‹ Histoire du Canada a l'usage dos maisons d'educationChapitre 14 sur 42 · LE MARQUIS DE TRACT · texte numérisé non relu

LE MARQUIS DE TRACT

Tordre, et de réduire les Iroquois. Il arriva à Québec le dernier jour de juin 1665, avec quelques compa-

fies du régiment de Carignan. On s'était préparé lui faire la plus magnifique réception qui fût possible ; mais il refusa tous ces honneui*s, et se contenta des vives acclamations et des cris de joie' de la population, qui raccompagna jusqu'à la cathédrale. L'eveque Ty attendait, vêtu pontificalement et accompagné de son clergé. Après l'avoir salué, et lui avoir présenté l'eau bénite, le prélat le conduisit jusqu'au pied du chœur, où un prie-Dieu lui avait été préparé. Quoique affaibli paf* la maladie, le marquis s'agenouilla sur le pavé, sans vouloir même se servir du carreau qui lui fut offert. Après qu'on eut chanté le Te Deum, Monseigneur reconduisit M. de Tracy jusqu'à la porte, dans le même ordre et avec les mêmes honneurs.

147. Le vice-roi ne marchait jamais sans être précédé de vingt-quatre gardes, de quatre pages, et suivi de six laquais, sans compter un grand nombre d'offîciers richement vêtus qui l'accompagnaient partout. Les sauvages vinrent de toutes les nations amies do» Français pour haranguer lé marquis do Tracy, lui témoignant qu'ils le "regardaient comme leur

SriJtecteur et Ib veugeur des insultes et des cruautés es Iroquois. Ils accompagnèrent leurs compliments de présents à leur manière. M. de Tracy prenait plaisir aux discours des sauvages ; il trouvait beaucoup do bon sens dans leurs harangues, et leurs expressions fortes et naïves le surprenaient. Il leur répondit par interprète qu'il les secourrait de tout son pouvoir dès que les troupes qu'il attendait de France seraient arrivées ; et il détacha avec eux un certain nombre d'hommes, sous la conduite de M. de Repentigny, afin de commencer à construire les forts que l'on jugerait nécessaires, en attendant qu'il put se transporter lui-même sur les lieux, et mettre les Iroquois a la raison»

148. Le reste du régiment do Carignan, à l'exception do quelques compagnies, arriva bientôt avec M. de Salières, qui en était colonel \ YesesAtç^ ^otXaivî^ ^-^

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outre le nouveau gouverneur M. do Conrcelles, \% tendant Talon, nommé à la place de M. Eobert, ani ne vint point en Canada, un grand nombre de &millfli et d'artisans, quantité de troupeaux, en un mot UM colonie plus considérable que celle qu'on venait reft forcer.

149. Le gouverneur et l'intendant étaient pourvu d'une commission les autorisant à informer, conjoio tement avec le marquis de Tracy, contre M. de Méw avec ordre de lui faire son procès au cas qu'il A trouvé coupable. Mais le jugement de Dieu avii devancé celui des hommes ; M. de Mésy était m» lo 5 de mai, après s'être réconcilié avec l'évêque e le cler£;é, et avoir fait une réparation solennelle i\ scands^o qu'il avait donné.

150. Le vice-roi ne perdit pas de temps j dès qu'il eu reçu ces divers secours, il se mit à la tête de toutei ses troupes, et les mena à l'entrée de la rivièn Richelieu, où il les fit travailler en même temps à li construction de trois forts. Le premier fut bâti i l'endroit même où se trouvaient les ruines de l'ancie! fort de Eichelieu, bâti par M. de Montma^^ny, et i f\it appelé Sorel, du nom du capitaine qui eh re^u le commandement. Le second prit le nom du capi taine de Chambly, qui en eut la direction, et A construit au pied du rapide qui porte le même non M. de Salières se chargea du troisième, qu'il appel fort Sainte-Thérèse, parce qu'il l'acheva le jour d la fête de cette sainte ; ce fort fut placé trois lieue plus haut que le second. Intimidés par ces prépi ratifs, les trois cantons d'Onnontagué, de Cçoyogoui et de Tsonnontouan, envoyèrent des dèplites solli citer la paix. Le marquis de Tracv, qui était reven à Québec au mois de décembre,, les accueillit ave bonté, leur accorda leurs demandes, et les renvoy. chargés de présents.

151. Le silence des deux autres cantons d'Agnié e d'Onneyout, et plus encore leur conduite passée, nlaissant aucun doute sur leur mauvaise volontô, l

mnrquiSj quoique déjà çVus q]ûLe ^ç^^Xaxsi^^xvavc^, tc

1667] ^ ^ OT 0OU»CELMSf V' 8P

^lut ^de leur montrer qu'on était en état de les punir de toutes leurs insultes et de leurs perfidies;. i)jB que la saison le lui permit, il marcha contre eux i) la tète de six cents soldats de Carignan, d'un pareil nombre de canadiens et d'une centaine de «luvages. A son approche, les Açniers prirent la ibite, et ne laissèrent aux Français que de belles cabanes à brûler, et d'énormes monceaux de maïs. M. de Tracy aurait bien voulu traiter pareillement le canton d'Qnn^^yout ; mais la fin d'octooro approchait, et, pour peu qu'il eut différé son retour, il aurait couru risque de trouver los rivières glacées, et d'être harcelé dans sa retraite par un ennemi qu'il avait irrité sans rafïaiblir beaucoup. Les chemins étaient même di'J{\ a.s3ez mauvais, et les troupes y curent beaucoup à souffrir. Arrivé à Québec, le vice-roi fit pendre, pour rcxeraple, deux ou trois des prisonniers, et renvoya les auti'CH.

152. Le derniçr acte d'autorité que fit le marquis do Tracy, avant do repasser en France, fiit (l'établir la compagnie des Indes Occidentales daj * .tdiis les droits de celle des Cent- Associés. Cette nouvcllo compagnie, n'aj^ant pas assez do connaissance des sujets propres* à remplir les premiers poste ^, avait prié le l'oi d'y pourvoir, en attendant qu'elle ritolfo-mèmc en état d'exercer ses droits. On on osp' mit beaucoup ; mais elle ne prit guùres plus i\ cœur les intérêts de la colonie.

CHAPITllE II.

La mission du saut Saint-Louis— .Services rendus i^ liv oolonio par M. Talon — Partie du ré^iiuent de Carignan se fixe daui lo pays — Ouv«FCare du petit sâminaire de Québec — M. Talon remplacé p^r M <|o Bouterope— >M. de Oouroellea réussit à maintenir los natii'ua s4Uv&;Kes en paix — Erection d» Tévéobé de Québec — M. Pjrt^ttgo. vemeur de Montréal — Retour des Réeollets avec If. Talu •^Xioolus Perrot, et les Pays d'en haut — Projet du fi>Ftde QAtaraooui — ^M. de CoureeUes r«pM«e en France.

153. Les puissants secours que le Canada venait do wwToir, l'empêchèrent, il est vrai, de retomber dans

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cet état de faiblesse où il s'était \'u si sdUvent d'un autre côté, T humiliation des Iroquois lui proci un moment de calme, dont les missionnaires p profiter pour annoncer à ces barbares les vérités ini l'évangile. Mais la traite de Teau-de-vie, qui minait' partout leurs travaux, et que les Iroquois faisaient librement avec les Anglais et les Hollandais, toujours un obstacle insurmontable à la conversion dé la plupart d'entre eux, et l'on prit le parti de réunir etf] bourgade au saut Saint-Louis tous ceux qui voudraient embrasser le christianisme. On y vit bientôt une nouvelle église, composée de fervents néophytes, et féconde en héros chrétiens, dont les vertus rappellent les beaux siècles de l'église.

154. Pendant que les missionnaires travaillaient à étendre le royaume de Dieu, l'intendant Talon envoyait faire des découvertes dans le Nord et dans , l'Ouest, faisait examiner les mines de fer de la baie Saint-Paul (1666), encourageait l'exploitation de celle du Saint-Maurice, dressait des mémoires pour le ministre de la marine, et travaillait avec une ardeur infatigable au progrès de la colonie.

155. La meilleure partie du régiment de Carignan se fixa dans le pays ; on y renvoya même, deux ans après, six compagnies du même régiment, qui avaient accompagné M. de Tracy à son retour en France. Plusieurs des officiers, qui étaient gentilshommes, y obtinrent des seigneuries, des fiefs ou des terres privilégiées. De sorte que la Nouvelle-France peut se glorifier d'avoir à elle seule plus de noblesse ancienne peut-être, que toutes les. autres coloniea françaises ensemble.

156. Il y avai t cinq ans que Mgr de Laval avait fondé à Québec un grand séminaire où l'on devait enseigner la théologie, et préparer les jeunes clercs aux saints ordres. Le 9 octobre 1668, il fit solennellement Touverturo d'un petit séminaire destiné à conduire jusqu'en théologie les enfants qu'on jugerait propres à l'état ecclésiastique. Cet établissement eut tout le succès qu'on en pouvait désirer î peu d'années aprèi,

1670] OS GQUSCXLLXfll. 91

S VA de floixante élèyes venaient y puiser les leçons i la acienco et de la piété.

157. Cette môme année (1668), M. Talon fut remplaco par M. de Bouterone, et i-epasttacn France. Doh affaires de famille demandaient Ba présence à Parin, 61 quelques si^jets de mécontentement lui faisaiont ■ouhaitar de s'éloigner du pays pour un temp. 11 Mt ceilain qu'il se plaignit à la cour des manières de IL de Ck>urcellea à son égard. Celui-ci, quoique du roste un des gouverneurs les plus accomplis qu'ait eu la Nouvelle-France, n'était pas toujours d'un commerce aisé. M. Talon de son côté croyait devoir aller toiyours son chemin, lorsque le service du roi ou le bien de la colonie le demandaient.

168. M. de Courcelles f\it, jusqu'à la fin de son administration, continuellement occupé à tenir en respect les différentes nations sauvages du pays. Trois aoldata avaient enivré et tué un chef iroquois, qui avait beaucoup de pelleteries ; pendant^ qu'on inKtmisait leur procès, six sauvages mahingans avaient été, de la même manière, enivrés et masHacrés pur trois autres français. Les deux nations s'allièrent, pour mieux se venger. U. de (Jourcellcs, affn de prévenir les suites que pouvait entraîner cette infractitm du droit des gens, monta sur le champ à Montréal, où il apprit qu'il venait d'arriver des sauvages de toutes les nations, même des iroquois et des mahingans. 11 se fit amener les trois soldats qui avaient assassiné le chef iroquois, et leur fit casser la tète en leur i)résence, promettant de faire pareille justice des meurtriers des mahingans, indemnisa les deux tribus de ce qu'on leur avait volé, et décida les nations mécontentes à demeurer en paix. M. de Courcelles, qui l'avait pris sur un ton fort haut avec les sauvages, entreprit de résoudre une autre difficulté, qui n'était ni moins importante, ni moins délicate. Les Iroquois et les Outaouais étaient au moment de recommencer lettre hostilités. M. de Courcelles leur fit déclarer aux deux partia qu*il ne souffrirait pas c^l^'vk trou.- UaflMual AUAi Je repos des nations \ c^vilW \x^\Vfôt^c^^

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comme il venait de traiter les assassina, tous o^"^ qui refuseraient de s'accommoder à des conditioitf raisonnables ; ainsi, qu'on eût à lui envoyer (1«* députés, qu'il écouterait leurs griefs, et rendra* justice à tous.

159. Le Canada, jusqu'à cette époque, avait tonjoTin été considéré comme un pays de missions, et Tévêqu» de Pétrée, n'avait point d'autre titre que celui d« vicaire apostolique. Ce fut cette année, 1670, que Mgr de Laval fut nommé évêque de Québec. Il y eut de longues négociations. Les parlements de Pari» et de Kouen prétendirent que le roi avait le droit d« nommer l'évêque de Québec, aussi bien que les autres évoques de France. Enfin l'on transigea : la nomination de l'évêque resta au saint siège, mais l'évêque dût prêter slerment au roi de France. Le roi, pour doter le nouvel évêché et le chapitre de la cathédrale, y fit réunir les deux menses de l'abbaye de Maubec. M^r do Saint- Yalier, successeur de Mer de Laval, obtint depuis la réunion de l'abbaye de Sénévent, partie à l' évêché, partie au chapitre. Le défaut d'argent pour payer les bulles, obligea le nouvel évêque de Québec à passer en France, pour demander au roi de quoi y satisfaire, et il ne put les avoir qu'en 1674.

160. Il se fit aussi alors quelques changements pai rapport au gouvernement de Montréal. M, do Maisonneuve, ayant souhaité de se retirer, M. de Bretonvillicrs, supérieui' général du séminaire de Saint- Sulpico, nomma de droit pour le remplacer M. Perrotj qui avait épouse la nièce de M. Talon. Ce nouveau gouverneiu' jugea que la commission d'un simple particulier iic lui donnait pas un caractère qui convml à un officier du roi, et obtint des provisions de Ss Majesté, où il était marqué expressément qu'ellefi avaient été données sur la nomination de M!, de Bretonvilliers.

161. M. Talon, pendant son séjour en France, n'avail giioTG été occupé que du Canada. Il y revint avec !«

PP. lîécollets, et une partie àôa ^àxw^ ^-ûîu^ t»K^

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DE COX-RCELLEfî. 93

V^o le roi avait ace-onles a coi in* ';'.';;;;ii ]>imr Peupler la t-olonio. JV-jniis l(>':g:«.':r,j-^. il ;ïv;:i: l'orîn • lo projet de fciuiimoViîv A la Frair-.» 1(^ ivrl "i Iniir t dn Canada. CVo 1k*1!os oi va ;<»> r ujt.îis (■•■ .ji*'i:i habitî'Csi par un giiîiul n'Mnl>n.' df triîu> aI:;<Mî<|pih''.-. que les miNsîoiiiiaiiv:- avai-^nt -ii pr -parer à raUi;ni'.-<». dos Français. J/agout i[\i-' ?!. '^i'.il';.i <'îiiplova pMMr cxéc'QtOT son do.-:^*in. Hit ni v.»va-'Mir. nomin-' ^sicol.i-. Pcrrot. homme d'osprîi et de bonn»^ f.iniillo, qui avî;ii qnel<j[nc in^tniction. Il avait rté aUa<'h" aux Ji'suii«-s. et il avait en l'occaFiion de trait'T avee Iji plupart u"> "nations sanTUfrcs, d'apprendn^ leur langue, ei de s';jt lircr îonr conlîance. JVrrot visita les (rilv.is du Xorl et do rOncKt. et invita leurs (•a})ifnine.s. à fît? tr.)uvi»r. \o printemps suivant, à une grande assemhb'c (pil dovîiit se tenir an saut Sainte-Marie, et A laqmdh' Ononthio enverrait un de ses capitaine.s j)our l(^ur faire eonnaitr<* ses volontés. Les députés <lo (••« . dîtî'érontes nations se trouvèrent au rondez-vous. Lr Pèro Allonez. qui avait londé les ])renii< ivs missions de l'Ouest, lit en algonquin un discours dans ]equ<»!. après avoir donné aux sauvages une grande idée de la puissanee du Cirttnrf Onfmlhio, c'est -A dire, du roi de Franee, il lâcha de leur pej'suader, qu'ils ne pouvaii-nt rien faire de plus avantageux que de mériter In. protection d'un tel monarque; ce cju'il'^ ohlîendraient on le reconnaissant j)o'.ir leur gran<l chef. Tous répondirent, suivant leur cnutum(\ par de «grandi*»' acclamations, puis ]>.U' des pr. •s'Mit s. On planta une croix et. un poteau aux(ju<'ls on ai tacha les ar?n«'.' de France, et, aprèn avoir chant ? le rr.n'ilact VKxniiilhtf, on mit tout le pays avec f;es hahiiants .sous la protection du roi. Les d pnL.'.s s'êcrièivnt t<ms qu'ils i,<» voulaient, plus avoir d'autre ]i:re que le <lr<ihl Ononthio des Français. \a\ c/'r.nionî<^ tinir })ar le Te iJviuv^ qui fut sui'.i d'une d 'elun-ge <ie niouMpieterie cl d'un grand te:4in.

1G2. "M. de Courcelles, convaincu phi.s que jamais do la nècôssito d'opposer une forte bavriCrc tv\ix.lvçi<s^v.=.^ août llnsoJence ci la répuUt\oï\ *^^\.;)\^\A Viî^^çsvvà

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accruos par rextermination presque complète à^ Andastes et des Chaouanons, leurs voisins, fit dit^ aux principaux chefs des cantons qu'il avût xïpfi aifaire importante à leur communiquer, et qu'il irai* incessamment les attendre à Cataracoui. Us %*y^ rendirent en grand nombre, et le gouverneur, aprè^ les présents d'usage, leur déclara qu'il avait desseif^ de bâtir en ce lieu-la un fort où ils pussent venir plu^ commodément faire la traite avec les Français. Le^ Iroquois, ne soupçonnant ])as que, sous prétexte d^ chercher leur utilité, on n'eût en vue que de les teniaÇ* en bride, répondirent que ce projet leur paraissai bien imaginé, et sur le champ les mesures fhren prises pour en assurer rexécution. Mais IL d( Courcelles, dont la santé avait considérablemetit^ souffert dans ces courses pénibles, avait demandé son^ rappel en France, et à son retour à Québec il trouvai le comte de Frontenac qui venait le relever. Il n'eut::^ pas de peine à faire go Citer son dessein au nouveau^ gouverneur, et dès le printemps suivant, M. dc^^ Frontenac se rendit ^ Cataracoui, et y fit construire -^ le fort, qui avait été projeté. Ce fort, situé sur Tem- placement actuel de Kingston, porta longtemps le nom de Frontenac, aussi bien que le lac Ontario, à l'entrée duquel il était bâti.

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