‹ Histoire du Canada et des Canadiens français de la découverte jusqu'à nos jours [microforme]Chapitre 32 sur 54 · SE CON · texte numérisé non relu

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Ces odieux désordres n'eussent pas été possibles si

l'attention de Fa France eûtété un peu plus portée du

coté du Canada, Mais la belle victoire navale du maurquis de x Galissonnière devant Minorque, Pescalade la prise de Mac-Mahon par les troupes du maréchal de Richelieu, étaient des faits d'armes qui rejetaient dns l'ombre les combats lointains du Canada. Le nd intérèt était surtout aux faits et gestes de ce Frédévie [avec qui, bien que notre ennemi, svmpathisient plus d'un « philosophe » et plus d’un courtiseun. “Tous les chasseurs, écrivait Voltaire de son ton léger ldégagé, s'assemblent pour faire une Saint-Hubert à ss dépens. Français, Suédois, Russes, se mèlent aux Autrichiens; quand on à tant d'ennemis, et tant d'ef-

urts à soutenir, on ne peut succomber qu'avec gloire,

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C'est une nouveauté dans l’histoire que les plus gran. des puissances de l'Europe aient été obligées de « liguer contre un marquis de Brandebourg!. »

L'intérêt, à la cour, comme à la ville, était donc an péripéties de cette « chasse »; on se passionnail pour cela. EL quant au Canada, valait-il la peine qu'on s'en occupat? Voltaire proposait, sans tant d’aflaires, de le « vendre aux Anglais » qui lau:zient acheté volontiers il le tenait lui-même de la bouche de M. Pitt. Pour ke surplus, il formulait ainsi sa philosophie... patriolique. € On plaint ce pauvre genre humain qui s’'égorge dans notre continent à propos de quelques arpents de qluc au Canada? »

Le nfinistère n'était guère éloigné de partager cell indifférence coupable. Lorsque M. de Vaudreuil, en vue de la campagne de 1757, demanda des soldats «1 des vivres au cabinet de Versailles, il le trouva effrai des dépenses que l’on faisail pour cette colonie, lou occupé de ses armées d'Allemaune et peu disposé à euvoyer les secours nécessaires en Amérique. Le trans port des troupes à quinze cents lieues était, disait-on, Lrès onéreux; il fallait de nombreux bäliments: on était obligé de disputer le passage aux Anglais; il fallait une

guerre maritime pour conserver la Nouvelle-France e! }

le gouvernement s'était prononcé pour la guerre conli

nentale#, Bref, tout ce que M. de Vaudreuil put obtenir

fut un secours de 1,500 hommes.

1 Lettre à M. de Cideville.

2 Lettre à M. de Moncrit du 27 murs 1797.

5 Dussieux, p, 199.

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La guerre d'Amérique, au contraire, élait populkure en Angleterre; on y devinait les résultats qu'elle devait produire et qui sont si évidents aujourd'hui. Pit, devenu ministre, et résolu à ne pas lisser échapper une occasion si avantageuse pour les intérêts briknniques, fit d'immenses préparatifs: de formidables escadres couvrirent les mers, transportèrent 10,000 soldats en Amérique et se préparérent à couper ltoute communication entre la France et le Canada. Nos soldats allaient avoir bientôt à combattre un contre quinze et sans espoir de recevoir de secours de li mèrepatrie !

Comme premier acte des opérations projelées sur mer et sur terre, une flotte anglaise de plus de vingt vaisseaux, avec une nombreuse armée de débarquement, se dirigea contre Louisbourg que le traité d'Aïxh-Chapelle avait, Fon s'en souvient, rendu à Ha France, Mais arrivé à Halifax, Pamiral anglais apprit que trois escadres françaises avaient gagné Louisboure avant lui et que leur réunion dounait à M. Dubois de hi Mothe des forces égales à celles qu’il commandait. 1] renonça en conséquence à son projet d'assiéger Louisbourg, mais quelque temps après, ayant reçu de nouveaux renforts, il chercha à provoquer lamiral fran- “is au combat, M. Dubois de la Mothe, enfermé dans le port de Louisbourg, ne répondit pas à cet appel, l'uce qu'en ce moment une cruelle épidémie décimail ses équipages. La tempôète, cette fois encore, nous stcourut. Dans la nuit du 24% au 25 septembre (1757) un

E lerrible coup de vent dispersa l’escadre anglaise, jeta à

et

210 HISTOIRE DU GANADA

la cote et brisa un vaisseau, en démata douze tres obligea les Anglais à jeter la plus grande partie de ler artillerie à la mer. Ni le vent m'avait changé, toute | Motte anglaise se fût brisée contre les rochers de li

Rovale.

Pendant ce temps, M. de Montealm conduisit tn armée de 7,600 hommes, dont 3,000 réguliers, à Patte que du fort William-Henrv, situé à lextrémité mr. dionale du lac Georges (ou lac du Saint-Sacremenb qu n'est lui-même qu'une sorte de prolongement du li Champlain. Le colonel Munro, gouverneur de ce fort (Cooper en à fait le héres d'un de ses romans 1), quoi: qu'il n'eût que des forces intérieures, se délendit ave vigueur et prolongea Lant qu'il put la défense por donner au général Webb le temps de le secourir. Mai Webb ayant fait réponse qu'il ne pouvait Iui lourn ce secours, les Anglais se décidèrent à capituler.. Get

capitulation mettait entre nos mains 2,296 prisonniers #3 bouches à feu, de la poudre, des projectiles et des vivres en quantité. L'impossibilité de nourrir tous ces prisonniers décida M. de Montcalm à les renvoyer. sous promesse de ne pas servir contre la France per dant dix-huit mois. Malheureusement la retraite de ce troupes fut marquée par une tentative de massacre (lt fait de nos sauvages, à qui les Anglais avaient com l’imprudence de distribuer de « l’eau de feu ». Feu more Cooper a fait, dans son Dernier des Mohicans, ti peinture horrible de ce qu'il appelle « le massacre 1

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Willium-Henry. » parle de 1,500 Anglais massucrés. La vérité est qu'il v eut une vingtaine d'hommes tués, dont un au moins du côté de nos Français qui s'interposérent, à l'exemple de M. de Montcalm, pour arrucher les Anglais à Ja fureur des sauvages !.

IL est certain que nous avions, en Lt personne de ces «uviges, de compromettants alliés, dont l'indiscipline lit, plus d’une fois, avorter les plans de nos généraux. Dans cette occasion même, si leurs bandes ne s'étaient ras dispersées après la victoire et si Montcalm eût pu les sarder dans le rang, c'en eût été fait sans doute de la Nouvelle-York qu’il eût pu, poursuivant sa course, conquérir avant la fin de la saison. Mais, outre les sauvages, il fallut encore renvoyer chez eux les mili-

ciens pour faire Fi moisson et sauver ce qui restut de”

h récolle que des pluies continuelles avaient en sraude partie détruite.

L'hiver de 1797 à 1798 l'ul exu'èmement rigoureux et ajout encore aux souffrances de la colonie. Par Peftet de fumauvaise récolte de Pannée, la disette était devenue famine. M. de Montcalm écrivait le 18 septembre (1757) : & Manque de vivres, le peuple est réduit à un quarteron de pain. Peu de poudre; point de souliers...» Le 26 février suivant, M. Doreil écrivait à son tour : «Le peuple périt de misère. Les Acadiens réfugiés ne mangent, depuis quatre mois, que du cheval ou de la merluche (morue sèche) sans pain; il en est déjà

{ Malgré notre bonne-foi évidente et l'honorable conduite que le Marquis de Montcalm avait tenue dans cette affuire, les Anglais, lisant sonner fort haut ee qu'ils appelaient notre infraction, relusérent de tenir les conditions de la capitulation.

mort plus de trois cents... Le peuple canadien à un quart de livre de pain par jour; le soldat une demilivre. » Après Le Ter avril, la famine augmentant, on ne donna plus au peuple que deux onces de pain. En mai il n’y avait presque plus de pain ni de viande; la livre de bœuf se vendait 25 sous; autant la livre de farine: « et cependant, dit M. Doreil, ils prennent leur nul en patience. »

Pendant ce temps, au rapport du mème Doreil, on passait joyeusement le carnaval chez l'intendant Bigot. € On y jouait un jeu à faire trembler les plus déterminés joueurs, au quinze, au passe-dix, au trente-elquarante. Heureusement, pour ceux de nos officiers qui ont joué, que M. Bigot, qui est en état de perdre, « bien fait les honneurs de cette partie : 1 lui en coûte environ deux cent mille livres. »

Que dire de ce contraste entre la licence st ellrénée d’indignes administrateurs et le courage, li patience dont témoignaient, au milieu de ces cruelles épreuves, les braves habitants du Canada” Is ne s'indignient mème pas des exactions dont ils étaient les victimes : « Le roi peut prendre tout ce que nous avons, répondaient-ils, pourvu que le Canada soit sauvé!. »

Voilà les sentiments que ces humbles et vaillants fils de la France nourrissaient sur ces « quelques aurpents de glace » dont Voltare voulait traiter le marché avec Pitt! Arpents de glace! La plume tombe des mains.

L'armée du Canada se composait au mois de mai 1758, à l'ouverture de la campagne, de 5,780 soldats.

1 Diulogues des morts, de Johnstone.

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Pour écraser celte poignée d'hommes, Pit donna au “énéral Abercrombv, qu'il envoyuit en Amérique, 000 soldats et 28,000 miliciens, et fit organiser un corps de réserve de 30,000 miliciens!. Des troupes aussi nombreuses semblaient assurer la victoire à l'Angleterre ; aussi lord Chesterfield écrivait-il à son lils, le 8 février : « ILest très certain que nous sommes assez forts en Amérique pour manger les Français lout vifs au Canada, à Québec et à Louisbourg. »

De son côté, M. de Montcalm, sans se faire d'illusion sur l'issue de la lutte, l'envisageuit avec une énergie farouche : € Nous combattrons, écrivait-il; nous nous ensevelirons, s'il le faut, sous les ruines de la colonie, »

Les généraux anglais préparèrent simultanément rois expéditions : la première contre Louisbourg; la conde contre Garillon; a troisième contre le fort Duquesne.

L'amiral Boscawen conduisit a première, Parti Faifax avec une flotte de 20 vaisseaux de ligne et le TS frégates, qui portait une armée de 15,000 hommes, arriva, le 2 juin, devant Louisbourg.

La garnison de cette place, sous les ordres de M. de Drucour, comptait 2,900 soldats, (sur lesquels 2,040 seulement étaient en état de combattre), 2,500 miliciens du Canada où de Pile Royale et 1,200 sauvages. ny avait dans le port que 5 vaisseaux, hors d'état de lutter contre la flotte de Boscawen. De plus, les fortifications de la place étaient en mauvais état et inachevées.

Dans ces conditions, l'issue de la lutte n'était que

lDussieux, — Ch, de Bonnechose, Montcalm ct le Canadu.

Lr'op facile à prévoir. Tout ce que put faire M. de Drucour, — secondé pur su femme qui se conduisit comme une nouvelle Jeanne Hachette, conduisant elle-méme les soldats au rempart et allumant la mèche des ca nons, — fut de retarder de deux mois la cupitulation fatale. La place se rendit le 26 juillet. M. de Drucour et la garnison furent faits prisonniers de guerre, etles habitants Uransportés en France.

La prise de Louisbourg et de l'ile du Cap-Breton acheva de donner aux Anglais, déjà maitres de Acadie et de Terre-Neuve, les clefs du Canada et la libre disposition de l'embouchure du Saint-Laurent, Aucun secours de France ne pouvait plus arriver au Canada sans avoir à passer sous le canon de leurs forts où sous le feu de leurs escadres.

Celle conquête causa une joie bruyante en Augleterre où, depuis quelques années, les généraux ni vaient pas accoutumé Georges I aux triomphes. Le réjouissances ne furent pas moins grandes dus li Nouvelle-Angleterre. Cependant Lx nouvelle, qui arrivi vers le mème temps, de la bataille de Carillon et del défaite complète du général Abercrombv pau notre Montcalm, vint mettre une sourdine à ces fanfares de

h'iomphe.

Cette journée de Carillon est cerbunement une des plus belles de nos fastes mi . Les Analais qui

marchaient sous Abercrom, à l'attaque de celte bicoque, (sise à l'emplacement de la ville actuelle de Ticondéroga), ne comptaient pas moins de 16,0 hommes, dont 7,000 de troupes de ligne. Montcaln Lévis et Bourlamaque n'avaient sous lt main, pour hi délendre, qu'un peu plus de #,000 hommes. Quelque

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retranchements faits de trones d'arbres couchés les uns sur les autres avaient été établis à la hâte par les Franais sur la colline en avant du fort, C'eût été 1 un faible rempart contre l'artillerie que l’armée anglaise lrainait à sa suite; mais Abercrombv, informé que le général français attendait un renfort de 3,000 hommes, avait brusqué l'attaque et laissé son artillerie en arrière : il comptait bien vaincre sans elle, étant donnée la supériorité écrasante du nombre de ses hommes.

Le général Montealm avait donné l'ordre de laisser avancer les ennemis jusqu'à vingt pas des retranchements. Cet ordre fut ponctuellement exécuté. Lorsque les Anglais, divisés en quatre grosses colonnes, dont les intervalles étaient encore garnis de troupes légères, furent à la distance indiquée, la mousqueterie aceueillit ces masses avec un feu aussi juste que bien nourri, qui jeta tout d'abord la perturbation dans les premiers rangs des assaillants. Forcés de reculer un instant, les Anglais revinrent à la charge, mais après avoir échangé une vive fusillade, ils furent encore forcés de redescendre la colline. Deux fois, trois fois, six fois, les Anglais s'opiniâtrérent dans cette attaque, tantôt faisant front à la ligne des Français, tantôt essayant de les tourner ou concentrant toutes leurs forces contre une des ailes de notre petite armée ; toujours ils échouérent et furent repoussés avec de grandes pertes. Les fragiles retranchements des Français prirent feu à diverses reprises dans le cours de l’action. Le général Montcalm était partout à Ia fois, s’exposant commele dernier des soldats et souteuant tout lemonde de sa présence et de ses ordres toujours donnés avec une vue claire et prompte des dangers présents et des nécessités de la situation. Ses

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lieutenants ne s’épargnaient pas plus que lui; M. de Bourlamaque fut dangereusement blessé à l'épaule: M. de Bougainville fut blessé aussi, et le chevalier de Lévis recut plusieurs balles dans ses habits. Les sol. dats, enthousiasmés par le courage de leurs chefs, <e battaient comme des lions, aux cris de : « Vivent le roi el notre général! » À la tombée de la nuit, Abercrombr se décida à cesser un combat qui lui avait coûté déji autant ou plus d'hommes que les Français n'en avaient dans leurs rangs (5,000 hommes, disent les relations françaises; les Anglais avouent la moitié; de notre côté, notre perte n'avait été que de 377 hommes tués ou blessés, dont 37 officiers). Les Anglais battirent done en retraite pendant la nuit, abandonnant dns leur faite une partie de leurs bagages et un grd nombre de leurs blessés, S'il avait eu plus de monde ou si ses troupes avaient été moins fatiguées, Monteahn aurait pu changer cette retraite en désastre ; mais il dut se contenter d'avoir arrêté l'invasion et protégé olorieusement sa première ligne de défense. Le «soir même de Ja victoire, il écrivait, du champ de bataille, à son ami M. Doreil : « L'armée, et trop pelite armée, du roi, vient de battre ses ennemis. Quell Journée pour la France! Si j'avois eu deux cents suvages pour servir de têle à un détachement de mille hommes d'élite dont j'aurois confié le commandement au chevalier de Lévis, it n’en seroit pas échappé beancoup dans leur fuite. Ah! quelles troupes, mon cher Doreil, que les nôtres! Je n'en ai jamais vu de pareilles. »

4 Cette lettre est reproduite tout an long dans le Mercure de France, janvier 1760, p. 211.

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Quelque joie que la victoire de Carillon eût provoquée dans tout le Canada, et quelque gloire qu'elle fit rejailir sur le front de Montcalm, celui-ci ne se faisait pas illusion sur l’avenir de cette guerre, et il ne pouvait cacher le découragement qui l’envahissait entre une idministration coloniale scandaleusement faible ou concussionnaire et le gouvernement de la métropole qui lui refusait tout secours. Il demanda comme une “race son rappel en France, mais ne put l'obtenir; il ne restait plus qu'à se préparer, comme il l'avait écrit, à ‘'ensevelir sous les ruines de la colonie.

Tout faisait présager, en effet, l'issue funeste de cette lutte si disproportionnée. 3,000 hommes, sous le colonel Bradsteet, vinrent attaquer le fort Frontenac où on n'avait pu mettre qu'une garnison de 70 hommes : celle-ci pouvait-elle faire autrement que de se rendre aprés deux jours de résistance (27 août)? De même, quand 6,000 Anglais, tant soldats que miliciens (ces derniers commandés par Washington) s'avancèrent contre le lort Duquesne, M. de Lignery qui le commandit, après avoir fait subir un échec assez rude à lavant-gurde de cette armée, — qui perdit en cette occasion 150 hommes, — devait-il, après cette victoire, et quand ilne pouvait plus disposer que de 300 hommes, entreprendre de résister à toute une armée”? I fit tout ve qui était indiqué en celte occurrence, il évacua le rt, le réduisit en cendres, envoya son artillerie par Ha belle-Rivière, au fort des Ilinois, et se recira lui-mûne, ivec sa garnison, au fort Machault. Le général Forbes donna le nom du ministre Pitt (Pittsburg) aux ruines

qu'il occupa après notre départ!

L Dussieux. p. 200,

248 HISTOIRE DU CANAPA

Les sauvages, vovant notre domination chanceler commencérent à quitter notre alliance et à passer aux Anglais. Doreil, en rendant compte au ministre de prise du fort Frontenae, lui disait : € Les sauvages ont frappé surnous : ils se sont emparés sur le lac Ont rio de trois canots qui descendaient chargés de pelleteries el en ont évorgé les équipages, triste avant-cou: reur de ce que nous avons à craindre de leur part! La: paix, la paix, Monseigneur; pardonnez-moi, je ne puis lrop me répéter à cel égard. »

Mais la France ne pouvait, à ce moment, — au lendemain de Rosbach, — pas plus dieter Ta paix que soutenir la guerre. <Elle semblait alors, dit Voltaire, plus épuisée d'hommes et d'argent dans son union avee PA triche qu'elle n'avait paru l'être dans deux cents anse ouerre contre elle. » Aux pressantes requêtes de sr. cours que lui adressait Montealm, le maréchal de Belle. Isle répondait qu'il ne devait compter sur aueun ren fort de troupes : € Outre qu'elles augmenteroient ki disette de vivres que vous n'avez que trop éprouvée jusqu'à présent, il seroit fort à craindre qu'elles ne fus sent interceptées par les Anglois dans le passage: el comme le Roi ne pourroit jamais vous envoyer des

secours proportionnés aux forces que les Anglais son en état de vous opposer, les efforts que lon ferait ir pour vous en procurer n'auroient autre effet que d'exeiler le ministère de Londres à en faire de plus considérables pour conserver la supériorité qu'il Ses acquise dans cette partie du continent, » 1 insistl cependant pour que le général fit l'impossible afin de conserver ç un pied, quelque médiocre qu'en Fût les

4 Précis du siècle de Louis XV. ch. 934.

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pce, dans Amérique septentrionale, car si nous la- ‘ions une fois perdue en entier, il seroit comme imposble de la ravoir, » Montealm répondit simplement

« Pose vous répondre d'un entier dévouement à sauver cette malheureuse colonie, où périr. »

Au printemps de 1759, tout était prêt, du côté des Anglais, pour conduire une campagne décisive contre le Canada. Le cabinet de Londres, résolu à tout tenter pour se rendre maitre de limmense vallée du Saint- Laurent, avait combiné, dans la campagne précédente, lois attaques à la fois : lune sur Québec, par une lotte puissante qui devait remonter le golfe et le lenve; Pautre, contre les forts Carillon et Saint-KFrédérie; la troisième, contre les forts français établis entre ls les Érié et Ontario, notamment contre le fort de Niauara, situé près des fameuses chutes de ce nom. Cette lriple attaque, soutenue par des lorces partout supérieures, etde beaucoup, à celles que nous pouvions leur opposer, devait presque fatalement réussir, ettout ce qu'on pouvait faire était d'en retarder ïe succès.

Au centre, notre principale défense contre le général Mnherst qui s'avançait à la tête de 12,000 hommes, dont 5,700 réguliers, était moins dans les troupes de Bourlamaque (qui disposait en tout de 2,300 hommes) que dans le souvenir des défaites précédentes des An- “his et, en particulier, dans le souvenir tout cuisant encore de Paffaire de Carillon. Aussi le général anglais ne s'avançait-il qu'avec les plus extrêmes précautions, een prenant soin, à chaque pas qu'il faisait, d'assurer a marche contre les surprises des Français, par de nouveaux forts où par des blockhaus. Quand il fut en-

fin (le 7 juillet) devant Carillon, les Français, réduit par leur petit nombre à concentrer leurs forces, «e re. pliérent en bon ordre sur le fort Frédéric (depui Crownpoint). Au milieu d'août, ils durent évacuer en. core cette position. Toutefois, M. de Bourlamaque réussit, en se fortifiant à lTe-aux-Noix, (à la pointe nor du lac Champlain), à fermer le chemin de Québec an général Ambherst, et à l'empêcher de seconder l'atla. que dirigée par mer contre cette ville.

Le fort de Niagara, très important par sa silualion qui commandait la navigation des laes et aussi par les travaux deretranchement qui y avaient été exécutés, soutint aussi, pendant plusieurs jours (du 7 an 9 quille) tout l'effort d’une importante armée et lei soutenu plus longtemps encore (quoiqu'on en flan: rivé à faire, dans les bastions ruinés, des embrasures avec des paquets de pelleteries et à bourrer les canons avec des chemises et des couvertures) si la petite armée de secours qu'on lui envoyait de Détroit, n'avait été, par la trahison de nos Indiens, entraînée dans une embuscade et écrasée par l'ennemi.

Mais l'attaque la plus redoutable, — et c'est pour celle-là que s'était réservé Montcalm, — était Pattaque par eau. En février 1759, une flotte, qui comptait plus de trois cents voiles, partait d'Angleterre sousles ordres des amiraux Saunders et Holmes, prenait à son bord, à Louisbourg (fin d'avril), le général Wolfe ave 8,000 soldats des meilleures troupes anglaises et les débarquait, le 26 juin, à l’île d'Orléans, en vue de Québec.

Montcalm, en réunissant ce qui lui restait de troupes de lignes, les milices canadiennes et les Indiens dé-

roués, à ordres.

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Le

\ latin,

ilyy, Hay dHorekin

QUÉBEC es Enviruns en 1759.

de camp de Beauport »,du nom du village qui en occupait à peu près le centre. On Pavait flanqué, de disne en distance, de redoutes

warnies de canons,

Epour protéger les endroits où les Anglais auraient pu

opérer leur descente.

Après avoir adressé aux défenseurs de Québec une

Mémoires de M. Joannès, major de Québec, sur la campagne de 1755,

sommation de se rendre aussi plate qu'impertinente, Wolfe, en ayant recu la réponse qu'il pouvait attendre, essaya d’abord, par diverses manœuvres, de faire sortir Montcalm de ses retranchements. Quand il vit qu'ilu parvenait pas, il débarqua une partie de ses troupes sur la pointe Lévis, en face de Québec, de lautre cit du Saint-Laurent. Les puissantes batteries qu'il établit: cet endroit bombardèrent la ville et brülèrent1,#00 mi. sons ; la basse ville fut presque complétement détruite par l'effet de cette canonnade. Montealm cependi restait immobile dans ses positions. Voyant qu'il le fil. lait enfin attaquer de front, Wolle, après avoir établ son camp au village de PAnge-Gardien, à gauche de la rivière de Montmorency, se hasarda enfin à lrnchir

le vavin profond où cette rivière est encaissée, Li 1 Juillet, illança ses troupes, soutenues par 50 grosses pièces d'artillerie et par les feux de trois vaissean (dont un de 7% canons), à Passaut de nos positions sm la gauche, tandis que le corps campé à la pointe Lévis passait dans des chaloupes pour les attaquer de front. Malgré le feu supérieur de Partillerie anglaise, ea nous n'avions que dix canons à opposer à leurs cent dixhuit pièces, les Français repoussèrent sur tous les points l'attaque de leurs adversaires. Une seule décharge di notre mousqueterie leur coûla, parait-il, 600 hommes Le soir, les Anglais renoncèrent à leur tentative, el en se retirant, mirent le feu aux deux frégates qu'ik avaient embossées près de la côte et qui se trouve échouées.

La victoire de Montmorency fut un moment salué par les nôtres comme devant marquer la fin de li campagne. Tout le mois d'août et le commencenei

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de septembre se passèrent, en ellet, de la part des Anglais en vaines démonstrations où tout se bornuit à quelques bâtiments incendiés el à quelques homimes surpris et tués tant du côté ennemi que du nôtre. L'hiver approchait qui allait obliger les vaisseaux anais à lu retraite, « Le 12 septembre, dit M. Bernier, chacun regardait fx campagne comme finie avec gloire pour nous. » Cependant Wolfe était résolu, avant d'abandonner la partie, à tenter un dernier ellort pour prendre la ville à revers. Grâce à sa flotte puissante, il restait Le maitre de la navigation du Saint-Laurentet pouvait débarquer ses t'oupes, à son gré, sur un point ou sur un autre.

M. de Montealm aviut délaché M. de Bougunville, avec une colonne de 3,000 hommes, pour observer les mouvements des Anglais. Pour lui donner le change sur son vrai projet, qui élait de débarquer à lanse du Foulon, à un quart de lieue en amont de Québec, Wolfe remonta le Saint-Laurent jusqu'au cup Rouge,

i rois lieues plus loin: et, dans là nuit du 12 septem-

bre, après avoir fatigué et déroulé les Français par de continuelles alertes, il redescendit Le fleuve et débarqua ses troupes à limproviste au pied des hauteurs d'Abraham qui touchent aux murs de Québec, et que leur escarpement même semblait protéger sulfisumment contre toute attaque. En S'aidant des buissons et des ronces, les Anglais gagnèrent le sommet de la «plate-forme », y surprirent une sentinelle qui n'eut que le temps de lâcher son coup de fusil; et, le lende- Man, au matin, Montcalm apprenait avec douleur que 2,000 Angluis se trouvaient au niveau de la haute ville de Québec, prèts à l'attaque des fortifications, qui n'a

vaient, dès lors, plus rien de redoutable, tandis qu leur: flotte, loujours à l'ancre dans le Saint-Laurent, ti. rit ses bordées d’urtillerie sur la ville.

La bataille rangée qu'il avait jusqu'alors évitée de propos délibéré, devenait pour Montealm le seul moven de sauver la ville. Son armée était alors fort réduite, une partie des Canadiens étant retournés aux chum après la victoire de Montmorency, pour faire lmois son, et les 3,000 hommes de M. de Bougainville n'avant pus encore rejoint le comp de Beauport. N'importe, el sans allendre (peut-être emporté par une ardeur lie live) le retour de ces troupes, M. de Montealm luc suus lurder les #,900 hommes qu'il avait sous | main contre Parmée angliuse qui s'était déjà formée eu bataille avec du canon. © Les troupes S'ébranle reut avec beaucoup de légèreté, suivies des Canadiens: iuis, aprés S'èlre approchés à portée de pistolet el avoir ul el essuyé trois où quatre décharges, fi droile pliu et entraina le reste de la ligne! ». M. de Montcalm, qui élit à cheval, courut pour arrêter c rallier ses U'oupes. € En avant!cria le héros, el uurdons le champ de bataille! » C'est à ce moment Qu'il tomba mortellement blessé d’une balle danses reins. 1 expira le lendemain. «© Au moins, je ne verrai pas, disait-il, les Anglais dans Québec. » De son côté, le général Wolle fut atteint d'un double coup de feu dont lun lui fracassa le poignet, et l'autre lui transperça la poitrine. Mais il eut le plaisir d'apprendre, avant de mourir, que la victoire restait à ses troupes *,

£ Relation du Major Jounnés.

2 Un monument à la mémoire des deux généraux (Wolfe et Mont

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Maluré leur victoire, les Anglais n'avaient pas torcé ls murs de Québec, et ville eût pu tenir longtemps “core contre leurs efforts, si lu résolution des chefset des habitants avait été à la hauteur de celle du général qu'ils venaient de perdre. Mais le chevalier de Lévis, à qui revenait Ja succession de Montealm, était malheureusement absent à ce moment, ayant été détaché pré- “édemment avec 800 hommes sur le lac Champlain. En apprenant la défaite et la mort de M. de Montcalm, il itdiligence pour revenir à Québec. Mais, avant son urivée, armée et le gouverneur, M. de Vaudreuil, «aient décidé d'évacuer Québec pour se retirer à Jacques-Curtier, et le commandant, M.de Punesay, qu'on avait laissé dans la ville, avec dix-sept cents miliciens lémoralisés, avait jugé à propos de capituler sans éme attendre une attaque en règle! JFfut stipulé que l garnison serait embarquée pour Et France, que les habitants conserveraient leurs biens, leur religion, et ne seraient point <transmigrés » comme les Acadiens. (8 septembre 1759.)

Si quelque those peut excuser Le parti que le dévourgement et la peur conseillèrent alors aux habitants de Québec et qui entrainèrent M. de Ramesay, c’est bien le tableau suivant, que trace M. Dussieux, de la détresse et de l’infortune où nos malheureux colons

‘aient alors parvenus : «€ Québec et ses environs

| cilm) à été élevé à Québec, en 1827. (Voir plus loin, à la description

de cette ville, à l’avant-dernier chapitre). Montcalm et Wolfe, ces deux adversaires si dignes l’un de l’autre, se trouvent ainsi l'aprtrochés dans la gloire comme ils le furent dans la mort,

! Les instructions de M, de Vaudreuil lui ordonnaient, il est vrai, ne pas attendre que l'ennemi lemportät d'assaut », mais “core eût-1l dù tenir jusque-là,

éluient particulièrement en proie & ke misère, à la ie mine, à Loutes les calumités; une partie de la ville bone bardée et brûlée: Loutes les habilations de Hi cam gne brülées, pillées; plus de pain, plus de besliaux: rien à manger; plus d'ubris; Les familles décimées pur la guerre et pur les maladies; partout des femines ei des enfants implorant la charité publique. L'évéquede Québec lui-même adressa, le 9 novembre, une leltr touchante au ministre de la marine, pour lui den: der «que l'on fit quelque chiuité aux pauvres Gun diens sans abris el sans ressources!. » Celle letlre n'eut d'uilleurs aucun effet,

On crut d'abord, en Europe, que liuprise de Québec aiut terminer Ht guerre d'Amérique. € Personne iumaginait, dit Raynal, qu'une poignée de Francais qui manquaient de tout, à qui fa fortune mème sen blauit interdire jusqu'à lespérunce, osassent songer: relurder une destinée inévitable, » Toute commune Lion avec la France élit interrompue, tout espoir di secours étut en même temps fermé. Toutefois, ce braves Canadiens, aussi Français de cœur que Sik eussent toujours vécu sur le sol de la vicille France. — peut-être plus, car l'éloignement développe d'ordi. naire lamour de la patrie, — ne s’abandonnéren point encore. Le chevalier de Lévis, rassemblant les débris de notre armée aux milices canadiennes qu partout et spontanément se levérent en masse, décid de tenir la campagne jusqu'au printemps suivant, esperant qu’à cette époque la France luienverrait les moyen de reconquérir le terrain perdu. M. de Vaudreuil se tor-

£ Dussieux. p. 226,

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lu à Jacques-Gartier, Les autres régiments de troupes coloniales laurent distribués duns les villages et à Montréal, où M. de Lévis établit son quartier-général, Cest là que se rendirent les troupes qui avaient honorablement cupitulé au fort de Niagara. Après la prise de Québec, la flotte anglaise s'était retirée, pour y passer l'hiver, à Louisbourg, laissant dans la capitale du Canada une garnison de 7 à 8,000 hommes sous Île «énéral Murray. L'hiver de 1759 à 1760 vit une multilude de petits combats. Québec, qu'on se proposuit d'attaquer au printemps suivant, fut harcelé, et la garnison anglaise se vit diminuée de plus de 1,500 hommes.

Cependant, M. de Lévis avait sous la main, à Montréal, environ 3,000 soldats et autant peut-être de Canadiens et de sauvages. Le 20 avril 1760, avant mème que lx débäcle des glaces fût achevée, cette armée pulriole « composée de soldats et de citoyens qui ne fuisaient qu'un corps el qui wavaient qu'une met», Sembarqua duns le Saint-Laurent en face de Montréul, après avoir fait glisser les bateaux à force de bras pour: les mettre à l’eau. « L'iumée se précipita dans le couant avec une ardeur inconcevable. Les Anglais la croyaient encore paisible dans ses quartiers d'hiver ; et déjà, toute débarquée, elle touchait à une garde avancée de 1,500 hommes qu'ils avaient placée à trois lieues de Québec?. » Un incident fortuit sauva ce détachement d'une surprise et d’une attaque où il eut été in-

hulliblement taillé en pièces. Prévenu à temps, le généil Murray sortit de Québec avec 4,000 hommes pour

{Traducteur anonyme du Voyage d'Isauc Weld.

2 Ibidem,

protéger la retraile de ce détachement et arrêter là marche des Français. Pour être sûr de ses derritres, le général anglais avait au préalable chassé loute là population de la ville, dans la crainte qu'elle ne se soulevat contre lui pendant qu'il serait aux prises avec nos troupes.

La bataille s’engageu, près de Sainte-Foy, sur ce mème plateau d'Abraham où Wolfe et Montcalm s'élaient rencontrés l’année précédente. L'affaire fut chaude et glorieuse pour les Français. À un moment, les troupes de notre aile gauche, obligées de se former en bataille sous le feu meurtrier de Partillerie «nyluise, semblaient hésiter, quand M. de Bourlamaque les rallia et les mena sans Lirer sur l'ennemi qu'elles culbutèrent à coups de baïonnette; alors M. de Lévis donna à la droite l’ordre d'attaquer. Les Anglais ne purent résister; ils furent enfoncés, obligés de se retirer dans Québec, et perdirent toute leur artillerie (21 canons, 2 obusiers) et environ 800 hommes, tués où blessés, presque tous à coups de baïonnette. La victoire nous avait coûté 700 hommes; tous nos grenudiers avaient été tués par la mitraille des Anglais et avaient payé de leur sang le dernier triomphe du drapeau francuis au Canada.

Aussitôt M. de Lévis assiégeu Québec. IE avait pris aux Anglais, dans la bataille du 28, une grande quantité d'outils avec lesquels on fit les tranchées; et, le 11 mai, les Français ouvrirent le feu contre la ville avec quelques mauvaises pièces de fer. Comme la poudre élait rare, nos artilleurs eurent ordre de ne tirer que vingt coups par pièce, par vingt-quatre heures, et, toul en canonnant la place, on attendit les secours qu'on

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espérait voir venir de France. « Une seule frégate urivée avant la flotte anglaise eût décidé la reddition de Québec et assuré la Nouvelle-France pour cette née !, »

Le 15 mai, vers le soir, assiégeants et assiégés apercurent quelques vaisseaux à l'horizon. Si c'était une lotte française, Québec revenait à la France; sinon, M. de Lévis était obligé de lever le siège. Aussi tout le monde, dit l'historien anglais Knox, tournait-il avec l plus grande anxiété les veux vers le bas du fleuve, d'où chacun espérait voir venir son salut. C'était l’avantrde de la flotte anglaise. « Nous restämes quelque lemps en suspens, n'ayant pas assez d'yeux pour lu regarder, dit Knox, et l’on ne peut exprimer lallé- «esse de la garnison, quand nous fûmes bien convain- “is que c’étaient des frégates anglaises. Officiers et soldats montèrent sur les remparts faisant lice aux Français, et poussèrent pendant plus d’une heure des hourras continuels en élevant leurs chapeaux en Pair. La ville, le camp ennemi, le port et les campagnes voises retentirent de nos cris et du roulement de nos

k cunons, Enfin, il est impossible de se faire une idée de

celle joie, si l’on n’a pas souflert les extrémités d’un siège el si l’on ne s’est pas vu avec de braves amis el de braves compatriotes voué à une mort certaine. » Un imagine aisément que Parrivée de Ha flotte an- ‘aise fut accueillie, de notre côté, avec des sentiments bien différents. M. de Lévis, la douleur au cœur, leva le siège de Québec, le 16 mai, et il se replia de poste ‘n poste sur Montréal avec 3,600 hommes. Le faible

! Lettre du chevalier de Lévis au ministre de la guerre, citée par \. Dussicux.

secours (6 batiments avec quelques troupes et des munitions) que notre ministre de la marine s'étut décidé envoyer au Canada, partit beaucoup trop luwd de Bordstux (12 avril); nos marins ne purent forcer la croisière que les Anglais avaient déjà établie à l'entrée du Saint-Laurent, et tout ce que purent faire ceux de ces bâtiments qui ne furent pas pris, fut de débarquer leurs troupes dans la baie des Chaleurs, à 300 lieues de Québec, où ils furent absolument inutiles !.

Il ne restait plus «espoir à la défense. Trois armées considérables, achevant d'exécuter le plan cosbiné l’année précédente, se dirigérent en même temps sur Montréal, resserrant leu cercle de fer autour de nos malheureuses troupes qui, peu nombreuses dès le début de Lx lutte, et fort diminuées par des combats iréquents, manquaient tout à la fois de munitions de guerre et de bouche. Des actes d'héroïsme marquéren! encore celte dernière phase de notre agonie. Ces ainsi que le capitaine Pouchot, enfermé dans le for! Lévis, urrêla seul, avec 200 soldats, pendant douze jours, les 12,000 Anglais du général Arnherst qui Passiégeaient, et ne se rendit qu'après que les remparts du fort eurent été détruits, toutes ses pièces mises hors de service, Lous ses officiers tués ou blessés.

Quand Montréal, bloqué pur cette formidable armée d’Amherst, décida de capituler, M. de Lévis,

repoussant les conditions de le capitulation, et poussant l’ardeur patriotique à ses dernières limites, pro-

posa de se renfermer dans l'ile de Sainte-Hélène pou

! Dussieux.

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tenir jusqu’au dernier homme ; il trouva ses soldats tout prêts à s’associer à cet holocauste volontaire de leur chef, 1 fallut l'ordre formel du marquis de Vaudreuil pour lui faire poser les armes. Le 8 septembre 1760, celui-ci, qui gardait jusqu'au bout, malgré son insuffisance, le titre de gouverneur du Canada, signa à Montréal la capitulation par laquelle il livrait le Canada tout entier à l'autorité britannique. Il stipulait seulement pour ses hahitants le libre exercice de leur relision, la conservation de leurs propriétés et de leurs lois.

Le gouverneur, l’interdant, les fonctionnaires de l'administration civileet militaire, M. de Lévis et 185 officiers, 2,400 soldats et artilleurs, et les habitants les plus marquants, quittérent la colonie pour rentrer en france,

L'année d’après (décembre 4761), un arrêt du Coneil d'Etat décidait l'ouverture d'une instruction contre «les auteurs des monopoles, abus, vexations et prévaricalions qui avaient été commis en Canada, »

Ce procès dura deux ans et se termina par la condamnation de Bigot et de neuf de ses complices. Bigot, pour son rorple, jeté à la Bastille, fut condamné ensuite au bannissement perpétuel du royaume, et ses biens lureut confisqués.

Le gouvernement de Louis XV, qui prétendait chàler (un peu tard) les dilapidations honteuses qu'il avait lissé commettre, commettait lui-même une véritable banqueroute en refusant de payer les lettres de change tirées par les Canadiens sur le Trésor, qui teur devait plusieurs millions!. C’est par cette iniquité criante

{ L'argent monnayé ayant toujours été rare au Canada, on avait pré À cette pénurie par ce qu'on appelait la « monnoie de carte »

que ce gouvernement indigne payait le dévouement de ces braves «qui avoient tout sacrifié, disait d'eux M. de Lévis, pour la conservation du Canada. » Ce désastre, joint à tout ce que la colonie avait souffert déjà, n'était. il pas fait pour desserrer le lien qui rattachait les Canadiens à la France et pour leur faire supporter plus patiemment le nouvel ordre de choses qu'allait consacrer le traité de Paris?

Ce traité, signé le 10 février 1763, vint mettre le

sceau de la consommation aux malheurs que la guerr de Sept-Ans avait déchainés sur la France, et particulièrement sur ses colonies. En même temps qu'elle cédait les Indes (sauf Pondichéry et quelques eomp-

toirs) et plusieurs Antilles à l'Angleterre, elle ahun nait à la même puissance cette Nouvelle-France où, depuis plus de deux siècles, son drapeau avait ét

ou de papier. (Sur cette monnaie de carte, voir un art. 1 M. Lareau dans la Revue de Montréal, année 1878). En 1717, pi arrêt du conseil royal, le cours de ces billets fut réduit à la moi de leur valeur nominale ; le gouvernement de la régence acquit ces billets ainsi réduits en promettant de les retirer de la cireulatior et de les remplacer par de la monnaie d'or et d'argent. En fait, se contenta de faire frapper, en 1821, des monnaies de cuivre à li marque : Colonies françaises, dont personne ne voulut pour le échanges, et la € monnaie de carte » revint en circulation : « Ligent de ce pays est différent de celui de France et craint extrémement l’eau et le feu, écrivait en 1734, l'abbé TJ, Navières : ce son! des cartes de différentes grandeurs sur lesquelles sont les armoiriss de France, les noms du gouverneur, de l'intendant et du contrôleur. Toutes les affaires se font avec cet argent de papier. » A la co: quête quatre millions et demi de livres sterling étaient encore entr les mains des habitants, et c’est ce papier que le Trésor relusii alors de rembourser, À la paix pourtanc, le gouvernement françus consentit à payer aux Canadiens trois millions en contrats ets cent mille louis en argent, (Sulte, — Kerland,)

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planté, où tant de vaillanee, tant d'abnégation, tant de lemmeté avaient été dépensés pour le maintenir et le rendre glorieux.

L'article 2 de ce néfaste traité portait ee qui suit:

« Le roi de France renonce à toutes les prétentions qu'il a formées ou pu former autrefois sur la Nouvelle- Ecosse où Acadie, en toutes ses parties, et la garantit loutentière, avec toutes ses dépendances, au roi de la Grande-Bretagne. De plus S. M. très chrétienne cède etgarantit à S. M. britannique, en toute propriété, le Canada avec toutes ses dépendances ainsi que Pile du Cap-Breton et toutes les autres îles dans le golfe et dans le fleuve Saint-Laurent, sans restrictions et sans qu'il soit libre de revenir, sous aueun prétexte, contre cette cession et garantie, ni de troubler la Grande-Bretagne ans les susdites possessions. »

De fout cet immense territoire qui s’étendaitdu banc de Terre-Neuve aux montagnes Bocheuses où méme à la Mer Vermeille comme on désignait alors POeéan Pacifique, la France ne garda rien, que deux petites les, voisines de Terre-Neuve, Saint-Pierre et Miquelon, avec un droit de pêche sur les côtes Est et

{Encore le traité stipulait-il l'interdiction pour la France de les lorifier, Mais le traité de paix conclu à Versailles en 1783, après la guerre de Findépendance des Etats-Unis, supprima cette clause restrictive, en sorte que la France recouvra la pleine propriété de ces deux ilots, avec le droit de les fortifier et d’y établir une force militure, Telle est encore la nature du droit exercé aujourd'hui par la France sur ces deux pêcheries qui, après avoir été prises deux fois parles Anglais en 1793 et en 1803, après la p'ax d'Amiens, sont définitivement rentrées sans la domination de lai ce en vertu du traité de Paris, du 30 mai 181%. Depuis 2 reprise de possession qui à eu leu seulement au commencement de 1816, les expéditions de pêche ont repris leur ancienne activité dans ces deux îles dont la popula-

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