‹ Histoire du Canada et des Canadiens français de la découverte jusqu'à nos jours [microforme]Chapitre 24 sur 54 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Du traité de Ryswick au traité d'Utrecht (1698-1713)

Par la mort du comte de Frontenac, le gouvernement “énéral de lx Nouvelle-France se trouva provisoirement dévolu à M. de Callières, gouverneur de Montréal, mais bientôt ce provisoire devint définitif, la cour

de Versailles ayant eu la sagesse de confirmer cette } nomination, au lieu d'envoyer là, comme on pouvait le | craindre, quelque gentilhomme de plus haute marque,

mais qui aurait élé complètement étranger aux affaires

à de la colonie. M. de Vaudreuil fut nommé à sa place L au gouvernement particulier de Montréal.

Le nouveau gouverneur général, — «homme de vues

à droites et désintéressées, dit Charlevoix, et qui, sans

«voir le brillant de son prédécesseur, en avoit lout le solide, » — se montra tout d'abord préoccupé d’'assu- L rer au Canada les bienfaits d'une paix durable avec ses } sauvages voisins, et il manœuvra avec assez d'adresse | pour amener les Iroquois à la demander. Grâce à l’intervention d’un chef huron nommé Kondiaronk, ou le E Rat, qui, par la supériorité de son intelligence, avait

acquis une influence considérable sur toutes Les tribus indiennes du pays, ses eflorts furent couronnés (| SUCCÈS,

Les Iroquois élient nos ennemis militiures, si loi peut ainsi dire, mais au lond ils préléraient notre amilié à celle des Anglais. S'ils se souvenaient toujours que Chanplun avait combattu contre eux avec le Hurons, 1ls estimuient dans les Françuis cette soudaineté de résolution, cette vivacité d'action, ce quelqu choïe dindéfinissable qui, dans Pancien comme dan le nouveau monde, fait que nous avons des ennemi ardents, mais non irréconciliables. Les Anglais ne pré. sentent niees qualités, niles défauts de ces quadités aussi les nations sauvages comme les nations civilisées ont-elles été quelquelois leurs alliées, jaunais leur unies.

Quoi qu'il en soit, dix-neuf députés des « cn nations » se rendirent à Montréal el signèrent, | 8 septembre 1700, les préliminaires d'un traité de pai qui fut définitivement ratifié, le # août de Pannée sut vante, par les délégués de toutes les tribus. Pour lais ser, dans l'esprit de ces enfants de la forêt, une impres sion plus profonde au sujet de engagement quil venaient de prendre d’enterrer pour toujours fa harh de combat, M. de Callières voulut donner à ce ui de paix une grande solennité.

« On choisit pour cela, raconte Charlevoix, une crande plaine auprès de Montréal, on v fit une vaste enceinte, à l’un des bouts on ménagea une salle pour le: dames et pour tout le beau monde de la ville. Les sol dats furent placés tout autour, et treize cents sauvagts v furent rangés en très bel ordre, M, de Chiunpie

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d'intendant du Canadw, le chevalier de Vaudreuil etles principaux officiers environnoient le gouverneur “énéral, qui étoit placé de manière à pouvoir être vu et entendu de tous, et qui purla le premier. Il dit en peu de mots: « Que, comme la paix de l’année précédente n'avoit été signée que des Outaouais et des Hurons, il avoit voulu, cette fois, assembler les députés de toutes les nations, pour leur ôter solemnellement Ja hache des mains, et déclarer à {ous ceux qui le reconnaissoient pour leur père, qu'ils oubliassent tout le passé el remissent tous leurs intérêts entre ses mains; qu'il leur rendroil une exacte justice; qu'ils devoient être bien hs de la guerre qui ne leur avoit été d'aucun avantage, etque, quand ils auroient une fois goûté les douceurs de Rupiux, ils lui scuuroient un gré infini de tout ce qu'il venoil de faire pour lileur procurer. » Tous applaudirent avec de grandes acclamations, dont Pair retentit hien loin: ensuite on distribua des colliers à tous les chels, qui se levérent les uns après les autres, et, marchant gravement, revèlus de longues robes de peaux, présentèrent leurs esclaves au gouverneur général, avec des colliers dont ils lui expliquèrent le sens. Hs pirlérent lous avec beaucoup d'esprit, el quelques-uns mème ivec plus de politesse qu'on n’en attendoit d'orateurs sauvages... Le général leur dit à son tour des choses fort sracieuses, et, à mesure qu'on lui présenta des captifs, il les remit entre les mains des députés iroquois. L'orateur des cantons, qui n’avoit point encore parlé, ne dit que deux mots dont le sens étoit: que toutes les nations connaîtroient bientôt combien elles avoient eu lort d'entrer en défiance contr'eux; qu'ils convain-

croient les plus incrédules de leur fidélité, de leu

sincérité et de leur respect pour leur père commun On apporta ensuite le traité de paix, qui fut signé de trente-huit députés; puis le grand calumet de paix M. de Callières y fuma le premier ; M. de Champigny \ fuma aprés lui; ensuite M. de Vaudreuil, et tous les chefs et les députés, chacun à leur tour. Après quoi on chanta le Te Deum. Enfin parurent de grandes chaudières, où l'on avoit fait bouillir trois bœuls On servit chacun à sa place, et tout se passa gayernent, IL y eut à la fin plusieurs décharges de boëûtes el de canons, et le soir illuminations et feux de joye. » Kondiar'onk, qui avait contribué plus qu'aucun autre à ce grand événement, mourut deux jours avant li signature de cette paix. CSa mort causa une affliction générale, et il n'y eut personne, ni parmi les Francois ui parmi Les sauvages, qui n'en donnät des marques sensibles. Son corps fut quelque lemps exposé en habit d'officier, ses armes à côté, parce qu'il avoit dis nos troupes le rang et li pave de capitaine, On ln fit des funérailles magnifiques. M, de KSaint-Ours, premier capitaine, marchoit d’abord à la tête de 60 soldats sous les armes. Suivoient, marchant quatre à quatre, seize guerriers hurons, vêtus de longues robes de castor, le visage peint en noir, el le fusil sons le bras. Le clergé venoit aprés, el six chefs de guerre portoient le cercueil, qui étoit couvert d’un poële sem de fleurs, sur lequel il v avoit un chapeau avec tn plumet, un hausse-col et une épée. Les frères et les enfants du défunt étoient derrière, accompagnés (de tous les chefs des nations et le gouverneur de la ville. M: de Vaudreuil, qui menoit Madame de Champigu,

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fermoit la marche, À la fin du service, il y eut deux décharges de mousquets, et une troisième après que le corps eut été mis en terre. Il fut enterré dans la srande église et on grava sur la tombe cette inscription : Cy-gil le Rat, chef huron. Une heure après les obsèques, le sieur Joncaire mena les Iroquois de lu montagne complimenter les Hurons, auxquels ils présentérent un soleil et un calice de porcelaine; ils les exhortérent à conserver l'esprit et à suivre toujours les vues de l’homme célèbre que leur nation venoit de perdre, à demeurer toujours unis avec eux, et à ne se départir jamais de lobéissance qu'ils devoient à leur commun pére Ononthio. Les Hurons le promirent el depuis ce temps-là, on n'a point eu de sujet de se plaindre d'eux! »

Ainsi se trouvait atteint le but si longtemps et si vainement poursuivi par là politique française dans l'Amérique du Nord. Toutes les tribus indiennes du voisinaye de nos possessions étaient réconciliées entre elles etse réclumaientdenotre amitié et de notre proteclion, Les lr'oquois, en particulier, s'engageuient à rester neutres en cas de guerres nouvelles entre la France et l'Angleterre. Ce traité, connu sous le nom de « traité de Montréal », vint d'autant plus à point que la guerre, comme nous le verrons, ne tarda pas à recommencer entre la France et la Grande-Bretagne, et que la Nouvelle-France, dans sa lutte inégale contre les colonies inglaises, se vit à peu près abandonnée à ses seules ressources. Comment eût-elle pu soutenir l'effort de ses adversaires, si ceux-ci avaient pu compter, comme par le passé, sur l'alliance active des tribus iroquoises ?

{ P, Charlevoix, Op. cit., t, IT, pages 278 et suiv.

Le trop court intervalle de paix dont l'Amérique jouissait au moment où nous sommes parvenus, ful His à profit pour un essai de coloniser la Louisiane qui, depuis la malheureuse expédition de Cavelier de fa Salle, et tant qu'avait duré lu guerre de la Ligue d'Augsbours, avait été absolument négligée pu la France, C'est encore à Lemoine d'Iberville que fut due la reprise des elorts en vue d'asseoir la suprématie de Ja France sur loute la vallée du Mississipi. À son retour de la haie d'Hudson en 1697, il proposa au ministère de reprendre les projets formés sur la Louisiane: M. de Pontchartrain agréa ses offres et fit armer pour lui deux vaisseaux à Rochelort. Après une escale à Naint-Domingue, d’Iberville vint mouiller, au mois de janvier 1699, en vue des côtes de Floride où les Espagnols s'éaient élablis et avaient fondé le poste de Pensacola. | reconnut la baie de la Mobile, l’île Dauphine et entra eutin, le 2 mars, dunsle Mississipi, dont embouchure perdue au milieu de terres basses, couvertes de roseaux, uvait jusqu'alors échappé à tous les navinitleurs.

D'Iberville revint en France el fut nommé gouverneur général de li Louisiane. Ilrepartit aussitôt, pri de nouveau possession du pays au nom de la Francc (1700), el fit construire, dans la baie de Biloxi, eulre le Mississipi et lu rivière Mobile, un fort destiné à proléger la nouvelle colonie. ne vingtaine de Francais canadiens, venus par terre des Illinois, furent établis dans ces lieux avec quelques autres de leurs compatriotes qui avaient suivi d’Iberville. Le site choisi nétait pas précisément favorable à l'établissement d'une colonie agricole, car Le elimat v est brülant et Le sol su-

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blonneux, mais d'Iberville avait été surtout préoccupé de maintenir ses communications par mer avec l'Europe etles îles francaises. Il projetait d'ailleurs de fonder d’autres établissements à Mobile, dans l'ile Dauphine, et dans le pays des Natchez, sur les bords du

Mississipi. Mais pour cela, il lui eût fallu plus de colons que la métropole ne lui en envovait, ear comment fonder des colonies sans colons” La pire disette pour

un pays, a écrit 4. Rousseau, estla disette d'hommes. Si cela est vrai partout, combien plus cette disette estelle fatale à un pays qui veut se fonder!

Une occasion se présenta pourtant de parer à cette fatale pénurie, et quelle folie de l'avoir laissé perdre!

La révocation de l’édit de Nantes et les persécutions qui l'accompagnérent avaient jeté sur les plages d'Amérique une l'oule de protestants qui n'avaient pas voulu renier leur foi en l'Évangile du Christ, el qui s'étaient résignés, pour sauvegarder les droits de lenrconseience, rompre les liens les plus chers, La première apparilion des Huguenots dns la Nouvelle-Angleterre parail remonter 1662. On trouve, en effet, à cette date, dans les archives du Massachussets, un acte de la Cour générale qui accorde à Jean Touton, médecin de La Rochelle et à plusieurs autres Huguenots obligés de fuir leur pays pour cause de religion, Pautorisation de s'élaiblir dans la contrée. !

«En 1662, nous apprend M, de Richemond, archiviste à La Rochelle, les autorités françaises s'avisérent d'imputer à erime à plusieurs armateurs rochelois d'avoir recu des émigrants à bord de leurs navires et de les avoir conduits dans un pays qui relevait de la Grande-Bretagne. Ils furent condamnés à dix livres d'amende envers le Roi et à neuf cents livres d'aumônes, dont la sentence ap-

D'autres émigrants de même origine vinrent plus tard rejoindre leurs devanciers, et un autre acte de la Cour générale, de 1682 ou 1686, leur accorde onze mille acres de terre dans la partie du pays qui est devenue le comté de Worcester. C'est de leurs rangs que sont sortis Joseph Dudley et Guillaume Stoughton qui devinrent l’un gouverneur et l'autre lieutenant-gouverneur de la Nouvelle-Angleterre. !.

Mais le plus fort courant de l'émigration protestante en Amérique se porta plus au sud, vers le Maryland, la Virginie et la Caroline, ?. En 167:, l'Assemblée générale de la Virginie vota une loi qui accordait la naturalisation avec le libre exercice du cu'te réformé, à des protestants de France qui venaient larriver dans le pays. On paraissait attacher beaucoup de prix à les retenir, et à en attirer d’autres. Des collectes furent futes dans ce but, en Anglerre, et le Parlement accord de larges allocations pour favoriser l'établissement des Huguenots dans les diverses possessions anglaises, Ce

pliqua 500 aux six maisons que les moines mendiants possédaient à La Rochelle, 300 à l'entretien de la chapelle du palais et 100 au pain des prisonniers. L'un de ces armateurs, nommé Brunet, fut condamné à représenter, dans l’espace d’un an, 96 jeunes gens, dont on lui reprochait d'avoir favorisé l'évasion, où à fournir un certificat valable de leur décès, à peine de mille livres d'amende et de punition exemplaire, On peut croire que ces exilés volontaires s’établirent dans le Massachussets, dont la capitale Boston possédait, dès cette époque, des établissements formés par des Hugrenots, »

1 Carlier. Histoire du peuple américain.

2 La Nouvelle York en reçut aussi un assez grand rombre, On trouve dans les registres de l'Eglise francaise de New-York, plusieurs noms Rochelais et Saintongeais. A seize milles de New-York, sur la rivière de l'Est, des réfugiés rochelais fondèrent une ville en: tiérement francaise qui recut le nom de New-Rochelle,

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