‹ Histoire du Canada à l'usage des maisons d'éducationChapitre 47 sur 59 · PRESCOTT— MILNES · texte numérisé non relu

PRESCOTT— MILNES

lies i)rincipalos questions qui occupèrent alors le parlement furent celles des rentes et autres charges Beigneiiriales, dont certains particuliers, devenuH l^ropriétaires de seigneuries, élevaient le taux outre mesure ; celle des chemins, si importante pour les campagnes, et cependant si redoutée par le peuple, qui croyait y voir un retour au système des taxes et des corvées suivi sous Haldimand; enfin celle du numéraire qui avait cours dans le pays; on donna une valeur légale aux monnaies portugaises, espagnoles, françaises et américaines, et l'on convertit le sterling en cours du pays.

352. Lord Dorchester repassa en Angleterre dans l'été de 179(3, et fut remplacé par le général Prescott. Celui-ci ouvrit le second parlement provincial le 24 janvier 1797 . M. Panet fut de nouveau élu président.

353. Le général Prescott, craignant le progrès des idées révolutionnaires, dont on avait cru voir un indice dans la résistance que rencontrait la loi des chemins, se fit donner par les chambres un pouvoir presque absolu de faire arrêter les citoyens ou les étrangers soupçonnés d'être fiivorables à la révolution. 11 réforma des abus qui s'étaient glissés dans le bui'eau des terres; mais il s'aliéna les catholiques, en refusant de laisser ériger de nouvelles paroisses. Au bout de trois ans (1799), il fut remplacé par sir Kolxn-t-Shoi'c Mi lues, sous lequel la couronne, malgré la i-eclamation de la chambre, s'empara définitivement des biens des Jésuites, à la mort du P. Cazot (1800), dernier membre de cet ordre en ce pa^'s.

354. De 1800 à 1805, il y eut un instant de calme. J^'élection de 1800 porta à la chambre quatre conseillers exécutif;, trois juges et trois autres olliciers du gouvernement, c'est-à-dire, le cinquième de la repi-ésentation. C'était une garantie de la soumist ion de;.; députés. Aussi, dès que la législature fut réunie, s'einj)ressèrent-ils de renouveler la loi pour la sCii'oté (lu gouvernement, et de coniirmer l'établis- /scmcnt de « l'Institution lioyale, » destinée à anglii\ov le pîiyr-, ]>ar uu système général d'instruction

1805-8] .^ ciiAUJ. ^ ^i\

publique eu iaugiic îniglair^e. Cette loi ineilaiî \\'U~ seignemcnt e4itrc le^ luaiiis de l'exi'eutii" el de.; prote!>tants. Les Canadiens, qui ne vouiaieiit ai)jurei-:ii leur langue, ni leurs autels, la repoussèi*ent unauimement, et ce funeste projet ne servît, j)endanl wa quart de siècle, qu'à mettre obstacle aux progrès de l'éducation.

355. Les élections qui curent lieu en 1804 aj.portirent peu de changement à la force relative des partis. Cependant la question des taxes commença à échauffeiles esprits; et, une fois le combat engagé, il ne manqua pas de sujet pour le nourrir. Le refus d'augmenter le salaire du traducteur français, blessa vivement la chambre. Un comité venait d'être nommé poujs'occuper de cette question, lorsque le parlement fut prorogé.

356. Milnes passa en Europe, et laissa le pouvoiientre les mains du plus ancien conseiller exécutif ]\]. Dunn. Celui-ci convoqua les chambres pour le co!nmencement de 1806.

' 351. La contestation engagée, à propos des taxes, entre le parti mercantile, ou anglais, et le parti ('{inr.dien, prit naturellement une teinte de jalousie nationale. Le Mercury, fondé en 1805, soutenait qu'il était temps que le Canada fut anglais ; un nouveau journal, intitulé le Canadien, fut fondé à (Québec en novembre 1806, pour défendre « nos institution . notre langue et nos lois. » L'aj^parition de cette feuille marqua l'ère de la liberté de la presse en Canada. Jusqu'à cette époque, aucune gazette n'avait encore osé discuter publiquement les questions politiques, comme on le faisait dans la metroj)ole.

358. Au mois d'octobre 1807, arriva à Québec nw nouveau gouverneur, Sir James Craig, oificier miîi^ taire de quelque ré2)utation, mais administi'atcur despotique, rempli de préjugés contre les Canadiens (-*t leur religion.

359. De graves divisions ne tardèrent j)as à i^el.iîe;entre lui et les représentants du peu])le (1(S08). (Vuxci. ^'autorisant de l'exemple de la nv''tr(>}:)')le. \-0'i]'i-

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rop.t cxehu'o les juges dos rangs de lii l'opi-cscMitîilioii, cojiiinc ils le sont en Angleterre; le eonseil rejetîi la mesure, et, peu de tein])s après, les ])rinei])aux jnenibres de rassemblée, MM. Panot, ])rési<lcnt, Bcdard, Tasehereau, Blanchet et Borgia, étaient retranehés do la liste des officiers de milice. A la session suivante (1809), la chambre, qui commençait à sentir sa force, se servit d'un langage ferme et élevé ; M. Bourdages, j^^i'l^^ clés influences pernicieuses qui circonvenaient le j^ouvoir; M. Bédard, prenant les choses de plus haut, insista avec force sur la nécessité d'un ministère responsable, afin de conserver à la fois liïiviolabilité du monarque ou de son représentant, et la liberté de discussion dans les chambres. Le discours de M. Bédard fit sensation ; la majorité cependant crut devoir remettre à un temps ])\\iii o]i])ortun la consécration de ce principe. Craig fut alarmé de tant de hardiesse. Yoyant que la chambre allait encore s'occuper de la question des juges, il sîiisit l'occasion de l'expulsion de M. Hart, qu'elle venait de retrancher de son sein parce qu'il était juif, pour proroger et dissoudre ensuite le parlement, afin do mettre un terme à des discussions qui lui paraissaient révolutionnaires. Son discours de jDrorogatioii était plein de remerciements j^our ses créatures, et de reproches pour la majorité dès représentants. Aussi les ennemis des Canadiens approuvèrent-ils, avec de hautes clameurs de joie, la conduite de Craig, et lui présentèrent des adresses de félicitation aux Trois-llivières, à Montréal, à Saint-Jean, lorsqu'il ])arcourut la province dans l'été.

360. Les élections ne changèrent point le caractère de la chambre, et ne firent que donner une nouvelle force au parti canadien. Le parlement s'assembla à la fin de janvier 1810. La nouvelle chambre accueillit avec satisfaction la décision des ministres, qui enjoignait au gouverneur de sanctionner toute loi défendant d'élire des juges dans la législature. Dès rouverîure de la session, elle protesta avec énergie crintr*- le langî.gc insultant dont s'était servi le gou-

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verneur en prorogeaiit le dernier parlement, comme étant essentiellement contraire à ses privilèges et aux libertés du i)ays. Après avoir censuré la conduite du chef du gouvernement, elle passa aux officiers inférieurs, et décida qu'à l'avenir toutes les dépenses publiques lui seraient soumises. L'on vota une adresse au parlement anglais pour l'informer que le Canada était prêt à se charger de ces dépenses, et pour le remercier de ce qu'il avait fait jusque-là.

361. Les fonctionnaires tremblèrent de tomber sous le contrôle du corps qu'ils avaient insulté tant de fois, et soulevèrent une opj^osition formidable contre cette mesure. Sur ces entrefaites, le bill des juges ayant été amendé par le conseil, la chambre, à une majorité des trois quarts, déclara le siège du juge de Bonne vacant. Le gouverneur, qui avait eu peine à se contenir jusque-là, cassa le parlement, fit saisir les presses du Canadien, et arrêter l'imprimeur, M. Lefrançois, sous accusation de haute trahison. Après trois jours employés à examiner les papiers saisis dans l'imprimerie, le conseil, qui se composait du gouverneur, du juge Sewell, de l'évèquc protestant et de MM. I)unn, Baby, Young, Williams et Irvine, ordonna l'arrestation de MM. Bédard, Taschéreau, Blanchet, Laforce, Papineau, Corbeil, et de plusieurs autres citoyens notables. Craig adressa en même temps au peuple une longue proclamation, qui fut lue dans plusieurs églises, et à l'ouverture de la cour criminelle. La conduite digne et ferme de ces nobles prisonniers finit par embarrasser le conseil exécutif; ils furent remis en liberté les uns après les autres. Bans subir de procès.

362. Le pays n'avait pas été longtemps sans découvrir la raison de ces violences ; aussi les élections 1-amenèrent à la chambre les mêmes députés. M. de Bonne, la cause première de ces difficultés, ne se présenta point aux suflrages des électeurs ; et même, voyant qu'on ne le nommait point au conseil législatif, comme il l'avait espéré. U se démit de sa charge de juge.

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363. Il rostait au gouverneur à rendre compte aux ministres dos troubles qui venaient d'avoir lieu. Il envoya à Londres son secrétaire, M. lîyland, j^our leur suggérer un moyen plus efficace d'anglilier le pays et de le rendre protestant : c'était de suspendre d'abord ou de changer la constitution ; de rendre ensuite le gouvernement indépendant du peuple, en employant les biens des Suli)iciens et des Jésuites à payer les dépenses publiques ; enfin de réserver au ix)i la nomination des curés dans toutes les paroisses. Les ministres se montrèrent assez disposés à agréer ces deux dernières suggestions.

364. La soumission de Mgr Plessis, qui avait bien voulu permettre qu'on liit au prône les proclamations du gouverneur, avaient fait croire à Craig qu'il ferait du prélat ce qu'il voudrait. Il fut trompé ; l'évèquc avait cru devoir donner publiquement une marque de loyauté ; mais, dès que le gouvernement civil voulut sortir de ses attributions, et empiéter sur les droits de l'église, il montra une telle fermeté, que le gouverneur n'osa rien entreprendre contre l'administration religieuse du pays. Du reste, l'attitude menaçante des Etats-L'^nis était une raison suffisante ])our ne point hasarder une mesure aussi délicate.

365. La loi des juges fut adoptée, et reçut la sanction roj-ale. Craig partit pour l'Europe, le 11 juin 1811, laissant l'administration du gouverneîncnt à l'honorable Thomas Dunn, et le commandement des troupes au major généi-al Drummond. La conduite despotique de Craig a fait donner à son administrât ion le nom de i Règne de la Terreur, i Cette qualification néanmoins renferme plus d'ironie que de vérité. Il ne fit pas répandre de sang, malgré la violence de son caractère ; il ne fut que la dupe des mauvais conseillers qui l'entouraient.

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