‹ Histoire du Canada depuis la Confédération, 1867-1887 [microforme]Chapitre 25 sur 35 · SR D · texte numérisé non relu

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2 Lettre sm

. comme ae —

Avant le combat du Lac-au-Canard, il avait défendu à ses hommes de tirer les premiers.

Singulière manière de faire la guerre !

II sera le même partout: non seulement il ne se battra pas, mais il empêchera Dumont de faire la guerre d’embuscade, la seule qui pouvait réussir contre des forces supérieures.

Evidemment il avait le courage et l’éloquence, il n’avait pas la tête qu’il faut pour mener une insurrection. II s’imaginait qu’à exemple de Moïse il n'avait qu’à lever les mains vers le ciel pour triompher. II oubliait qu’à part certaines circonstances exceptionnelles, où Dieu juge à propos de faire sentir directement son action, la Providence est du côté des soldats qui savent se battre. Mais pourquoi demander du raisonnement et de la logique à une pauvre tête qui faiblissait rapidement ?

Pour contrecarrer l'influence des prêtres et des missionnaires qui prechaient la paix, il prenait le nom de David, se donnait comme prophète, l’envoyé de Dieu chargé d’enseigner à ses compatriotes une religion nouvelle.

Les coups de fusil du Lac-au-Canard jetèrent Peffroi dans tout le Canada, et réveillèrent les ministres qui finirent par décider de laisser aux Métis les terres qu’ils occupaient et de leur ac-

— ep r prenne ramecne

corder des scrips ou bons représentant 8189 on $240 suivant le cas pour le titre qu’il: possédaient en qualité de descendant indien. Mais il était trop tard, le feu de la révolte souffiuit dans les prairies du Nord-Ouest. Dans les districts de Battleford et d’Edmonton, les sauvages sous la conduite dè Poundmaker et de Gros Ours avaient pris les armes.

Riel avait dit en 1875, que si jamais il reprenait les armes, il ne refuserait pas, comme en 1870, le secours des sauvages. Le soulèvement des sauvages ne fut pas général, plusieurs tribus attendirent le résultat des événements avant de se décider à lever la hache de guerre. Les autres furent tenues en paix par les missionnaires et en particulier par le Père Lacombe. Mais, à la nouvelle de engagement du Lac-au- Canard, quelques centaines de sauvages appartenant aux tribus des Cris et des Stonies, entrèrent dans le sentier de la guerre et s’avancèrent sur Battleford. Les colons de cette ville se réfugièrent dans le fort sous la protection de la gendarmerie à cheval.

Les sauvages, heureux de pouvoir piller sans danger les maisons abandonnées, s’en donnèrent à cœur joie, et se contentèrent de faire le sib ze de la ville en s’exposant le moins possivle a” x balles de la garnison.

Pendant ce temps-là, à cent-vingt milles plus loin, sur la Saskatchewan, à un endroit appelé “Lac aux Grenouilles” un drame lamentable se passait. Il y avait là une mission de sauvages sous la direction spirituelle des PP.

Fafard et Marchand, un magasin et quelques maisons occupées en grande partie par des agents et employés du gouvernement.

Le trente mars, une bande de sauvages commandée par Gros-Ours et ses deux fils s’emparait de toute la population blanche de la mission et en massacrait une partie, y compris les PP. Fafard et Marchand qui furent tués en voulant protéger les victimes,

Les sauvages profitèrent de l’occasion pour satisfaire leurs rancunes contre quelques-uns des agents du gouvernement.

Le gouvernement chargea le général Middle.

ton d’étouffer l'insurrection. Trois corps de volontaires se dirigèrent vers les principaux centres de rébellion: Batoche, Battleford et Edmonton. Ils comptaient environ mille hommes ; on y remarquait deux bataillons canadiensfrançais, le 65ème de Montréal et le 9ème de Québec.

Il en coûta naturellement aux Canadiens- Français d’aller combattre des hommes que les mauvais traitements avaient poussés à la ré

volte, des compatriotes luttant pour leurs foyers.

On avait dit, lors de l’établissement de la Confédération, que la province de Québec protègerait les groupes français vivant dans les autres provinces.

Mais que pouvaient faire les bataillons canadiens-français ? Que pourront-ils faire à l’avenir, lorsqu'ils seront appelés à prendre les armes même contre des compatriotes ? Toute la force armée du Pays étant sous l’autorité du gouvernement fédéral, il leur faudra bien marcher ou commettre un acte de désobéissance gros de conséquences sérieuses. Beaucoup pensèrent que M. Ouimet, le colonel du 65ème, un homme indépendant de fortune, aurait dû refuser de prendre les armes contre des hommes dont la situation ressemblait beaucoup à celle des patriotes de 1837-1838.

Un pareil acte de Courage et de fierté aurait été, dit-on, une leçon et un avertissement pour l'avenir ; mais il faut encore, cette fois comme souvent, comme toujours, se demander si cet acte de courage eût été sage, opportun et utile aux Canadiens-

Trois cents cinquante Métis, dont deux cents avaient des armes, étaient retranchés à Batoche sur les bords de la Saskatchewan et se

202 HISTOIRE DU CANADA préparaient à lutter contre un ennemi beaucoup plus nombreux et surtout mieux armé,

La lutte était inégale.

Dumont voulut aller au-devant des volontaires qui s’avançaient à marches forcées eur Batoche, alin de les harceler, pendant la nuit surtout, et de les décimer sur la route.

Il disait avec raison que c’était le seul moyen de les empêcher de se rendre à Batoche, mais Riel s’y opposait, il croyait, dans sa folie, que Batoche était l'endroit, choisi par Dieu pour exterminer les ennemis des Métis, Cependant il finit, mais trop tard, par céder aux instances de Dumont qui se rendit, à la tête de 200 hommes, à l’Anse-au-Poisson pour y attendre les volontaires. Le général Middleton qui avait divisé en deux sa colonne, arriva à la tête d’un détachement de 400 hommes à l’endroit où Dumont l’attendait, et le combat commença.

Ce combat fut acharné et dura toute la journée.

. Les volontaires eurent dix hommes tués, et une quarantaine de blessés. Dumont pretend que quatre Métis seulement furent tués, et une dizaine blesscs. II affirme aussi qu'il n’a eu autour de lui pour tenir en échec, pendant toute une journée, un corps d’armée aussi consi dérable, que 150 hommes dont une trentaine

Les Métis se battirent avec courage et Dumont leur donna exemple de la bravoure, mais que pouvait faire cette poignée d'hommes contre des forces numériquement supérieures sur un champ de bataille ouvert à 1" mitraille ? Les pauvres Métis n’avaient pour les protéger que des tranchées (rifle pits) qu'ils avaient pratiquées en différents endroits. Une seule chose étonne, c’est qu’ils aient pu résister si longtemps.

Ils eurent, pendant près de 3 jours de combat, une quarantaine d’hommes tués, et plus de cent blessés,

Du côté des volontaires les rapports officiels constatèrent 8 hommes tués et 46 blessés.

Dumont partit pour les Etats-Unis, et Riel, après avoir erré dans les bois autour de Batoche, pendant 8 jours, commit la folie de se ren-

dre, et le général Middleton l’assura qu'il pou-

rait compter sur sa protection.

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Pendant ce temps-là, les deux autres divisions de volontaires sous le commandement du colonel Otter et du colonel Strange battaient les sauvages, la preniière, à l’Anse-au-Cnuteau dans le voisinage de Battleford, et l’autre à la Butte-aux-Français, après des combats opinia-

Poundmaker se rendit, à la suggestion d’un missionnaire oblat, qui lui démontra qu’il devait se soumettre, afin d'empêcher le sang de couler inutilement, et de mériter la faveur de Dieu et des hommes. ‘Gros-Ours, après avoir longtemps dépisté les colonnes lancées à sa poursuite, fut fait prisonnier.

L’insurrection avait été étouffée à son debut, grâce à la rapidité des opérations militaires qui avait empêché le travail de coalition et d'organisation des Métis et des sauvages.

Les volontaires déployèrent des qualités d’endurance et de solidité qui leur firent le plus grand honneur.

‘Les Canadiens-Français se distinguèrent par leur courage et leur gaîté communicative, au milieu des circonstances les plus critiques. Ils furent heureux de n’avoir à combattre que contre les sauvages ; un bon nombre auraient hésité à partir si on leur eût dit qu’ils auraient à se battre contre les Métis. C'était un sentiment bien naturel.

L’agitation de l’opinion publique ne finit pas avec l'insurrection ; il fallait décider du sort de Riel et des chefs de l'insurrection, emprisonnés et accusés du crime de haute trahison.

En vertu d’un statut adopté en 1880, Riel fut appelé à subir son procès devant ui. magistrat stipendiaire assisté de six jurés, dont un seul portait un nom français.

Le 16 juillet 1885, le sénateur Trudel, qui a déployé tant de zèle et de talent pour la cause des Métis, demanda que cette loi fût amendée de façon à assurer aux prisonniers métis le droit sacré que possède tout sujet anglais d’être jugé par 12 de ses pairs. Le ministère refusa d acquiescer à cette demande et le procès de Riel fut fixé au 20 juillet.

Les écrits publiés dans les journaux anglais et la façon dont on préparait le procès émurent l’opinion publique dans la province de Québec, et firent naître la conviction que la condamnation de Riel était arrêtée d’avance. Un comité choisi indistinctement dans les deux partis politiques, et dont l’auteur de ce livre était le président, fut formé, à Montréal, pour recueillir des souscriptions et organiser l’œuvre de la dtense. a i

On remarquait parmi ses membres:

MM. Chs de Lorimier (conservateur), H.-P.

St-Pierre (libéral), R. Préfontaine (libéral), Ohe Champagne (conservateur), A.-E, Poirier (libéral), Georges Duhamel (conservateur), Adolphe Ouimet (conservateur), Jérémie Perrault (libéral), J.-0. Dupuis (conservateur), ete.

Les membres de ce comité déployèrent une grande activité, ils convoquèrent des assemblées, en différents endroits de la province, et réussirent à prélever les fonds nécessaires, pour envoyer à Régina, défendre Riel, deux avocats de talent, dont le premier est aujourd'hui juge en chef de la Cour Supreme et l’autre, juge de la Cour Supérieure du district de Québec : MM. Fitspatrick et Lemieux. M. Grenshields, avocat brillant de Montréal, inspiré uniquement par l’amour de la Justice, voulut bien prêter le secours de son talent à ces deux champions du droit.

Le 20 juillet, Riel comparut devant ses juges, et après des objections préliminaires qui furent renvoyées instanter par le juge Richardson, les avocats de Riel demandèrent de suspendre le procès, pendant un mois, afin de se procurer des témoins essentiels à la défense.

Parmi les affidavits produits à l’appui de cette demande, on en trouve un signé par MM.

Fitspatriek et Lemieux, et qui se lit comme suit: Qu'ils désirent prouver les faits suivants:

que le prévenu a été fou pendant plusieurs années et qu’il a ét ! enfermé dans un asile d’aliénés de la province de Québec ; qu’il était sujet à des dérangements d’esprit ; qu’il a quitté son domicile, dans le Montana, en 1884, pour venir dans ce pays à la sollicitation de ses a mis ; que le prévenu n’avait en vue qu’une agitation constitutionnelle et paisible ; qu’il avait eu l’intention de retourner dans le Montana ; que la dite rébellion fut commencée et dirigée par un conseil de quatorze personnes, dont l’accusé ne faisait pas partie et qu’il n’a pris part à aucun acte manifeste de trahison; que ces faits peuvent être prouvés par Gabriel Dumont, Michel Dumas, Napoléon Nault, le Dr Roy, le Dr Vallée de Québec et le Dr Clarke de Toronto dont la présence devant ce tribunal peut être assurée ei un délai suffisant est accordé à la défense dans ce but.”

Les avocats de Riel demandaient aussi la production de tous les documents pouvant établir les griefs des Métis et les causes de l’insurrection.

La couronne consentit à faire venir les docteurs Roy et Clarke, mais toutes les autres demandes furent repoussées, et les avocats reçurent instruction d’être prêts dans huit jours.

Ce fat un procès douloureux pour tous ceux

qui étaient convaincus que l’homme auquel on s’acharnait avec tant de malice était un homme de cœur et de talent, victime de son patriotisme et dont le surmenage et la persécution avaient fortement ébranlé les facultés mentales.

Malgré le talent de ses défenseurs, il fut trouvé coupable, mais recommandé à la clémence de la Cour, ce qui n’empêcha pas le juge de le condamner à être pendu, et de lui dire qu’il ne devait pas s’attendre à échapper à son châtiment. Le juge Richardson avait écarté le plaidoyer de folie en disant que Riel savait discer. ner le bien du mal. :

II faut dire que Riel protesta pendant son Procès toutes les fois que ses avocats voulurent établir qu’il n'était pas compos mentis. Et lortqu'après les plaidoiries de ses avocats il lui fut permis de prendre la parole, après avoir parlé pendant deux heures des griefs des Métis et de sa mission, il s’appliqua à démontrer qu'il avait la jouissance complète de son esprit. II termina son discours rempli de divagations et de puérilités par les paroles suivantes :

“ Ce me serait une tâche facile aujourd’hui de simuler la folie, à cause de l'excitation dans laquelle le procès m'a naturellement jeté.

L’excitation serait bien propre à m’enlever mo 1 calme, mais j’espère rester calme, avec Paid: de Dieu.

æ — © & ral & © K —

“ Les jurés volent par les journaux que je suis enclin à la religion, mais j'espère que mes actes

Puis levant de nouveau les yeux vers le ciel et croisant fréquemment ses mains sur sa pol trine : O mon Dieu, secourez-moi par Pinter cession, la grâce et les mérites de Jésus-Christ. O mon Dieu, bénissez-moi; bénissez cette honorable cour ; bénissez cet honorable jury; bé. nisses mes bons avocats qui sont venus de sept cents lieues pour essayer de me sauver la vie; bénissez les avocats de la couronne parce que ce qu’ils ont fait, en suis sûr, ils pensaient que c'était leur devoir de le faire. Ils ont agi avec une loyauté à laquelle je ne m'attendais pas de leur part. O mon Dieu, bénissez ceux qui m'entourent par la grâce de Jésus-Christ, Notre Sauveur, Changes la curiosité de ces gens qui m'entourent en un calme intérêt. Ainsi soit.

Il remercia le general Middleton, le eapitaine Young et les avocats de la Couronne d’avoir réduit à néant le témoignage du Dr Roy, qui avait essayé de le faire passer pour fou.

Même s’il est condamné et pendu, il aura, dit-il, la satisfaction de savoir que le monde ne le croira pas fou.

Lorsqu’avant de prononcer la sentence de mort, le juge lui demanda suivant l’usage s’il

* Comme David j'ai souffert, ans À souffrir comme David a isouffert.

“La population de la Saskatchewan n’a fait qu'imiter cet exemple, et j'espère qu’il produira les mêmes résultats.

II parle ensuite longuement du rôle de Sir John A. Macdonald, de Sir Georges Cartier et de l’archevêque Taché, dans la révolte de la Rivière-Rouge.

“La perfection de la constitution aise, dit-il, est un bienfait, et en désirant attirer ici les différentes na ités

de jouir des privilèges que Dieu à accordés à l’Angleterre. 5 re à PAngleterre, mais elle doit travailler à la mériter, sinon elle la perdra.

“ L'empire romain a été quatre cents ans à la tête des nations, il est tombé ; mais avant que l’Angleterre raisse, une autre Angleterre plus — et plus aura été établie dans cet immense pays.

“Tant que mon cœur battra, je n’abandonnerai pas l’idée d’avoir une nouvelle Irlande, une nouvelle une nouvelle France ici, et les de ces pays jouiront de libertés sous la constitution angla — —-V— eux. S'il faut que je meure pour mes s’il faut

Afin de prouver qu’il n’est pas fou, il montre ses plans, et les résultats qu’il a obtenus et qui prouvent que loin d’être fou, comme le disent

certains témoins, il est parfaitement sain d’es-

prit et de corps.

Il prétendit être le prophète du Nouveau- Monde et avoir prophétisé ce matin-là que le jury le trouverait coupable, et il avait aussi pro-

phétisé que la charge du juge lui serait défavorable.

Wa K r gra

“Je ne veux pas, dit-il, en terminant, que le public eroie que je simule Ia folie. :

dis, qu'ils étudient mes projets, ot 3 — — 38 . —— —

Les Canadiens-Français n’avaient jamais espéré que Riel ne serait pas condamné, mais ils croyaient fermement que la sentence fatale serait commuée, pour les raisons suivantes :

1° Riel au lieu de fuir, comme il aurait pu le faire, s'était rendu, comptant sur la protection et la générosités des autorités :

2° Son offense était celle de tout un peuple que l'injustice et les mauvais traitements avaient exaspéré ;

8° Il avait été jugé par six jurés anglais protestants en vertu d’une loi contraire au prin-

cipe fondamental du droit anglais, qui veut que tout homme accusé d’un crime soit jugé par douze de ses pairs ;

4° La commission médicale nommée par le gouvernement pour examiner l’état mental du prisonnier déclara qu’il était fou dans les matières politiques et religieuses ; or c'était à des événements politiques qu’il avait pris part ;

5° Le jury tenant compte, sans doute, des raisons qui précèdent, l’avait recommandé à la clémence du tribunal.

“Où, dans quel pays, disaient les gens raisonnables, enverrait-on aujourd’hui à l’échafaud un homme condamné dans de pareilles conditions?

Mais les loges orangistes étaient en mouvement, elles demandaient à grands cris à &ir John Macdonald la tête de Riel, elles l’exigeaient en menaçant de l’abandonner s’il n’acquiesçait pas à leur demande. Et pour soulever le fanatisme des masses protestantes, elles évoquaient la mémoire de Scott et criaient vengeance. C'était odieux, car Riel avait subi sa peine pour l’exécution de ce malheureux, il avait été condamné à l’exil pendant cinq ans.

Mais les loges orangistes étaient le pilier de la fortune politique de Sir John qui avait été l’un de leurs chefs, elles constituaient la force

principale du parti Conservateur dans la province d’Ontario.

Leurs menaces insolentes, leurs appels san.

Suinaires eurent plus d’effet que les prières et les larmes de la province de Québec. Sir John craignit moins la colère des Canadiens-Fran- Sais que la fureur des orangistes, ses frères, Il savait qu’il Pouvait compter sur la fidélité de ses trois ministres Canadiens-français, MM. Langevin, Caron et Chapleau. Sans doute les hommes politiques de

Pour éviter des conflits funestes, mais jusqu’où faut-il aller dans la voie des concessions ?

I eut · il jamais un cas où des miniscres canadiens-français devaient se croire tenus à plus d' energie et de patriotisme afin d' empecher leur nationalité d’être humiliée dans le sang d’un homme, dont le crime était avant tout d’être français et catholique ?

Jusqu'au dernier moment on espéra ; on savait que Chapleau, qui avait demandé la coudamnation de Riel, voulait que la sentence fût commuée, et même on disait qu’il donnerait sa démission plutôt que de porter la responsabilité d’un acte si injuste, Le matin même de

l’exécution, à quatre heures, la population franaise attendait un télégramme qui devait an-

noncer la commutation ou la démission des ministres canadiens-français, de Chapleau au moins. Le télégramme vint, mais il disait simplement et brutalement que la justice suivrait son cours.

Chapleau s’en était, comme Pilate, lavé les mains.

Le 16 novembre 1885, à huit heures du matin, Riel montait sur l’échafaud et mourait en chrétien et en patriote.

Il avait passé la nuit à prier et à converser avec le P. André à qui il avait dit :

“ Ne craignez pas, je ne ferai pas honte à mes amis, et je ne réjouirai pas mes ennemis et les ennemis de la religion en mourant en lache Jaime mes parents, ma femme, mes enfants, mes compatriotes, je voudrais vivre pour eux et avec eux, mais la pensée de passer ma vie dans un pénitencier, mêlé à l’écume de la société et obligé de subir tous les affronts, me remplit d’horreur. Je remercie Dieu de m’avoir épargné cette épreuve et j'accepte la mort avec joie et reconnaissance. Un nouveau sursis, vu les dispositions d’esprit dans lesquelles je suis, m’affligerait profondément. ”

Il y avait dans cet homme à l'intelligence exaltée et vaillante, une âme noble, sympathique, que la flamme du dévouement illuminait. :

La mort lui mit au front l’auréole des martyrs politiques.

Des protestations éclatèrent partout, elles s’élevèrent de toutes les parties de la province de Québec; des services funèbres furent célébrés, et des résolutions énergiques adoptées, Conservateurs et libéraux réunis par le même sentiment d’indignation et de douleur, vouaient aux gémonies les loges orangistes qui avaient exigé la mort de Riel, et les ministres qui avaient cédé à leur pression sanglante.

Une assemblée monstre eut lieu sur le Champ-de-Mars de Montréal, le 23 novembre, cinquante mille personnes venues de partout y étaient réunies, trente comtés y étaient représentés par leurs députés, trois estrades avaient été dressées pour permettre aux orateurs de se faire entendre. On voyait réunis les chefs des deux partis, les adversaires politiques les plus acharnés : les Mercier, les Laurier, les Beaubier, les Coursol, les Bergeron, les Desjardins, les Trudel, les Bellerose, ete., etc. Ils venaient, sous l’empire du même sentiment d’humiliation, proclamer hautement qu’un homme venait d’être sacrifié à la haine et au fanatisme des loges orangistes, ils venaient jurer d'en demander un compte rigoureux aux membres du gouvernement.

“Considérant qu’il est évident que le gouvernement a fait de cette exécution une simple affaire de calcul d'élection, qu'il a froidement compté combien il gagnerait de sièges en exéeutant Riel et combien il en perdrait par une politique de clémence et de justice ; que finalement, pour se rendre à ses calculs, il a sacrifié Riel à la haine des fanatiques, donnant ainsi occasion aux races différentes qui vivent ensemble dans ce pays sous la protection du dra- Peau britannique de se jeter les unes contre les autres;

Résolu :

1° Qu’en exécutant Louis Riel, le 16 novembre 1885, le gouvernement de Sir John-A. Macdonald a commis un acte d’inhumanité et de cruauté indigne d’une nation civilisée, et mérite la condamnation de tous les amis du droit et de la justice, sans distinction de race ni de religion.

2° Que le consentement donné par Sir Hector Langevin, Sir A.-P. Caron et l’hon, J.-A. Chapleau à cette odieuse exécution, constitue un attentat à leur foi et mérite spécialement la

réprobation de tous les citoyens de cette province, |

8° Que, dans ces circonstances, Il est du devoir des électeurs de chaque comté de signer une requête à leur représentant dans la Cham-

bre des Communes Pour renverser le gouverne.

ment de Sir John-A.

de la province soient invités, par la Presse, à saisir la première occasion pour exprimer l'opinion que l’exécution de Louis Riel est de la part du gouverne. ment de Sir John-A. Macdonald un acte odieux de cruauté, et constitue aussi, de la part de Sir Hector Langevin, Sir A.-P. Caron et l’hon. J.-A. Chapleau, une trahison, à passer des résolutions à cet effet, et à les transmettre à leurs 86. nateurs.

Bien peu, parmi les orateurs et députés conservateurs, gardèrent l'engagement solennel qu’ils avaient pris de combattre jusqu’à la mort les membres du gouvernement.

Triste précédent ! Exemple funeste !

Lorsque le parlement se réunit en 1886, M.

Landry, député Conservateur, proposa une résolution exprimant le regret que la sentence de

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mort prononcée contre Riel eût été mise à exécution.

La discussion fut brillante et les discours éloquents, Des anglais, MM. Blake, Cameron et Casey, reprochèrent en termes éloquents aux ministres d’avoir couronné leur politique injuste et cruelle envers les Métis, en envoyant à l’échafaud leur infortuné et courageux chef, lorsque la recommandation du jury, la condition mentale de l’accusé et leurs propres fautes, leur imposaient la miséricorde.

M. Blake prononça un plaidoyer bourré de faits incontestables, d'arguments irréfutables, pour établir que la justice doit être la même partout, sur les bords de la Saskatchewan comme sur ceux de la Rivière-Rouge.

Le plus éloquent des orateurs qui prirent la parole dans ce débat mémorable, fut Laurier dont le magistral discours est digne de figurer parmi les chefs-d’œuvre des maîtres de l’éloquence,

Il fit en termes émouvants le récit des griefs, des plaintes et des supplications des pauvres Métis, et des refus obstinés du gouvernement de leur rendre justice ; il dénonça les contradictions du secrétaire d'Etat Chapleau qui disait, en 1874, que l’exécution de Scott était une offense politique, et qui maintenant la traitait

de crime atroce. Il fit voir les injustices de la procédure suivie dans le procès de Riel et termi. na sa véhémente philippique par une péroraison qui produisit une profonde sensation.

Cinquante-deux députés votèrent pour la motion de M. Landry, cent-quarante-six votèrent contre. Parmi les premiers se trouvaient tous les députés libéraux et dix-sept conservateurs canadiens-français et vingt-huit libéraux anglais. Tous les ministres, tous les députés conservateurs anglais, et vingt-deux conservateurs canadiens-français votèrent avec MM. Langevin, Chapleau et Caron contre la motion de censure.

Les conservateurs qui avaient eu le courage de voter pour la motion Landry, ceux même qui avaient juré de ne plus jamais donner un vote à Sir John, retournèrent au bercail peu de temps après.

Les journaux anglais avaient dit que l’excitation produite par l'exécution de Riel serait un feu de paille qui s’éteindrait promptement.

C'était l’opinion de Sir John qui redoutait beaucoup moins la colère passagère des Canadiens-Français que la vengeance des loges orangistes. Néanmoins, c’est grâce à la douloureuse émotion produite par l'exécution de Riel, que Mercier put remporter le triomphe dans la province de Québec, à la suite de la campagne

légendaire qu'il entreprit pour renverser le parti conservateur.

Les élections de 1886 furent néanmoins favorables au ministère Macdonald, en dépit de l’éloquence et de l'énergie déployées par Blake et Laurier pour le démolir. La protection, l’orangisme et les grands intérêts industriels et financiers du pays entouraient le gouvernement d’un cercle de fer difficile à briser. Ce que l'exécution de Riel lui avait fait perdre d’un côté, avait été compensé par ce qu’elle lui avait fait gagner de l’autre. Et puis, il faut le dire, la politique du parti libéral sur la question du tarif n’était ni claire, ni populaire. Les uns se prononçaient en faveur d’une Union Douanière avec les Etats-Unis, les autres, en plus grand nombre, vantaient les avantages que procurerait au pays un traité de réciprocité qui nous assurerait le marché wméricain.

La politique du parti conservateur relative ment aux chemins de fer, à l’industrie, au commerce, à toutes les grandes questions de progrès et d'intérêt matériels semblait plus large, plus libérale, plus favorable à la prospérité du pays.

Blake était démoralisé, La citadelle ministérielle avait résisté à ses assauts formidables. II avait soulevé contre lui-même la colère des

loges orangistes en s’opposant à ce que l'Etat les reconnût et les constituât en corporation, en les dénonçant même comme un danger pour la paix publique, en reprochant au gouvernement, comme un crime national, l'exécution de Riel, en plaidant maintes fois la cause de la justice, de la bonté, de la tolérance, Et cependant, la province de Québec ne lui avait guère été plus favorable que la province d’Ontario. Il erut qu’il ne devait plus continuer de faire une lutte ingrate pour lui et pour son parti et qu’il devait remettre à un chef plus heureux le commandement des forces libérales. II donna sa démission.

C'était un rude coup, un événement pénible pour le parti libéral. Comment remplacer un homme dont le talent et le caractère faisaient l’admiration générale du pays ? Obéissant toujours à des sentiments nobles, à des pensées généreuses, Blake suggéra pour lui succéder le nom de Wilfrid Laurier. Il voulut que sa dernière volonté, son dernier acte füt un hommage au talent, à la vertu, à la tolérance nationale. Quelques libéraux, Laurier le premier, furent effrayés à la pensée de donner à un parti, dont les trois quarts étaient anglais et protestants, un chef canadien-français et catholique. Mais les députés des provinces anglaises ratifièrent unanimement le choix de

Pendant que les grandes lumières qui avaient éclairé la marche triomphale du parti conserva. teur s’éteignaient, l'étoile qui devait diriger le parti libéral vers les sommets du pouvoir montait à l’horison. L'homme qui devait tirer profit des fautes commises et des éléments délétères qui minaient le parti conservateur, arri. vait avec l’auréole brillante que son éloquence et sa sagesse lui avaient mise au front.

La Confédération avait atteint sa vingtième année après une jeunesse orageuse et féconde, après avoir accompli un travail gigantesque.

Malgré les éléments de faiblesse et de froisse. ment qu’elle renferme elle avait démontré sa puissance pour le progrès et la prospérité du Canada.

En élargissant les horizons politiques et la sphère d’action de nos hommes publics, elle avait élevé le niveau de leurs conceptions et de leurs discussions. Outre les questions intéressantes déjà mentionnées dans ce livre, celles de l'impérialisme, de l’autonomie provinciale,

de nos relations commerciales avec l’Empire et avec les autres pays avaient ouvert à leur intelligence des voies nouvelles dans domaine politique et provoqué des études sérieuses.

L’aigle de l'impérialisme nous avait ouvert ses larges ailes, mais avant de se laisser prendre dans ses serres, la population voulait savoir jusqu'on il la conduirait. Le Canada, après avoir conquis définitivement le gouvernement constitutionnel, avait évolué graduellement mais sûrement vers l’indépendance commerciale et politique. II avait réclamé et obtenu le droit d’être représenté dans la négociation des traités de commerce et de consulter avant tout son intérêt dans la confection de son tarif douanier, Un groupe de jeunes gens de talent avaient même fondé à Toronto une revue dans le but de répandre ces idées nationales.

Le nom de ce journal “The Nation » et sa devise “Canada First” étaient suggestifs et disaient assez clairement le but que ces jeunes gens poursuivaient.

Plus le pays se développait et avangait à pas rapides dans la voie de ses destinées, plus le désir de devenir une nation se développait aussi dans “esprit des Canadiens, plus ils cherchaient à concilier leur loyauté à PAngleterre avec ces aspirations, ces désirs légitimes, C’est

un problème dont la solution occupera de plus en plus les esprits dirigeants de l'Angleterre et du Canada. L'indépendance a été le rêve de tous les jeunes peuples doués d'énergie et d’activité, elle a inspiré, dans tous les âges, des sacrifices, des héroïsmes que l’Histoire et la poésie célèbrent à l'envie. Mais les temps sont bien changés, Ia condition des colonies est bien dit. férente de ce qu’elle était: le joug de la Métropole, de la mère-patrie est doux et léger, à notre époque. Il faut bien avouer que le lien colonial qui unit le Canada à l'Angleterre est devenu presque inperceptillle, et il n’est pas étonnant que des hommes publics se demandem :

la rupture de ce lien ne serait pas plus nuisible que réellement utile au Canada, du moins jusqu’au jour où nous serons en état de protéger notre propre indépendance. Nous observerons, dans un prochain volume, la marche intéressante de cette question. 8 Quent à l’autonomie provinciale, elle a, de son côté, soulevé devant nos parlements et nos tribunaux des débats importants, et l’étude de cette question a donné lieu à de savantes interprétations de notre constitution. f La pensée de ceux qui auraient voulu remplacer l’union fédérale des provinces par une union législative, a continué d'inspirer un cer

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