Grand traité de paix avec les Sauvages
1300 députés, de presque toutes les nations indiennes de
l'Amérique du Nord, se rendirent à Montréal, en 1701, pour la ratification solennelle du grand traité de paix signé l'année précédente. Le gouverneur, entouré des principaux officiers et de l'élite de la société, se plaça en évidence, dans une vaste enceinte préparée exprès pour la cérémonie. Kondiaronk, quoique gravement malade, fit un discours qui enleva l'auditoire.
Les chefs appelés à parler et à signer s'étaient affublés de la manière la plus bizarre. Celui des Algonquins, dont les cheveux étaient agencés en tête de coq, au moyen d'un plumet rouge qui simulait une crête, s'avança vers le gouverneur et lui dit : "Mon père, je ne suis point homme de conseil; mais j'écoute toujours ta voix; tu as fait la paix, et j'oublie tout le passé." Après les discours prononcés dans les différents idiomes, trente-huit chefs signèrent le traité ; on apporta ensuite le grand calumet de paix, et chaque signataire vint à son tour en tirer quelques bouffées de fumée. Le chant du Te Deum termina les séances.
On servit aux députés trois bœufs entiers bouillis dans d'immenses chaudières, et le repas fut gai. Le soir, il y eut illumination, feux d'artifice et décharge de canons. Le lendemain, le gouverneur distribua aux chefs les présents du roi, et leur fit promettre l'échange des prisonniers.
Ce traité, qui fut gardé, permit au Canada de soutenir avec avantage, pendant 60 ans, les attaques multipliées de l'Angleterre.
128. M. de Vaudreuil, gouverneur.— De Callières, mourut (1703) avant de voir recommencer les hostilités. Il fut remplacé par le gouverneur de Montréal, M. de Vaudreuil, gentilhomme recommandable par son expérience, son courage, son affabilité et la noblesse de son caractère. De Vaudreuil affermit le traité signé avec lea sauvages, et
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se prépara à faire face à l'invasion anglaise, à la veille d'éclater.
129. Capture du vaisseau " La Seine."— Les Français éprouvèrent, une perte considérable sur mer. La Seine, vaisseau du roi, commandée par le chevalier de Maupeou, et portant une cargaison évaluée à 1,000,000 de livres, fut attaquée par quatre navires de guerre anglais et amena pavillon après un combat opiniâtre de dix heures (1705). Mgr de Saint- Valier, qui était à bord, fut conduit à Londres, où il passa cinq ans.
La perte de La Seine obligea les Canadiens à se livrer à la culture du lin et du chanvre et à fabriquer de la toile. Madame de Repentigny et plusieurs autres personnes distinguées se mirent à la tête du mouvement et réussirent à merveille à utiliser les plantes textiles du pays.
130. Expéditions dans la Nouvelle-Angleterre. — Des partis de Français, de Canadiens et d'Abénaquis, se dirigèrent du côté de Boston, pour ravager les établissements anglais. M. de Leaubassin ne tua pas moins de 300 personnes. En même temps, les Anglais pénétraient dans la contrée des Abénaqui.-, qu'ils dévastèrent. Hertel de RouviUey commandant 250 hommes, se porta à leur rencontre, attaqua pendant la nuit le village de Deerfield, donna la mort à 47 personnes, et revint avec 112 prisonniers (1704). Quelques années plus tard, Rouville emportait d'assaut le bourg palissade de Haverhill.
131. Attaques des Anglais contre Port-Royal. — De Subercase vit avec étonnement les Anglais, qui avaient été repoussés à Port-Royal (1704), envoyer le colonel March avec vingt-cinq voiles, pour attaquer cette place (1707). Le lendemain de son arrivée, March faisait débarquer 20(X) hommes. De Saint- Castm, ancien soldat du régiment de Carignan-Salières, fixé parmi les Abéna-
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quis du Pénobscot, repoussa vigoureusement 400 Anglais qui cherchèrent à enlever des bestiaux. Les Anglais, ayant voulu escalader le fort pendant la nuit, furent vigoureusement repoussés, et, dès que la marée le leur permit, ils se retirèrent avec une perte de quatre-vingts hommes tués ou blessés. Soixante Canadiens avaient beaucoup contribué à cette victoire.
March essaya de laver la honte de sa défaite en reparaissant deux mois après, devant Port-Royal, avec des forces plus considérables. Tous les habitants des campagnes environnantes mirent leurs bras à la disposition de Subercase. Un bataillon d'élite, sous les ordres de Géranger, fit des prodiges de valeur. La flotte dut encore se retirer.
132: Prise de Saint-Jean de Terre-Neuve.— La défaite de March, à Port-Eoyal, détermina Samt-Ovide, lieutenant du roi à Plaisance, à déloger tout à fait les Anglais de Terre-Neuve. En plein cœur d'hiver, l'intrépide guerrier, marcha avec 169 hommes, sur Saint- Jean, défendu par 900 soldats, 50 canons et trois forts considérables. Il se rendit maître de la place en moins d'une demiheure, fit des prisonniers et revint chargé de butin (1709).
133. Perte de l'A cadie.— L'Angleterre, après ses revers nombreux, tenta un effort suprême pour s'emparer de VAcadie. Nicholsoyi, commandant une flotte de 54 voiles portant 4000 hommes, vint bloquer Port-Royal (1710). De Subercase n'avait que 300 soldats à lui opposer. Il se défendit néanmoins avec énergie pendant dix-neuf jours, et ne capitula que quand la mort ou la désertion eurent réduit sa garnison à 150 combattants. De Subercase obtint les honneurs de la guerre, et sortit tambour battant et enseignes déployées.
L'Acadie prit le nom de Nouvelle- Ecosse, et Port-Royal,
celui à*Annapolis, en l'honneur de la reine Anne, d'Angleterre.
134. Invasion du Canada — La prise de l'^icadie décida les Anglais à envahir en même temps le Canada par terre et par eau (1710). Le général Nicholson, com- ,mandant 4000 hommes de guerre, devait venir par le lac Champlain pour attaquer Montréal, tandis que l'amiral Walker assiégerait Québec.
135. La recluse canadienne.— Montréal menacé consulta Melle Jeanne Le Ber, la célèbre recluse canadienne, qui, après un moment de silence, répondit: " La très sainte Vierge elle-même gardera le pays." Le baron de Longueuil chargé d'aller observer l'ennemi du côté de Chambly, reçut solennellement des mains de
Melle Jeanne Le Ber t\ r -r> i i i i»^ t -xt
M. iielmont, dans 1 église JNotre- Dame, un drapeau sur lequel Melle Le Ber avait brodé cette prière : " Nos ennemis mettent toute leur confiance dans leurs armes, mais nous mettons la nôtre au nom de la Eeine des Anges, que nous invoquons. Elle est terrible comme une armée rangée en bataille ; sous sa protection, nous espérons vaincre nos ennemis." En arrivant à Chambly, de Longueuil apprit que Nicholson avait rebroussé chemin (1711). Cette nouvelle causa une grande joie à Montréal. Les troupes, pleines d'espérance, prirent aussitôt le chemin de Québec, pour prêter main forte à cette ville, où l'on attendait l'ennemi d'un jour à l'autre.
136. Destruction de la flotte anglaise. — Une flotte de 88 voiles, portant 6,500 soldats, fut confiée à l'amiral Walker, pour venir faire le siège de Québec (1711). Le Canada n'avait que 5,000 hommes à opposer à cette redoutable invasion. Walker se tenait si assuré de son succès, qu'il distribua même en mer, à quelques officiers, les prin» cipales charges administratives de la ville, qu'il venait conquérir. L'amiral avait calculé sans Dieu, qui dispose de tous les événements. Pendant une nuit brumeuse, un vent impétueux poussa la flotte sur les récifs de Vils aux Œufs ; en moins de deux heures, huit des plus gros vaisseaux coulèrent à fond, et la foudre en mit un autre en éclats. Le lendemain matin, la côte était toute couverte de cadavres^ et d'épaves. Walker, forcé de renoncer à son projet, retourna à Londres. Pour comble de malheur, le feu prit au vaisseau amiral, en entrant dans la Tamise, et le fit sauter avec tout l'équipage.
137. Notre-Dame de la Victoire. — A la vue du danger imminent qui la menaçait, la colonie avait tourné ses regards vers Marie. La nouvelle du désastre de la flotte de Walker mit tout le monde dans la jubilation. En reconnaissance de la faveur obtenue, Québec fit restaurer l'église
de Notre-Dame des Victoires2 . Notre-Dame de la victoire
138. Soulèvement des Outagamis.— Ne pouvant réussir à faire rompre aux Iroquois le traité signé en 1701
1 900 hommes périrent.
2 Cette église, construite en 1682 et dédiée à V Enfant Jésus, fut consacrée à Marie, sous le titre de Notre- Dami de la Victoire (1690), pour coauuémorer la victoire sur Phipps.
avec les Français, les Anglais suscitèrent contre Vétablùsement du Détroit les Outagamis ou Renards, ennemis de toutes les tribus de l'Ouest (1712). Les sauvages alliés se rendirent à l'appel de Duhuisson, gouverneur de cette colonie. Le combat s'engagea avec beaucoup d'ardeur.
Pour se soustraire aux balles meurtrières des Français, les Outagamis combattirent dans des trous creusés dans la terre. Montés sur des échafauds, les Français les délogèrent par une vive fusillade. Les Outagamis se rendirent à discrétion, après une perte de 2000 hommes. Leur nation fut bien affaiblie de ce coup fatal. Les Anglais renoncèrent alors au projet de s'emparer du Détroit, qui leur eut donné libre accès sur les lacs et, eut coupé toute communica' tion entre le Canada et les contrées de l'Ouest.
139. Traité d'Utrecht.— Le traité d' Utreeht, qui mit fin à cette guerre, cédait à l'Angleterre VÂcadie, Terre- Neuve, la haie d'Hudson et la contrée des Iroquois. L i France ne gardait que l'île du Cap-Breton et les autres îles du golfe, avec le droit de pceher sur la côte de Terre- Neuve (1713). En livrant à l'Angleterre l'entrée du Canada et le littoral de ses possessions, la France marchait nécessairement à la ruine de ses colonies.
Questionnaire. — 1. Avec quelle nation M. de Callières passa-t-il un grand traité de paix ?^2. Qui remplaça M. de Callières ? — 3. Que savez-vous du vaisseau La Seine ? — 4. Parlez des expéditions dans la Nouvelle- Angleterre . — 5. Parlez de March à Port-Royal . — 6. Que fit Saint-Ovide à Saint- Jean de Terre-Neuve? — 7. Que savez-vous de Nicholson en Acadie?--8. Quelle fut la réponse de Melle Le Ber à ceux qui la consultèrent au sujet de l'invasion du Canada par les Anglais ? - — 9. Que devint la flotte de Walker? — 10. Comment Québec témoigna-t-il sa reconnaissance en apprenant la destruction de cette flotte ? — 11. Parlez de la défense de Dubuisson contre les Outagamis. — 12. Dites les clauses du traité d'Utrecht .
Devoirs. — 1. Racontez le grand traité de paix de M. de Callières avec les sauvages. — 2. Parlez de l'invasion du Canada par Nicholson et Walker.
TROISIÈME ÉPOQUE