‹ Histoire du Canada, de son Église, et de ses missions [microforme]Chapitre 22 sur 55 · partie · texte numérisé non relu

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de l’Hôtel-Dieu de Montréal. Dans le même temps, on enlevait le trône qu’on lui avait érigé dans le chœur

de l’église, d’où l’on fit disparaître tout ce qui pouvait

tendre à faire attribuer à l'évêque sur l’église et la communauté d’autres droits que les droits accoutumés de l'ordinaire:

Toutes ces choses s'étaient faites «n silence; mais cela n’empêcha pas qu’on en fit un grand bruit, et que les adversaires de Saint-Sulpice ne criassent au scandale, surtout lorsque l’évêque de Telmesse, au retour de sa visite pastorale, averti de ce qui s'était passé, se vit obligé de se retirer à l’Hôtel-Dieu. Les Sulpiciens n'avaient agi de la sorte, et toute autre communauté eût agi de même en pareille circonstance, que pour conserver l'indépendance de leur règle, et l’existence de leur société, qui n'aurait pas tardé, dans le cas contraire, à se fondre avec l'évêché. La justice et les lois canoniques étaient pour eux; et, si Lartigue n'avait persisté si obstinément dans sa première idée, au lieu d’un asile à l’Hôtel-Dieu, il aurait composé avec les Sulpiciens, qui, outre la maison qu'ils voulaient lui donner pour résidence, auraient certainement eu la générosité de lui fournir un terrain dans une autre partie de la ville, et les moyens de s’y bâtir une cathédrale, Irrités à leur tour des procédés du nouveau prélat, ils l’abandonnèrent à ses propres ressources. Mais les citoyens de Montréal, prenant en pitié la détresse de celui qu'après tout ils vénéraient comme leur premier pasteur, vinrent généreusement à son aide, et lui

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offrirent les fonds nécessaires pour se construire une église et une résidence épiscopale. En attendant l’achè. vement de ces deux édifices, Lartigue demeura constamment à l’Hôtel-Dieu, avec son secrétaire, M, Ignace Bourget, le confident intime de ses pensées, l’infatigable et pieux coopérateur de ses travaux, et son successeur dans l’épiscopat. Commencée en 1821, la nouvelle cathédrale ne fut terminée qu’en 1825, et dédiée sous l’invocation de saint Jacques.

S'il était pénible pour l’évêque de Telmesse et pour le séminaire de Saint-Sulpice de se trouver ainsi en opposition l’un avec l’autre, il n'était pas moins douloureux pour les fidèles de voir le peu d'accord qui régnait entre leur premier pasteur et cette communauté puissante, composée d'hommes pieux et ins. truits, qu’ils étaient acccoutumés à respecter de père en fils, comme le soutien des missions, l’appui du clergé, la ressource des pauvres et des affligés, et la mère nourricière de toutes les bonnes œuvres du pays. Ce ne furent malheureusement pas là les seules contradictions qu'éprouva l’évêque de Telmesse. L’archevêque de Québec avait adressé, un mois après sa con: sécration, au clergé et aux fidèles du district de Montréal, un mandement par lequel il leur était ordonné de recourir d‘rormais à M. Lartigue pour tous les cas où ils étaient obligés auparavant de recourir à l'évêque diocésain, :£ de lui rendre en temps et lieu tous les honneurs qu’on rendait d'ordinaire à lui-même.

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nérale : plusieurs curés refusèrent de reconnaître l’auto-

rité d’un évêque dont le titre de suffragant auxiliaire laissait le champ ouvert à toutes les oppositions, À toutesles désobéissances. Une polémique virulentes’établit entre les partisans de l’évêque et ses nouveaux adyersaires ; on éleva mille questions, mille difficultés, que l'on chercha à appuyer sur les canons de l'Eglise et les décrets des Papes, et pendant longtemps les journaux et les brochures ne s'occupèrent que de la validité plus ou moins certaine de l'autorité de l'évêque de Telmesse, au grand scandale des âmes pieuses et à la risée des protestants de toute secte dans le Canada. Un nouveau mandement de l'archevêque de Québec, du 22 décembre 1822, ‘calma tant soit peu l’apitation, qui toutefois se fit dent encore jusqu’en 1836, époque de l'érection du district de Montréal en évêché titulaire. Tant il est vrai que l'établissement temporaire et exceptionnel des vicaires-apostoliques et des évêques non titulaires, dans les contrées lointaines, ne peut avoir souvent que des conséquences funestes pour les peuples et les pasteurs, et qu’on ne peut trop insister sur la nécessité de baser l'épiscopat sur des fondements capables de résister aux attaques de tous les ennemis de l'Eglise, et de le revêtir également aux yeux de tous de la grande autorité morale qui lui convient!

Le contre-coup de toutes les contradictions éprouvées par l’évêque de Telmesse retombait lourdement sur l'archevêque de Québec ; son cœur en était vivement affecté, et le chagrin qu’il en éprouvait, réuni aux in- IT 11

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firmités qu'il avait contractées, et qui s’étaient accrues encore durant som voyage en Europe, réagissis sur sa santé d’une manière inquiétante.

Eu son retour, il avait continué sa vie aecouty-

mée ; après avoir consacré, en 18921, l’évêque Mac Eachern, il avait parcouru les missions du district de Gaspé, et l’année d’ensui*e avait donné la consécration épiscopale à M. Provencher, missionnaire de la Rivière- Rouge, préposé parle Saint-Siége au district épiscopal de cette pertie des possessions britanniques, avec le titre d'évêquede Juliopolis (42 mai4822). D'autres missions conmmençaient à prendre naissance au nord du district de Montréal, sur l’Ottawa, aunorddu district des Trois- Rivières, sur la rivière Saint-Maurice, ainsi que dans les établissements appelés les Postes-du-Roi., depuis Tadoussac, naguère. berceau du Christianisme en Canada, jusqu’au fond. de la grande rivière du Saguenay, où il y-avait eu une suite de missicunaires depuis l’année 1801. De nouvelles paroïsses s’élevaient, dans lesquelles on construisait des églises ; et l’on doit à Plessis deux fondations qu’il léguseà la fabrique de Québec pour le maintien de diverses écoles, dont trois au faubourg Saint-Roch, et deux dans celui de Saint-Jean.

Des chagrins secrets, suites de l'opposition qui sé tait manifestée depuis là consécration de l’évêque de Telmesse, et où son autorité, toujours si respectée auparavant, avait: été plus. d’une fois méconnue, abrégèrent ses jours. Retiré à l’hôpital-général dans un

état d’affaissement et.de prostration., il y expira. dou-

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DU CANADA 179 cemiént dans le Seigneur, après avoir reçu avec la foi lw plus vive les derniers sacrements, le 4 décembre 1825, à l’âge de soixante-détx ans. Cette mort imattendue plongea dans un deuil général les villés et les campagnes, et l'on peut dire à son éloge . fut sinctrement et universellement regretté.

Malgré lui quelquefois, maif néanmoins toujouts avee son concours ; de grandes choses s'étaient opérées durant son épis pt: à Pavatage de l'Exlise en Canada. Quatré districts épiscopaut avaient été fondés, qui allaient bientôt devenir des diveèses, sans compter le vicariat-apostuliqué dé ls Rivière-Rouge. C'est à lui qu'on attribuait, qu'on attribué encore toutes ces grandes fondations, dont fl né füt toutefois que lagént, sous l'impulsion de Rome, à qui seulé en cetté occasion ; il faut en convenir lé Canada doit ce bienfait. $’il y participa, ce fut en qualité de chef de cette église : on doit dire aussi qu’il se trouva autour de lui des hommes auxquels il dut une partie de sa renommée, des hommes qui le poussèrent et le secondèrent à la fois, mais qu’il eut le mérite, et ceci fait encore 80 éloge, de savoir discerner et employer selon leurs talents, malgré les jalousies dont ils étaient environnés en leur qualité d’étrangers. Tels furent en première ligne Eämund Burke, de la Nouvelle-Écosse, M. Mac Donell, de Kingston, l’abbé Lejamtel, les deux frères Desjardins, MM. Robert, Maguire, etc. Si Plessis avait eu plus d'énergie vis-àvis du gouvernement britannique, et s’il ne s'était pas

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laiseé si souvent dominer par des craintes servilés, il eût été un grand homme. Il en laissa toutefois la réputation dans son pays, et on ne peut se refu:r à lui accorder de fort grandes qualités. A

Ses funérailles se firent avec une pompe extraordinaire : le gouverneur-général comte de Dalhousie y assista avec tout son état-major, les officiers civils et militaires; et les honneurs militaires furent ren. dus à l’évêque défunt comme à un général anglais. Il fut enseveli auprès de ses prédécesseurs, dans le chœur de la cathédrale, et son cœur fut donné à l’église du faubourg Saint-Roch, où il fut placé dans un monument funéraire érigé par les paroissiens. Nous ajouterons pour terminer son éloge qu’il mourut pauvre : il ne laissa que des dettes contractées par des motifs de bienfaisance que son successeur acquitta.

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