‹ Histoire du Canada et des Canadiens français de la découverte jusqu'à nos jours [microforme]Chapitre 21 sur 54 · ES · texte numérisé non relu

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L'un des types les plus remarquables de ces « capi-

lines de sauvages », suivant le nom qu'on donna

ices hôtes aventureux de la forût, fut le capitaine de Saint-Castin, nonnné plus haut. Vincent, baron de Saint- Castin, était des environs d’Olcron, dans le pays bas-

que. [l avait servi, avec M. de Grandiontaine, dans le

régiment de Carignan, et était venu du Canada avec lui.

LLeste el vigoureux comme tousles Basques, il était doué

l'une de ces natures vives et fougueuses qui, sans agitalonet sans imprévu, ne connaissent pas de plaisir ; il ctutexpertdanstouslesexercices du corps, àpre àla fatieue, plein de sang-froid dans le danger et d'un grand wsprit de ressources dans le besoin ?, » Dés sa premère entrevue avec les Abénakis, la tribu indienne qui vivait sur les rives du Kennébee, son air déterminé, sa une franche et sa bonne tournure les séduisirent, et dés ce jour, quelques-uns d'entre eux se donnèrent à lu corps et âme el s’attachèrent à ses pas comme le chien à ceux de son maitre. Lui, de son côté, se plut, ls Pabord, au milieu de ces sauvages admirateurs et, son sang S'alluinant à la pensée des expéditions extrawdinaires qu'il pouvait combiner avec ces alliés sau- \ages ct résolus, il songea à se fixer au milieu de

lMichelet, Hist, de France, t, XVI, p. 180,

2 Rameau, p. DIS,

142 HISTOIRE DU CANADA ces tribus et à se faire agréer d’elles comme leur chef

Le poste de Pentagoët, dont M. de Grandfontain lui confia le commandement, était à proximité de leurs cantons. Leurs montagnes, d'autre part, dominaieni les colonies anglaises, fournissant de toutes parts de embuscades redoutables durant la lutte, des abris assurés en cas de retraite, des sorties multipliées sur le établissements du Massachussets, du Connecticut et du New-Hampshire !. Saint-Castin se fortifia dans celie posilion avantageuse, et le mariage qu’il contracta ave: la fille d’un chef indien le constitua le véritable sou verain de tous les Abénakis. D’autres capitaines de sauvages, Enaud, de Népisigny, un des d'Entremont, Denys, de Miramichi, imitèrent sonexemple et ne cru rent pas se déshonorer en épousautdes filles indiennes

« I ne se passait pas d'année sans que chacun des capitaines ne fit, dans son quartier, une grande distii bution de présents aux guerriers des tribus, tanten son nou qu'au nom du roi de France; ils Les réunis saient alors dans de grands festins, où assistaient souvent des officiers français. Les viandes qu’on y serval étaient entassées dans de grandes chaudières à k manière indienne; pendant plusieurs jours, les récits de chasse et de combats, les danses sauvages, : étaient entremêlés de force rasades d’eau-de-feu. Ge réjouissances grossières servaient de prélude an expéditions de chasse et de guerre, quand les cap laines de sauvages, ces seigneurs fauves habillés de

peaux de bètes, rassemblaient leurs vassaux indiens

sur la réquisition des gouverneurs français ?. »

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2 Rameau, p. 195.

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Les capitaines de sauvages, en eflet, quels que fussent leurs instincts d'indépendance, ne pensèrent jamais à manquer à l’allégeance qu'ils devaient à la couronne de France et vécurent toujours en bonne intelligence avec les gouverneurs de l’Acadie. Ceux-ci se succédaient depuis la mort de M. de Grandfontaine assez rapidement, sans apporter de nouvelles ressources à la colonie et sans réussir même à la protéger contre les attaques des « flibustiers » qui, en 1679, dévastérent les habitations de la côte.

Les uns après les autres, tous ces gouverneurs — MM. de Chambly, de Soulanges, de La Vallière, Per-

| rot (l’ancien gouverneur de Montréal) et de Menneval

— hurcelaient le ministère de demandes et de plaintes sans Jamais réussir à secouer Pinertie du ministre. Délaissée comme l'était PAcadie, il n'est pas surpre-

nant qu'elle apparût aux colonies anglaises comme une

proie facile à saisir. Celles-ci n'avaient cessé de se développer depuis leur fondation, et tandis qu’à l’époque où nous sommes arrivés, la population de la Nouvelle-France (Canada et Acadie réunis) atteignait à peine 13,000 âmes (dont 1,000 environ pour lAcadie), celle des colonies anglaises dépassait déjà les deux cent mille.

On eût pu suppléer sans doute à cette disproportion numérique, en entretenant dans nos colonies des forces Militaires considérables, mais la France, toujours absorhée par sa politique trop exclusivement continentale, nenvoyait en Amérique que de faibles détachements ; cest à peine si, à la fin du XVIl siècle, il se trouvait 900 soldats réguliers, tant au Canada qu'en Acadie 1,

1 Rameau.

La vraie force de la Nouvelle-France était dans les bras de ses enfants. Dans les conditions particulières où ils s'étaient trouvés transplantés, obligés de lutter à la fois contre la nature vierge et froide du Nord « contre les hommes, toujours exposés aux surprises aux agressions des sauvages, ces paysans de Ja N\ormandie, du Perche, de la Saintonge, devenu: trappeurs, bücherons, coureurs des bois, et grands chasseurs en toute saison, maniaient aussi bien le fusil que la charrue. Le vieux Ssang des Gaulois et des Scandinaves normands s'était réveillé en eux : tous ces colons étaient soldats-nés, et se baltaient aussi volontiers contre l'Anglais que contre le loup ou le duim de leurs forêts. S'ils eussent été appuvés des Iroquois, conne ils l’étaient de la plupart des autres tribus indiennes, ils eussent été invincibles. Tels quels, et malgré lintériorité de leur nombre, ils étaient pour les coloniesan olaises des voisins incommodes etdes ennemis redoutibles. On le vit bien au succès des campagnes suivantes

M. de Frontenac employa l'hiver de 1689-1690 à des négociations avec les froquois qui n'aboutirent pas et à des préparatifs de guerre contre les établissements la Nouvelle-Anglelerre. [1 divisa sa petite armée en lois corps; l'un, formé à Montréal et placé sous les ordres de MM. d’Ailleboust et Lemoine de NSanle- Hélène, comptait cent-quatorze Français et qualrevingt-treize Indiens ; un autre, levé à Québec et conimandé par M. de Portneuf, se composait de cinquante Français et d’une soixantaine de sauvages; le troisième. formé aux Trois-Rivières sous Hertel ne comptait en tout qu'une cinquantaine d'hommes, dont moitié de

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Le premier de ces corps avait pour objectif Orange aujourd’hui Albanv), duns la Nouvelle-York; mais l'entreprise de prendre cette ville était si audacieuse que les sauvages relusèrent de marcher, et l’on se rabatut sur le bourg voisin de Corlar (aujourd’hui Schenectadvy), dont lenceinte renfermait 80 maisons. Les habitants faisant mauvaise garde furent surpris pendant la nuit et massacrés sans pitié par les sauvaues, sous couleur de représailles de l'affaire de Lachine. Une soixantaine de personnes seulement, parmi lesquelles le commandant de la place, dont la femme avail autrefois généreusement traité des prisonniers français, purent obtenir grâce de leur vie; encore beaucoun de ces malheureux chassés de leurs maisons qui furent livrées aux flammes, périrent-ils de froid dans les bois avant d’avoir pu gagner Albany.

Pendant que ces faits se passaient, M. de Hertel conluisait sa troupe à travers les forêts du New-Hampshire, S'emparait d'un village de la côte, Salmon-Falls (prés de la ville actuelle de Portsmouth) et mettait en déroute, au passage d'un pont, un corps de deux cents Anglais envoyé pour couper sa retraite.

Le troisième corps, sous M. de Portneuf, pénétra dans le Maine et ,après trois mois de marche au cœur de l'hiver, rejoignit Naint-Castin et ses Abénakis, non loin de Falmouth, sur la baie de Cusco, à plus dé cent lieues de son point de départ. Les Anglais avaient construit en ces parages, à l'embouchure du Kennéber, un fort assez important entouré de quatre fortins. La sarnison comptait 70 hommes, pourvus de 8 canons. Portneuf et Saint-Castin attaquèrent résolüment ces

fortifications, et, le 20 mai, les Anglais furent obligés de capituler ; on enleva les canons et tout le butin; les lorts furent brülés et détruits, ainsi que toutes les maisons à deux lieues à la ronde, et les soldats ennemis laits prisonniers avec tous les habitants, y compris les femmes et les enfants.

Ces hardies excursions, suivies de ces succès su ulants, jetèrent à la fois l’effroi et la colère dans les colonies anglaises. Toute autre pensée fut subordonnée uu désir d’une éclatante vengeance. Faisant trève aux querelles de partis qui divisaient alors les colonies, on décida d'organiser une armée de trois mille hommes, tant Anglais qu'lroquois, placée sous le général Winthrop, et il fut convenu que cette ixmée marcherüil contre Montréal, par le lac Champlain, tandis qu'une flotte, sortie de Boston, pénétrerait dans le Saint-Lanrent et irait mettre le siège devant Québec.

L’escadre, composée de trente-cinq vaisseaux et portant deux mille hommes de troupe, fut placée sous les ordres dun homme nouveau, William Phipps, qu avait été charpentier avant d'être marin. Suivant ses instructions, elle s'arrêta d’abord devant les établissements français de Acadie. Phipps s’empara de Port- Royal, qui ne pouvait opposer une résistance sérieuse etemmena comme prisonniers le gouverneur, M. de Menneval, ainsi qu'une quarantaine de soldats et deux prêtres. Chédabouctou où commandait le lieutenant Montorgueil, lui offrit plus de résistance. Une poignée de Français réunie dans ce fort repoussa ses sommitions, résista à une attaque de vive force, et finalement obtint des conditions de reddition fort honorables. Mon-

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Ces expéditions partielles contre l’Acadie avaient retardé les mouvements de Phipps, si bien que l’aulomne était déjà commencé quand la flotte anglaise entra dans le fleuve Saint-Laurent où elle comptait opérer de concert avec les troupes du général Winthrop qui devait, d’après les calculs de Phipps, se trouver à ce moment devant Montréal.

Obligé de faire face, avec des troupes insuffisantes, à deux grands périls à la fois, M. de Frontenac avait d'abord couru au plus pressé. À la première nouvelle des mouvements de Winthrop, il avait rassemblé en hâte à la Prairie de la Madeleine les troupes, les milices canadiennes et quelques Indiens, en tout douze cents hommes, avec lesquels il était résolu à barrer le chemin aux Anglais venant de New-York. Mais ceux-ci Warrivèrent pas jusqu'à lui. Une épidémie de petite vérole qui exerça ses ravages dans l’armée de Winlhrop et fit périr en quelques jours plus de trois cents hommes, amena l’armée à se débander, (les Iroquois accusant les Anglais de les avoir empoisonnés,) et fit échouer l'expédition. Le P. Charlevoix imagine une autre explication de la retraite des Iroquois :

« Pour moi, dit-il, je suis persuadé que dans les motifs de cette retraite, il entra beaucoup de cette politique qui consiste en ce qu’ils ne veulent pas qu’aucune des deux nations européennes entre lesquelles leur pays est situé, prenne une trop grande supériorité sur l’autre , persuadés qu'ils en seroient bientôt les victimes. »

Sur ces entrefaites, et ne sachant encore à quo

attribuer le retard des ennemis qu'il attendait, M. de Frontenac recut avis des mouvements de la flot de Phipps; il se hâta d'accourir au secours de Qué: bec et de s’y enfermer avec tout ce qu'il put réunir d'hommes en état de porter les armes. Le 16 octobre 1690, un parlementaire envoyé par Phipps vint somme avec hauteur la ville de se rendre. M. de Frontenx annonça fièrement qu'il répondrait par la bouche 4 ses canons et, le parlementaire renvoyé, le feu s’ouvril de part et d'autre avec une égale vigueur. Le premier coup de canon des Français abattit le pavillon amiral que quelques Canadiens allèrent prendre à La nag sous le feu des vaisseaux. Le surlendemain T8 octobre les chaloupes anglaises débarquèrent quinze cents soldats, commandés pur Le major Whalley. M. de Fronlenac envoya contre eux un détachement de trois cents hommes pris dans les milices de Montréal et de Trot Rivières, auxquels s'étaient joints quelques volontaires de Beauport. Les Français embusqués en tirailleurs dans les rochers et les bois environnants dirigérent contre les troupes anglaises une fusillade bien nourrie qui leur fit éprouver des pertes cruelles, et les vais seaux de Phipps qui, dans le mème temps, s'approchaient de Ja ville pour la bombarder ne furent pas moins mallraités par le Ur des canons de Ex place que dirigeait Lemoine de Saint-Hélène. Les Anglais ne s'étaient pas attendus à une résistance aussi solide. Au bout de sept jours, la poudre et les provisions se faisant plus rares et le froid du Nord faisant sentir très vivement ses premières rigueurs, ils tinrent un conseil de guerre et décidèrent d'abandonner le siège. Les troupes de terre se rembarquèrent donc et dans leur hâte lais-

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«rent à terre leur artillerie: cinq canons avec leurs afûts, cent livres de poudre, et cinquante boulets. Les volontaires de Beaupré et de Beauport s’en saisirent et les défendirent contre plusieurs compagnies envoyées de la flotte pour les reprendre. Ces braves élaient de simples cultivateurs conduits par l'un d'eux, le sieur Garré, et à qui s'étaient joints quarante écoliers du séminaire de Naint-Joachim. Ces jeunes gens, tous accoutumés à manier le fusil, S'acquittèrent si bien de leur devoir que M. de Frontenac leur donna une des pièces de canons enlevées aux Anglais: une autre fut

remise au sieur Curré et à ses miliciens!. Phipps

avait perdu, dans celte campagne de huit jours, près de

x cents hommes, Dans son retour à Boston, sa flotte fat en outre mallraitée par les éléments; neuf de ses hitiments se perdirent avec leurs équipages.

On imagine aisément la joie que cette retraite causa i Québec et dans tout le Canada, L'écho s'en répercuta en France où Louis XTV fit frapper une médaille pour célébrer Pévènement. Coincidant avec la victoire navale de Bévéziers remportée par Tourville sur les flottes anglaise el hollandaise réunies dans la Manche (1690) el quiobligea l'Angleterre à concentrer toutes ses forces en Europe, la délivrance de Québec assurait la sécurité des possessions françaises en Amérique. Une attaque qu'un parti d’Anglais unis aux froquois lenta encore contre Montréal, l’année suivante, se termina par un combat dans la prairie de la Madeleine où l'avantage fut encore du côté des nôtres. À partir de ce moment le Canada proprement dit put respirer et pour longtemps.

Toutefois, l’état de guerre durant toujours entre les

{ Ferland. t. IT. p. 227,

deux métropoles, nos colonies passèrent bientôt de |: défensive à l'offensive. Peu de jours après la prise de Port-Royal d’Acadie par les Anglais, le sieur Perrot, lieutenant de M. de Menneval, aidé du commissaire de marine Desgouttins, s'était mis à la tête de quelques kommes pour attaquer la petite garnison que les Anglais avaient laissée dans la place et il avait réussi à les en expulser. Dix jours après cet exploit, arriva un mn. vire français, monté par M. de Villebon, successeur de M. dr Menneval; mais ayant constaté l’état de délabrenent du misérable fortin de Port-Royal, M. de Ville. bon se retira au fort de Jemsek, sur le fleuve St-Jean, avec les quelques soldats dont il pouvait disposer; les colons restèrent seuls dans leurs fermes éparses, préts à se réfugier dans les bois à la première alerte !. Ie nouveau gouverneur s'établit donc à Jemsek et, malgré l'extrême médiocrité de ses ressources, il parvint à faire subir d'assez grands donamages aux Anglais, en attirant vers son refuge, dans la rivière Saint-Jean, un certain nombre de corsaires qui firent la course sur les bâtiments dela Nouvelle-Angleterre. Nous connaissons les noms dé plusieurs d’entre-eux, tels que Robineau, de Nantes, François Guyon et Pierre Maisonnat, di Baptiste, le plus redoutable de tous; ces corsaires allaient de temps à autre se ravitailler à Port. D al el aux Mines, d’où ils rapportaient aussi des sà ‘il lebon, car autour de Jemsek, il n’y avait à viui dire, ni fermes ni bestiaux ; plusieurs fois mêmeilsrecrutèrent des hommes pour leurs équipages dans les familles acadiennes ?.

4 Rameau. — Ferland.

2 Ibid.

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