CHAPITRE XXVII
DEPUIS LA CONSÉCAÏTION DU VICAIRE-APOSTOLIQUE DU MAUT-CANADA, EN 4820, su08qu’A LA MORT DE L'ARCHEVÈQUE pLessis, EN 4825.
Plessis, événue-archevéque de Québec (1825). Ses funérailles. \
-.L ds même du patoor de l’archevêque Plessis, 1820, Alexandre Mac Donell arriva à Québec, au mois de décembre, pour recevoir la consécration épiscopale, comme évêque de Rhésine (Regiopolis) et vicaire-apostoliquedu Haut-Canada. La cérémonie eut lieu dans l’église du couvent des Ursulines, et l'archevêque Plessis lui imposa les mains, assisté, dans cette circonstance solennelle, de M. Demers, supérieur du séminaire, et de M. Signay, curé de Québec. Le nouvel évêque reprit ensuite le chemin du Haut-Canada, et alla fixer à Kingston sa résidence épiscopale. L'église de cette ville avait été érigée en paroisse “epuis 1816; et elle était
166 HISTOIRE seule encore, si lon en excepte l'église bâtie par la
A l'exception de celle de Kingston, il n’y avait d’au-
tres églises catholiques dans le Haut-Canss qu'à Charlottenburgh, autrement Saint-Raphael de ‘Glengary, et à Toronto. Le reste du pays n'avait que des chapelles en bois assez misérables, couvertes d’écorces, au nombre de douze ou quinze, restes de celles que les Jésuites avaient bâties autrefois dans les missions possédées par eux dans ces vastes contrées, et dont la plus nombreuse comptait à peine trois cents âmes à l’arrivée du vicaire-apostolique à Kingston. La population catholique 1 . andüe sur la surface entière du Haut- Canada pouvait monter à trente mille âmes ; la moitié était composée de Sauvages convertis ; les autres étaient des Canadiens, et surtout des Irlandais ou Écossais émigrés, tous dispersés en petits groupes dans l'étendue du pays. Pour gouverner ce troupeau, il n’y avait, avec l'évêque nouvellement consacré, que deux prêtres ; l’un résidait à Charlottenburgh, le second à Toronto, d'où ils se répandaient dans les campagnes et les forêts, portant les secours de la religion de Jésus-Christ, et administrant les sacrements tour à tour dans chaque mission.
Il'y avait là sans doute de quoi exercer le zèle du nouvel évêque ; aussi ne manqua-t-il pas à sa mission. Lenombredes Catholiques croissant avec la population, l’Église y prit en peu de temps de si rapides développements, qu'on ne tarda pas à s’apercevoir qu’un simple
DU CANADA 167 vicariat-apostolique était insuffisant, et qu'il fallait nécessairement changer cette situation en lui donnant un siége stable, avec son titre connu de tous et fixé sur les lieux. En conséquence, la ville de Kingston: fut érigée en év hé titulaire par le pape Léon XII, le 18 janvier 1840, en faveur de M. Maé Donell, à qui M. Wéld, depuis cardinal de Ia sainte Église Romaine, fut donné pour coadjuteur, sous le titre d'évêque d'Amyÿéles, Mais ce prélat n'eut jamais l'intention de visiter lé Canada, encore moins d'y exercer les fonctions pénibles d'évêque missionnaire, quoique sa grande fortune eût pu y être d’uné grande utilité pour bâtir des églises qui manquaient partout. Si l'évêque de Kingston n’eut jamais le plaisir de voir son“coadjuteur venir l'aider de son zèle et de sa fortune, il eut au moins la consolation de voir augmenter chaque jour le nombre des merhbres inférieurs de son clergé, que la Providence semblait faire croître dans la mesure des besoins de son diocèse. Environ quinze prêtres étaient alors répandus dans les diverses missions du Haut- Canada, et tenaient tête à l'église anglicane, qui, par les richesses dont elle disposait, cherchait à séduire les simples et à les attirer à elle, ainsi que les Sauvages. Mais ceux-ci se laissaient rarement prendre à ses séductions, et trois chefs hurons venaient encore d’arriver à Kingston pour demander une Robe Noire au Grand Père des Priants ‘, c'est ainsi qu'ils désignaient
* ! Actes tirés des archives de l’archevèché de Québec.
l’évêque. Ils attendaient, disaient-ils, un missionnaire pour fortifier la foi dans le cœur de cinq cents Sauvages catholiques résidant à Pénétangushine, sur la baie George ou ancien lac Lroquois !.
Quelques mois après la coasécration de l'évêque
Mac Donell, Bernard-Angus Mac Eachefii, nommé vi-
caire-apostolique de 1a province du New-Brunswick,
des îles du Prince-Edward, du Cap-Breton et de la ‘
Magdelaine, arriva à Québec pour se faire sacrer évé. que de Rose. Cette fois, deux autres évêques, celui de Saldes, coadjuteur de Québec, et celui de Rhésine, vi-
caire-apostolique du Haut-Canada, assistèrent le prélat
consécrateur, et la cérémonie se fit avec une grande pompe; les mains de l'archevêque Plessis, dans l’église du faubourg Saint-Roch, le 17 juin 1824. L'île du Prince-Edward, ainsi nommée du duc de Kent, était avec le New-Brunswick la partie la plus peuplée du district assigné au nouveau suffragant de Québec. Nous avons déjà fait connaître suffisamment l'Île du Cap-Breton, dont la presque totalité de la population
était. catholique ; Arishat était toujours le centre de | ses missions, ayant une belle église et un presbytère
commode, où résidait alors M. Réini Gaulin, qui avait succédé, dans ce poste important, mais pénible , à l’abbé Lejamtel, dont nous avons si souvent parlé. Ce digne prêtre, que son âge rendait tous les jours plusincapable de supporter de telles fatigues, avait été placé
1 La baie George fait partie du grand lac Huron.
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DU CANADA 169 dans une situation plus confortable et plus avantageuse à sa santé. Sidney, Louisbourg, qui commençait à
n'être plus sisolitaire, Mène-Dieu, avaient des chapelles ; le Cap-Saint-Leurent et Chétican, où résidait un missionnaire. pour la partie du nord-ouest du Cap- Breton, en avaient également ; et un prètre écossais allait visiter de temps en temps les nombreuses familles de la langue anglaise et gaëlique qui habitaient l'intérieur de l'ile.
Les iles de 18 Magdelaine, dans le golfe Saint Laurent, étaient, comme encore aujourd’hui, habitées par environ deux cents familles acadiennes exclusivement catholiques et occupées de la pêche. Un missionnaire, ‘M. Madran, desservait alors la mission de cet archipel, où il avait un assez beau presbytère, construit en bois, et une jolie église, au lieu appelé le Havre-au-Ber. DansleNew-Brunswick, quatre ou ciuq missionnaires desservaient les chapelles de la cité de Saint-John, de Frédéricton, de Saint-André, de Richebuctou, de Miramichi, de Nipisiquit, et de Madawaska. La population totale de cette province s'élevait, en 4824, à près de,soixante-treize mille âmes, dont le tiers, Acadiens, Irlandais, Ecossais, Canadiens, et Sauvages, était catholique.
L'ile du Prince-Edward est remarquable par la fer tilité de son terroir, la douceur de son climat, bien moins austère que celui des autres provinces britanniques de l’Amérique du Nord, et par l'agrément et la commodité de sa situation. La pieuse régularité avec
DCI
laquelle la population catholique, composéé principalement d’Acadiens, d’Ecossais et de Sauvages micmacks, au nombre de dix-huit milleenviron, sur un ensemble de trente-six mille âmes, observait ses devoirs religieux, devait certainement faire considérer cette île comme la portion la plus agréable du district épiscopal de l’évêque de Rose, Futre les diverses missions existantes dans cette île, en l’année 1824 et suivantes, les plus considérables étaient celle de Saint- André, à l’ouest de l’île, où il y avait une belle église, et celle de Charlottetown, au sud ‘. Cette ville, capitale de toute l’île, est avantageusement située au confluent de la rivière Hillsborough, et de deux autres rivières moins considérables, dont les eaux forment ensemble un port superbe et une des rades les plus sûres du golfe Saint-Laurent. Dans la partie supérieure de Charlottetown, on domine le fleuve et la mer, et l'on distingue dans le lointain les belles montagnes de la Nouvelle-Ecosse, Eu égard à l’exiguïté de sa pc. pulation naissante, Charlottetown avait déjà une congrégation catholique comparativement nombreuse, et une église spacieuse. Georgetown et Fortune, égale. ment au sud de l’île, possédaient des chapelles. Au nord, on remarquait Sainte-Anne de Lennox, dans une petite île de la baie de Richmond, Saint-Bonaventure de Tracadie, Malpec, et Rustico ou Kastico, dans des situations charmantes,
! Bouchette, The British Dominions of Nor!h America, etc.
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Le nombre des missionnaires de l'ile du Prince- Edward était loin de répondre à celui des congré-
gations et aux besoins du pays : lorsque Angus
Mac Eachern y revint avec la qualité de vicaireapostolique, il n’y avait encore que deux prêtres ; l’un pour les paroisses du nord, et l’autre pour celles du midi. Mais il fondait son espoir pour l'augmentation de son clergé sur les jeunes gens qu’il avait envoyés au collége de la Propagande à Rome, et sur ceux Lo étudiaient au séminaire de Québec !.
Cependant de graves difficultés s'étaient élevées à Montréal au sujet de l’établissement dans cette ville de l’évêque suffragant, auxiliaire de Québec, et c'était ce qui avait rélardé jusque-là la consécration de Lartigue. Celui-ci avait continué à demeurer au séminaire de Saint-Sulpice, dont il se plaisait encore à se regarder comme un des membres, malgré son élévation prochaine à l’épiscopat. Il espérait que cette dignité ne nuirait point à sa qualité de confrère, et qu’il pourrait continuer après son sacre à résider comme auparavant au milieu des prêtres de cette communauté, à laquelle il avait si longtemps été attaché. Son illusion dura jusqu’au jour où il voulut s'aboucher avec les directeurs et le supérieur de Saint-Sulpice pour s'entendre sur les conditions de sa résidence. Mais, aussitôt que ceux-ci eurent commencé à pénétrer sa pensée, ils lui firent observer, avec la politesse et
l.Actes des archives de l’archevéché de Québec.