‹ Histoire du Canada et des Canadiens sous la domination anglaise (volume 2)Chapitre 3 sur 15 · BOISTE · texte numérisé non relu

BOISTE

inconvénient, bien connu de tous ceux qui sont au fait de l'histoire du Canada, où il s'est élevé une grande compétition, ou rivalité, entre les Français, anciens habitans du pays, et les émigrés de la Grande-Bretagne et des anciennes colonies anglaises. Un des objets importants du bill est de faire cesser toute rivalité entre les habitans, sur les diverses questions de lois. L'intention est qu'il j ait une législature capable de donner satisfaction sur ces différents points ; et conséquemment le premier objet de ce bill est de pourvoir à la manière de constituer un conseil législatif et une chambre d'assemblée dans chacune des deux provinces. On propose que les conseillers soient nommés à vie. . . . La seconde clause du bill est que toutes les lois en force dans la province continuent à l'être, tant qu'elles n'auront pas été abrogées, ou amendées par les législatures locales," &c.

Le 21, il fut présenté une pétition de la part de M. Ltmbdrnee, demandant à être entendu par procureur (counsel), en faveur des pétitionnaires provinciaux de 1783, contre plusieurs des clauses du bill, et une autre, de la part de MM. Pnix, Ellice, et autres, demandant aussi à être entendus par leur avocat, contre certaines clauses particulières de ce bill. Ces pétitions furent reçues, la chambre se forma en comité sur le bill, et le 23, après la lecture du rapport, les pétitionnaires furent entendus. Ils insistèrent principalement, et exclusivement dans l'intérêt britannique, sur les prétendus " inconvéniens que les marchands et colons anglais devaient éprouver, si l'on mettait la législation entre les mains des Canadiens français, fortement attachés aux lois françaises, sous lesquelles, disaient-ils, on ne pouvait recouvrer les dettes, ni contracter en matière de propriétés foncières, sans beaucoup de difficulté." Ils

exprimaient, ou prétendaient exprimer les sentimens des Anglais du Canada, et donnaient par là à entendre, ou à conclure, que ces derniers avaient tendu un piégc aux Canadiens, en cherchant à se les associer, pour, avec leur aide, obtenir des avantages dont ils voulaient seuls profiter. Il faut remarquer pourtant qu'ils n'avaient pas réussi à en faire tomber un grand nombre dans le panneau.*

Le rapport fut de nouveau pris en considération, le 8 avril. Plusieurs des membres, entre autres, M. Hus- Sey et M. Fox, tfotivant dans le bilt des clauses d'une nature dangereuse ou censurable, demandèrent qu'il fût de nouveau référé. " Le biU," dit le dernier, en finissant son discours, " semble d'abord fondé sur des principes généraux de liberté, qui s'évanouissent, du moment que vous l'examinez en détail. Cette circonstance est d'autant plus dangereuse, que les babitans du Canada compareront sans cesse le système limité et aristocratique proposé dans le présent biU, avec la constitution populaire des Etats-Unis. Nous devons, si n,ous voulons conserver longtems le Canada, prendre garde de ne pas donner à cette province l'occasion de faire une comparaison désavantageuse entre le gouvernement que nous allons y établir et celui des états voisins. Donnons donc aux Canadiens une assemblée populaire, non en apparence, mais en réalité.

Le 1 1 mai, le bill fut discuté longuement, en comité général. La discussion roula principalement sur la division du Canada en deux provinces distinctes, et sur les lois des deux provinces. II. Edmond Bcrke y

* "Un fait qui n'est pas généralement connu, mais qui n'en est pas

moins réel, c'est que la masse de la population du Bas-Canada vit d'un mauvais œil, ou avec une parfaite indifférence, la constitution actuelle, lors de son introduction." — Gazette de Québec, janvier

dit, entre autres choses, que " la tentative de joindre ensemble des gens dont les lois, le langage et les mœurs étaient dissemblables, lui paraissait absurde; qu'enjoignant ensemble les vainqueurs et les vaincus, on occasionnerait des dissentions désagréables et des discussions mortifiantes ; que ce serait répandre les semences d'une

discorde fatale à l'établissement d'un nouveau gouver-

nementj la division lui paraissait donc convenable.

" La colonie supérieure, continua-t-il, est principalement habitée par des émigrés des ci-devant colonies, qui désirent la constitution anglaise : que les Canadiens français aient une constitution formée sur leurs principes, et les Anglais une constitution semblable à celle du pays de leur naissance ou de leur origine ; que les uns et les autres soient gouvernés comme des hommes ; qu'on n'adopte pas des théories vagues, mais qu'on se conforme aux circonstances du pays et aux préjugés naturels de ses habitans."

La discussion continua, le 12 et le 14: plusieurs des clauses furent amendées ; le oillhit lu pour la troisième fois et passé. Il fut porté à la chambre des lords, le 19, adopté par cette chambre, et sanctionné par le roi, à la fin du même mois.

Son Altesse royale, le prince Edouard, (depuis duc de Kent), quatrième fils du roi, arriva de Gibraltar à Québec, le 10 mai, avec le Terne régiment, dont il était colonel. Le 12, le prince reçut, au château Saint-Louis les complimens respectueux des officiers civils et militaires, du clergé et de la haute boui'geoisie. Lord Dorchsster s'embarqua pour l'Angleterre, le 17, et le chevalier Alured Clarke prit, comme lieutenant-gouverneur, les rênes de l'administration.

Le bill, devenu le statut delà 31ème année de Georges III, chapitre 31, est intitulé " Acte pour révoquer cer-

taines parties d'un acte passé dans la 14ème année du règne de sa Majesté, intitulé," &c. Toutes les clauses du nouvel acte constitutionnel ne furent pas vues d'un œil également favorable : les uns le trouvaient trop aristocratique ; les autres, trop démocratique : ceux-ci y remarquaient un air un peu trop anglais et étranger ; ceux-là prétendaient qu'il accordait trop aux Canadiens et aux catholiques. Tel qu'il était pourtant, et quelque étrange qu'il pût paraître à ceux qui n'étaient pas accoutumés aux formes anglaises, il valait, ou pouvait valoir mieux que le précédent.

La province de Québec fut divisée en deux provinces séparées, le Haut-Canada et le Bas-Canada, conformément à l'acte constitutionnel, par un ordre du roi siégeant en son conseil, daté du mois d'août 1791, et cette division fut annoncée, dans le mois de novembre suivant, par une proclamation du lieutenant-gouverneur. Les provinces sont séparées d'après la ligne de démarcation suivante : " A commencer à une borne de pierre, sur le bord septentrional du lac Saint-François, à la baie ouest de la pointe au Baudet, dans la limite entre la juridiction {township) de Lancaster et la Seignerie delà Nouvelle-Longueil, courant le long de la dite limite, dans la direction de nord trente quatre degrés ouest, jusqu'à l'angle le plus occidental de la dite seigneurie ; de là le Ion"- de la borne nord-ouest de la seigneurie de Vaudreuil, courant nord vingt-cinq degrés est, jusqu'à ce qu'elle tombe sur la rivière des Outaouais, pour monter la dite rivière jusqu'au lac Temiscaming, et du haut du dit lac, par une ligne tirée vrai nord, jusqu'à ce qu'elle touche la ligne frontière de la baie d'Hudson, renfermant tout le territoire à l'ouest et au sud de cette ligne, jusqu'à l'étendue la plus reculée du pays vulgairement appelle Canada."

Par la même proclamation, le commencement du nouvel acte constitutionnel, pour les deux provinces, est fixé au 26 décembre de cette même année 1791. Le général Clarke demeura lieutenant-gouverneur du Bas- Canada, et le colonel Simcoe fut nommé lieutenantgouverneur de l'autre province. L'ancien conseil législatif cessa d'exister, mais presque tous ses membres entrèrent dans le nouveau.* A l'exception d'un seul, tous les conseillers exécutifs furent pris parmi les conseillers législatifs, f Laie autre partie des conseillers législatifs étaient des fonctionnaires dépendant du gouvernement. On ne parait pas avoir remarqué alors dans le pays toute la défectuosité d'un pareil arrangement.

Une autre proclamation de Sir Alured Clarke, du mois de février 1792, a rapport à la concession des terres incultes de la couronne. " Les deux septièmes, dit cette proclamation, réservés par l'acte constitutionnel, pour être à la disposition future de la couronne, et pour le maintien d'un clergé protestant, ne seront pas des étendues de terres divisées chacune de la septième partie de la juridiction, mais telles portions ou fermes, qui, dans le rapport de l'arpenteur-général, seront désignées comme laissées à part pour ces effets, parmi les autres portions ou fermes dont la juridiction se composera."

Lord Dorchester avait recommandé que les réserves de la couronne et du clergé consistassent en juridictions distinctes, ou en parties contiguës de juridictions ; mais

* Il se composa des honorables TVm. Smith, juge en chef, Chaussegros de Lérj', Hugh Finlay, de Bellestre, Dunn, P.P. de Saint-Ours, Harrison, Bab}' Cullins- de Longueil, Mabane, de Lanaudiere, Powxall, de Boucherville, Fraser, et Sir John Johnson.

f Ce furent les honorables \Ym. Smith. Y. R. de Saint-Ours, II. Finlay, F. Baby, T. Dunn, J. de Longueil, A. Mabane, et Pierre Paxet.

les ministres rejetteront ce plan, par la raison que des réserves ainsi situées seraient moins avantageuses à la couronne et au clergé, que si elles étaient partagées en plus petites portions, et entremêlées avec les terres concédées aux particuliers. " Il est bien à regretter, dit M. Smith, que le plan du gouverneur n'ait pas été adopté; car rétablissement des terres incultes a été beaucoup retardé par un système si préjudiciable aux progrès de la population et de la prospérité de la province.''

Un autre obstacle à l'accroissement de la population canadienne, ce furent les grandes étendues de terres que des particuliers, employés du gouvernement, eurent l'adresse de se faire concéder, ou pour mieux dire peut-être, l'impudeur de se donner à eux-mêmes, sans autre dessein que celui de les laisser incultes, pour les vendre quand elles auraient acquis plus de valeur, par le défrichement des terres voisines, et l'ouverture de chemins dans les environs,

Le 7 mai 1792, le lieutenant-gouverneur proclama la division de la province du Bas-Canada en comté?, cités et bourgs, et la fixation du nombre des représentans du peuple. Ce nombre fut fixé au minimum de l'acte constitutionnel, c'est-à-dire à cinquante. La proclamation établit deux cités, Québec et Mont-réal, et deux bourgs, les Trois-Rivières et William Henry, ou Sorel. Quant aux comtés, au nombre de vingt-etun, Sir Alured donna tout simplement à presque tous des noms de comtes d'Angleterre ou d'Irlande, sans aucun égard à la topographie, à la géographie, ou à l'histoire du pays, non plus qu'à la langue de l'immense majorité de ses habitans, pour qui la plupart de ces noms devaient être non seulement barbares, mais encore imprononçables; c'étaient Gaspé, Cornwallis, Dcvon, Hertford, Dorcltcatcr-, Buchhujham^hire, Richelieu..

Bedford, Surrey, Kent, Huntingdon, York, Mont-réal, Effingham, Leinster, JVarivick, Saint-Maurice, Hampshire, Québec, Northumberland, et Orléans. On aurait pu attribuer ces noms au dessein ftanglifier les Canadiens,qui était la manie d'une partie des marchands écossais de la province, et qui avait pu être l'arrière-pensée des ministres anglais, et de M. Pitt en particulier, si l'on n'avait pas pu les croire dûs à la nonchalance, ou à l'incapacité de mieux faire.* Les trois comtés de Gaspé, Bedford et Orléans ne devaient envoyer qu'un membre, ou député, à l'assemblée ; tous les autres y en envoyaient deux. Les cités de Québec et de Mont-réal, divisées, la première en Haute-ville et Basse-ville, la seconde en quartier-Est et quartier-Ouest, devaient élire, chacune, quatre représentais ; le bourg des Trois-Rivières, deux, et celui de Sorel, un.

Le lieutenant-gouverneur Simcoe divisa le Haut- Canada en dix-neuf comtés,f qui pourtant n'envoyèrent que seize députés à l'assemblée, plusieurs de ces comtés comptant à peine alors quelques centaines d'habitans. Quant aux villes, il n'y en avait pas, à cette époque, dans la province supérieure.

Le mois de juin 1792 offrit un spectacle nouveau en Canada, celui du peuple assemblé pour constituer celle des chambres du parlement provincial qui le devait représenter. Ce spectacle ne dut pas être moins intéressant que nouveau; mais il put être accompagné de quelque inquiétude, dans ces tems d'inexpérience et de timidité, chez la partie française de la population, quand elle vit tout ce qu'il y avait de marchands anglais tant

*" Lieutencnit-Governor Clarke and his Coimcil gave English liâmes to Counties icliolly inhabited hy a people speaking French.''

f Glengary, Stormont, Duddas, Grenville, Leeds, Frontenac. Ontario, Addington, Lenox, Prince-Edward, Hastings, Northumberland, Durham, York, Lincoln, Norfolk, Suffolk, Essez, Kent. k2

soit peu renommés, dans les villes de Québec et de Mont-réal, se porter condidats, et sembler vouloir accaparer toute la représentation de la province.* Les Canadiens eurent néanmoins le bon-sens d'élire une assez grande majorité d'entre eux, et ils purent s'en féliciter, quand ils eurent lieu de croire, qu'autrement. c'en eût été fait de leur langue, pour les affaires constitutionnelles et légales, et peut-être, par suite, de leurlois.

La première assemblée législative du Haut-Canada, fut ouverte au commencement d'octobre, et close au commencement de décembre. Il y fut passé six actes, eu statuts, dont le plus important est celui par lequel les lois d'Angleterre, autres que celles qui regardent les banqueroutes et le clergé, sont introduites dans la province, excepté en autant qu'elles peuvent avoir été changées, ou modifiées, par les ordonnances de la province de Québec.

Les deux chambres de la législature du Bas-Canada s'assemblèrent le 17 décembre, conformément à la proclamation royale de convocation. La question du choix de l'orateur, ou président de la chambre d'assemblée, ayant été remise au lendemain, deux membres canadiens MM. Dunière et De Bonne, proposèrent, ce jour-là, M. J. A.Panet. Les membres anglais proposèrent successivement M. Grant, M. M'Gill et M. Jordan; mais, après des débats qui montrèrent les membres anglais et canadiens placés, à leur début, dans un état d'antagonisme, M. J. A. Panet fut élu, à une majorité de dix voix.f

* Ce furent, à Québec, MM. Ltmburker, Allsopp, Grant, Lixdsay, 1 bbteb, Yotjho, Smith, fils, &c. : à Mont-réal MM. FnoBisiiEF., Dwlojp, M*Giix, Todd, Kkiiaiu>sox, &c.

f Puur MM, Bedard, Boilbau, do Bonne, Bqhsbau, Botf-

TjREAU, CllERKIEE, DWB*, DdCHESNAT, DlEOLE, Dl El.ESXE, Du-

Le lieutenant-gouverneur ouvrit la première session du premier parlement du Bas-Canada, (le 20 décembre), par un discours où il dit, entre autres choses: " Dans un jour comme celui-ci, remarquable par le commencement dans ce pays d'une forme de gouvernement qui a porté le royaume auquel il est subordonné au plus haut degré d'élévation, il est impossible de ne pas éprouver des émotions qu'il serait difficile d'exprimer. C'est une tâche qui ne peut être nécessaire, en la présente occasion, quelque agréable qu'elle fût, que celle d'exposer combien ce système est propre à avancer la félicité que tous les gouvernemens proclament comme étant leur but, mais qui n'est assuré par aucun aussi bien que par celui de la Grande-Bretagne, qui après avoir été célébré, pendant des siècles, par les premiers écrivains de l'Europe,

nière, Durochee, Guerout, Lacroix, Layaltrie, Legras- Pierreyii.le, de Lotbinière„ Malhiot, Marcocx, Olivier, li. Panet, Papineau, i>e Rocheblave, de Rouville, Saint-Georges Dupré, Saint-Martin, Taschereau, de Tonnancour.

Contre: MM. Dambourges, P. L. Panet, de Saxaberry, Barres, CorriN, Frobisher, Grant, Jordan, Lees, Lester, Ltnd, M'Giil, Macnider, O'Hara, Richardson, Todd, Walker, Young.

La principale raison de M. M'Gill pour préférer M. Grant à M, Panet, était que l'orateur devait connaître parfaitement la langue française et la langue anglaise, mais particulièrement la dernière. M. Bedard ayant dit que M. J. A. Panet entendait assez la langue anglaise pour conduire les affaires publiques, M, Richardson donna à entendre que les Canadiens étaient tenus, par tous les principes de la reconnaissance et de l'intérêt, d'adopter la langue anglaise. M. P. L. Panet, parlant dans le même sens, demanda si le Canada n'était pas une colonie anglaise ; si la langue anglaise n'était pas celle du souverain et de la législature dont les Canadiens tenaient leur constitution ? et, de la réponse qu'il se faisait à lui-même, il concluait qu'il y avait nécessité absolue pour les Canadiens d'adopter la langue anglaise, &c. M. J. A. Panet observa que le roi d'Angleterre parlait toutes les langues, et faisait des traités avec toutes les nations dans leurs propres langues, aussi bien que dans celle de l'Angleterre ; que le français était la langue des habitans de Jersey et de Guernesey, bien qu'ils fussent sujets de l'Angleterre, &c. M. J. Papineau observa que quoique le Canada fit partie de l'empire britannique, il ne s'en suivait pas qu'un Canadien qui n'entendait pas la langue anglaise, dût être privé de ses droits, &c.

donne, en ce moment, à ce royaume la prééminence décidée et enviée d'une gloire réelle sur toutes les autres nations du monde. La sensation que me fait éprouver le changement qui nous amène cette assemblée, est partagée, je n'en doute point, par tous ceux qui sont en état d'apprécier la grandeur du bienfait conféré, et en conséquence, je me contenterai de suggérer, qu'après les actions de grâces dûs à l'Arbitre tout-puissant de l'univers, nous ne pourrions assez exalter la magnanimité et la bonté du roi, le père commun de son peuple, et du parlement, qui a si généreusement coopéré à cet établissement, qui est, à juste titre, le sujet de notre joie générale. Un des motifs qui m'ont porté à vous réunir, a été de vous fournir l'occasion de faire, avec loyauté et reconnaissance, vos remercimens à sa Majesté ; et, cette dette acquittée, vos conseils seront sans doute employés à faire les lois nécessaires pour asseoir sur des bases solides, et accroitre la prospérité de votre pays." 8cc.

L'adresse de la chambre d'assemblée, en réponse au discours du lieutenant-gouverneur, n'en fut que l'écho, ou la répétition un peu amplifiée : mais le conseil législatif crut pouvoir prendre sur lui de s'en écarter, et d'injurier la nation française, quoique, suivant le " discours du trône," la Grande-Bretagne fût en paix avec cette nation, comme avec toutes les autres.*

* "Toute louange est due à la divine providence, qui après avoir rompu les liens qui unissaient le Canada à la puissance qui l'avait établi, le sauve actuellement des tragédies jouées sur un théâtre d'anarchie, qui outragent l'humanité, et que l'on pourrait même reprocher à des barbares. En conséquence, nous déclarons notre vive reconnaissance envers le ciel, qui, après nous avoir séparés de cette union* nous a laissés aux soins et à la prutoction'd'un monarque, qui, ayant employé le succès de ses armes pour . tendre .-a bienfaisance, et principalement pour cette dernière et la plus grande des instances* répétées de sa munificence, par laquelle nous entrons dans une participation généreuse des privilèges et * Nous nous servons de la traduction officielle de M. J. F.Cugnct, que les con-eillers canadiens trouvèrent bonne, en apparence.

Depuis un certain nombre d'années, il se publiait en Canada, une seconde gazette, la Gazette de Mont-real, en anglais et en français, comme celle de Québec. Vers la fin de l'année 1792, fut commencée, à Québec, la publication d'un ouvrage périodique mensuel, intitulé, Magasin de Québec. C'était la seconde tentative littéraire qui se faisait en Canada. Ce journal se soutint pendant deux ans, et il se serait soutenu plus longtems sans doute, si le goût de la littérature et des sciences eût été plus répandu dans le pays qu'il ne l'était alors. Mais loin de suivre le progrès de la population, l'instruction, ou mieux peut-être, le désir de s'instruire semblait être demeuré stationnaire, sinou avoir rétrogradé, depuis la publication de la Gazette Littéraire deMesplet. Il est vrai de dire que le Magasin de Québec, se publiant en anglais et en français, ceux qui n'entendaient qu'une des deux langues y trouvaient le désavantage d'être privés de la lecture d'une partie de son contenu, et les autres, celui d'y voir parfois des répétitions pour eux inutiles.

Pour revenir à la première session de notre premier parlement, close le 9 mai 1793, une partie du temps des deux chambres fut employé, d'après la recommandation du lieutenant-gouverneur, à. "former telles règles, ou tels ordres permanents, pour établir les formes de procéder qui pourraient être les plus propres à l'expédition régulière des affaires;" aussi ne passèrentelles que huit actes, ou statuts, la plupart "pour continuer" en force des ordonnances du ci-devant conseil législatif.* Pour être expéditif dans les affaires,

de la sûreté des habitans natifs d'un royaume distingué par sa félicité, sous une forme politique la mieux calculée* de toutes pour l'augmenter et l'assurer."

*Le statut, ou "Acte pour payer les salaires des officiers du conseil législatif et de l'assemblée, et pour défrayer les dépenses contingentes dïceux," est, et devait être de cette première session.

il faut de l'expérience et une certaine routine, et ces deux qualités manquaient à nos premiers législateurs, particulièrement aux membres de la chambre d'assemblée. Il faut observer aussi que les deux chambres eurent à rédiger plusieurs adresses au roi, et à considérer, et pour ainsi dire, étudier divers messages du lieutenant-gouverneur, particulièrement sur le style de3 bills qui devaient lui être présentés, ou sur la manière dont ils devaient être rédigés pour obtenir la sanction royale. Il ne faut pas non plus oublier de louer la chambre d'assemblée d'avoir songé, dès sa première session, à revendiquer les revenus des biens des jésuites pour l'instruction de la jeunesse canadienne. Peut-être est-elle à blâmer de n'avoir pas réclamé, ou protesté respectueusement contre la composition anomale du conseil législatif, qui identifiait, en quelque sorte, les deux premières brandies du parlement provincial.

Cette année 1793, M. (plus tard le chevalier) Alex ander Mackenzie achevait un voyage de découverte commencé en 17S9. Avant d'en faire connaitre le résultat, il nous parait à propos de reprendre les choses de plus baut. Après que le Canada eut passé sous la domination de l'Angleterre, quelques uns des anciens commerçans français, ou canadiens, M. de Langlade, M. Cazeau, M. Lasaessaye, et autres, continuèrent à faire la traite des pelleteries avec les Sauvages, dans les quartiers de l'Ouest et du Nord-ouest. D'autres Canadiens, MM. Beaubiex, Cami'tox, Blondeau, Cotté, Fromenteau, Giasson, Tabeau, Berthelet, continuèrent à faire individuellement le même commerce. Des Anglais le faisaient aussi; mais jusqu'à l'année 1766, aucun d'eux n'avait osé s'éloigner de Michillimakinac. Cette année, quelques Anglais pénétrèrent jusqu'au Gra?îd-Portngc, un peu au sud de l'entrée de

la rivière Koministiquia dans le lac Supérieur. Un nommé Thomas Curry fut le premier qui entreprit d'atteindre les dernières limites des découvertes des Français. Il put parvenir jusqu'à l'ancien fort Bourbon, sur les eaux de la rivière Saskatchioidne. Un M. James Fenlay, marchant sur les traces de Curry, atteignit, ou crut atteindre le dernier poste qu'avaient eu les Français sur la même rivière, par 48 degrés et demi de latitude. Peut-être se trompait-il, en attribuant à M. Joseph Frobisher d'avoir, en 1775, dépassé, au nord et à l'ouest, les limites des découvertes françaises ou canadiennes ; mais l'année suivante, M. Benjamin Frobisher (frère de Joseph,) pénétra jusqu'au ôôème degré et demi de latitude, et au lOSème de longitude occidentale, et en 1778 un M. Peter Pond entra dans le pays à'Athabasca, qui jusqu'alors, dit-on, n'avait été connu que d'après le rapport des Sauvages.

En 1783, les marchands du Canada qui faisaient, ou faisaient faire le commerce des pelleteries dans les " Pays d'en-haut," s'associèrent sous les nom et raison de Frobisher, MacTayish & compagnie, et l'association fut dénommée Compagnie du Nord- Ouest. D'autres marchands, ou traitans, MM. Peter Pangman, Greoory, MacLeod, ne trouvant pas d'abord leur compte à entrer dans la grande société, firent, pendant quelque temps, le commerce séparément. Presque tous les associés étaient des Ecossais; mais une partie de leurs commis, presque tous leurs interprètes, et leurs simples engagés, appelles voyageurs, dans ce pays, étaient des Canadiens.

Il y avait quelques années que M. Alexander McKenzie était un des associés du Nord-Ouest, lorsqu'il entreprit ses voyages de découverte. Ayant fait ses prépatifs au fort Clùppcmjan, sur le lac Athabasca, ou des

Coteaux, par .58 degrés -iO minutes de latitude, et 1 10 .degrés et demi de longitude occidentale, il en partit, le 3 juin 1789, accompagné de M. Leroux, un des commis de la société, de cinq " voyageurs" canadiens,* et de quelques Sauvages.

Ayant parcouru la rivière qui joint le lac Athabasca au grand lac des Esclaves, il navigua sur ce lac, depuis le 6 jusqu'au 29, et entra dans la rivière par laquelle lise décharge, dans la direction du nord-ouest. Jusqu'alors, il avait voyagé par des contrées déjà connues des traitans et des cauottiers canadiens ; mais en pénétrant plus loin, tous les objets qu'il rencontre n'étaient qu'imparfaitement connus par des Sauvages. Tout le temps, depuis le 29 juin jusqu'au 21 juillet, fut employé à descendre cette rivière, jusqu'à un grand élargissement, qui est son entrée dans l'océan glacial, par 09 degrés et demi de latitude. A une latitude si élevée, les arbustes, les arbres même ne manquaient pas, sur les les bords de la rivière, et particulièrement dans les îles dont elle est parsemée. Des Sauvages, partagés en différentes petites tribus, habitaient, ou fréquentaient ces parages, jusqu'à l'embouchure du fleuve. Les Esquimaux s'y montraient aussi, dans certaines saisons de l'année. Tous ces Sauvages sont chasseurs et pêcheurs, et ils ont à souhait le poisson, le gibier, particulièrement les gros oiseaux de rivière ; et, ce qui peut paraître

* De "ces hommes qui remontaient les rivières sur de légers canots d'écorce, franchissaient les rapides, traversaient des chaînes de montagnes, portaient l'étonnement et l'épouvante parmi de nouvelles nations indiennes, différentes dans leurs origines, leurs mœurs et leurs langues; se familiarisaient avec elles ; créaient et étendaient de jour en jour de nouveaux moyens de commerce. Qui pourrait décrire les obstacles qui s'offraient devant cu.\, à chaque pas; les dangers toujours renaissants qu'il fallait braver ? Leur audace, sans doute, leur génie était inspiré, soutenu par l'immensité d'un spectacle unique par tout le globe " II. I\OBi>-, Voyage dans l'intérieur de la Louisiane.

extraordinaire, des petits fruits en abondance. Nos voyageurs furent de retour, le 12 août, au fort Chippéwyan.

McKenzie repartit du même fort Chippéwyan, le 10 octobre 1792, accompagné de M. Alexander MacKay; de six Canadiens et de deux Sauvages, et par la rivière des Esclaves gagna le cours supérieur de YUnjigah, dont le cours inférieur passe par le grand lac des Esclaves, et est le même qu'il avait reconnu jusqu'à son embouchure dans la mer glaciale, et qui, dans cette partie, fut appelle rivière McKenzie. Il parvint à la source de cette rivière, par 54 degrés 24 minutes de latitude, et 121 de longitude;* traversa les montagnes Rocheuses, et après des difficultés et des fatigues inouies, et des périls sans nombre, il atteignit une grande rivière, qu'il dit se nommer Tacoutch-Tessê, et qu'il crut à tort être YOrégon. Il abandonna le cours de cette rivière, qui coulait au sud, pour, en se dirigeant par terre vers l'ouest, atteindre plutôt l'océan Pacifique. Il atteignit, en effet, cet océan, par 52 degrés 21 minutes de latitude. Les Sauvages des bords de la mer, différents de ceux de l'intérieur par le langage et par d'autres particularités, connaissaient les Européens, qui déjà depuis quelques années, avaient commencé à fréquenter ces parages. Les deux voyages de M. McKenzie, utiles à la compagnie du Nord- Ouest, sous le rapport du commerce, enrichirent aussi, jusqu'à un certain point, la géographie et l'ethnographie.

Le gouverneur-général fut de retour en Canada vers

* " This I consider as the highest and southernmost source of the Unjigah, or Peace River, which after a winding course throuyh a vast extent of country, receiving many large rivers in its proyress, and passiny throuyh the Slatte Lake, empties itself into the Frozen Océan, in 70 (ailleurs 69^) degrees north latitude, and abuut 1 35 u-cst longitude. — McKenzie."

la mi-septembre (1793).* En ouvrant la seconde session de la législature, le 1 1 novembre, lord Dorcbester dit, en substance, à la chambre basse, " Que la dépense générale était considérable, et qu'elle ne pourrait être placée tout entière au compte de la province ; qu'il laissait aux membres le temps de considérer par quels moyens le revenu provincial pourrait être augmenté, et qu'il se flattait que la Grande-Bretagne continuerait à fournir'généreusement le surplus nécessaire à la prospérité de la colonie."

Quelques jours après l'ouverture, le gouverneur ayant intimé à l'assemblée qu'il se proposait de nommer M. J. A. Panet juge des plaidoyers communs, office incompatible avec celui de président de la chambre, il lui fallut élire un nouvel orateur, et son choix tomba sur

M. ChAKTIER DE LOTBINIÈRE.

Cette seconde session ne fut pas plus que la première féconde en lois nouvelles : un acte de milice fut démandé et obtenu, ainsi qu'un acte de judicature ; mais ce dernier fut réservé par le gouverneur à la signification du plaisir royal. Le bill des Etrangers, ou " Acte qui établit des réglemens concernant les étrangers," &c, " et qui autorise sa Majesté à arrêter et détenir les personnes accusées, ou soupçonnées de haute trahison,'' &c, fut passé sans difficulté, bien qu'il outrageât indirectement les Canadiens, et qu'il remît la province sous

* " L'arrivée du très honorable Guy lord Dobchestee et de sa famille, en septembre, porta la joie dans tout le pays, tant était grande la confiance que l'on mettait dans sa prudence. — Il reçut des adresses de félicitation de toutes les parties de la province, qui le regardait comme l'auteur et l'appui de la constitution qui lui avait été accordée." — M. J. F. Peeeault, Abrégé de V Histoire du Canada.

Un éloge également mérité serait celui de lady Cabletoïï, dont les belles et bonnes qualités de l'esprit et du cœur demeurèrent longtems empreintes dans la mémoire des dames de Québec.

le joug de l'arbitraire et du despotisme. Heureusement, si personne ne fut plus que lord Dorchester ami du pouvoir absolu, personne aussi, peut-être, ne fut moins enclin à en abuser.

Dans l'intervalle entre la seconde et la troisième session de la législature, " on ne doit pas omettre les associations qui se sont formées avec tant de zèle et de dévouement, dans toute la province, pour le soutien des lois et du gouvernement, et pour repousser (ou déjouer) les trames des ennemis de l'état."* Lord Dorchester avait déjà signalé, et son successeur signala " des individus mal intentionnés, qui avaient manifesté des tentatives séditieuses et perverses pour aliéner les affections des loyaux sujets de sa Majesté, par de fausses représentations," &c, " et particulièrement des étrangers (Français) qui se tenaient cachés dans différentes parties de cette province, et agissaient de concert avec d'autres individus, résidant en pays étrangers," &c. D'autres individus, bien ou mal intentionnés, croyaient ou feignaient de croire que la vigilance, " toute la diligence des magistrats, capitaines de milice et officiers de paix," ordonnée parles proclamations royales, ne suffisait pas pour " réprimer les desseins pervers et les pratiques séditieuses," y mentionnés, non plus que pour découvrir tous ceux (y signalés) qui pourraient tenir des discours séditieux," ou proférer " des paroles tendant à la trahison, ou distribuer des écrits diffamatoires, tendant à exciter le mécontentement dans les esprits, à diminuer l'affection des sujets de sa Majesté, ou à troubler la paix et le bonheur dont on jouissait dans la province."

Loi*d Dorchester n'était pas le dernier à abhorrer les pratiques séditieuses du dedans, et à redouter les ten-

* M. Perrault.

tatives hostiles du dehors : à l'ouverture du parlement, le 5 janvier 179ô, il dit aux deux chambres: " Le soin que vous avez eu, dans la dernière session de la législature, de pourvoir à la tranquillité intérieure de la province, ainsi qu'à sa défense contre toute tentative du dehors, ne me permet pas de douter que vous ne persévériez dans cette louable vigilance, tant que nous serons menacés de la guerre, ou d'un fléau pire que la guerre ; je veux dire le nouveau système de politique insidieuse et fourbe, imaginé pour séduire le peuple, et le rendre l'instrument de son malheur, et de sa destruction." Son Excellence loue les membres des deux chambres de " leurs efforts zélés à promouvoir une obéissance générale aux lois" (nouvelles), auxquels des mécontens, ou des ignorans avaient perversément, ou imprudemment conseillé de ne pas obéir.

A nulle époque, peut-être, les dangers que s'exagérait le gouvernement ne mirent les Canadiens clans un isolement aussi complet. M. de Larochefoucallt-Liancoriï put faire une excursion dans le Haut-Canada, en 1795 ; mais l'entrée du Bas-Canada fut interdite à l'illustre et savant voyageur français ; et nous ne saurions dire par quelle faveur particulière, il fut permis à son ami, M. Guillemard, de descendre, mais rapidement, le Saint-Laurent, depuis Kingston (ci-devant Frontenac ou Catarocouy) jusqu'à Québec. Faire venir des journaux, ou même des livres directement de France, était une chose à laquelle il ne fallait pas penser ; et comme lord Dorchester n'était pas un angVficuteur dans la force du terme, il aurait semblé qu'il ne voulait permettre aux Canadiens d'autre lecture que celle des insignifiantes gazettes du temps ,ou des statuts provinciaux, dont la ridicule redondance, pour ne rien dire de plus, avait encore le défaut d'être barbarement traduite en français.

Quoiqu'il en soit, la troisième session du premier parlement canadien produisit quelques lois utiles, et il y fut agité des questions importantes. Quelques marchands anglais, comme nous avons déjà eu occasion de le remarquer, étaient devenus propriétaires de seigneuries, mais la plupart incultes : ils crurent que rien ne leur serait plus facile que de devenir les maîtres absolus de terres qu'ils ne tenaient qu'à certaines conditions, et avec des obligations importantes, entre autres, celle de les reconcéder en lots, ou espaces d'une certaine étendue, à tous ceux des habitans du pays qui leur en demanderaient, moyennant des redevances fixes et modérées. Leur but était de revendre ces terres, non à des Canadiens, mais à des Américains ; et ils se -croyaient si sûrs de leur fait, qu'avant d'avoir obtenu de la législature la commutation qu'ils lui demandèrent, ils firent marché avec un nombre d'émigrés des Etats-Unis, les exemptant des lods et ventes, mais exigeant d'eux une rente foncière immuable. Par complaisance pour la minorité de ses membres, la chambre d'assemblée se forma en comité pour prendre en considération " les lois, coutumes et usages en force dans cette province, relativement à la tenure des terres, et aux droits qui en dérivent." " Comme matière de forme," dit un écrivain anglais, le président (du comité) " rapporta progrès, et obtint permission de siéger de nouveau ;" mais il parut bientôt que la majorité n'était pas disposée à faire le plus léger sacrifice à ce qu'elle appellait la cupidité des propriétaires anglais, et les préjugés des émigrés américains." Mais, continue le même écrivain, " une différence d'opinion sur un ou plusieurs points n'empêcha pas l'unanimité pour des mesures regardées comme nécessaires au- maintien du gouvernement."

Par l'acte " qui accorde à sa Majesté des droits noul2

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veaux et additionnels/' &c. il fut octroyé perrnanemment 5,000 livres, sterling, " pour contribuer plus amplement à défrayer les dépenses de l'administration de la justice, et pour le soutien du gouvernement civil, dans cette province.''* Par accord entre des commissaires nommés par les législatures du Bas-Canada et du Haut-Canada, un huitième des droits perçus à Québec fut accordé à la province supérieure.

Dans la session ouverte le 20 novembre 1795. "un acte d'indemnité requis par le gouvernement pour l'exercice d'un pouvoir illégal (l'embargo mis sur les grains et la farine,) fut demandé et obtenu, conformément à la pratique du ministère anglais, en pareil cas."

Dans cette dernière session du premier parlement provincial, fut passé le fameux b'rfl des chemins, ou l'acte " pour faire, réparer et changer les grands chemins et ponts," &c. ; particulièrement à la sollicitation du gouverneur et des membres anglais de l'assemblée. Ces derniers auraient voulu aussi une loi de banqueroute, et le conseil législatif rédigea un bill " pour assurer plus efficacement, et pour distribuer également parmi les créanciers, les biens et effets de ceux qui faillissent dans le commerce ;" mais, clans la chambre d'assemblée, on remarqua que les lois du pays comprenaient iertaines dispositions du Code Marchand de Louis XIV, qui, si elles étaient remises en vigueur, obvieraient à la nécessité d'introduire les termes techniques de la loi de banqueroute d'Angleterre ; que la cession de biens (cessio bonorum), qui obligeait le débiteur à livrer tous ses biens à ses créanciers, en conservant sa liberté, mais sans être déchargé du surplus de sa dette, répondait à

* Si quelqu'un n'est pas content de ce style, qu'il sache qu'ici, et souvent ailleurs, c'est celui des auteurs, ou des traducteurs officiels du temps. Avec eux, non agebatur de verbibus, sed de reis.

toutes les fins de la justice et de la miséricorde ; et qu'il ne convenait pas de mettre de côté la loi naturelle du pays, rétablie par l'acte de 1774, pour satisfaire les prédilections de quelques particuliers. Le bill du conseil, après avoir été discuté, fut finalement rejette.

Le gouverneur avait exprimé le désir de voir le système financier de la province simplifié, et la chambre d'assemblée passa un bill à l'effet d'approprier par un seul acte, et permanemment, " pour le soutien de l'administration de la justice et du gouvernement civil," les droits perçus en vertu de l'acte du parlement britannique, de la 14ème Geo. III. chap. 88, et du statut pro- % incial de la 35ème Geo. III. chap. 9, (de la session précédente) ; mais ce bill ne devint pas loi.

Cependant, l'acte des chemins, qui était une innovation clans le pays, bien qu'une amélioration pour l'avenir, ne causait pas peu d'inquiétude et de mécontentement chez les habitans de la campagne, particulièrement dans le district de Montréal. En quelques endroits, ce mécontentement se manifesta par des procédés irrég*liers, par des rassemblemens tumultueux, et des propos injurieux aux autorités constituées; enfin, par une résistance ouverte à l'exécution de la loi. Plusieurs des réfractaires furent appréhendés, et après examen, ou interrogatoire, quelques uns, entre autres, J. B. Bisette, tanneur des environs de Mont-réal, furent emprisonnés. Ils auraient pu être convaincus de voies de fait, peut-être de pratiques séditieuses ; mais ils étaient accusées de haute trahison, et ce crime ne pouvant être prouvé contre eux, ils furent acquittés.

La formation d'un régiment canadien à deux bataillons date de cette année 1796. Le premier bataillon (ou bataillon Bas-Canadien,) des Royal Canadian Vo-

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