HALDIMAND. 18S
oublier les offres séduisantes que ven»aient do leur faire les Anglo-Américains. MalTieureuseinent, la rigueur avec laquelle le successeur de Carleton usa dci, ses pouvoirs ne fit qu'aigrir les esprits et empirer le mal.
334. Carleton avait demandé et obtenu son rappel ; ce fut le général Haldimand, suisse de naissance, qui le remplaça au commencement de juillet 1778. C'était un vieux militaire, impérieux, sévère, et mieux fait pour commander des troupes, que pour administrer un gouvernement. Entouré de provinces en révolution, il crut qu'il ne pourrait maintenir l'obéissance, que par une rigueur inflexible. Les corvées redoublèrent, et devinrent un vrai fléau pour les campagnes. Des plaintes s'élevèrent de toutes parts ; Haldimand, les attribuant à l'esprit de révolte et aux menées des émissaires américains, n'en sévit qu'avec plus de rigueur, faisant emprisonner les citoyens paicentaines, sans distinction d'innocent et de coujiable,
335. Le corps législatif restait spectateur tranquille de cette violence. Le conseil ne siégea que quelques jours on 1779, et encore ce ne fut guère que pour continuer des ordonnances dont le terme était expiré. L'année suivante (1780), la session fut un peu plus longue, et l'opposition eut le temps de proposer quelques mesures. La demande d'un gouvernement constitutionnel, que l'AngleteiTC avait déjà refusée quelques années auparavant, fut une des premières questions soulevées. Allsopp, l'un des chefs du parti, alla jusqu'à demander copie des instructions du gouverneur sur l'organisation du pays ; sa motioii fut écartée par l'ordre du jour. L'opposition fut également battue, sur la discussion relative à la réforme de la justice. Allsopp cependant no perdit pas courage ; quoique sur d'avance de ne pas obtenir directement l'objet de ses demandes, il persista à proposer des amendements à toutes les mesures du gouvenKMi\cnt. Cette tactique avait l'avantage de faire connaître les vues et les motifs de l'opposition bien mieux que tous les mémoires particuliers,
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par<ie que les propositions, inscrites au prooèt*) erbal, ne pouvaient manquer d'être envoyées aux niinisti'es' à Londres. Bans un nioment où rAngleteiTC était déjà embarrassée de sa lutte avec les Etats-Unij?, c'était faire preuve sinon de patriotisme, du luoinii d'une certaine adresse, que de forcer la nnfiix a.la métiopi>}c, pour l'obliger enfin à donner au pay.Vi^ne constitution plus libéral*'.
o3'v). Au milieu de ces discussions politiques, Tîa!dimand, par sa conduite despotique, se rendait tous les jours de plus eii plus odieux à tout le pays, 'lîe secret des lettre;; était violé; sur le soup<;on le plus léger.' on jetait à grand bruit un citoyen en prison, pour intimider le public; d'autres disparaissaient soudainement, et les parents n'appi-en aient que longtemp; après dans quel cachot ils étaient détenus. Cette tyrannie inquiète descendit bientôt du chef du pouvoir aux juges mêmes qui siégaient dans les tribunaux; grand nombre de * personnes furent ruinées par des dénis de justice, ou par des jugements iniques rendus en violation de toutes les lois ; plusieurs j'iches citoyens de (Québec et de Montréal furent -dépouillés de leurs biens, ou arrêtés sans aucune forme de procès. On commença 2)ar les personnes .de basse condition, et l'on remonta à celles des premiers rangs de la société ; ainsi MM. Joutard, Hey, • Carignan, Du Fort, négociants, La Terrière, directeur des forges de Saint-Slaurice, et M. Pellion, furent détenus à Québec à bord des vaisseaux de guerre, ou jetés dans les cachots, sans qu'on leur eût donné connaissance des accusations portées contre eux.
337. Bientôt, les prisons ne suffisant plus, le couvent des Récollets fut destiné à receler les nombrcu- Hos victimes de cette politique ombrageuse. Un ancien magistrat, nommé Du Calvet, que ses idées •libérales faisaient soupçonner de quelque intrigue avec les Américains, fut arrêté tout à coup A sa demeure hî 27 septembre 1780, par une troupe de soldats, dépouillé de son argent et de ses papiers, conduit :\ Québec, détenu d'abord dans un vaisseau,