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tère était impuissant à résister parce qu'il se trouvait à la merci d’une majorité qui se constituait en rings pour lui forcer la main. En tout cas, si on peut nier que le renvoi du ministère de Boucherville fut opportun, on doit bien ad. mettre qu’il était constitutionnel. Même sil subsiste des doutes sur ces deux points, il en est un sur lequel on ne saurait différer d’opinion, c'est qu'il appartenait à la Chambre et au péaple de la province de juger en dernier ressort, et que l’acharnement avec lequel ses adversaires ont traqué et poursuivi jusque dans sa tombe ce pauvre Letellier, est beaucoup plus condamnable que son erreur. D'autant plus qu’en le faisant condamner et destituer par le parlement fédéral, ils ont établi un précédent plein de conséquences funestes. Les conservateurs déçus s'étaient d’abord
ment d'intervenir. La motion de Sir John fut alors repoussée par une grande majorité,
Pendant ce temps-là, le ministère Joly fai.
sait des élections, gagnait une dizaine de comtés, faisait battre trois ministres, MM. Angers, Garneau et Baker, et réussissait à gouverner, pendant la session de 1879, avec quelques voix de majorité, même, durant quelques semaines, avec la seule voix de l’orateur de la Chambre. Mais le parti conservateur tenait le pouvoir à Ottawa, et il voulait le ressaisir à Québec per fas et nefas. Accoutumés à régner, à jouir des faveurs publiques, les çonservateurs se résignent difficilement à végéter dans l’opposition. D'ailleurs les membres du ministère de Boucherville et leurs amis étaient convaincus que le lieutenant-gouverneur, en les renvoyant, leur avait volé leurs portefeuilles et avait commis un abus d’autorité.
Leurs amis étaient tout-puissants à Ottawa, ils réclamèrent avec énergie la destitution de Letellier, Cependant Sir John hésitait, il craignait d’assumer le responsabilité d’un acte aussi arbitraire, il savait aussi que le nouveau gouverneur y était opposé. Ce nouveau gouverneur était le marquis de Lorne, époux de la princesse Louise,
Il avait remplacé le célèbre Lord Dufferin, dont le génie diplomatique et l’esprit lumineux devaient briller dans les sphères les plus hautes. Le marquis de Lorne ne mit pas de
temps à voir tout ce qu’il y avait d’anormal et d’arbitraire dans la destitution de M. Letellier.
Les conservateurs étaient furieux : ils sié.
geaient en Permanence, à Ottawa, à quelques pas du Palais Législatif, dans une maison appelée la Maison Bleue.
Ils avaient, pour les inspirer, Tarte et Dansereau, deux journalistes de talent, et pour leur fournir les munitions, l’entreprenant Adé. lard Sénécal, ancien liberal que le désappointement avait jeté dans les rangs du parti con.
servateur.
Sir John, se voyant poser le couteau sur la gorge, s’avisa de tourner la difficulté en con-
seillant à ses turbulents amis de porter la question devant la Chambre, vu que le ministère appuyé sur le vote de la majorité, serait beaucoup plus fort pour décider le gouverneur à signer la condamnation de Letellier.
La proposition fut acceptée, et M. Mousseau se chargea de mettre le feu au bûcher de binfortuné lieutenant-gouverneur.
II laissa de côté la motion présentée, à la session précédente, par Sir John Macdonald, et Prononça un réquisitoire violent contre M. Letellier qu'il accusa d’avoir agi contrairement à la justice et à l'esprit de la constitution. M.Mackenzie répondit avec raison qu'il appartenait
au gouvernement de prendre l'initiative dans une matière aussi importante, et d'empêcher qu’on eût recours à une procédure irrégulière pour censurer non seulement le lieutenant-gouverneur et ses ministres, mais toute la population de la province de Québec qui venait de rendre un verdict en leur faveur. Ses paroles auraient dû faire réfléchir les ennemis de M. Letellier, lorsqu'il dit que l’adoption de la motion Mousseau mettrait en péril Pautonomie des provinces qui devait demeurer intacte dans Pintérêt de la province de Québec plus que dans celui de toute autre.
M. Laurier rappela, avec son éloquence ordinaire, que les conservateurs, pour faire accepter la Confédération, avaient assuré qu’elle donnait à la province de Québec le droit de se gouverner elle-même au moyen d’un governement et d’un ministère français; il cita, au milieu des applaudissements de ses amis, la première page d’un pamphlet, dont M. Mousseau lui-même était l’auteur, dans lequel il disait avec enthousiasme : =
“Toutes les âmes vraiment patriotiques ont tressailli d’un noble orgueil, lorsque le canon de la citadelle de Québec fit résonner sa grande voix pour sa ier le premier gouverneur fran çais depuis 1760. .. II faut être un renégat ou
un aunexionniste (sic/) pour ne pas admirer les hommes d'Etat qui nous ont restitué notre complète autonomie et qui conflent le dépôt sacré de nos traditions nationales à un gouvernement choisi parmi nous et composé des notres.“
M. Laurier, commentant ces paroles, ajouta avec énergie: “ Si nous, le peuple de la province de Québec, devons être les premiers à porter une main sacrilège sur l’arche sainte de nos libertés, combien de temps pouvons-nous espérer que ce système se maintienne ? Si nous devons être les premiers à attaquer le système fédéral, le canon de la citadelle de Québec aura encore à faire retentir sa grande voix pour sonner le glas de nos libertés provinciales.”
L'affaire était jugée d’avance, la cause gagnée avant d’être entendue, la motion Mousseau fut emportée par la majorité ordinaire du gouvernement.
. Le ministère, mené tambour battant par les conspirateurs de la Maison Bleue, adopta un arrêté déclarant que M. Letellier devait être démis de ses fonctions, et Sir John annonça à la Chambre que le marquis de Lorne avait conseillé de soumettre l’avis de ses ministres sur cette question au gouvernement de Sa Majesté. Les députés conservateurs qui, depuis si
longtemps, demandaient la tête de Letellier, furent exaspérés et protestèrent avec violence contre la conduite du gouverneur que Sir John Urra à leur colère, quoique son cabinet eût luimême recommandé de soumettre la question aux autorités impériales, Mais Sir John avait peu de scrupules.
A Londres, on admettait le droit strict d’un lieutenant-gouverneur de renvoyer ses ministres pour des raisons graves ; mais on fut d’opinion que le Gouverneur-Général devait suivre Pavis de ses ministres.
Le marquis de Lorne fut donc obligé, quoiqu’à regret évidemment, de signer le fameux arrêté ministériel qui mettait à exécution la sentence de mort portée par le comité du Salut Public siégeant à la Maison Bleue.
M. Letellier fut chassé de Spencer - Wood et remplacé par M. Robitaille ; il mourut peu de temps après, miné par une maladie que les anxiétés de la lutte avaient aggravée et laissant dans le parti libéral la réputation d’un martyr politique,
Les conservateurs célébrèrent leur triomphe, et afin d’atténuer ce qu’il avait de regrettable, ils proclamèrent que la destitution du gouverneur Letellier était la consécration du gouvernement responsable et de l’autonomie des pro-
vinces, Sans aucun doute, le gouvernement impérial en décidant que la clause de l’Acte fédéral décrétant que les lieutenants-gouver. neurs pourront être destitués par le pgouverneur - général signifiait “le Jouverneur en conseil” avait, une fois de plus, sanctionné le principe de la responsabilité ministérielle; mais ce principe était depuis si longtemps clairement établi qu’il importait peu de lui donner une nouvelle sanction dans des circonstance aussi critiques, au détriment d’un principe a + si sacré que celui de l’autonomie provinciale. Comment compter sur l’indépendance des lieutenants-gouverneurs s’il ne sont pratiquement que des fonctionnaires fédéraux responsables avant tout, dans l'exécution de leurs fonctions, au gouvernement qui les nomme?
Le droit accordé au gouvernement fédéral de démettre les lieutenants-gouverneurs et de désavouer les lois adoptées par les législatures provinciales réduit à néant le principe de l’autonomie provinciale, puisqu'il la met à la merci d’une majorité du gouvernement et du parlement fédéral. Il n’est donc pas étonnant que les premiers ministres des provinces, faisant partie de la Conférence Interprovinciale de 1887, aient songé à abolir le désaveu ou à le remettre aux Mains du gouvernement impérial.
La question du chemin de fer Canadien du Pacifique absorba presque toute la session de 1880-1881. Le ministère Macdonald était naturellement revenu à l’idée de construire ce chemin de fer par l’entremise d’une compagnie, Un syndicat puissant, composé de Sir George Stephen, de M. Duncan Melntyre de Montréal et de capitalistes anglais et américains, offrait de prendre l’entreprise moyennant une concession de vingt-cinq millions d’acres de terre et une subvention en argent de vingt-cinq millions de piastres. Le gouvernement demanda à la Chambre d’accepter cette offre. La discussion fut longue, les discours et les amendements nombreux. Pendant le débat, un autre syndicat, à la tête duquel se trouvait M. Howland de Toronto, offrit de construire le chemin à raison de 922,000,000 et de 22, 000, 000 d’acres de terre.
Mais le gouvernement était trop engagé avec le syndicat Stephen pour reculer, et II réussit à faire adopter ses résolutions après une discussion qui dura six semaines. La compagnie a pleinement justifié la confiance du gouvernement. En 1885, six ans avant le terme de son contrat, elle terminait son œuvre colossale et provoquait l’admiration générale. Ses succès continuent d’étonner le monde et de renverser toutes les prévisions des hommes que cette im-
mens entreprise effrayait, Le C. P. R., comme on l’appelle généralement, a ouvert à la civilisation et au progrès ces territuires immenses du Nord-Ouest, où 11 a fait surgir partout des vil. lages, des villes, des centres prospères, et qu’il a transformés en champs de blé d’une richesse admirable, Les yeux du monde se tournent vers ces pays fortunés où l’on verra avant longtemps des millions d'hommes actifs, entreprenant, dont l'influence politique fera surgir des problèmes difficiles à résoudre. Les vieilles provinces, celle de Québec surtout, auront là de grandes filles avec lesquelles il faudra compter plus tard et dont l’établissement leur aura coûté cher,
Toutefois il faut rendre hommage à l'esprit politique et clairvoyant des Macdonald, des Cartier et des autres chefs conservateurs qui ont eu confiance dans l'avenir et dans les résultats de cette gigantesque entreprise. Cartier, l’homme des chemins de fer par excellence, serait heureux, s’il vivait, de contempler l’œuvre à laquelle il a tant contribué. II faut avouer qu’à l'égard du Grand Tronc comme du Pacifiques les conservateurs de cette époque surent mieux que les libéraux prévoir les résultats de ces grandes entreprises et qu’ils montrèrent plus de clairvoyance et de confiance dans l’avenir du pays.
Quelques détails sur la construction de ee gigantesque chemin de fer sont nécessaires ‘our se rendre un compte exact de l’importance de l’entreprise, Des lettres-patentes portant la signature de Lord Lorne furent accordées à la Compagnie du chemin de fer Canadien du Pacifique, le 16 février 1881 ; le 2 nai suivant, la première pelletée de terre fut remuée, en vertu du nouveau contrat.
La compagnie eut à surmonter des difficultés énormes, pour construire la section au nord du lac Supérieur, où plus de 10,000 à 12,000.
hommes étaient employés avec 1, 500 à 2,000 attelages doubles. Les provisions pour les hommes et les chevaux formaient le chargement de douce vaisseaux des lacs. Cette section fut complétée au commencement de 1885 et ouverte au trafic dans automne,
Simultanément avec les opérations au nord du lac Supérieur le travail était poussé énergiquement dans les montagnes de la Colombie Anglaise et, e moins d'une année, les difficultés énormes de la passe du Cheval qui Rue (Kicking-Horse) furent vaincues. Les voyageurs qui traversent aujourd’hui les montagnes Rocheuses sont émerveillés de la grandeur des travaux qu’il a fallu accomplir pour faire passer une voie ferrée à travers cette mer de mon-
tagnes.
Plus de 300 milles de chemin de fer avaient dû être construits dans le roc vif en certains endroits. Bon nombre de tunnels étaient percés dans les montagnes, Des rivières, par centaines, avaient été traversées Par des ponts, dont quel. ques-uns mesuraient plus de mille pieds de longueur. Quatorze ruisseaux profonds durent être déviés de leurs cours au moyen d’une canalisation souterraine.
En dépit des subventions du gouvernement, les difficultés financières que la compagnie eut à surmonter furent certainement aussi considérables que les obstacles physiques,
Le coût total tel qu’il ressort du rapport officiel — des 3,243 milles, formant le chemin de fer Canadien du Pacifique proprement dit, s’est élevé à $150,101,923. Le montant total fourni par le gouvernement du Canada atteignit
Le 7 novembre 1885, le dernier clou fut planté par Sir Donald Smith. L'immense chemin de fer reliant les deux océans, avait été complété près de six ans avant le terme fixé. Toutes les prévisions, tous les calculs avaient été déjoués,
Si l’on tient compte des trente ou quarante lignes de chemin de fer sur lesquels la Compa gaie a la haute main, par contrats d' achat ou
en vertu de baux, on peut dire qu’il n’existe pas au monde d'entreprise plus colossale.
Plusieurs amendements furent faits au tarif, pendant les sessions de 1880-1881-1882, afin de le rendre encore plus protectionniste et de satisfaire certaines classes de manufacturiers. La prospérité renaissait, les nuages qui enveloppaient le monde commercial et industriel disparaissaient, on entendait partout le bruit des machines marchant jour et nuit, on voyait. s'élever des usines et des ateliers qui donnaient du travail à la population affamCe.
Le gouvernement et ses amis attribuaient naturellement cette renaissance financière à la protection et disaient qu’elle serait beaucoup plus considérable, si la permanence du tarif était assurée. Les capitalistes voulaient être convaincus qu’un changement de gouvernement ne viendrait pas mettre en danger leurs entreprises.
Cela voulait dire que des élections générales étaient nécessaires, et Sir John décida qu’elles auraient lieu. Pour en assurer davantage le succès, il fit adopter, à la session de 1882, un bill de franchise et de redistribution des divisions électorales de la province d’Ontario, qui souleva dans le parlement et la presse libérale les protestations les plus violentes.
Profitant du dernier recensement, qui donnait à la province d’Ontario quatre députés de plus pour lesquels Il fallait trouver des comtés, il bouleversa un grand nombre de divisions électorales de cette Province, de façon à empêcher les libéraux de pouvoir s’y faire élire. Dans des comtés où 11 suffisait d'ajouter ou de retrancher quelques voix pour ‘Changer le résultat du vote, il annexe un illage au township libéral ou conservateur suivant le cas, et le tour était joué.
Le projet de loi ministériel enlevait aussi la confection des listes aux officiers municipaux pour la confier à des hommes choisis par le gouvernement, à des partisans par conséquent.
Le résultat des élections était facile à prévoir, dans la seule province où le ministère était en danger, la province d’Ontario, le Gerrymandery bill avait démoralisé le parti libéral. Le gouvernement avait intéressé à son sort toutes les grandes compagnies, tous les capitalistes, dont la fortune dépendait du tarif.
M. Blake eut beau s'engager à respecter les faits accomplis et à ne toucher au tarif que pour le rendre plus favorable aux classes pauvres en abaissant les droits sur les choses de première nécessité, le peuple erut plus sage et plus sûr, pour garder la protection, de voter
Pour ceux qui l'avaient faite, La majorité du gouvernement fut diminuée dans la province d’Ontario malgré le Gerrymandery bill, mais elle fut augmentée dans les autres provinces et surtout dans la province de Québec, où le parti libéral fut réduit à une quinzaine de députés.
Le ministère avait eu raison de lier son sort à celui de la protection.
A part les remaniements du tarif, deux questions surtout occupèrent l'attention du parlement de 1883 à 1887 : le bill du cens électoral et l’insurrection du Nord-Ouest.
Depuis longtemps, Sir John essayait d’avoir un système uniforme de cens électoral pour tout le Canada, et de confier la confection des listes électorales à des personnes nommées par le gouvernement, c’est-à-dire par lui.
Cette réforme entrait dans son programme de centralisation fédérale ; elle faisait partie de sa politique d’orientation vers l’Union Législative. Avec la loi remaniant les divisions électorales, elle fortifiait son parti et assurait ses chances de succès aux prochaines élections.
Sir John :avoquait l’avantage d’avoir l’uniformité de la franchise électorale dans tout le Canada, mais comme le disait M. Laurier: “ Notre constitution a pour point d’appui la diversité 1 la variété est la base même de notre constitu-
tion. S'il est vrai que cette confédération se compose de sept Etats différents, il doit en dé. couler comme conséquence logique que le droit de déterminer le suffrage doit être laissé à chacun de ces Etats séparément. Ce qui conviendra à une population peut ne pas convenir à une autre.”
M. Laurier termina un discours éloquent sur cette question en disant que le bill était une violation du pri- -ipe fédératif et des droits du peuple, auquel il enlevait le contrôle de ses franchises électorales et le droit de préparer les listes des électeurs, par l’entremise des officiers et des conseils municipaux. II démontra l’importance qu’il y avait, pour la province de Québec surtout, de combattre une loi si adverse à l’autonomie provinciale. Mais Sir John était dans toute sa puissance; il savait bien que l’esprit de parti serait plus fort que lesprit provincial ; il n’eut pas de peine à faire adopter un projet de loi qui mettait entre les mains de ses amis la confection des listes électorales, la nomination de centaines d'officiers et d'employés et une dépense d’un demi-million de dollars. Mais l'opinion publique s’émut et le “aractère centralisateur de cette loi devint une arme puissante entre les mains des libéraux con‘re le gouvernement.
192 HISTOIRE o CANADA
Ajoutons que cette loi, qui abaissait const.
dérablement le cens électoral, donnait le suftrage aux femmes non mariées et aux fils de cultivateurs. :
Cette loi avait un caractère trop libéral aux Jeux des conservateurs intransigeants, qui pendant longtemps avaient reproché aux libéraux d’être en faveur du suffrage universel. Ils regrettèrent de voir disparaître la différence qui existait autrefois entre les principes des conservateurs et ceux des liber ux. II y avait déjà longtemps que cette différence s’effaçait graduellement, et la manière dont le ministère Mackenzie avait administré les affaires du pays en était la preuve éclatante.
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— am — —
NGDON
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