‹ Histoire du Canada et des Canadiens français de la découverte jusqu'à nos jours [microforme]Chapitre 23 sur 54 · AIS SAIS · texte numérisé non relu

AIS SAIS

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core. En vue de chasser les Français de l'ile, une es-

dre anglaise de cinq vaisseaux, sous l'amiral Williams, vint attaquer Plaisance vers la mi-septembre 1692. Le

|souverneur, M. de Brouillan, quoiqu'il n'eût qu'une sarnison de cinquante hommes, fit si bonne contennce qu'il resta le maitre de la place. La Fontan qui À «trouvait à Plaisance à ce moment et qui prit le com-

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Pemaquid, était venu d'Acadie pour concourir avec M. de Brouillan aux opéralions projetées contre les établissements anglais de Terre-Neuve. Pendant que Brouillan prenait la voie de mer, d'Iberville, avec ses Canadiens, suivait celle de terre ; on se réunit dans la haiede Toulle, d'où Pon marcha sur la ville anglaise, culbutant et dispersant tout ce qui s’opposait au pas- «ie, Deux des forts qui protégeaient la ville tombhérent in pouvoir des assaillants. [n'en restait plus qu'un loisièmeen mauvais état. Le souverneur anglais de Nunt-Jean, honnête et paisible marchand élu par les écheurs de la ville, menacé d'un assaut, se rendit à la condition qu'on transportàt lapopulation en Angleterre ou à Bonneviste, Les fortifications furent rasées et là tille réduite en cendres ?.

Après celle conquête, le gouverneur de Brouillan rlourna à Plaisance : mais d'Tberville continua les opé

! Voyages de La Hontan.t. 4er, p. 2%5, Edition de 1704, La Have. ? Garneau, 1, 4e, p. 345.

rationsen plein hiver, et, malgré les rigueurs de | saison, une campagne de deux mois, faite sur la neise raquettes aux pieds, par des chemins impraticables et par 125 hommes chargés de leurs armes, de leurs mu: nilionset de leur vivres, rendit la France maitresse de tousles postes et de tous les établissements de l'ile. Le fort de Bonneviste et l’île de Garbonnière: inabordable: en hiver restèrent seuls aux mains des Anglais. Deux cents Anglais tués et sept cents prisonniers, tel fut le hi. lan de cette hardie expédition.

D'Tberville se préparait à aller attaquer les deux derniers postes des Anglais lorsque, au mois de mai 1697, une escadre de cinq vaisseaux arriva de France sous les ordres de M. de Kerigny el vint mouiller à Phisance. Elle apportait à d'Iberville l’ordre de conduire une autre expédition dans la baie d'Hudson, où les Anglais avaient repris le fort Bourbon ou Nelson.

Obéissant à ces instructions, d’Iberville partit, le À juillet, de Terre-Neuve avec trois vaisseaux et un bhrigantin, et arriva, le 3 août, dans la baie d'Hudson. « Les glaces, raconte-t-il lui-même, poussées par les courants, nous poussérent si fort qu'elles écrasèrent le brigantin, sans qu’on püût sauver rien que l'équipage.» Les lrois vaisseaux furent bloqués par les glaces du 3 au 28 août, puis séparés les uns des autres; tous éprouvèrent des avaries considérables, La mer ét enfin devenue libre, d'Tberville, monté sur le Pélican. de 46 canons, prit la route du fort Nelson, et arriva en vue de ce fort le # septembre. Le 5, il aperçut trois

raisseaux anglais, un de52 canons et de 250 hommes d'équipage, et deux de 32 canons. Bien qu’il füt seul, ses deux vaisseaux ne l'ayant pas encore rejoil,

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d'Iberville se résolut à combattre, pour empêcher l’ennemi de secourir le fort, qu'il n'aurait pu reprendre s'il eût été ravitaillé par les vaisseaux anglais. A son approche, les Anglais lui crièrent qu’ils savaient bien qu'il était d’Iberville, qu’ils le tenaient enfin et qu'il fllait qu'il se rendit. Le chevalier commença le feu à neuf heures du matin; à midi, voyant que la partie était décidément inégale, il résolut d'en finir; il fit pointer tous ses canons à couler bas, aborda vergue à vergue le gros vaisseau anslais, et lui envoya sa bordée, qui le fit sombrer sur le champ. Puis ilse jeta sur le second vaisseau pour l'enlever à l’abordage ; celui-ci amena aussitôt son pavillon; d'Iberville le fit amariner par ses chaloupes et poursuivit le troisième vaisseau, qui avait pris le large etfilait toutes voiles dehors. Le Pélican, «crevé de sept coups de canons » et ayant eu deux de ses pompes brisées pendant le combat, ne pouvait épuiser l’eau qu’il faisait ; aussi laissa-t-il échapper le troisième vaisseau anglais. « Dieu merci, écrivait d'Iberville, dans le combat je n’ai eu personne de tué, seulement dix-sept blessés.» Le 7 septembre, une violente tempête ensloutit la prise de d’Tberville et jeta le Pélican à la côte, à 2 lieues du fort Nelson; mais, à ce moment, d'Iberville fut rejoint par ses deux autres vaisseaux. Le 43, il alla bombarder le fort, l’obligea à capituler le 14, et il repartit, le 24, avec 300 hommes malades du scorbut. Le 7 novembre, le chevalier était à Belle-Isle, en France, et le lendemain il rédigeait, pour le ministre de la marine, M. de Pontchartrain, le rapport auquel est emprunté le récit de ces combats !.

? Dussieux, Le Canada sous la domination française. p. 89.

Pendant que d'Iberville ramenait ainsi Terre-Neuve et la baie d'Hudson sous la domination exclusive de la France, M. de Frontenac s’occupait d'affermir cette domination dans les régions placées plus directement sous son commandement. Quoique la cour de Versailles eût donné l’ordre d'évacuer les € Pays d'en haut » (province actuelle d'Ontario) à cause de la difficulté de carder un territoire aussi immense, M. de Frontenx prit sur lui de désobéir à des instructions dont la conséquence eût été de livrer aux Anglais les grands lacs et Ja vallée du Mississipi. Il erut au contraire loceasion propice pour frapper un grand coup et humilier l'audace des lroquois. En juillet 1696, il dirigea contre eux une armée de plus de 2.000 hommes qu'il conduisit lui-même dansles plaines de Ia rivière Oswégo, nue des tributaires du lac Ontario. Les Troquois, selon leur coutume, se dérobérent devant la marche de armée el il fallut se contenter de brûler leurs forts et de dévaster leur pays ; après quoi M. de Frontenac reprit là route de Montréal, ayant par cette démonstration militaire jeté, pour un temps au moins, la lerreur au sein des cantons Troquois.

Un plus grand projet allait maintenant solliciter son activité. Le ministre de la marine, M. de Pontchartrain s'était rallié à l’idée d’une grande expédition par mer et par terre en vue de s'emparer de toute la Nouvelle Angleterre. Le marquis de Nesmond, officier de grande réputation, fut mis, dans ce but, à la tête d’une escadre qui ne comptait pas moins de 10 vaisseaux, outre quelques brülots, M. de Frontenac devait joindre celte flotte avec quinze cents hommes à Pentagoët et S\ embarquer pour aller détruire Boston et New-Vork.

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«Ce futlà, suivant la remarque de l'historien Hutchin-

son, un des moments les plus critiques pour les colouies anglaises.» Heureusement pour elles, cette entreprise, conçue sur un plan des plus hardis, manqua haute de diligence et peut-être mème faute dargent, cu la guerre en Europe dévorait tous les jours le plus chair des finances du royaume. Le marquis de Nesmond ne put partir de La Rochelle qu'à la fin de mai 1697, et par l'effet des vents contraires, 11 mit deux mois pour atteindre Terre-Neuve. Là, il fut décidé que Fa saison était trop avancée pour poursuivre sur Boston, attendu que les troupes du Canada ne pouvaient irriver à Pentasoël que Le 10 septembre et que la flotte n'uvit plus que pour cinquante Jours de vivres. M. de Frontenae lut avisé de cet abandon des opérations, et M. de Nesimond, qui S'étul promis une campagne glorieuse, fut obligé de retourner en France sans avoir iré un seul coup de canon.

La paix de Rvswich signée sur ces entrelaites (1697) coupa courtau projet de reprendre cette expédition. Celle paix, suivant des guerres généralement glorieuses pour nos armes, — où Luxembourg, Catinat, Boullers, Vendôme, Tourville, Duguav-Trouin, s'acquirent un renom immortel, — assura à la France tous les terriboires d'Amérique que lui avaient reconnus les traités précédents ; les Anglais renoncérent en outre à toutes leurs prétentions sur la baie d'Hudson. On fixa la limite

entre la Nouvelle-Angleterre et l'Acadie, à la rivière

Saint-Georges, On laissa seulement les limites indécises | ducôté des Froquois, parce que ces sauvages protestérent de leur indépendance et qu'on ne voulut, ni de part

ni d'autre, s'en faire des ennemis irréconciliables.

M. de Frontenac ne survécut que de peu de temps à ce traité. 11 mourut le 28 novembre 1698. «IE étoit dans sa soixante-dix-huitième année ; mais, dans un corp aussi sain qu’il est possible de lavoir à cet âge, il conservoit toute la fermeté et toute lu vivacité d'esprit de ses plus belles années. Il mourut comme il avoit vécu chéri de plusieurs, estimé de tous, et avec la gloire d'avoir, sans presque aucun secours de France, soutenu et augmenté même une colonie ouverte et attaquée de toutes parts, et qu’il avoit trouvée sur le pen: chant de sa ruine !. » L'histoire peut d'autant mieux enregistrer et confirmer cet éloge, qu’il vient d’un de ces pères Jésuites que M. de Frontenac n’aima guère, et qui le lui rendirent bien.

1 P, Charlevoix, Hist. de La Nouvelle France, t. 11, p. 237.

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