CHAPITRE IV
Compagnie de la Nouvelle -France, ou des Cent- Associés ; ses priyilégei» et ses enga emonts — Prise du vaisseau de Hoquemont — ^Famine- Prise de Québec par les Kortk — Traité de Saint-Ghermain.
90. Les sieurs Guillaume et Emery de Caen, qui riaient calvinistes, étaient plus occupés de la traite des pelleteries et de leur commerce particulier, que ùo la conversion des sauvages et de Taccroissement de la colonie. 11 n'y avait encore que quelques arpents de terre de défrichés, et la faiblesse où se trouvait l'habitation, rendait les sauvages de plus en plus insolents. Ce déplorable état de choses engagea le cardinal de Eicholieu à remettre en d'autres mains le sort do la Nouvel le-Fi'ancc. Il forma une puissante compagnie de cent associés, qui fut appelée c Comr pagnie de la Nouvelle-France, > et où entrèrent le sieur de Eoquemont, le commandeur de Rasilly, le sieur Ilouel, Champlain et plusieurs autres personnes distinguées par leur naissance ou par leurs richesses.
91. Le roi leur concéda à perpétuité le Canada, y compris la l'^iori-îo. avec toutes leurs dépendances, ne se réservant (juo l'acto de foi et hommage, une cou* ronno d'or du poivls do huit marcs pour chacun do ses succossours, ot la conlirmation des principaux offîciem do justice. La compagnie pouvait fabriquer des armes, fortifier les places nécessaires à la conservation du
j^aj-s^ concéder les terres à telles conditions qu'elle jugerait à propos, jouir exclusWôixieivt ^^\^\x%^ ^m^
1628] OHAXPLAIN. 51
pelleteries **t, pendant qninze ans, de tout autre commerce par terre et par mer, excepté la pêche de la morue et de la baleine, que sa majesté laissait libre à tous ses sujets. Les lettres patentes accordaient encore beaucoup d'autres faveurs, soit pour attirer des membres à la comp^nie, soit pour cnga«^er les lançais à passer en Amérique avec leurs familles.
92. La compagnie de son côté promettait d'envoyer en Canada dès Tannée suivante (1628) deux ou trois cents ou\'i'iers de tous métiers, de porter avant quinze ans la population de la colonie à 1600 âmes, de l()ii:er, de nourrir et d'entretenir les nouveaux colons pendant troi^s ans après leur arrivée, do leur distribuer des terres défrichées et des grains pour les ensemencer, lie pourvoir pendant quinze ans à la subsistance des ministres de la religion et à l'ciitrelien du culte, l^^nfin les colons devaient tous être catholiques. L'histoire de la colonie a fait voir qu'il était plus <lilli(ile » ia compagnie de la Nouvel le- Franco de tenir ses promesses, qu'au roi de lui lais;ei- ces (M()uis>îint8 privilèges.
9ii. Le d.;but de la société fut niarqué ]>ar une «poque de très-mauvais présage. Les ])remiers vaisseaux qu'elle envoya en Amérique furent pris ]^ar les Anglais, à qui le siège de Larochelle fournissait un prétexte pour commettre des hostilités contre la France, quoique les deux couronnes fussent en paix. Un français calviniste, natif de Dieppe et rcfugié en Angleterre, nommé David Kertk, sollicité, dit-on, ])ar (Tuillaume de Caen, qui naturellement ne devait pas voir d'un bon œil la nouvelle compagnie, s'avança avec une petite escadre jusqu'à Tadoussac. De là, il envoya à Champlain une lettre, dans laquelle, après lui avoir notifié sa commission du roi d'Angleterre, il lui dit : < ...Tousserez averti comme entre les navires
> que j'ai pris il y en a un appartenant à la nouvelle
> compagnie, qui vous venait trouver iavec vivres et » rafraîchissements, et quelques marchandises pour la » traite. Je m'étais préparé pour vous aller trouver ;
> mm» j'ai trouvé meilleur aexù^m^TxX. ^^^w^cs^'^^ ^^^
52 CtIA3IPLAIN. [16M
> ])aîa(lK* et doux chîiloupo« pour détruire et se saieJr
> (lu lit*>iial «jui cv^t iiu cap de Tourmente ; car je bn 1 <|Uo (jiiand voiH M*roz iuoommodéH de vivres, j'ob*
> tiendrai ))lu.s faci lignent ce rj[ue je désire, qui est i. d'avoir Thabilatioii ; et pour empocher, que nui }> navire ne vienne, je r(souH«de demeurer ici jusqu'à I Cl' qntî la saÎM)!! soil pa^.st e. C'est pourquoi, voyei
> Cl* (jUe d 'siroz jaire, si me dôsirezrendinîl'lmbitation j> «Hi i!')n : car, J)iru aidant, toi ou taixl il faut que je » l":::*' : Je d sirerais ])our vous que ce fi\t piutut de » courtoi.ie que de iorte, àcellelin d'iviter le sangqid
> ])()iiira <lrer'])andudesdeuxcôt( h; et, la i*endant de » eoiirloi-ie, vousvou.s pouvez assurer do toute sorte de » eonitMitement, tant i)Our vos ])ersonne8 que ])ourvoi D 1 ions, K'Miuels, sur la foi que Je prûcnda on paradis, i 2> je con.erverai comme les mien.s propres, sans qu'il
j> vous en N>it <liminuô la moindre partie du monde. j; ?!andc'Z-moi ce que désirez faire... »
. 1. Les habitants de la \ille < taient rt'duits à «cpt
1 goii
^e.scadrêiran^ui^e que la nouvelle compagnie envoyait au secours de Qui bec. M. de lioquemont, qui li c<)mmandait, ri.^qua le combat, etperditducoup toute la n^swource d'une colonie prrte à succomber. Ses i'aisseaux, cliarg( s de colons et de i^rovisions, furent dcsa^rcés et contraints de ko rendre.
i)5. ('Cpendant les quelques halntants que renfermait
^U( bec, n'avaient ])lus absolument rien pour vivre.
.es .sauvages avaient bien rapporté do leurs chassée
^ueN]ues clans, que l'on lit durer deux ou trois mois;
mais Lientc'/t l'on tomba dans une disette encore plue
gniudc (jfu'iiupiU'uvant, ot Vot\ jào ^'^\. c.*otA.yû.S\\1 d'aller
chercher des racines dans le» \>o\^ nqVmv^, K»si^^
1629] CHAUPL AIN. S3
lorscjao, eur la fin do juillet 1G20, les vaisseaux de Kcrtk parurent derrière la pointe Ljvi», on regarda ee capitaine moins comme un ennemi, que C'X>mmo un libérateur. Bientôt, l'on vit s'avancer une chaloupe avec un pavillon blanc. L'officier qui la commandait s'arrêta vers le milieu de la rade, comme pour demander la permission d'approcher. On la lui donna en arborant un pavillon semblable au sien, et dos qu il fut dv-barqua, il alla prôsentor au gouverneur une letti'o de Irouis et de Thomas Kcrtk, frères de l'amiral David Kertk, qui était reste à Tadoussac avec le gros de la flotte. Cette lettre contenait une sommation dans des termes extrêmement polis, laissant le gouverneur lui-même maître des conditions. L'officier revint le soir demander les articles de la capitulation, qui lui furent remis aussitôt. Les principaux étaient : 1° Que les Anglais fourniraient à Cnamplain un vaisseau pour passer en France avec tous les Français ; 2' que les gens de guerre sortiraient avec leurs armes et les eiïets qu'ils pourraient cmpoi'ter ; 3^ qu'il ne serait fait aucune insulte à personne. Ces articles furent agréés sans beaucoup de difficulté ; seulement il fut rv'glé, par rapport au second, que le^ officiers sortiraient avec armes et bagages et tout ce qui leur appartenait ; les Foldats avec leurs armes, leurs habits et chacun une robe de castor; l^s .religieux avec leui's livres; mais que tout le reste demeurerait dans la place. Le lendemain, 20 juillet, Louis Kertk vint mouiller dans la rade avec SOS trois navires, prit possession du fort et du,* magasin. Il demeura à Québec pour y commander, tandis que Thomas son fvh^e, emmena Champlain à Tadoussac, où celui-ci fut reçu avec assez de courtoisie par Tarairal David. Pontgravé et la plupart des autres français le l'cjoignirent au bout de quelques jours, et tous furent emmenés sur les vaisseaux anglais.
96. Eu arrivant en Angleterre, ChamjDlainse rendit aussitôt chez l'ambassadeur français, auquel il remit un mémoire exacte do tout cq ç\vv\ ^'^\."^\\» ^'îs^'^^^ ^*^ Voriginal do la capitulation i^ QjîiviViQi^* "X!^ ^'^ivior^s»
64 GBAMPLAIN. [16
plus de deux ans avant que la difficulté fîit régl< Enfin, le 29 mars 1632, le traité de Saint-Grermain-( Laye remit la France on possession du Canada.
Sortait que tous les effets qui seraient trouvés ►uébec seraient restitués, aussi bien que les vaissea pris de part et d'autre, avec leui* charge ou Véq valent ; et, comme les sieurs de Caen avaient principal intérêt dans cette restitution, Emery de Ca fut d'abord envoyé seul en Amérique, pour porter Louis Kertk le traité, et en poursuivre Texécutii Le roi jugea mcrnc à propos de lui abandonner commerce des pelleteries pour un an, afin do dédommager des pertes qu'il avait faites pendant guerre. A son arrivée à QuéWc, la place fut remiï mais les Anglais n'en continuèrent pas moins trafiquer avec les sauvages toute cette année et suivante, malgré le traité, q»i leur interdisait expi sèment ce commerce.
CHAPITEE Y.
Eetour de GhamDlain — ^Etablissement des Trois-Rivières — ^Fonda du collège des Jésuites — Mort de Champlain — Le chevaliei Montmagnj lui succède— Son zèle pour rinstruction des enf sauvages— Les missions hurunnes — Fondation de Sillory.
97. En 1633, la compagnie de la Nouvelle-Frai rentra dans tous ses droits, et, connaissant le zèle
'^ l'expérience de Champlain (1), elle lui confia nouveau lo gouvernement de la Nouvelle-France, a' des pouvoirs j^liis amples qu'auparavant.
98. Pour assurer davantage le succès de la trr. et remédier en môme temps aux incursions • Iroquois, Cham])lain commcnya, d('s cette année IG
(1) Champlain utilisa son sOjour eu France, en publiant (1632) nouvelle éditi* n de tous ses voyages, à la suite desquels il ajouta ce qui s'était passé de plus remarquable au Canada jusqu'à c année. Son but était évidemment do faire (onnaître les avant; et /es ressources du pays, et enjçnget par V^ \« tvA ç\. \xw <50ut ) 'éclamer lu rostHation aveo plug d*uuita&Q«. '
l'?36] rwAMPT. 4T?r. SB
i fortîflei* un petit îlet atiqnol on doTma le nom de Uii'iioUou, sitûo en haut du rapide qui porte le même lom, à ]Kîu |jn»H à mi-difttance entre Québec et les Umis-îiivièreH. L'année suivante, il envoya le sieur La Violette établir un autre poste aux Trois-Eivières nèmeck, à Tembouchure de la rivière du même nom, ^ue le» Montagnais appelaient Metaberoutin,
99. Champlain avait compris qu'un des plus grands >lx(taeleH à la conversion des sauvages et a la prospédté de la colonie, était la mauvaise conduite de |uelque»*uns des habitants. Aussi il avait obtenu qu'on n'envoyât de France que des familles de mœurs irréprochables, connues par leur attachement à la foi et à la piété catholiques. On continua les années suivantes i'avoîr la môme attention, et l'on vit bientôt dans cette partie de rAmériquo commencer une génération de lervonts chrétiens, vraiment dignes des premiers iiccles de F église. Rien peut-être ne contribua davantage à cet heureux progrès que la fondation d'un collège ï (Jucbec par Eené Eohault, fils aîné du marquis ao jramache. Ce projet avait été formé dès l'arrivée des Jésuites en Canada, et le marquis avait oiTert pour 3ette fondation six mille écus d'or, qui avaient été icceptés avec reconnaissance ; mais la prise de Québec par les Anglais avait forcé d'en remettre l'exécution. Enfin l'affaire fut commencée au mois de décembre 1635. Dès lors, quantité de français, assurés de pouvoir procurer 'eurs enfants une éducation qu'on ne trouvait pas aie. dans bien des villes du royaume, se fixèrent volontio^ 'ans la colonie, et les sauvages, ians l'espoir d'y fa\re >.8truire les leurs, se rendirent Je toutes parts aux enw 'ons de Quôbec.
100. La joie que causa cette heureuse nouvelle, fut bientôt troubh'e par la perte que la Nouvelle-France fit de son ' gouverneur. Le jour de • Noël de cotte même année 1635, Champlain moiu'ut A Québec, après une maladie do deux mois et demi. Jamais homme ne fut plus universellement regretté, ni ne méritait plus de l'être. Champlain avait un gran.d *<iw^^ beaucoup de 'pénétration, àeftTVke^ îot\. "^TC^1^w^^ ^^
56 HOHTMAGNY. [1630
personne ne sut mieux que lui prendre un parti dans les aiiaii-ea les plus épineuses. Ce qu'on admira le plus en lui, ce fut sa constance à suivre ses entreprises, sa fermeté dans les plus grands dangers, im zèle ardent et désintéressé pour la patrie, un cœnr tendre et compatissant pour les malheureux, im grand fond d'honneur et de probité. On voit en lisant ses mémoires qu'il n'ignorait rien de ce que doit savoir im homme de sa profession ; on y trouve un historien fidèle et sincère, un voyageur qui observait tout avec attention, un écrivain judicieux, un bon géomètre et un habile homme de guerre. Mais ce qui met le comble à tant de bonnes qualités, c'est que, dans sa conduite comme dans ses écrits, il parut toujours vraiment chrétien, zélé pour le service de Dieu et pour l'avancement de la religion. Il avait coutume de dire, c que le salut d'une âme valait mieux que la conquête d'un empire, et que les rois ne doivent songer à étendre leur domination dans les pays infidèles que pour y faire régner Jésus-Christ. >
101. Le successeur de Champlain fut M. de Montmagny (1), chevalier de Malte, qui joignait à une sincère piété un zèle et une ffermeté rares. Le vaisseau qui le portait mouilla l'ancre devant Québec dans la nuit du 11 juin 1636. Le lendemain matin, toute la population vint le recevoir sur le rivage. Après les compliments ordinaires, on se rendit à l'église de ]S"otre-Dame de Eecouvrance (2) où l'on chanta solennellement le Te Deunij avec les prières pour le roi.
102. M. de Châteaufort (3), qui avait remplacé Champlain, en attendant l'arrivée des vaisseaux,
(1) Lorsque les sauvages demandèrcDt le Dom du nouveau gouverneur, on leur répondit qu'il s'appelait gronde montagne (&&n» tnagntia) en leur lanp^ue Ononthio. Ils continuèrent dans la suite à donner ce nom à tons l^s gouverneurs français ; le roi de France était d(?h-igné par celui de Grand Ononthio,
(2) Notre-Dame de Rec<»uvrunce avait été bâtie en 1634 par Champlain, qui avait promis que, s'il rentrait à Québec, il érigerait une chape. le sous ce vocable. £lle était située sur la partie du terrain de la fabrique oîi est aujourd'hui le presbytère. Elle fut incendiée le 14 Juin 164>.
(S) Âtarç'Antoine JBra0-de-fex do ChftitAKo&xct.
1^36] HONTMAQ^iY. Vt
remit à M. de Montmagny les clefs du fort, où le nouveau gouverneur fut reçu au bruit des salves de canon et de mous(juoterie.
103. Un des premiers soins du chevalier de Moût^ magny, quand il eut pris connaissance des affaires de son gouvernement, fut de mettre à exécution le plan qu'on avait projeté Tannée précédente, de fonder un petit séminaire destiné à recevoir les enfants des sau^ vages, et dont le soin serait conûé aux Pères Jésuites. On crut devoir commencer par ceux des Hurons, dont plusieurs familles venaient d'embrasser le christianisme ; on jugea d'ailleurs que ce serait autant d'otages, qui répondraient de la ûdélité de leurs parents. On invita donc les Hurons chrétiens à envoyer leurs enfants à Québec, pour y être instruits des principes de la religion, et formés aux bonnes mœurs, ils ne firent d'abord aucune difficulté, et
{)romirent tout; mais, quand il fut question d'exécuter eurs promesses, d'un assez grand nombre d'enfants sur lesquels on avait compté, à peine le P. Daniel, qui s'était char^ de les conduire, en put embarquer trois ou quaire ; encore ne réussit-il à les mener que jusqu'aux Trois-Rivières, où leurs pères, les ayant rencontrés, les lui enlevèrent, quoiqu'ils eussent consenti â leur départ. Cette conduite, au reste, ne surprit point le missionnaire, qui connaissait l'attachement extrême de ces barbares pour leurs enfants, et leur répugnance invincible à s'en séparer.
104. On comptait déjà six prêtres dispersés dans les différentes bourgades huronne*, où plusieurs français les avaient suivis. L'occasion était favorable pour faire dans ce pays un bon établissement ; l'intérêt des sauvages et celui des Français le demandaient également. Ghamplain n'avait rien eu tant à cœur, et M. de Montmagny, entrait dans toutes les vues de son prédécesseur ; mais il manquait d'hommes et de finances. Excepté le commerce des pelleteries, qui n'enrichissait que les traitants et un petit nombre de colons, tout languissait faute de secours^ et la. q.q>\svpagnie do la ^Touvelle-France hô w^ii%<^^^ ^^-t^^
ftS MOîftMAoïrr. [ISSi
à remplir ses CTigagemcnts. Les Iroquoîs, de leur cotô, BaimRsaient toutes les occasions de nuire aux alliés. Aprèn la dernière expédition de Champlain, îIh avaient consenti à traiter arec la nation huronne; maÎM, pour ne point lui donner le temps do profiter de son alliance avec les Français, ils- s étaient avisés d'un Ntratagtme qui leur réussit : ce fut de traiter de la paix avec le corps de la nation, et d'attaquer ensuite, sous divers prétextes, les bourgades les ping éloignées du centre, en publiant qu'il n était question que de démMés particuliers. Los Hurons se rassih Wri'nt sur la foi du traité, et ils n'ouvrirent les yeux que lorsqu'ils virent h leurs portes un ennemi vain- ([Uour dont le nom seul jetait l'alarme dans tout lo pays. Au commencement de cette année 1636, lea Irt-lquois cesst'rent de feindre, et parurent en armes au milieu du pays des Ilurons. Cotte irruption ne leur réussit pourtant pas ; le peu do français qui avaient suivi les missionnaires, tirent si bonne contenance, (^tie l'eiHiemi jugea à propos de se retirer. La retraite de leurs ennemis replongea les Hurons dans leur première sécurité, et les Iroquoîs en profitèrent pour c^)iitinuer à suivre leur premier plan de destruction. Pour comble de malheur, une espèce de dyssenterie, à laquelle les sauvages ne connaissaient point de remède, décima les bourgades huronnes, enleva une grande partie de leurs guerriers, et acheva d'abattre leur courage.
105. Les missionnaires profitèrent de ces affiîc tiens temporelles que le ciel envoyait aux Hurons, pour faire fructifier parmi eux la semence de l'évangile, et, si leur zèle n'était pas suffisamment secondé par la compagnie de la Nouvelle-France, plusieurs personnes Jouissantes du royaume s'intéressèrent vivement à la conversion des sauvages, et consacrèrent une bonne
Eartie de leurs revenus à raccomi)li8sement de cette onne œuvre. De ce nombre* f\tt le commandeur de Sillery. Ce seigneur goûta fort le projet que les J suites lui communiquèrent, d'une peuplade sauvage qnt ne fiit compofiée que de chtétiôti^ ç>\i ^^\5.TCi^i:?s.^^«^k,
I HONTMAQNT. 59
ils fussent également à Tabri et des insultes des lois, pai' le prompt secours que les Français pourt leur porter, et des rigueurs do la famine, par le ^ue l'on prendrait de leur faire cultiver la terre. iToya donc, en 1637, des ouvriers à Québec, et il imanda au P. Le Jeune, à qui il les adressa, de ir un lieu avantageux pour les y placer. Le ieur les conduisit à quatre milles de la ville, a le site de la nouvelle bourgade au milieu d'une tipj)elce par les sauvages Kamiskoua Ouangachity rit le nom d$ Saint-Joseph de Sillery. L'annôe nte, douze familles chrétiennes très-nombreuses nt possession de l'emplacement qu'on leur avait lé. Elles n'y furent pas longtemps les seules, et, u d'années, cette hîibitation devint une gro^ pe lade, composée de chrétiens fervents, qui de frint un assez grand terrain, et s'accoutumôron t
peu à tous les devoirs de la société civile. Le lage de Québec, et la conduite édifiante de i^on 3ns, ne servirent pas peu à former les nouveaux ants de Sillerj' dans la piété, et à leur inspirer orte de police proportionnée à leur génie ; car it rendre cette justice à la colonie de la Nouvelleie, que la source de presque toutes les famillco mt venues s'y établir, est pure, et n'a aucune do Lcbes que l'opulence ne réussit pas toujours à r : c'est que ses premiers habitants étaient ou nêtes ouvriers, occupés à des travaux utiles, ou lersonnes de bonnes familles qui s'y transpor- , t dans la seule vue d'y vivre plus tranquillement, ^ conserver plus sûrement leur religion ; ce que le pouvait pas toujours faire aisément alors dans îurs provinces du royaume, où les religionnaires it fort puissants.
60 MQNTXAQNT. [litt
CHAPITEE VI.
Fondation de riI6teI-Dieu et des Unnlinei de Qaébeo — Fondation àt Montr^al-^Fort de RichcIieu^Inoursionedes Iroquoi*— PaixdN Tit)i8-IUviàrc8 — Mort du P. Jogues et de Lalande.
10(). Deux choses manquaieDt encore à la colonie: un hJpital et une (' colc pour l'instruction des lillei La duchesse d'Aiguillon t>e chargea elle-mcme do II fondation de l'Hôtel- JJieu de Québec, et obtint de 11 communauto do Dieppe trois hospitalières : lesmîra Saint-Ignace, Siiint-i3ernaixl et Saint-Bonaventuit La seconde institution fut enticremont l'œuvre de 11 providence, qui lu lit naître et réiisisir lorsque la amis et protecteurs du Canada la ci\>yaient iin^XM^ sible. Une jeune dame do condition et do l^eauconp do piété, buriuontant courageusement les obstacle! que lui opposaient les craintes de ta famille et lei préjugés ilu monde, consacra ses biens et atx perbonne à la fondation du couvent dos TJrsulines de Qu('bec, qui a si puissamment contribué jusqu'à nos jours i répandre dans le sein de la famille canadienne ce parfum de bonne éducation et de savoir-vivre qu'on ne s'attend à trouver d'ordinaire que dan» les pays les plus policés. Elle s'associa la more îlaiûe de l'Incarnation, religieuse de Tours, remarquable par ses talents en tout genre et surtout par ses adminiules , vertus, qui lui ont fait donner le nom de Thérèse du Canada (1). Celles qui lui furent donntes pour corn* pagnes, fui^înt les mères Marie de Saint-Joseph et Cécile de la C*i*oix.
107. Le jour de l'arrivée des religieuse» (1 aoCit) fut une fête pour toute la ville ; les .travaux cessèrent, et
(1) Le Canada a toujours conservé une te'le vénération pour Ift
mémoire de cotte sainte religieuse, finedemic'^remcnt Mgr l'Arcnevéqoi
de Québec a cru devoir procéder aux travaux préliminaires du proeèi
de sa canonisation. Ses Lettres Spintue/fes et Ilmtoriqtua sont on méflM
temps un monument de sa foi atdeivVA «t Vwqa ^%% «a\n^:A« \«ii ^^
précieoâea de notre histoire.
1639] XOKTMAaNT. 61
boatiques furent formées. Le gouverneur reçut ced h^roinoâ sur le rivage, à la toto do ses troupes et au bruit du canon. Aprùs les premiern complimontSy il leâ conduisit, au milieu des acclamations du peuple, h l'église, où l'on chanta un Te Deum solennel. ËiLsuite elles allèrent ensemble au village de Sillery ; à la vue des cabanes sauvages, ces saintas filles, loin de «e rebuter, se trouvèrent saisies d'un nouveau transport de zèle, et témoignèrent une grande impatience ae commencer l'exercice de leurs fonctions. Après ces preruières visites, les religieuses des deux instituts s'embrassèrent tendrement, et se séparèrent, pour s'aller renfermer chacune dans leurs cloîtres. Le bâtiment des Ursulinea n'était pas encore commencé, et l'on avait à peine jeté les fondations do celui des hospitalières; il fallut donc leur trouver im logement, -lonsieur de Moiitmagny pr ta aux hospitalières une ushcz belle maison toute neuve, appartenante à la compagnie, et qui se trouvait pr»s du fort Saint- Louis (1). Les L-rsulines allèrent fo renfermer temporairement à la basse ville dans une petite maison de deux pioces appartenant à M. Juchereau des Chîitelets, et situ«'e sur un quai auprOs du magasin.
108. Tant de secours spirituels venus de ïVance tout à la fois, ne pouvaient manquer de donner un nouvel élan à la colonie, si l'on avait seulement soutenu ces premi>re8 d. '«marches. Mais la compagnie des Cent- Associés demeui*ait dans une telle inaction, que les missions et les communautés, qui devaient tirer leur principal appui de la colonie, en étaient presque les seuls soutiens. La gueiTO recommençait plus vivement que jamais entre les Iroquois et les Ilurons ; et ce qu'il y avait de plus malheureux, c'est que le gouverneur, loin d'être en état de secourir les alliés, se Voyait tous les jours exposé à recevoir de nouveaux affronts de la part des Iroquois, faute d'avoir
ri) Cette maison était situ^^o sur un terrain qui demeur» longtemps Qaa dépendance de la Sénéchau8si5e (le palais de juttlce")^ «t auv t^ «oncédé pins tard aux RécoUels. C'cgl V^Yû'ç\vife\SkK^\. *fiXw. ^^ "N»» HOiédràtê Mglieane. «
62 MONTMAflNY. * [1619
seulement quelques containos d'hommes pour tenir ces barbares en respect. Ce dc2)lorable état de choseï engagea plusieurs personnes reeommandables par leur piété à former ime société pour le soutien de la religion catholique en Canada et pour la conversion des sauvages. Elle se proposait de former dans l'île de Montréal une bourgade française bien fortifiée et à l'abri de toute insulte. Les pauvres y devaient être reçus et mis en état de subsister de leur travail. On projeta de faire occuper tout le reste de l'île par des sauvages, de quelque nation qu'ils fussent, pourvu qu'ils fussent chrétiens, ou voulussent le devenir, et l'on était persuadé qu'ils y viendraient en grand nombre, tant pour y trouver un asile assuré contre les poursuites de leurs ennemis, que pour être
Slus promptement secourus dans leurs maladies ou ans la disette.
109. Deux hommes d'une éminente piété, Jérôme le Eoyer de la Dauversicre, receveur des finances à La Flèche, 'et M. Olier, fondateur de la compagnie de Saint-Sulpice, eurent presque en même temps la pensée de cette fondation. Le premier, venu à JParis avec le baron de Fancamp, gentilhomme riche ot charitable qu'il avait associé à Tontreprise, y fit l'heureuse rencontre de M. Olier, qui de son côté s'était senti inspiré de travailler ù la même œuvre. Dès lors fut formé le noyau de l'association nommée depuis € Société de Xotrc-Dame de Montréal. >
110. L'île de Montréal /tait drj'i concédée à M. de Lauson. Il fallait donc commencer par acheter cette île. M. de la Dauversière, qui avait échoué dans une première tentative, r' assit enfin à l'obtenir, par Tentremise du P. Charles Tjalemant, et le contrat en fut passé à Vienne le 7 ao'^it 1640. Mais, lorsque Messieui^s de la Compagnie de la Nouvel Ic-France apprii*eiit cette cession, ils d('clarorcnt que. M. de Lauson n'ayant point satisfait à ses engagcmeiiî ;, Tile appartenait, à la compagnie comme aui)aravant.. Persuadés néaiimoins des bonnes dispositions do la nouvelle société,
ils lui accordèrent voVv^'* r/ wrv woxw^^â \»\t«^ dfi
1M2] MONTBCAoïrr. j\j W
propriété, le 17 décembre de la même année. L'année Boivante (1641), M. de MaisonneuN^Q, gentilhomme champenois, Tun des associés, amena plusieurs familles de France. Il était accompagné d'une fille de condition, nommée Mademoiselle Manse, destinée à prendre soin des personnes de son sexe. Comme La saison était avancée, ils passèrent l'hiver à Québec, li. de Maisonneuve se contentant d'aller visiter Tile, et d'y donner des ordres pour construire une chapelle, avec quelques habitations. M. de Montmagny et le supérieur des Jésuites l'y accompagnèrent et le proclamèrent gouverneur de Montréal le 15 octobre. Au printemps de 1642, la petite colonie débarqua dans l'île, le 17 mai, à l'endroit appelé depuis la Pointe-Ccàlières. La messe y fut célébrée par le supérieur des Jésuites, et toute l'île fut mise sous la protection de la sainte Vierge. Cette cérémonie avait été précédée d'une autre, trois mois auparavant, c'est-à-dire, au commencement de février : im jeudi matin, les associés s' étant rendus à Notre-Dame de Paris, ceux qui étaient prêtres y dirent la messe, les autres communièrent à l'autel de la sainte Vierge, et tous supplièrent la reine des anges de prendre l'île de Montréal sous sa protection. Enfin, le 15 août, la fête le l'Assomption fut solennisée dans cette île avec un concours extraordinaire de français et de sauvages. La nouvelle ville reçut le nom de Ville-Marie.
111. Outre l'influence religieuse que la fondation de Montréal., était destinée à produire au milieu des infidèles, .on assurait encore d'une manière trèsefficace les communications avec la nation huronne et les autres peuples de l'ouest. Mais il restait toujours aux Iroquois une porte ouverte dans le pays, tant qu'on ne leur fermerait pas la TÎvière par laquelle ils faisaient presque toujours leurs incursions dévastatrices. M. de Montmagny fit donc lv*^lir un fort à l'entrée de la rivière de Sorel. L'ouvia.«^-e fut achevé en peu de temps, quoi que pussent faire t;ept, cents iroquois^ qui vinrent fondre sur les .trava\ll^wS:'à \rsïv qn'oii jr'penBait le moinr, rnaÎH ^\\\ ÇwtqxiV, xe^^sa^fe^
êé w XONTMAaNT. {IM
avec perte. On donna à ce fort le nom do Eichelieu (1] qu'on faisait déjà porter à la riviùre mcmo, et on , mit une assez bonne garnison.
, 112, Malgré les heureux effets que produisiren l'établissement de Montréal et du fort de Eicholiw les Iroquoisy assurés de l'appui des Hollandais d Manhatte (Kew-York), qui leur fournissaient de armes et des munitions, n'en continue rcnt pus moin pendant quelques années leurs courses et leurs bri gandages ; les rivières et les lacs étaient infestés d leurs partis, et le commerce ne pouvait plus se faix sans de très-grands risques. Le JP. Isaac Jogues, qi avait reçu l'ordre de descendre à Qui bec pour un a£Cûre importante, tomba enti-c les mains de ces La: bares, et eut à soulTrir les plus homLles traitemenlc il ne dut son salut qu'à l'intervention d'un oûici( hollandais, qui fut touché do son tort, et qui était bie aise d'avoir cette occasion de l'airo plaisir au chovalic de Montmagny, dont il avait rc.^u quelque servie Deux ans après (1G44), le T. lirc^sani l'ut pris aubi par les Ii'oquois, et traité avec au;anl d'iuhumanit Le supérieur des missions huronncs n'osant propose à personne de descendre à Quvlbec, quoiqu'on n'ei areçu aucun secours depuis trois ans, et qu'on manqui de tout, ce généreux missionnaire s'obrit ix)ur ceti périlleuse entreprise. Le voyage fut a^ssez heureu jusqu'aux Trois-Kivicres , mais, le canot où était ', missionnaire ayant fait naul'rage, il fut pris par b Iroquois avec tous les hurons qui l'accompagnaien Après avoir enduré les tourments les plus atroces, fut donné à une matrone, qui le traita fort huma nement ; celle-ci le vendit aux Hollandais, qui '. firent panser, et lui donnèrent passage sur un vaisses d'Europe (1645).
jik 113. Quelque temps après la prise du P. Bressani, 1 de Champflour, gouverneur des Trois-Eivières, mand à M. de Montmagny que des hiu'ons venaient d 'arrive
. (1) Le nom de Soreï, qu'il porte aujourd'hui, est celui d'un oapittia 'âa régiment de Carignan, qui rebâtit le fort en 1605, et en fut coe
lUS] MONTaKAGNY. 65
dans son poste avec trois prisonniers iroquois ; qu'ils en avaient ecdo un aux Algonquins, et qu'il avait obtenu de ceux-ci, quoique avec bien do lu jjeino, qu'ils ne tissent point mourir leur caplil*, avant que d'avoir re.a de ses nouvelles. Le gouverneur protita do colto conjoncture, pour entamer des ni\iîociatio;is de paix avec un ennemi qu'il se voyait hors dVtat de niprimer. Il se l'endit aux Troin-Uiviùres, et proposa une assemblée gcnorale des sauvages voisins de la colonie.
114. Au jour convenu, il parut dans la place du fort, qu'il avait fbit couvrir de voiles de barques, et s'asisitdansun fauteuiL ayant à ses côtés le gouverneur do8 Trois-Rivici*es et le P. Vimont. avec les principaux d'entre les Français. Les députés iroquois, au nombi-e de cinq, étaient A ses pieds, assis sur une natte, pour marquer plus do respect à Ononthio, qu'ili n'appelèrent jamais autivment que leur père; lea Algonquins, les 2iIoutagiiais. les AtticAmoguos et quelques autres sauvagos tle la môme langue, étaient vis-à-vis ; les llurons demeurèrent mêles avec les Prançais. Tout le milieu de la place était vide, atin que les orateurs pussent laire leurs évolutions sans «mbarras. Les Iroquois avaient api)orté dix-sept <ïoUiers, qui étaient autant de paroles, c'est-ànlire, de propositions qu'ils avaient à faire : et, pour les exposer à la vue de tout le monde à mesure qu'ils les expliqueraient, ils avaient tendu sur deux piquets une corde pour les suspendis Tout étant prêt pour la conférence, l'orateur des cantons prit un collier, et le Jffôeonta au gouverneur, c Ononthio, dit-il, prête t roreille à ma voix : tous les Iroquois te pai*lent « par ma bouche. Mon cœur n'a point de mauvais t sentiments ; toutes mes intentions sont droites. (Nous A'onlons oublier nos chansons de guerre, et ( leur substituer des chants d'allégresse. > Aussitôt il se met <. chanter en gesticulant et en se promenant àgraiid . ]yxy, sej collègues marquant la mesure avec kîiî' lié ! jU'ils tiraient eu cadcwce dw ^o\A ^i^ \K«st foiti'in '. Le second collier TOïaeïc\fi^\*\ç> ^Qîvi:??^5tv^«'û:^
66 XOMTlLàUIIY. [UMlF^
d'avoir rendu la liberté à un iroquoib ; le troimèw lui ramonait un fhtnoaiB. Les autres avaient rapportl:' à la paix qu'on devait eonclui'e ; Tun aplanissait kil^ chominH, l'autre rendait la rivière calme, un antiil!| enterrait les hache» de guen-e. Il y en avait ponl. repréHenter Ioh fe»tinM qu'on allait hc donner, etlil|^ vi»ite8 amicales qu'on allait hc fkiro mutuellemeai La pantomine dura troÎH heures. Deux fours aprèi^ M. de Montmagny rc'])ondît aux Iroquois dans mil assemblée aussi nombreuse que la pi*emière, et lev fit autant de présents qu'il avait reçu de collien Pieskaret, chef des Algonquins, et l'un des plus bra^ d'entre les sauvages, fit aussi son présent, et dit: c Voici une pierre que je mets sur la tombe de ceux » qui sont morts durant la guerre, afin que personnt » ne s'avise d'aller remuer leurs os, et qu'on ne 8OD0 > point à les venger. > Un chef monta^nais, appelé Kegabamat, présenta ensuite une peau d'élan, et dit que c'était pour faire des souliers aux députéi iroquois, de peur qu'ils ne se blessassent les pieds eB retournant chez eux. La séance finit par trois conpi do canon, et le gouverneur fit dire aux sauvages qnft c'était pour annoncer j)art<>ut lu nouvelle de Ta paix. Le lendemain les députés rcprii-ent la route de leur pays. Deux français, deux hurons et deux algonquins s'embarqueront uwc (mix, et trois iroquois demeurèrent en otages (iun.^ lu colonie.
115. Dans l'hiver qui suivit la paix des Trois- Eivières, on vit ce qu'on i*' avait point encore vn depuis l'établissement du pays : Iroquois, Hurons et Algonquins chasser ensemble aussi paisiblement que s'ils avaient été d'une même nation. Les missionnaires profitèrent de ce calme pour travailler avec uns nouvelle ardeur à la conversion des sauvages. La traite des pelleteries, qui se faisait principalement i Todoussac et aux Trois-Kivières, fournissait l'occasiOD d'en instruire un grand nombre. Ceux-ci rapportaient dans leurs cantons la connaissance des vérités chrétiennes, et ne manquaient jamais de revenii* avec des javsélytes, quo les miBBionnLSÀxQft «A\iQ'^«ÀsiÀ ^ ^ôir
poser au baptême. 3ïais les Iroqnoîs ne tardèrent pas à troubler ce calme si nécessaire à la propogation de la loi. Le P. Jogues retourna chez eux l'année suivante (1G4G), avec le sieur Jean Bourdon, ingénieur, liomme d'cnergie et d'expérience ; M. de Montmagny les avait chargés d'une mission assez délicate ; c'était d'aller af.ermir dans leurs bonnes dispositions ceux de» cantons qui avaient signé la paix, et s'assurer des iutentions rt elles des Agnîers, dont la condttite était «s»ez bus])ecte. Les deux ambassadeurs furent bien ra.us pai-tout.
116. Le P. Jogues, après être venu rendre compte au gouverneur des dispositions des Iroquois, retourna une troisième fois chez ces barbares avec un secret pressentiment de wa mort prochaine. Il avait à peine puBsé le» Trois-Kiviêres, qu'il se vit abandonné de *«» conducteurs, et resta seul avec un jeune français nommé Lalande. Ils gagnèrent un village iroquois, où ils furent reçus comme des prisonniers. On leur déclara qu'ils étaient condamnés à mort, et on ne leur qMu*gna ni les coups de poings ni les bastonades. Enfin, le 17 octobre sur le soir, im huron ayant ommené le P. Jogues dans sa cabane pour lui donner à manger (car ni lui, ni son compagnon n'avaient encore rien pris de la journée), un iroquois, qui s'était caché derrière la porte, lui fendit la tête d'un coup de hache. Lalande eut le même sort un moment •près. Cette perte fut d'autant plus sensible à la colonie qu'on venait de perdre l'hiver précédent deux des premiers missionnaires, le P. Enemond Massé et lôP. Anne de Noue. Le premier mourut à Sillery dans l'exercice d'un zèle que rien ne rebuta jamais. lie second, étant parti des Trois-Eiviêres le 30 janvier po^r aller disposer la garnison du fort Eichelicu à célébrer la f&te de la Chandeleur, s'écarta de ses ffiides, et fVrt trouvé, le jour même de la fête, mort ^ fond, à genoux au milieu de la neige.
48 j>'aillxboubt. . [1641
CIIAPITEB Vn.
M. d'Ailleboust remplace M de Montmagny — ^Le P. Druillottei déprii àU Nouvelle- Angleterre — Changemonte dans la comporitioaii oonseil — DûperBion de U nation huronne.
117. M. do Montmagny u'était toujours conduit avec tant do sagosse, do piet« ot do désintéressement^ qu'il était également chéri et i*ospecté des Français et dei sauvages. 3Iais la cour avait pris la résolution de M
£lu8 laisser les gouverneurs en place que trois ans •e chevalier de j[ontmagny ro^ut l'oi-dre de remettn son gouvernement à M. d'Ailleboust. Kon-seulement il accepta cette décision de la cour avec respect et soumission ; mais il voulut mûme prépaiaer à Bon successeur une réception digne de la qualité dont il était honoré. Le nouveau gouverneur était un homme do bien, rempli do religion et de bonne volonté. D avait été de la société de Montréal, toute composée de personnes pieuses et zélées pour la conversion dee infidèles ; il uvait commandé dans cette ile pendant un voyage tjuo M. de Maisonneuve avait été obligé de faire en France. Ainsi il connaissait parfaitement les besoins du pays, et il ne négligea rien do tout ce qui dépendait do lui pour y pourvoir ; mais, comme il ne fut pa« mieux serv4 que ceux qui l'avaient précédé, la Nouvelle-France ne pouvait manquer, soiu son gouvernement, d'essuyer les mêmes malheurs.
118. M. d'Ailleboust apportait avec lui uù nouvel édit du roi, créant un conseil conij)Osé du gouverneur, du supérieur dos Jésuites, en attendant qu'il y eût un évequc, du dernier gouverneur sorti de charge, de deux habitants du pays élus de trois ans en trois ans par les gens tenant le conseil et par les syndics des communautés de Québec, des Trois-Eivières et de Montréal. S'il n'y avait point d'ancien gouverneur dans le pays, l'on choisissait le cinquième conseillée. Les gouverneurs des Ti'oib-Eivières et de Montréal avaient entrée, scaoïce et \oV^ dv:\i\>éx«.\x^t^ wOk^tfs^&aiûL
1648] d'aillxbousï. 69
lorsqu'ils se trouvaient à Québec. Los premiers membres de ce nouveau conseil, furent M. d'Ailleboust^ le P. Jérôme X^alemant et les sieurs de Chavigny, Godefroy et Gifi'aixl.
1 19. Dès le commencement de son administration, M. d^Ailleboust eut un moment l'espérance de pouvoir conclure une paix durable. On vit ari'iver à Québec un envoyé de la Nouvelle-Angleterre, chargé de proposer une alliance étei'nell centime les deux colonies, indépendamment de toutes les rujjtures qui pourraient survenir entre les deux couronnes. M. d'Ailleboust trouva conseil,
de plénipotent;
m.ais à condition que les An;^lais hc joindraient aux colons de la Nouvelle-France pour faire la guen*e aux Iroquois. La négociation languit quelque temps, et ne fut reprise avec plus de chaleur qu'en 1651. Les colons anglais, tout occupés de leur commerce et de la culture des terres, trouvèrent apparemment la condition trop onéreuse, et aimrrent mieux se voir sur les bras les Abénaquis, les Maléchites et tous les autres sauvages voisins de l'Acadie, que de se créer des affaires avec d'aussi terribles ennemis.
120. Pendant que M. d'Ailleboust tâchait de profiter des dispositions pacifiques de la Nouvelle- Angleterre, les Hurons -oubliaient qu'ils avaient affaire à un ennemi contre lequel on ne devait ])as cesser un seul jour d'ètr^sur ses gardes. Tandis qu'ils s'amusaientà négocier avec les Onnontagués, quelques bandes d'Agniers etde Tsonnontouans surprirent deux grands partis de chasse de la bourgade Saint-Ignace, et les défirent entièrement. On fut ensuite quelque temps sans entendre parler d'aucune hostilité, et il n'en fallut pas davantage pour replonger les Hurons dans leur première sécurité. C'est ce qu'avaient prétendu les Agniers. Ils armèrent sec<j^'tement, et parurent en campagne du coté où on les attendait le moins.
121. Le P. Antoine l)an\c\ v.'\fK\\\\\\» v^\\ Vvs>5>X. >^\ canton, et faisait sa résidowevi 0YâÀ\\ôiv\:^ ^^>\v>î»\^V^^^
tCh B'AILLlBOtTST. [IBtt
gadedeSaint^osoph. L'onnomî, informé qu'il n'y avait ^ora dans le village que de& vieillards, des ibinines Qt dei enfants, ât bes approches pendant la nuit, et commença le massacre au point du jour, pendant que ce religieux célébrait les sainte mystères. Au premier signal que donnèrent les cris des mourants, la chapelle se trouva vide ; le prêtre n'eut que le temps d'achever la saoriôee, de quitter les habits saoei*dotaux, de les enfermer av^c les vases sacrés, et de- courir à Tondroit d*où venait le bmit. Dos qu'il y fut arrivé, le spectacle le plus déchirant s'offrit à ses yeux : ses chers néophytes massacrés sans résistance ; Tennomi, comme une troupe de louj^s affamés, ne faisant quartier ni à l'âge le plus tendre, ni au sexe lo plus faible ; personne en état d'arrêter la première fougue des assaillants. Il exhorte les chrétiens à mourir dans les sentiments qu'il leur avait si souvent inspirés ; baptise ceux que le repentir et la crainte amène à ses pieds ; court consoler et baptiser quelques malades qui étaient restés dans les cabanes ; revient mettre les vAses sacrés et les ornements de l'autel en un lieu sûr, et, n'attendant plus que lo coup mortel, il Mi .à Dieu le sacrifice de sa vie. Les Iroquois, ne trouvant plus personne à égorger, mirent le feu aux cabanes, et s'approchèrent de la chapelle, poussant des cris af&eux. JjQ généreux missionnaire exhorta tous ceux qui l'étaient venu rejoindre à gagner les bois, et, pour leur en donner le loisir, il sortit au-devant de l'ennemi. Une si grande résolution étonna leâ^rbares, et les fit reculer de quelques pas. Revenus de leur surprise, ils environnèrent le saint homme, et, n'osant encore l'approcher, quoiqu'il fût seul et sans armes, ils le percèrent de flèches. Il en était tout hérissé, et cependant il parlait encore avec une action surprenante, lorsque l'un des plus résolus s'avança, lui perça la poitrine, et le fit tomber mort à ses pieds. Tous se jetèrent aussitôt sur so» corps, et, après avoir commis sur ce cadavre sanglant toutes sortes d*indignitég, ils Je Jetèrent dana la chî^elle, qui était dci^à ^wl^ eu feu. Sept cents personnes périrent dana ^^ dë^««Xi^^ %^ \ib
1649] D'ailliboust. 71
bourgade de Saintr Joseph ne se rétablit plus. Ceux qui échappèrent, et ceux qui étaient absents, se réfugièrent a celle de Sainte-Marie, qui était comme la métropole du pays, où ils furent assez tranquilles jusqu'au printemps de Tannée suivante.
122. Le 16 de mars 1649, un parti de mille iroquois tomba brusquement sur la bourgade de Saint-Ignace avant qu'il tit jour. Il ne s'y trouvait alors que quatre cents personnes, et on n'y faisait aucune gaixie : aussi les assaillants n'eurent-ils d'autre peine que celle de mettre le feu aux palissades, et d'égorger des gens endormis ou qui n'avaient pas eu le temps de se reconnaître. 11 ne se sauva que trois hommes, qui allèrent donner l'alarme à la bourgade voisine, appelée Saint-Louis. Ici les Iroquois furent repoussés jusqu'à deux fois ; mais, à la faveur d'un grand feu do mousqueterie, qui abattit les plus braves des assiégés, un gros d'iroquois s'attacha à un endroit de la palissade, y fit brèche, et donna passage à toute la troupe. Ce ne fut plus alors qu'une boucherie, et tous les Hurons furent Ibientôt mis hors de combat. Les Pères Jean de Brébeuf et Gabriel Lalemant, neveu des Pères Charles et Jérôme Lalemant, s'étaient postés chacun à une des extrémités de l'attaque, et ils furent toujours aux endroits les plus exposés, uniquement occupés à soutenir le courage de leurs néophytes, et à baptiser les mourants. Ils furent faits prisonniers avec tous les hurons qui n'étaient point tombés dans la mêlée, et on leur fit souffrir les tourments les plus horribles.
123. Après de si rudes échecs, les Hurons désespérèrent absolument de se soutenir. En moins de huit jours, toutes les bourgades des environs de Sainte-Marie se trouvèrent désertes. Ceux mêmes qui restaient dans cette bourgade, n'osant sortir, parcequ'ils ne doutaient point que les Iroquois ne tinssent encore la campagne, se virent bientôt en proie à la famine, et prirent le parti de se réfugier dans l'ile de Saint-Joseph, fort peu éloignée du continent où ils étaient. La bourgade de Saint-Jean dont les habitants n'avaient pu se décider à quitter le^pays^ jt.qujjgomptaât à eU» »^>3is^ 'î\»a. ^^
72 p'aulsbqw. [1660
six cents fUmillea, out biontôt le sort de toutes les autres. On y apprit que trois cents iroquois étaient en campagne, et, pour leur montrer qu'on ne les craignait point, tous ceux qui étaient en état de porter les armes, se mirent en devoir de les aller chercher. L'ennemi fut instruit de cette imprudente démarche, passa par des chemins détournes, et arriva à la pointe du jour à la vue de Saint- Jean. Tout fut mis h feu et à sang. Le P. Grarnîer mourut (7 décembre 1G49) au milieu de ses néophytes, dans Toxercice do son ministère.
124. Parmi les llurons qui échappèrent au désastre général, les uns se donne rent aux vainqueurs, et furent incorporés à la nation iroquoÎKO ; les autres dci^condirent à Québec, se mettre sous la protection des Français et de leur pcre Onoiithio. Rien, ce bcmblo, n'était plus aisé, que de les mettre en état d'avoir le nécessaire sans être A charge à la colonie, qui aurait pu mémo avec le temps en tirer quelque avantage, et le P. Jérôme Lalemant, supérieur général des missions, lit exi)r('s le voyage de France jx)ur en traiter avec les directeurs de la compagnie des Cent- Associés. Il eut beau représenter de quelle importance il était de no pas laisser pc'rir tant de chrétiens qui venaient se jeter dans leurs bras, combien il était facile de pourvoir à leur subsistance, de quelle rcs* source Ils pouvaient être soit pour l'augmentation du commerce, soit pour la défende du pays ; il ne put se faire écouter.
125. Les llurons de leur coté ne se virent pas plutôt sous le canon do Que' bec, qu'ils passèrent de 1 excès du découragement à celui de la présomption ; ils se crurent désormais invincibles, et, quoiqu ils n 'eussent parmi eux que très-peu do ^erriers, ils ne se ])roposèrent rien moins que de rendre aux Iroquoia tout le mal que ceux-ci leur avaient fait. Ils engage* rent les habitants de Sillery n se joindre à eux ; les Algonquins des Troîs-Hiviéres grossirent encore la ti*oupe, et cotte armée toute composée de chrétiens marché contre les Agniers. Comme ils approchaient du village
1651] DX LAXTBOK. 13
OÙ ils avaient résolu de fkire leur première attaqûi», on huron et un algonquin furent détachés pour aller à la découverte. Ces deux hommos s' étant séparés, le huron tomba dans un parti iroquois, et, pour sauver sa vie, ne fit point difficulté de trahir sa nation et ses alliés. Il eut môme la perfidie de servir de guide aux Agniers, qui allèrent au-dovant des chrétiens, et les trouvèrent tous endormis. Ceux-ci ne s'éveillèrent u'auëriiit d'une décharge de mousqueterie, et, comme es Iroquois avaient eu le temps de choisir ceux sur
3ui tomberaient leurs premiers coups, le» plus braves es confédérés restèrent moii» sur la place, avant Qu'aucun de leur troupe eût pu courir aux armes. Ils fiirent tous tués, ou pris, et brûlés, à l'exception de deux, qui rapportèrent les circonstances de cette triste aventure.
OnAPITEE Vin.
M. de Lanson gouverneur — ^Progrès de la colonie de Montréal — Arrivée d« a Sœur Bourgeois —Inoursions des Iroquois, et pourparlers de paix— Lrs barons de l*!l« d'Orléans se réfugient sous le fort de QuébeG— M. de Lauson remplacé temporairement par M. de Gharoy, puis par M. d'Ailleboust — Le vicomte d'Argenson gouverneur — Les Hurons se réfugient à Québec.
126. L'année 1650, si funeste à la Nouvelle-France par la destruction des Hurons, et par tous les malheurs qui en furent les suites, finit par le changement de gouverneur général. M. de Lauson, un des principaux membres do la compagnie des Cent- Associés, f\it nommé pour succéder à M. d'Ailleboust, dont les trois ans étaient expirés ; mais il n'arriva à Québec que l'année suivante. M. d'Ailleboust laissa sans regret une place où il ne pouvait être que le témoin de la désolation de la colonie, et dont on ne le mettait point en état de soutenir la dignité. Le nouveau gouverneur avait toujours eu plus de part que personne aux affaires de La compagnie ; c'était lui principaleiuôiït ^V >k^^\\» ménage en Angleterre la restitution ôiô ^\l^^^ \ v»^
74 1» tiATTsoir. [16(A
« pîétéy sa droiture, ses bonnes intentions étaient connues, et il avait paru s'intéresser beaucoup à ce qui regardait le Canada. Mais il le trouva dans une situation bien déplorable. Les Iroquois, enhardis par leurs victoires, commençaient à ne plus regarder les forts et les retranchements français comme des barrières capables de les arrêter ; ils se répandaient en grandes troupes dans tout le pays, où personne n'était plus en sûreté contre leurs insultes, ^n de leurs partis s' étant approché des Trois-Eivières, M. Duplessis-Bochard, qui en était gouverneur, voulut marcher contre eux en personne. On eut beau lui représenter qu'il s'exposait inutilement ; qu'il n'y avait rien à gagner contre un ennemi qui n'avait rien à perdre ; il ne consulta que sa valeur, et risqua une sortie. Mais il eut le sort qu'on lui avait annoncé ; il fut tué, et sa mort, en privant la colonie d'un bon officier, ne fit que donner un nouveau relief aux armes des Iroquois. Ces barbares pénétrèrent même jusque chez les bons sauvages du Nord appelés les Atticamègues, ou Poissons-Blancs, où ils ne laissèrent
{)as un village dont ils n'eussent égorgé ou dissipé es habitants. Le P. Buteux, qui retournait y consoler ses néophytes, fut impitoyablement massacré avec ses conducteurs.
127. L'ile de Montréal n'était pas l'un des postes les moins exposés à ces incursions. M. de Maisonneuve fut obligé d'aller à Paris chercher les secours qu'il ne pouvait obtenir par ses lettres. 11 en revint en 1653 avec un renfort de cent hommes, et accompagné d'une pauvre et sainte fille, nommée Marguerite Bourgeois, qui a rendu son nom cher à toute la colonie par l'institution des sœurs de la Congrégation. Cette généreuse fille entreprit de procurer à la ville naissante de Montréal ce que les Ursulines faisaient déjà avec tant de fruit à Québec et dans toute la colonie, c'est-à-dire, de donner à toutes les personnes de son sexe une éducation soignée et vraiment chrétienne.
128, Mf de Jfaisonneuve -pTensit aes laesurea pour
1653] DX LAtrsoN. 75
garantir Montréal de tonto surprise, lorsque soixante onnontagués parurent à la vue de son fort. Quelquesuns se détachèrent, et, s'approchant avec beaucoup de confiance, firent signe qu'ils voulaient parler. Leur petit nombre fit qu'on n'eut aucune peine à les introduire dans la place, et ils déclarèrent que leur canton était disposé à la paix, si on voulait traiter avec enx. Ils accompagnèrent cette proposition de présents, et M. de Maisonneuve, en les acceptant, lenr fit observer combien la nation française était éloignée de cette perfidie dont ils avaient donné tant de preuves, et combien il lui était facile, en cette rencontre, d'user de représailles, comme leur conduite passée lui en donnait le droit. Ils convinrent do tout, et assurèrent que dans peu on aurait des preuves certaines de leur sincérité. Ils partirent aussitôt pour aller communiquer à leurs anciens les propositions du gouverneur, et, ayant pris leur chômin par Onneyout, ils engagèrent les chefs de ce canton à se joindre à eux. Les Goyogouins firent la même chose, et envoyèrent en leur nom des députes à Montréal avec un collier, pour avei-tir le gouverneur que cinq cents agniers étaient en campagne, et en voulaient aux Trois-Kivières. M. de Lauson, à qui M. de Maisonneuve fit part do ces nouvelles, arma en diligence tout ce qu'il put trouver de hurons. Ceux-ci, ayant joint une nombreuse troupe d 'agniers assez avantageusement postés, l'attaquèrent avec tant do résolution, qu'ils en tuèrent un grand nombre, firent prisonnier le chef et plusieurs des princi]>aux, et mirent le reste en fuite. Un autre parti d'agnicrs avait été plus heureux. Il s'était avancé jusqu'aux portes de Québec, où, pendant tout l'été, il fit de g^nds ravages, massacra plusieurs français, et fit quelques prisonniers, parmi lesquels fut le P. Poncet, qui ne fût pas plus épargné que le P. Jogues et le r. Bressani, jusqu'à ce qu'on eCit appris que la paix était sur le point de se conclure. Cette nouvelle chaaffea en un moment l'état du prisonnier : orv \^ régM* ; on le aonâimh on tri(>mpi\e ^aiii^ '^\v!&\^'vxx^
76 m xjLusoN. [itik
1)oargadô6 ; enfin il partit pour Quàbeo àv^eô tti député du canton, qui était chargé de présents pMt le gouverneur gcncral et pour le supérieur des inil* sions. Quelque expérience qu'on eût de la légiretf et de la perfidie des Iroquois, on osa se fiatter eetti fois que la paix serait durable, parce qu'ils eti fluisaient les avances dans un temps où ils n'avaient rien i craindre de la })artdes Français. L'annce suivante, le P. le iloyne fut envoyé à Onnontagué, pour y ratt fier le traité au nom du gouverneur gcncral, et totli s'v passa avec beaucoup de satisfaction de part et dWtre.
129. Le canton d'Agnié était le plus proche dé la Nouvelle-York^, et, en tirant A l'occident, on trouvait successivement les quatre autres cantoni d'Onneyout, d*Onnontaguô, do Goyogouin et At Tsonnontouan ; c'est ce qui leur fit donner le nomdt camions supérieurs. Les jalousie^ ot les int^'H ts privés mirent bientôt la division entre ceux-ci et le canton d'Aguié. Tant que la guerre avait duré, toute h nation n'avait trafiqué qu'avec les Uollandais ; ce qm déplaisait fort aux cantons supérieurs, parce que le chemin qu'ils étaient obligés do fhire pour aller i Orange (Albany) était fort long, et qu'il leur fallait passer par les terres des Agniers, qui par là les tenaient dans une espèce de dépendance ; outre que ceux-ci, appuyés du voisinage des Hollandais, étaient en état de donner la loi n tout le pays. La paix, en ouvrant le commerce entre les Français et les cantons supérieurs, enlevait donc tous ces avantages aux Agniers, et il n'est pas surprenant qu'ils aient été les derniers à conclure le traité, et les premiers à lo rompre. Aussi, ils no cessaient de Ihiro des courses dans tout les pays, et descendii'^nt me me jusqu'aux environs de Québec. Un matin, avant le lover du soleil, ils tombèrent sur une troupe do quatre-vingt-dix hurons de tout âge et de tout sexe, qui s' (' talent retires dans l'ile d'Orléans, en turrcnt six, livrent les autres, les embarquèrent dans leurs canots, passèrent ficro^ lacnt devant Québec^ firent c^nvtvter Wwt^ ijrÎEonnlerB
J6S8] X ï>B cH^^^:Y -dV.iv"»ou8t. 71
via-à-vu tlu fort, commo pour d^'tiier k |;o/.-.crn«ur
ipnéraly au^uol il u'i.' tait gu»!ro possiulu do leur Joimcr aoUa-it'iOi loà conduibirent jiu>quû clan-i luia* v.ilago, od ila brâL'rcnt \qa principaux, et votinrent los uutro8 daiva une duro captivité.
130. M, do Lau30ii coiuprcuuii plus (^uo jamais rombarraii do sa po:sition. .U-rivo à ha buixantu treizLômo année, il fallait commander à des soldat; ou à dos colons toujours sous lo^s armes, lui qui n'avait jamais été homme do guerre. La dispernion do la nation huronno avait tari une j^ource de revenu considcrablo ; les incurnions de plus en plus menaçantes des Iro(]^uois continuaient à paralyser la traite des polloterios, et occasionnaient tous les jours de nouyelled dépenses : de manière ^ue le gouverneur, malgré la résen^e qu'il s'était faite de la forme do TadouBsac, c'est-à-dire, de la traite qui se faisait en ces quartiers, se vit encore dans la n-cessité de cesser do payer à la compagnie de la Nouvelle-France les mille livres de castor qu'elle s'était réservi es on remettant la traite à la communauté des habitants. Il prit donc le parti de repasser en Franco dans l'été do 1056, et, comme la seconde p riode triennale de son gouvememoat ne unissait qu'en IG57, il nomma, pour tenir sa place, son fils M. de Charny, attaché au pay.-^ par les terres qu'il 3' possédait, et par son mariage avec Mademoioclle Giliaixl, fille du seigneur do Bcauport. Cependant, son épouse étant morte dans l'automne suivant, il. do Charn}- flt ses ]ir. jmratifs pour aller rejoindre son père uans l'été do 1G37, et nomma M. d'Aifleboust, pour commander dans la colonie jusqu'à l'arrivée du nouveau gouverneur.
131, 1*0 vicomte d'Argenson, avait re^u 8a nomination le 26 janvier 1U57 ; mais le vttisfc.eau qui le portait fut contraint de relâcher deux foii4 en Irlande, et l'on apprit à Québec que l'on ne devait l'attendre que pour l'année suivante.
133. M. uo Maisonnouve, plus heureux que le / :niu verneur, fit une travei^SiO assez prompte, et ar.una avec lui une nouvelle recrue d'ouvrloT^ v:\ïvwv^v\\vo^\vi^.
*IS D'AEaxNsoir. [l^ftS
Depuis sa fondation, Montréal avait et J doâsorvi par les Jésuites, occupés spécialement aux travaux des missions. Cette année (1657), M. Olier, qui lui-même avait eu le désir de passer au Canada, nomma pour la mission de Yille-Marie quatre ecclésiastiques ae sa communauté : Messieurs Gabriel de Queylus, abbé de Loc-Dieu, Souart, Galinior, prêtres, et Dallet, ecclésiastique.
133. M. d'Argenson arriva enfin à Québec le 11 juillet 1658. M. d'Ailleboust le reçut avec tous les bqnneurs dus à son rang, et se retira à Montréal, Ou il mourut en 1660 (1). Dès le lendemain de son arrivée, on vint avertir le nouveau gouverneur que des algonquins avaient été massacrés par loti Lroquois, sous le canon du fort» Il détacha immédiatement deux cents hommes pour courir après ces barbares ; mais ils ne purent les joindre. 'Peu de temps après, des agniers s'approchèrent des Troii:- Eivières, dans le dessoin do surprendre ce poste, et pour y mieux réussir, ils détachèrent huit nommes, qui, sous prétexte de parlementer, avaient ordre do bien observer la place ; mais M. de la Potherie, qui y commandait, en retint un dans ses prisons, et envoya les autres au gouverneur général, qui en Ht bonne justice. Ce coup de vigueur eut tout le succès qu*on en pouvait espérer, et procura à la colonie quelques moments de repos, dont les missionnaires profitèrent pour commencer leurs courses apostoliques dans le nord jusqu'à la baie d'Hudson.
134. Les Hurons, no se croyant plus en suret;; dans l'île d'Orléans, se réfugièrent sous le fort de Québec (1658). Dans un moment de dépit d'avoir été abandonnés des Français, ils avaient secrètement proposé aux Agniers d-e les recevoir dans leur canton, pour ne plus faire qu'un peuple avec eux. Ils n'eurent
(1) M. d'Ailleboust mourut au commencement de juin 1660, sans laisser d'enfants. Son neveu, Charles d'Ailleboust de Coul< nj^, qu'il regardait comme son fils, se maria dans le pays, et eut une nombreuM famille, dont plusieurs membres se sont distingués et sur terre et rar mer.
1658] D-AVAUootm. T9
pas plutôt fait eotto démarche, qu'ils s'en repentirent ; mais les Agpiers les avaient pris au mot, et se mirent •n mesure de les obliger à tenir leur parole. lia commonoôrent par Lleher contre eux plusieurs partis, qui niossaorèrent ou enlevèrent tous ceux qui g'ccar^ talent dans la campagne, et, quand ils crurent que ces hostilités les avaient rendus plus traitables, ils envoyèrent à Québec trente députés pour les emmener. Xi'expérienoe du passé et la concfuite des Iroquois jeta les Hurons dans une ^ande perplexité : les uns déclarèrent qu'ils ne voulaient point quitter les Français ; d'autres résolurent de se donner aux Onnontagués, avec lesquels ils avaient déjà pris une espèce d'engagement ; enfin la tribu de VOurs tint parole, et se donna aux Agniers ; celle du Eocher partit avec les Onnontagués. I4es uns et les autres ne tardèrent pas à s'en repentir; ils ftirent presque tous impitoyablemcRt massacrés.