‹ Histoire du Canada, de son Église, et de ses missions [microforme]Chapitre 28 sur 55 · IT · texte numérisé non relu

IT

234 HISTOIPE

Lorsque la commotion qui avait ébranlé lé Canada commença à socalmer, Lartigué revint parmi ses ouail. les,qu'il n'avait jamais d’aillèurs quittées entièrement. Mais cette commotion, À laquelle il dut être plus sensible qu'il n6le Isisea paraître, avait brisé les ressorts de sa débile existence. Il alla, dans son épuisement, demander de nouveau un asile et des soitis aux religieuses de l’hôtel-Diex. où il avait vécu jusqu'à Yachèvement de sa résidence épiscopale. Homme de lutte et

d'action, prêtre aôtif et mtrépide, mais auquel il manqua trop souvent là prudence et la douceur nécessaires

dans son intérêt ét celui dé l'Église, il sivcornba en

soldat, sur la brèvhe, et allä rendre compté à Dieu de ses travaux, de des combats, de ses fautes, ét de ses vertus, le jour de Pâques 19 avril 4840. Sous l'écorce d’un caractère rude et emporté; il cachait toutefois un cœur boi et une charité sans bornes pour les pauvres, qui furent toujours ses frères et: ses enfants: Comparäivement éloÿuent et instruit pour son pays et les hommes de son pays; dans les diverses branchés d’enseignement ecclésiastiqué;, il montra plus d’une fois des vues larges et profondes, et jeta par ses difficiles labeurs les fondements d’un diocèse destiné, ce semble, à devenir le plus beau et le plus grand du Cangda, Ori lai fit de pompeuses funérailles dans ‘église de Notre- Dame des Sulpiciens; ensuite on le transporta dans sa cathédrale, où sa place était préparée dans un cavéau èn face du maître-autel.

Quatre jours après la mort de M. Lartigue, son coad-

d’une fois des difficiles lace semble, à Canada. On ise de Notrehs un cavéau

y le, son coad-

DU CANADA 235 juteur, M. Ignace Bourget, fut 0lennellement installé sur le siége de Montréal. Ce prélat n'avait rien du côté brillant qui avait distingué son, prédécesseur; mais il parut apporter dans l'administration de son diocèse. une modération et une prudence. bien plus propres à lui concilier les esprits que la rude inflexibilité de M. Lartigue. Celui-ci avait, dans les derniers temps de son épiscopat, demandé au Saint-Siége l'institution d’un chapitre, avec. toutes les dignités et prérogatives attachées à ce corps, pour la cathédrale de Montréal, dont les chanoines pourraient plus tard former le conseil de l’évêque et composer les tribunaux ecclésiastiques nécessaires à un diocèse régulièrement établi. Une telle demande ne pouvait qu'être accueillie favorablement par le Pape, qui répondit avec une distinction marquée en envoyent à l’évêque Lartigue les bulles qui érigeaient canoniquement le chapitre de Montréal. Mais l’état alarmant de ce prélat, quiamena bientôt sa mort, l'empêchà de réaliser cette institution, qui fut une des prernibres œuvres de son successe,

Québec, depuis plus d’un émail: avait vu 8’éteindre, par la triste smlition de sa fabrique paroissiale, la dernière des dignités de sa cathédrale, et, dans le système de timidité où vivait son clergé, n'avait pas fait la moindre démarche pour réorganiser son chapitre, qui, avec le rétablissement des dignitaires et des tribunaux canoniques, serait si utile dans ce diocèse pour fortifier l’épiscopat et protéger le clergé. Mont-

réal, que sa situation centrale et son nom même senblent destiner à de grandes choses, et qui apparaît déjh, avec ses nombreuses et saintes congrégations, ses hôpitaux, et surtout lopulente et vénérable communauté de Saint-Sulpice, comme la Rome de l'Amérique du Nord, a voulu la première établir dans son églisede spectacle des anciennes splendeurs du Cathoticisme: La prise de possession des nouveaux chanoines eut lieu le 21 janvier 4841; avec une pompe inaccoutumée, en présence d’une multitude innombrable de fidèles; et ce

fut un prélat français que sa fidélité à de grandes et

royales infortunes avait chassé de son siége, M. de Forbin-Janson, évêque de Nancy et de Toul, conduit en Canada par\son zèle apostolique, qui fut chargé par l’évéque de Montréal d'installer le nouveau chapitre.

C'était commencer dignement cette suite de plie œuvres auxquelles Ms Bourget consacra les premières années de son épiscopat. Le diocèse de Québec se laissait vivre et végétait comme une plante sans sève depuis la mort de M. Plessis. Celui de Montréal, sous l'influence de son évêqueet la protection de Marie, à laquelléil est si spécialement consacré depuis la fondation de cetté ville, marchait de cette marche qui caractérise les grandes choses; vivant de la vie que donne le Catholicisme bien compris, admettant toutes les bonnes œuvres sans craindre que l’une pût nuire à l’autre, recevant indistinctement dans son sein toutes les congrégations et les ordres religieux sans redouter leurs rivalités, qui ne

méme senpparait dérations, ses le commul'Amérique on églisede ticisme: La eut lieu le atumée, en dèles; et ce grandes et , M. de Fornduit en Cagé par l'évét le nouveau

e de grandes

es premières

ec se laissait

ve depuis la as l'influence aquelleil est ion de cette ise les granatholicisme œuvres sans evant indisgations et les lités, qui ne

DU CANADA 237 sont qu’une conséquence des misères communes de l'hu: manité, parce qu’il comprenait que de ces rivalités même Dieu faisait souvent surgir une source de bienfaits pour la:société chrétienne. Québec , au contraire, répudiait avec une défiance timide. tout établissement religieux qui aurait pu'exciter l'ombrage du gouvernement britannique, et se refusait à voir naître dans les villes et les forêts de son diocèse les grandes institutions qui ont planté la foi et la civilisation en Europe, et qui portent encore aujourd’hui le Christianisme et ses bienfaits aux extrémités de l'univers. Montréal recevait avec reconnaissance l’archiconfrérie du Sacré- Cœur de Marie ;:et, bientôt après, M. Bourget avertissait son peuple, par une circulaire pleined’onction, qu'il allait partir pour l’Europe afin d’y chercher parmi les ordres religieux qui avaient fait la gloire du vieux monde, des coopérateurs dans ses travaux et ceux de son clergé. Il voulait aller prier au tombeau des Apôtres ét s'inspirer en marchant sur une terre arrosée du sang detant de martyrs, afin de reproduire les grandes choses de-Rome dans la ville de Marie.

Pour préluder à son voyage et attirer de plus en plus les bénédictions du Ciel sur ses pieux desseins, l'évêque de Montréal encourageait toutes lés missions de son diocèse et en établissait de nouvelles sur l’Ottawa, aux lacs Temiscaming et Abbitibbi, ainsi qu’au village d’Aylmer, sur un autre lac du même nom; des chapelles et des églises s’élevaient parmi les restes des tribus algonquines fixées autour de ces missions, où ces Sauvages

238 HISTOIRE veaieht prier avec l’ardeur touchante et la simplicité + des premiers temps de là foien Canada. Enfin, le 3 mai 1841 ; le prélat s'embarque , pour traverser le fleuve, avec M: Power, curé de la Prairie et depuis évêque de | * Toronto; et M: Paré, son secrétaire, au, milieu d'un concours considérable de personnes de toute. ; qui lui témoignèrent jusqu’au dernier instant leurs r res pects, ét léurs souhaits. pour l’heureux succès. de son voyage et de soit retour. Il alla prendre à New-Yorkun des paquebots de l’Atläntique, et arriva le 4° juin au Havre-de-Grâée. À Paris, il se recommanda, en passant, lui ét tout:son diocèse, à la Mère des misérieordes, dans l’église de Notre-Dame-des-Victoires, et ait en-

suite pour Rome, où il resta six semaines... :

Son retour de la ville éternelle, où il avait reçu du Souverain-Pontife toutes les marques d’une affectuense téndresse, coïncida à Montréal avec celui de M. de Forbin-Janson, qui était revenu dans cette ville pour consacrer la croix gigantesque qui devait s'élever sur le Dé sommet de la montagne de Belæil, près de la paroisse de Saint-Hilaire de Rouville. Toute la population catholique du diocèse avait concouru à ériger ce monu- to ment, comme un souvenir des merveilles que la parole apostolique de l’évêque de Nancy avait opérées dans une suite de missions données au peuple du Canada. Qu'on se figure une croix de cent pieds de hauteur, toute couverte de fer-blanc, s’élevant avec majesté sur

un pic escarpé, dominant au loin les autres montagnes, les bois, les prairies, les rivières, le fleuve Saint-Lau-

Cu

le hauteur, majesté sur montagnes, Saint-Lau-

DU OANADA 239 rent, des villes et des villages, tout-un vaste pays aux traits gigantesques comme le fléuve qui le parcourt; et l’on poutra se faire uñe ‘idée de l'effet que dut produire le spectacle de cette. promets élevée: dans les airs à uné pareille hauteur,

Cinq évêques était réunis mu jou de 1n di

tion de ce nouveau calvaire; aûtour d'eux.s pressait

une imhense population, avide de contempler ce spectaclé, unique peut-être daris les fastes de l’Église, Arrivée à mi-chemin de la montagne, au pied du pié où devait s'élever la croix; la foule s’afrôta, pour se reposer avec ceux qui portäiént le monument, sut les bords du lac de Rouville ‘;j et l’évêque de Nancy, se plaçant debout su ‘# noupe d'une barque, domfhe autrefois le Sauveur . : :>bord du lac de Tibériade, s’adressa à la multituae,de cette voix éloquenté qüi tantde fois l'avait émue, lui rappela les bienfaits de la Religion, et, après avoir conjüré ses auditeurs d'être toujours fidèles à la bannière de la nE donna le signal pour gravir la

‘ Le comté de Rouville borde la ue ‘septentrionale du lac Champlain. Au milieu dé l’ondulation des plaines s'élève la Montage de feneeré dont la formation ressemble à une accumulation 7 Mrs .çouverts de pur bois, d'un aspeet extrémement pittéresque. Sa hauteur ést dé plus dé quinse cetits pieds audessus des collines environnantes, Ses sp coupés par des ravins profonds, s’élatgissent à atoitié chemin du sommet, ét présentent à l'œil an lac charmant, environné de bocages. délicieux, et d'où. f ppent auelq ues D pr tr qui vont, à travers les sinuosités de la ravine, se méler aux eux du lac Cham mplain. La psroisse de Saint-Hilaire ést au pied du la am et.c'est sur lo sommet le plus élevé du pic de Belæil que l'on a érigé la fameuse croix de la Mission, à laquelle une chapelle, à construite, sert de base, Cetté croix a cent pieds de hauteur sans cette base. Couverte en entier de fer-blance, qui jamais né se rouille squs le climat sec du Cnnaën, séutehuë par des. éhiaines intenses, qui la rétienhent de tous côtés : on conçoit qu'elle doit être wible, dans une pareille situation, à une grande distance. Aussi l'aperçoit-on ordinairement à plus de quinze lieues à la ronde; et, par le sotéll de midi, soi éclat est Comme célui d'uh météore dans l'azur de l'horizon.

montagne. On se forma: alors en procession régulière, les femmes marchant autour de la bannière qui ouvrait la marche, puis les évêques, le clergé, et toute la ac chantant des cantiques sacrés. …

« C'était un spectacle ni ditun sois: ‘oculaire, que celui de cette suite de vingt mille pèlerins, gravissant ce nouveau Golgotha !, ondulant le long du sentier sinueux; tantôt disparaissant en partie dans les profondeurs d'un ravin, tandis que les extrémités de la procession apparaissaient au sommet des rochers ou des monticules plus élevés ; tantôt se perdant à un détour du chemin, pour reparaître loin de là au travers des grands arbres. On eût dit-la vaillante armée de Godefroid\de Bouillon gravissant les montagnes de la Judée, et l’on songeait à cette montagne sainte qui est le ciel, au sommet de laquelle sont suspendues les couronnes promises à ceux qui, marchant dans le chemin de la Croix, ont le courage de les ravir : Violenti rapiunt illud. Car les chants sacrés, jetés aux échos de la montagne comme un céleste concert, ramenaient l'âme à de religieuses pensées et l’inondaient de je ne sais quelle pieuse et sublime harmonie. Tout-à-coup la cloche sonne et annonce une station : c’est la première du chemin de la croix. Toute cette multitude se prosterne religieusement, et Me’ de Nancy bénit la croix et récite les prières de la station; puis on se remet à gravir de nouveau le calvaire, et ainsi jusqu’au sommet de

! Mélanges religieux de Montréal, du 15 octobre 1841. La bénédiction de la croix avait eu lieu le 6 du même mois.

5 NN © «a.

AN

cesse Ze

égulière, à ouvrait à la foule,

moili oCue long du ie dans les nités de la ochers ou 1t à un déau travers armée de agnes de la nte qui est ues les couiolenti raéchos de la : jent l’âme à je ne sais -à-coup la la première de se prosla croix et emet à grasommet de

bénédiction de la

la montagne, où bientôt apparaissent à tous les regards

lé gigantesque monument, etla chapelle duSaint-Sépulcre, servant de piédestal à lacroix qui dominenon-seulementce picélevé, maistous 1es montsenvironnants. C’était la dernière station. Le plateau était littéralement couvert de fidèles et offrait le coup d’œil le plus magnifique et le ‘plu: saisissant. Je n’entreprendrai pas de décrire ce site grandiose, qu'ont admiré tant de fois nonseulement les habitants de cette province, mais tous les étrangers qui l'ont visité. Ce point de vue, d’où l’on découvre à l'œil nu un panorama immense, dans un horizon de plus de quinze lieues d’étendue, des campagnes, des rivières, des lacs, où le regard plonge'avec étonnement, s’agrandissait de toute la grandeur de la religion avec cette grande croïx ; gigantesque drapeau du Canada: catholique. Tout le monde parut un moment uni dans un même sentiment de bonheur:et d’admiration. On remarqua un Sauvage, seul, debout: sur l'angle d’un rocher, contemplant d’un œil morne ce spectacle si nouveau pour lui. Il me sembla voir, comme dans une mystérieuse apparition, le représentant de ces tribus éteintes, envoyé par les anciens maîtres du sol canadien pour savoir quels étaient ces nouveaux bruits qui troublaient leur solitude. Après les prières de la dernière station, Mer de Nanoy vint se placer au pied du monument, et de là, dominant la multitude, il. épancha toutes les émotions dont son âme était saisie, et gagna pour jamais tous les cœurs à l'amour de la croix et de

Jésus-Christ, Spectacle touchant! Sainte et sublime

249 HISTOIRE pensée! d’avoir réuni sur cette haute montagne: toute la population d'unevaste contrée au pied d’une:creix ! de changer uni rendez-vous de: plaisire souvent criminels en un saint plerinage ?... Ji était trois. heures, heure sainte et propice, qui rappelle à l’Âme chrétienne celle qui sonne sa: rédemption, lorsque l’évêque de Nancy donns le signal du départ en entomant le Fe Deun.… On descendit Tenteient, et, après un dernier cri d’amour pour” Jésus et ls Croix, le foule ter pleine d’uné religieuse émotion. »° L'évêque de Nancy, qui avait cru retrouver dans le Canada la Frante de su jeunesse, laissd, en le quittant, des regrets dans bien dés cœurs. Quelques hommes chagrins'he Vavaient vu qu'avec jalousie; les protestants fanatiques, aives haine: et défiance; mais partout sut souvenir se grave d’une manière ineffaçable avec celui du: bien qu'il avait fait, Dans une foule de campagnes, nous avoris rencontré des onuments élégants portant la croix à leur sommet: ils racontent les mer. veilles qu'opéra M. de Forbin-Janson dans les nombreuses missions qu’il prêcha dans les diocèses de Québée et de Montréal, et:la grande eroix de la montagne de Saint-Hilaire de Rouvillé est aujourd’hui le premier objet qu'on découvre en arrivant. dans le Canada par 4 frontière américaine: elle brille aw loin comme un

signé d'espoir et de salut pour les Catholiques, et jette

Yhérétique et l’infidèle earth un pal d’étonnement étd’effroi.

L'évèque de Montréal, reçu à son retour de Rome,

r. tt DA mie CE

ula; pleine

ver dans le lequittant, es homnies ‘les protesqaïs partout hicable avec ue de'camnts élégants ent les merns les nom- BCE de Quéa montagne i le premier Canada par n'comme un

ues, et jette

étonnement

» de Rome,

DU: CANADA 248 avec tous les témioignages de l'allégtess la plus vive de la: part de sort troupemtt, lui avait: annoñcé: que de nombreux coopéräteurs vienidraient bientôt l'aider dans ses trivaut et partiéiper b eux de son:clergé. M. de Mazenod, évêque de Marseille, let avait fhit la promesse d'envoyer au Canada un certain: nombre de pères Oblats de Ia + .m.. ‘on de Marie Im x lée, instituée par ce prélat pour les missions de la France et de l’étranger. De leur côté, les prêtres de la congrégation de Saint-Sulpice de Montréal avaient opéré une immense amélioration dans l'instruction élémentaire en introduisant dans cette ville les frères de la Doctrine-Chrétienne, du bienheureux la Salle, auxquels ils avaient donné plusieurs établissements

. magnifiques, construits aux frais du séminaire, qui

seul s'était chargé de leur entretien. Deux nouveaux colléges venaient encore d'ouvrir leurs portes à la jeunesse canadienne, à Sainte-Thérèse, et à l’Assomption, et celui de Saint-Hyacinthe d'Yamaska prenait chaque jour de nouveaux développements. Saint-Hyacinthe, petite ville qui commençait à s’agrandir sur les bords gracieux de la rivière d’Yamaska, édifiait en même temps un hôtel-Dieu des- : servi par plusieurs religieuses. D'un autre côté, l’évêque Bourget, n’ayant pu obtenir de France des Filles de Saint-Vincent-de-Paul, avait lui-même, d'après la règle de ce saint, institué des sœurs de la Charité, pour prendre soin de la maison de la Providence, que le zèle des habitants de Montréal avait érigée

dans cette ville. La maison des Veuves et celle des Filles du Bon-Pasteur étaient encore autant de,témoins de l'infetigable charité de, l’évêque et de la pieuse générosité de ses concitoyens, qui.n'ont jamais cessé 2e Ph mt amas dtmunrin piles de nds

y celle des int de, té- » et de la ont jamais de piété et

Arrivée des Oblats. Leur {nstailation à Longueil. Leurs missions. Stations de l'Ot-

Page 1