‹ Histoire du Canada à l'usage des maisons d'éducationChapitre 54 sur 59 · U AYLMER · texte numérisé non relu

U AYLMER

K'gislatitî?, (.•ousentir à ce que les bills de subside^> fussent détaillés ; tout cela ne fit qu'augmenter l'eilxîrvesceuce des esprits. La chambre, réunie de nouveau, le 15 novembre, se vit inondée de pétitions contre les abus dont chacun se croyait en droit de se ])lain' di'C. Une longue enquête sur l'affaire du 21 mai ; la nouvelle vraie ou fausse que l'on songeait en Angleterre à démembrer le Bas-Canada, pour annexer l'ile de Montréal au Haut-Canada ; enfin une requête du conseil législatif au roi, dans laquelle la chambre était accusée de vouloir ériger une république française sur les bords du Saint-Laurent, fournireiit un nouvel alimer.t aux discussions les plus violentes, tant dans l'enceinte du parlement qu'au dehors. Tel était l'état des esprits, lorsque s'ouvrit la session de 1834. 410. La chambre, irritée des accusations portées contre elle, résolut de rompre avec le conseil législatif, et reprit l'enquête sur l'affaire du 21 mai. Le gouverneur lui communiqua une dépêche, où le ministre des colonies blâmait fortement la demande d'un conseil électif, et menaçait de révoquer la constitution de 1791, s'il n'y avait pas d'autre moyen de mettre fin aux difficultés. Cette déjoêche* fut renvoyée à un comité, et l'on procéda à prendre en considération l'état de la province. M. Eédard proposa une série de 92 résolutions, ébauchées d'abord par }[. Papineau, et modifiées ensuite par une réunion pariiculiêrc de ses principaux partisans; ces 92 réfjO' lutions renfermaient tous les griefs de la colonie cou trc la métropole. Les débats furent longs et violents. MM. Xeilson, Cuvillier et Quesnel se séparèrent do M. Papineau, en donnant j^our motif que le temps n'était pas venu de réclamer la solution de toutes ces difncultés, et surtout un changement dans la constitution. Les 92 résolutions furent finalement adoptées, et devinrent le drapeau pour ou contre lequel chacun s'engageait à combattre. Elles finissaient par mettre lord Aylmer en accusation devant la chambre des lord:-.. 31. florin fut chargé d'aller remettre à M. V^iger, à Londres, les pétitions basées sur ces résolu--

1834-35] AYLMER. 21t>

tions, et adressées aux deux chambres du parlement impérial. La chambre vota les argents nécessaires à l'éducation et à diverses améliorations, mais sans accorder la liste civile. Le parti a^yj^elé const if ut ioniiel lYdrce qu'il tenait à conserver la constitution, députa MM. Xeilson et AYalker en AngleteiTe, pour y piailler sa cause.

'■'' 4n. Lord Aylmer, en fermant la session de 1834, iiyant insinué que la tranquillité de la province était une preuve que les 92 résolutions n'étaient pas généralement approuvées, les membres qui les avaient appuyées organisèrent partout des assemblées en leur faveur, où l'on signa force pétitions au parlement impérial. Laie j^artie de la population anglaise des cantons de l'est, que visita M. Papineau, se prononça pour la politique de la chambre. L^n comité central permanent fut nommé pour diriger le peuple, et se mettre en rapport avec une nouvelle association politique formée à Toronto.

412. En Angleterre, les communes, après de longs débats, laissèrent la solution de toutes ces questions au luireau colonial. Le ministre des colonies, M. Stanley, déclara que le conseil était conservé pour la protection de la minorité anglaise, et que les deux i 'anadas devaient être réunis tôt ou tard.

CIÏAPITEE IV.

Lord Aylmer remplacé par lord Gosford — Commission royale — Troubles de 1S-J7 et 1838 — Colborne administrateur — Lord Durham gouverneur— Colborne lui succède.

4 Kl. Le parlement canadien fut dissous au mois d'octobre, et les élections furent accompagnées do grands troubles, malgré les associations constitutionnelles formées dans les villes, avec M. Xeilson à leur tète, pour le maintien des institutions et des lois. M. Papineau parcourut les cantons de l'est, où il avait* Ix'aucou]) de partisans, et la partie inférieure du district de Québec, recommandant partout de n'employer^

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rien de ce qui aurait été manufacturé hors de la^ province ; de faire tomber les banques, en exigeant le paiement des billets, et d'établir des banques nationales.

414. La chambre, à peine convoquée (21 février 1835), protesta contre le discours de lord Aylmer à la fin de la session précédente, et renouvela toutes ses demandes, malgré l'opposition de quelques membres canadiens du district de Québec. Le gouverneur, soulevé maintenant contre la chambre et les canadiens, refusa l'argent nécessaire pour payer les dépenses de la chambre, avant qu'elle eut approuvé les paiements qu'il avait ordonnés, et prorogea le l^arlement. Sur ces entrefaites, furent publiées des dépèches du nouveau ministre des colonies, lord Aberdeen, qui remettaient le redressement des abus à une éjDoque où l'on serait assez éclairé par ime enquête pour les corriger tous ensemble. Il écrivit en même temps à lord Aylmer que, tout en approuvant sa conduite, il croyait nécessaire de lui donner un successeur contre lequel j^ersonne ne j^ouvait avoir de préventions. Lord Gosford arriva dans l'été suivant (1835), avec le titre de commissaire royal,' et accompagné de deux adjoints, sir Charles Gray et sir James Gipj^s, pour j^rendre connaissance des' affaires du pays, et en rendre le compte le plus' détaillé possible (1).

415. Le parlement fut convoqué pour le 27 octobre,'^ Le discours du trône respirait la modération et la justice ; la chambre y répondit dans le même sens,'- 7nais refusa de reconnaître formellement la commis-' sion dont elle ignorait ou plutôt pressentait les ins-' tractions. Le gouverneur finit par déclarer que, sur' les points en contestation, les commissaires feraient' leur rapport à Londres, et que du reste les Canadiens' })()iivaient compter qu'on ne toucherait point à leurs

(1) Le r.'iîjiort inii)iiiu<^' forma uii vuluinc in-folio de plus de 400 j/îigof, Qi:(,iqt;c tout à fait hostile, au uioiiis dans son ensemble, aux t.'\)'n/.<>n > des membres canadiens, il fut approuve dans la chambre des ^«^muuin'js, et les i?»inistrcs ?c disposèrent a l'appuyer.

Ic^oiJ-oTj (;o.st\»Jii). 217

arrangements .so(*ia!i:\:. Au dehors, cependant, l'agitîition continuait. L'assemblée constiliitioHnelle de -Montréal organisa un corps de carabiniers de 800 hommes, dont le gouverneur ordonna la dissolution. La publication d'une i)artie des instructions données aux commissaires, suscita de violents débats dans la chambre ; la presse s'en fit l'écho, et y ajouta des menaces contre l'Angleterre. Une liste civile de six mois fut cependant votée, en reconnaissance de co ^ (pie lord Gosford avait accordé de bonne grâce les .sommes nécessaires aux dépenses contingentes ; mais le conseil la rejeta, et le parlement fut ajourné après une session qui avait duré jusqu'au mois de mars 1836.

416. Le Haut-Canada, après avoir sollicité des réformes avec assez de chaleur, venait d'élire une chambre dont la majorité se déclarait en faveur du gouvernement. Au Nouveau-Brunswick, on avait accepté les propositions de l'Angleterre. Dans la Xouvelle-Ecosse, les députés avaient révoqué les résolutions qu'ils avaient passées contre l'administration. Ei> sorte que le Bas-Canada se trouva seul en difficulté avec l'Angleterre. Cet isolement encourageait les partisans du gouvernement à réclamer des mesures énergiques pour com]:)rimer le -parii de la réforme. Chaque jour, les manifestations populaires devenaient de plus en plus menaçantes ; on pendit le gouverneur en effigie ; on publia l'histoire de la révolution américaine ; enfin on alla jusqu'à faire un a2)pel aux armes.

417. Lord Gosford répugnait aux mesures extrêmes ; aussi ne fit-il venir des trouj^es du !N"ouveau-Brunswick qu'au dernier moment. Il espérait calmer les esprit.s par les changements qu'il suggérait de faire dans les deux conseils, en y introduisant une plus forte proportion d'hommes populaires. Il croyait, d'ailleurs, qu'il y avait beaucoup d'exagération dans les rapports des assemblées tenues par les partisans de M. Papineau, et que la masse des Canadiens n'était pas disposée à se porter aux dernières extrémités,

41*^. Tjord (xosford convoqua les chambres pour le

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18 août, et prhi les représentants de faire eux-mêmes l'asisignation du revenu, sans quoi l'Angleterre se verrait coritrainte d'imposer ses conditions. La majorité protesta contre le rapport des commissaires, et le gouverneur se hâta do proroger le parlement, après six jours de session. 11 destitua M. Papineau, et plusieurs oliiciers de milice, auxquels les agitateurs decernèrent les honneurs du triomphe. l)es manifestes violents furent répandus dans les campagnes ; des associations secrètes se formèrent de tous cotes. A Saint-Denis, à Saint-Charles, à Saint-Eustache, à Berthier, à. Lacadie, on organisa une résistance armée. Dans Tautomne, le 23 octobre, eut lieu à Saint-Charle.j la célèbre assemblée des six comtés, où l'on fit ur.c espèce de déclaration des droits de Thonime, et un appel au peuple. C'est alors que Mgr J^artiguc, éveque de Montréal, publia un mandement pour calmer les esprits en leur i-appelant l'enseignement catholique sur les rapports mutuels des sujets et des souverains. De son côté, le gouverneur eifrayé faisait venir des troupes du Kouveau-Erunsvick, et armait près de GOO volontaires.

419. Les troubles commencèrent à Montréal, le 7 novembre, entre les « fils de la liberté » et les a con~ Btitutionnels d, puis s'étendirent successivement à Ohambly et à Saint-Denis, où 800 hommes se réunirent sous le Dr Nelson au bruit du tocsin. Après fc'ix heures de combat, les troupes furent obligées de B'enfuir. Dans le même temps, se livrait la bataille de Saint-Charles, où périrent un grand nombre d'insurgés. La loi martiale fut proclamée dans le district de Montréal, et lord Gosford refusa d'assembler le parlement. Sir John Colborne (1), envoyé à Saint-Eustache avec 2,000 hommes, y battit les insurgés, qui 8'ctaient retranchés, au nombre de 250 environ, dans

(1) Fir John Colborne avait rcmi.«, ra.nn('»c précédente, les rênes du gouvernement du Haut- Canada entre les mains de Sir Francis-Bond llead. Rendu aux Etats-Unis pour passer en Angleterre, il reçut da ministre des colonies le commandement militaire des deux CanadaSf .••vcc le titre de lieutenant général.

1837-38] DURiLur. 219

l'église et dan.s lo couvent. Le Dr Chéiiior, qui les commandait, fut trouvé parmi les morts. Les troupes brûlèrent le village, et ravageront inutilement les alentours. Ool borne envoya ensuite uji détachement incendier le village de iSaint-Benoit, quoique les habitants eussent témoigné de leur soumission.

420. Le Haut-Canada n'était 'paa moins agité quelo !Bas. M. ^[ackenzfe, à la tète du mouvement, s'était réfugié à Xavy-Island, deux milles au-dessus de la chute de Xiagara. avec un grand nombre de mécontents et d'américains. TI en fut délogé après un bombardement de plusieurs jours, pendant que les troupes dispersaient les autres corps de son parti. Durant l'hiver, les frontières des deux provinces furent inquiétées par des bandes de réfugiés, jusqu'à ce que les Etats-Unis intervinssent pour faire respecter les lois de la neutralité.

421. Lord Gosford avait demandé et obtenu son rappel dès avant les troubles ; mais il ne partit que dans les derniers jours de février 1838, par la voie des Etats-Unis, laissant l'administration à Sir John C5l borne. Il trouva le gouvernement impérial di.sposé à prendre toutes les mesures nécessaires pour comprimer l'insurrection par la force, et à prévenir le retour" des troubles par de nouvelles combinaisons. Dès l'ouverture du parlement, lord John Russell présenta (1838) une loi pour suspendre la constitution de 1791 ; cette mesure passa (1), quoique soutenue d'une faible majorité. Aussitôt, Sir John Col- Ijorne reçut l'ordre de mettre cette loi à exécution, ot de former un conseil spécial pour l'expédition des affaires les plus pressantes. Ce conseil, composé do 22 meml)rcs, dont 11 canadiens, s'a.ssembla dans le mois «l'avril.

422. Lorsque lord ]3urham arriva à Québec, le 2T iiiai, tout était dans une ])aix profonde. Tl débarqua le 2rj, au bruir de l'artillerie, et au milieu d'une (]');^l»lc îr.iivi de .^oldîits. pour se rendre au château

('. , ].■ ' '!'. l'ii* introduit «Iniis la chatiibro des communes le 1 7 janvier^ :: Ni!.;.- Ij i.' {■ v.-icr .siuv.'>i:t, et ?:incfionué le 12 du môme mois.

220 DURHAM — COLBORNE, [18oS

Saint-Louis, où il prêta les serments ordiuairos. Lonl Bui'ham voulu! éclipser, par un faste vraiment royal, tous les gouverneurs qui l'avaient précédé. On s'empara des bâtisses du parlement pour loger le somptueux vice-roio Un de ses premiers actes fut de remercier le conseil spécial formé par Col borne, et d'en former un autre composé en grande j^artie des personnes de sa suite. Ce conseil passa un grand nombre d'ordonnances utiles en elles-mêmes, mais qui ont eu besoin d'être modifiées j^lus tard, parce que ceux qui les avaient fiiites ne connaissaient pas suffisamment le pays,

423. On peut dire que le fait le plus saillant de ce gouvernement éphémère, fut l'amnistie accordée aux prisonniers politiques arrêtés pendant les derniers troubles. Lord Durliam, avait choisi pour accorder cette grâce, le jour du couronnement de la reine ; il n'en excepta que vingt-quatre, qui furent exilés aux Bermudes. Ln Canada, cette amnistie causa une grande joie, parce qu'on regardait ces malheureux comme plus aveugles que méchants. En Angleterre, cet acte fut jugé tout différemment; cependant la condamnation des vingt-quatre exilés sans forme de procès, fut déclarée illégale, et désavouée par le gouvernement impérial. La nouvelle de ce désaveu solennel arriva au moment où lord Durham revenait d'un voyage dans le Haut-Canada, où il avait été reçu avec des honneurs extraordinaires. Cet étrange procédé l'humilia profondément; il donna immédiatement sa démission, et s'embarqua 2^our l'Europe avec sa famille le 1 novembre 1838. Sir John Colborne remonta à la tête du gouvernement, et y resta

usqu'à l'arrivée de lord Sydenham.

424. Après le départ de lord Durham, les réfugiés politiques aux Etats-Unis organisèrent, avec quelques américains, un nouveau soulèvement dans les deux Canadas à la fois. Des insurrections partielles éclatèrent sur plusieurs points de la rivière Chambly, à Beauharnais, à Terrebonne, à Châteauguay, à Eouvillc, à Yarennes, à Contrecœur, et dans quelques

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autres paroisses ; tandis qu'un coi'ps d'américains et de réfugiés pénétrait dans le pays sous les ordres du Dr Xelson, et prenait possession du village de Kapierville. Sir John Colborne, qui s'y attendait, assembla le conseil spécial, proclama la loi martiale, arma les volontaires, fit arrêter toutes les personnes suspectes, puis marcha, avec 7 à 8,000 hommes, sur le pays irsurgé, où tout était déjà rentré dans l'ordre quand il y arriva. Il n'eut qu'à y promener la torche incendiaire ; il ne laissa que des ruines et des cendres sur son passage. Du côté du Haut-Canada, les insurgés débarquèrent à Prescott, et prirent possesnion d'un moulin, où ils furent bientôt cernés par des forces considérables, et obligés de se rendre. Quelques autres partis de rebelles inquiétèrent la frontière tout riiiver, attaquèrent AVindsor, Détroit et quelques autres points, mais sans exécuter rien de sérieux.

425. Colborne fit juger les prisonniers par une cour martiale ; 89 furent condamnés à mort, 47 à la déportation, et tous leurs biens furent confisqués. Treize condamnés, le chevalier de Lorimicr à leur tète, périrent sur l'échafaud. Ces mesures sévères furent fortement blâmées en Angleterre, même paides personnes puissantes, entre autres par le duc do AYellington.

426. Dès que l'eifervescence populaire fut calmée, l'on tourna les yeux vers l'Angleterre, ])our voir comment elle allait prendre les derniers événements, et recevoir lord Durham avec ses suggestions ])our la pacification du pays. Le long rapport de lord Durham, écrit avec beaucoup d'art et de soin, n'était qu'un plaidoyer spécieux en faveur de l'anglification, quoiqu'il approuvât les principes que la chambre avait toujours défendus. Après avoir reconnu que l'on aurait dû laisser aux représentants la libre et entière disposition des deniers publics, et blâmé fortement ses prédécesseurs d'avoir fait bien des nominations directement opposées aux veux du peuple, il attribue toutes ces malheureuses divisions à la difi'érence d'origine des ilcux ]ieuplcs qui habitent le Bas»

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