faisait passer aux colonies adjacentes.

304. Après avoir morcelé le- Caïuidîi, l'Angleti^rre vimlut lui imposer de nouvelles loi,^'. Le roi, de sa propre autorité et sans le concours du ])arlement, abolit (1) les lois françaises, pour y substituer celles de l'Angleterre ; et cette abolition avait pour but de favoriser plus spécialement les sujets anglias qui désireraient s'établir dans le pays.

305. Les instructions royales ordonnaient aussi qu'on exigeât des Canadiens le serment de fidélité, et ils reçurent avis que, s'ils négligeaient de prêter ce serment et refusaient de souscrire une declai-ation d'abjuration, ils (levaient se préparer à sortir du. Canada. Ensuite ils furent sommés de livrer leurs armes, et de jurer qu'ils n'en cachaient aucune.

306. Murray, qui avait été nommé gouverneur le 21 novembre 1763, forma, pour obéir à ses instructions, un nouveau conseil, investi conjointement avec lui des pouvoirs exécutifs, législatifs et judiciaires. Ce conseil devait se composei-des lieutenants gouverneurs de Montréal et des Trois- Hivirres, du juge en chef, de l'inspecteur des douanes cl de huit ])oi"sonnes

(1) Par prooIamatioDS du 7 octobre et -l:; 17 «h'-'e-iibie 17c'.î.

n:i MURRAV. {1

choisies parmi les habitants lu> plus congidérabloh;. 11 n'y fit entrer qu'un seul hornme du pays (1), pour faire nombre; et, comme il n'y avait pas, aux Trois- Eivières, de protestants dont on ptit faire des magistrats, ce district fut annexé partie à celui de Québec, partie à celui de Montréal. Toute l'ancienne adiiilnistration fut en même temps refondue.

807. On devait naturellement redouter que ces mesures déloyales ne finissent par soulever quelque mouvement parmi le peuple ; aussi le surveillait-on attentivement. Le gouverneur même n'osa pas faire exécuter ses ordres touchant la déclaration d'abjuration et la remise des armes. Au commencement de 17G5, les Canadiens ayant demandé la permission de 8'assembler, le conseil y consentit, mais à condition que deux de ses membres seraient présents, avec pouvoir de dissolution, et que l'assemblée ne pourrait avoir lieu qu'à Québec. L'année suivante, une pareille demande des citoyens de Montréal ne leur fut accordée qu'aux mêmes conditions. Cet esprit de défiance de la part du gouvernement ne tarda pas à faire naître l'inquiétude dans toutes les classes ; bientôt des murmures, sourds d'abord, éclatèrent de tout côté. Pour tranquilliser les esprits, Murray crut devoir adoucir un peu le système adopté, et permit l'usage des lois françaises dans les causes relatives à la propriété foncière.

308. La position du général Murray était une des plus difficiles. Quoique d'un caractère sévère, il avait un excellent cœur. Il aimait les Canadiens, qu'il voyait aussi simples dans leurs mœurs, qu'il les avait trouvés braves sur le champ de bataille. Mais ib était obligé d'agir avec un entourage de fonctionnaii-ea qui le faisaient rougir tous les jours. Une nuée d'aventuriers et d'intrigants était venue s'abattre sur le Canada à la suite des troupes anglaises. Le juge en chef, Gregory, qui avait été tiré de prison ])oui être- 'îlacé àla tète de la justice, ignorait le droit c/ivil et

(1) FraDÇoî» MeuKie>, homme obscur et sans inûuonco.

1765-66] MTJBRAY. 173

la langue française ; le procureur général n'était guère plus propre à remplir sa charge ; les places de secrétaire provincial, de greffier du conseil, de régistrateur, de prévôt-maréchal, avaient été données à des favoris, qui les louaient aux plus offrants. Muri*ay, dégoûté de la tache qu'on lui avait imposée, ne put s'empêcher d'en faire des plaintes au ministère. « Il a fallu, dit-il, choisir des magistrats et prendre des jurés parmi quatre cent cinquante commerçants, artisans et fermiers, méprisables principalement par leur ignorance. Ils haïssent la noblesse canadienne à cause de ^a naissance, et parce qu'elle :i des titres à leur respect; ils détestent les autres habitants, parce qu'ils les voient soustraits à l'oppression dont ils les ont menaces. »

309. Pour se conformer à une autre partie de ses instructions, Murray convoqua, pour la forme, une ;issemblée des représentants du peuple. Il savait que les Canadiens refuseraient de prêter le serment du test, et il était décidé à ne ]X)int laisser les mécontents procéder seuls aux affaires : la chambre ne siéga point. Les anglais portèrent alors des accusations à Londres contre le gouverneur, et les choses en vinrent au ])oint, qu'il fallut le rappeler, plutôt pour la sympathie qu'il portait aux Canadiens, que pour de véritables abus de pouvoir.

310. L'administration de Murray fut marquée par le soulèvement des sauvages des ])ays d'en haut. Ponthiac, chef outaouais, brave, expérimenté, et ennemi mortel des Anglais, forma le projet de chasser les blancs des territoires des lacs, et de faire do Détroit comme le centre d'une puissante confédération de toutes les tribus indiennes. Déjà sept à huit postes anglais, Sandoské, Saint- Joseph, Miami, la Presqu'île, Yenango et quelques autres, étaient tombés entre les mains de ces barbai*es; jilus de deux mille personnes avaient été massacrées, ou trainéci»

Ml captivité. Mais le projet de Ponthiac était audessus de ses forces. Les confédérés, battus à Bushy- Kun par le :olonel Bouquet, éprouvèrent oncoi*c

d'autres échecs, qui les obligèrent à faire la paix à. f .-houaguen en 1766. ^ -'.TM'nM'r ofr.. /

^''311. C'est axissi sous Murray que fut commencée ^a publication du premier journal canadien, « la Gazette de Québec, » dont le premier numéro parut le 21 juin 176-4. Pendant longtemps, cette feuille se ressentit de l'atmosphère gênante au milieu de laquelle elle avait pris naissance. Il lui était permis de noter les principaux érénements et de recueillir les nouvelles étrangères; mais elle dut gcirder un silence respectueux sur tout le reste, et l'on y chercliorait en vain un reflet de l'opinion publique pendant tout le reste du dernier siècle.

312. Dès le commencement de 1765, Murray avait reçu l'ordre de se préparer à repasser en Angleterre, pour y donner un exposé clair et complet de l'état de la province, et de sa propre conduite dans l'administration du gouvernement. Arrivé à Londres (1766). il lui suffit de mettre devant les ministres le recensement qu'il avait fait faire cji 1765, pour prouver q^ia'il n'y avait pas en Canada un protestant contre 150 catholiques (1), et que par conséquent il était do la dernière injustice d'exclure ces derniers du gouvernement. Les commissaires nommés pour conduire l'investigation, firent rapport, en 1767, que les accusations portées contre le général Murray étaient mal fondées. Cependant, son acquittement ne le fit point revenir au Canada ; on y envoya, pour le remplacer, le brigadier général Carleton comme lieutenant-gouverneur, avec un nouveau juge en chef, M. Hey, et un nouveau procureur général, M. Mazères, fils d'un réfugié français. Carleton, arrivé à Québec en septembre 1766, prit l'administration des mains du conseiller Irving, qui en était chargé depuis le départ ^u général Murray.

(1) La population entière du Oîinada, y coiupiis les sauvages catholiques, ^'tait d'environ 76,275 Ame? ; et l'on n'y comptait quQ 500 protestants.

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