CHAPITRE IX
Mgr de LaT&l premier évéq^ue de la Xouyelle-France — L'abbé de Qtiej|ii8<«*!D«$TOS«me»t de Dollard 4I de ees eompaffnous — Le b:troQ d'Avaugour remplae^ le yipomt^ 4*Amaaon— ^ifficultéi an sujet de la traite de reau-de-rie — ^Le oaron d'Avaugour rappelé en 9ranee ; sa mort.
135. Les missionnaires, persuadés que la présence d'un supérieur ecclésiastique revêtu d'un caractère plus imposant, était devenu nécessaire pour remédier à eertaina désordres qui commençaient à s'introduire dana la eoloQie, demandèrent à la cour qu'on y envoyât un évoque, et proposèrent François do Laval (1), abbé de Montigny, qui avait été sacré
(1) M^ FrtMIÇÇis-XaTiwde Layal-Moataoreiioy, abbé de Montigny, uquit S Layal, dao» le diocèse de Chartres, le 30 arril l^^d. (Essuisse de 1a ^îo 4o Mgr. de Lavah . Il fut sacré évéque de Pétrée in jNut^iM (Pefiw en Arabie), à l'âge ae 36 ans, dam l'é^Ue d<^ V^VskV^^-^^ de Saini-Geniiai|i*dc8-Pr^ ft Pcuris, pat le K net du ^^ A^ ^ ^^«iws^\% 1(58 Jonr de IJmmaoulé^ Conception dQ U fâsàixUNVatii:*»^''^^^^^^ pmr Im pêtnaas d9 m cathédrale.
80 D*AVAUtiUUK. [1000
évêque titulaire de Pétrée, le 8 dcccmbre de r&nuco
Erécédente, et pourvu par le souverain pontiic d*un ref de vicaire apostolique. Il dcbai*qua à Québec le 6 juin 1650, accompagné du P. Jérôme Lalomant, qui, après la dispersion des Hurons, était passé en France pour représenter aux Cent- Associés les bosoimi du pays. Le prélat amenait encore plusieurs ecclésiastiques, qui furent mis en possession de» cures, dont les jésuites jusqu'alors avaient été chargés,
farce qu41s étaient seuls prêtres dans la ]N'ouveile- 'rance, si Ton excepte pourtant Tile de Montixal qui était desservie par les MM, du séminaire de Siiint- Sulpice de Paris.
136. Plusieurs années auparavant, Tabbéde Queylub était venu à Québec, avec des lettres do grand vicainde Eouen ; mais comme la juridiction de ce prélat sur la Nouvelle-France n'était fondée sur aucun titre, et que les évêques de Nantes et de La Bochelle avaient les mêmes prétentions que lui, Tabbé de Queylus no fut i)pint reconnu en qualité de grand vicaire, et B*^n retourna en France. En 1657, il était revenu , avec plusieurs autres prêtres de Saint-Sulpice, que la société de Montréal envoyait pour travailler à la conversion des sauvages et à l'instruction des français. Les Sulpiciens songèrent alors à lui procurer un hôpital, et ils furent assez heureux pour engager 2)lusieurs personnes dans ce pieux dessein. Madame de Bullion donna 42,000 livres, et M. de la Dauversière y consacra une partie de ses biens. Ce fut Mademoiselle Mance qui reçut les liospitalicres ;; Montréal, et, tant qu'elle vécut, elle voulut être chargée de l'administration du temporel do leur maison.
137. Au printemps de 1660, la colonie déjà si faible, fut menacée d'une destruction complète, et ne dut son salut qu'à la bravoure de Dollard et de ses sei^ compagnons. Les Onnontagués, n'ayant pas réue^i à surprendre la petite colonie qui s'était établie elie:; eux on 1656, avaient soulevé successivement tous les
cantons contre les Françjds, et foxm^i \\w^ «ruvc^ii ^v^
l66lj d'avaugouxi. 81
cents homraoH, à luqucllc devait encore »e réunir un
f>arti de deux cents guerriers occupés à la chasse sur 'Outaouais. Nos dix-sept braves montréalais, après s'être disposés à la mort, et s'être juré les uns aux autres de se soutenir iidèloment, sans jamais demander quartier, allèrent attendre les chasseurs iroquoid au-dessous du saut de la Chaudière. Là, ils eurent à peine le temps de réparer grossièrement un méchant petit fort, fermé de palissades à demi pourries, et de 6*y enfermer à la hâte. L'on vit bientôt déliler les chasseurs onnontagnos, la hache do guerre à la ceinture, les fusils rangés sur l'avant de leui*s canots, prêts à l'attaque ou A la difonso. Pendant sept jours, cotte poignée de braves, tourmentés par la faim, l'insomnie et le froid, soutinrent vigoureusement les assauts répétés des deux cents iroquois. Dans l'intervalle, le gros de l'armée ennemie, campée au-dessous de Montréal, eut le temps de venir au secours des assiégeants. Cependant, les français continuèrent à se détendre si bien, que les Iroquois se persuadèrent qu'ils étaient en plus grand nombre qu'on ne l'avait cru, et ils étaient sur le point de lever le siège ; lorsque les hurons eurent la lâcheté de se rendre à l'ennemi, pour avoir la vie sauve. Cette défection, tout en réduisant le nombre des assiégés, eut encore le» mauvais effet de faire connaître aux Iroquois Textrémifé ou ils étaient réduits. Honteux de voir une armée tout entière arrêtée par quelques hommes, les ennemis résolurent de faire un suprême effort, et vinrent à bout d'emporter la place. Dollard et ses compagnons furent tués dans le combat, ainsi que le brave Anahotaha, chef des Hurons. Les vainqueurs restèrent stupéûtits de la résistance que leur avaient opposée ces quelques français, dans un si méchant retranchement, sans nourriture et sans eau, avec si peu de munitions de guerre j aussi, l'armée iroquoise renonça au projet d'attaquer Québec.
137. En 1661^ le baron d'Avaugour arriva de France pour relever le vicomte d'Argenson, avxs\vk^\ ^^a» tj^mût raise eanté, Je peu de secours qu'ïL T^c«^«à^ ^^S»
oomp^i^ie des Cent-Assocics, ot les chagrina parti* euliera que de mauvais esprits ne cessaient de lui O^uscr^ avaient fait demander sou rappel avant lo tempa«
liiS. Le nouveau gouverneur fut bien étonné de 6€i voir chargé d'une colonie aussi délabrée, Cepen* dant, après avoir visité tous les postes, il fut charmé doa beautés et des richesses naturelles du Canada. Oe général et tout ce qu'il y avait de personnes en place dans le pays, écrivirent au roi, et le suppliéi^ent de prendre sous sa protection une colonie abandonnée et réduite aux derniers abois. Ils avaient chargé do leurs n^émoires lo sieur Pierre Boucher, qui commandait aux Trois-Eiviùres. On espérait liaucoup du zèle de cet qffîcier, qui connaissait le Canada mieux que persojàne, et que sa vertu rendait propre à ae faire écouter favorablement du prince. La elfet liQuia Xiy le reçut très-bien, nomma M. Dumont commissaire pour faire la visite de la colonie et y ' intimer ses ordres, et commanda qu'on y envoyât inces^ samment quatre cents hommes de ses troupes, pour y renforcer les garnisons des postes les plus exposés. Jjù commissaire 8'embai*qua à LaEochelle, dès que la navigation fut libre. Chemin faisant, il prit possession 2^u nom du roi du fort de Plaisance, dans Tile de Terre-Neuve. Son arrivée à Québec y causa une grande joie et par les secours présenta qu'il y ame^ nait, et par Tespérance qu'il donna que l'année Buivante il en viendrait de plus considérables encore.
139. Le baron d'Avaugour était un homme de résolution et d'une grande droiture ; mais il s'en ]>iquait trop, et la raideur de son caractère lui attira bien des chagrins qu'un peu de douceur lui aurait épar^X'^és. De tout temps, il j avait eu défense rigoureuse de vendre aux sauvages des boissons fort^, t>t le bçuK>n lui-même avait prohibé cet abus sous lo;i
Seines les plus sév(re^^^. Un jour, une femme de [ttébec, ayant vendu de l'eaunle^vie à des sauYiige;> «a oontravenii(m à ses ordoimancos, fut sur le «•l)ivm]> ^Jùtéa en priaon. Le P. Lai^aaTit, à Xîy ^tv \*a sX^;.
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parents ou des amis de cette femme, crut pouvoir sans conséquence intercéder pour elle. Le gouverneur, reçut le Père très-brusquement, et répondit que, puisque la traite de Teau^e-vie n'était pas une faute punissable pour cette femme, elle ne le serait désormais pour personne. Ce qu'il y eut de plus fâcheux, c'est qu'il se fit un point d'honneur de ne point rétracter une parole aussi indiscrète. Tout Je monde en fut instruit, et le désordre alla si loin, que bientôt on n'écouta plus ni évêque, ni prédicateurs, ni confesseurs, et que les foudres mêmes de l'église ne suffirent pas pour arrêter le mal.
140. L'éveque de Pétrée, voyant son zèle inutile et son autorité méprisée, prit le parti d'aller porter ses
Î>laintes au pied du trône. A peine était-il parti pour a France, que le ciel sembla prendre en main la défense du prélat et de son clergé. A Québec et à Montréal, d!es phénomènes étranges, que la peur et la crédulité exagéra sans doute, jetèrent les habitants dans la consternation. Un tremblement de teiTC, qui dura depuis le 5 février jusque vers le milieu de mars, se fit sentir par tout le pays avec une violence dont on n'avait point eu d'exemples. La merveille fut que, dans un si étrange bouleversement de la nature, qui dura plus de six mois, non-seulement personne né périt, mais les conversions les plus étonnantes s'opérèrent, les ennemis cessèrent de se poursuivre, et, pendant quelque temps, il ne fut plus question do cet odieux trafic qui avait été la source de tout le mal. Monseigneur de Laval plaida si bien sa cause auprès du roi, qu'il obtint tous les pouvoirs qu'il désirait relativement au commerce de l'eau-de-vie, et eut même assez d'influence pour faire rappeler le gouverneur. De retour en France, le baron d'Avaugour présenta au roi un mémoire dans lequel il recommandait de fortifier Québec, qu'il regardait comme la pierre fondamentale de la colonisation française en Amérique, et d'y envoyer trois mille soldats choisis, qui fussent en même temps propres à la culture des terres. Bientôt aprèa, \\ ^^«»^^ «N<ik^^»•
S4 DïiwfsT, (;U03
permission du roi, au service <Jo Tomperçur d' Autricl^f et mourut honors^blement l'année suivante (1664)| en défbndant le fort de Serin, mv les frontières ib ]b> Croatie.
TROISIÈME ËPOdUE
U coNouiTE (1663-1760.) CHAPITRE PREMIER
La compagnie de la ^ouyelle-Franoe remet la Canada çntre les nains du îFoi^Foraiation du «çn^eil supérieup— Lp sémiRairè de Saint" Sqlpi^ rentplaof \^ ^oauM ip Montréal- Fond^tipn fin lémiçaire ^9 t^uch^Q— pîmes— M. de Alésv ; ses «li^çult/^p K%m Mgr. de Laval ; son rappel—Mistiion du marauis de Tr^pyT- Forti dç Sorel, de Chambly et de Sainte -Thérôse^M. de TrM|r retQornt en Fi^^nce-'^Corapagnlt d«B InU^i Oco|<|epm«f .
141, L'année 1663 ouvre une nouvelle ère pour le Canada. lia compagnie des Cent- Associas, qui n'avait plus que quarante-cinq naembrea, se sentant moins que jamais capable do remplir ses obligations, remit au roi ses privilcges et çon domaine je 24 f-vricr 1663. Le sieur Gaudais, commissaire royal, vint prendre possession, au nom du roi, de toute la Nouvclle- IVançe, recevoir le serment de fid^ Uté des habitants, et régler la police et les fonctions judiciaires ; les mêmes vaisseaux portaient encore le nouveau gouverneur M. de Mésy, et Mgr de Laval, plusieurs officiers de guerre et de justice, avec des troupes, et une centaine de familles qui venaient peupler le pays,
143. Jusqu'en 1GG3, le Canada n'avait point de cour de justice souveraine et indt'^pcndante. Il y avait bien eu, depuis 1G40, un grand sénc chai, et aux Trois-Iwivir.res une juridiction qui ressorti ssait au tribunal de cç fonctionnaire ; majs les gouverneurs généraux s'étaient maintenus en possession de rendre la justice,
Îuand on avait recours à eux, ce qui an*ivait souvent. >ai}3 les grandes afl'aives, ils avaient une espèce d©
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confioil composé du grand sénéchal, du premier supérieur ecclésiastique et de quelques-uns des principaux habitants. Mais ce conseil n'était pas permanent ; le gouverneur rétablissait, le changeait ou le continuait, comme il jugeait à propos. Le haut commissaire Gaudais fit créer un conseil fixe, composé du gouverneur, de l'cvêque, de l'intendant, qui en était le président d*oflice, d*un procureur général, d'un^effier en chef et de quatre conseillers, nommés par le gouverneur, révêque et Tintendant. M. Gaudais établit en m 'me temps troigk cours de justice subalternes à Qu 'bec, à Montréal et aux Trois-Eivières. Plus tard, le conseil se composa de douze membres. Ses décisions, qui devaient être conformes à la coutume de Paris et aux édits et ordonnances du royaume, enregistrées à Québec, forment une partie considérable des lois qui jusqu'à présent ont dirigé nos cours civiles.
143. Des changements également importants dans l'administration religieuse du pajs, signalent le commencemeni de cette année 1663 : le 9 de mars, la société de Montréal substitue à sa place les ecclésiastiques du séminaire de Saint-Sulpice de Paris, qui depuis six ans étaient établis à Montréal ; et, au mois d'avril, le roi accorde à Mgr de Laval des lettres patentes qui permettent l'érection d'un séminaire à Québec.
144. Comme le séminaire devait alors pourvoir aux cures, le prélat obtint que les dîmes fussent payées aux directeurs de cette maison, et les fit taxer au treizième ; mais, à cause de la pauvreté des colons, le conseil supérieur décréta (1667) qu'elles ne seraient livrées qu'au vinçt-sixième, qu'elles seraient payées en grain, et que les terres nouvellement défnch( os ne payeraient rien les cinq premières années.
145. Quoique M. de Mésy eût été demandé au roi par révêque lui-même, qui connaissait sa pi^té, n peine fut-u en place, qu'il parut un tout autre nomme, et se laissa abuser comme sou prédé<iQ»p.ç>\\x. Ç^w \^\ rendit easpect le clergé et l'évèque, ç\vx)\\ «c^îcvXi^joa»^'^-
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là respectes, et on parvint à lui inspirer un violent chagrin de n^avoir pas, dans la colonie, Tautorité des anciens gouverneurs. lies derniers changements dana l'administration le privaient d'ailleurs d'une assea forte partie des honoraires que la compagnie des Cent- Associés avait aocordt^s à ses prédécesseurs. Il prétendit que la colonie devait lui faire la même pension. Deux des principaux conseillers, le procureur général Bourdon et le sieur de Villeray, qui s'étaient opposés à ses prétensions, furent embarqué» pour la France sans aucune forme do procès, et d'autres furent mis à leur plàcô: Il se forma contre lui une opposition juridique, qui protesta de la nullité de ces nominations, mais qui ne fit que l'aigrir davantage. L'évêque lui-même s'attira son indignation pour avoir voulu, en qualité d'ami, lui faire des remontrances. Il traita le prélat avec la dernière inconvenance, et en vint à des extrémités incroyables. Un jour, à la tète de ses gardes et de la garnison u:i château, il investit l'égli.so et la maison de l'évèquc, et alla même, dit-on, jusqu'à donner ordre de le faire saisir, ou de tirer sur lui. Le prclaf, sans s'étonner, fait au pied de l'autel le sacrifice de sa vie, puis paraît à la porte de l'église devant le gouverneur et »».•» troupes ; mais les soldats, loin de lui faire la moimiro insulte, défilèrent respectueusement devant lui, et, comme s'ils se fussent donné le mot, lui firent eh passant le salut des armes qu'on ne fait qu'aux princes et aux généraux. Le gouverneur se retira déconcert<) et tout confus. Les plaintes graves qui arrivaient à la cour sur sa conduite violente, jointes aux témoignages des sieurs Bourdon et de Villeray, dont la Î)robité et la sagesse étaient reconnues, déterminèrent e conseil du roi à rappeler M. de Mésy.
146. Peu de temps avant que ces plaintes fussent parvenues à Paris, le marquis de Tracy, nommé lieutenantgénéral des armées du roi, était parti avec une grande escadre pour visiter les diverses colonies que laPrance possédait en Amérique. Il était chargé de se rendre en Canada, avec le titre de vice-roi^ afin d*y établir