‹ Histoire du Canada (volume 2)Chapitre 34 sur 95 · Fondation de la Nouvelle-Orléans. — M · texte numérisé non relu

Fondation de la Nouvelle-Orléans. — M

Jean-Baptiste Le Moyne de ]3ie7iville jeta dans les roseaux qui couvraient les rives du Mississipi, les bases de la iVbwvelle-Orléans (1717). Comprenant que la valeur d'un pays se mesure d'après les produits du sol, les émigrants cultivèrent avec succès les diverses céréales et élevèrent des troupeaux en abondance. " Les colons les plus prospères, dit Bancroft, étaient les vigoureux émigrants du Canada, qui n'avaient guère apporté avec eux qu'un bâton et les vêtements grossiers dont ils se couvraient." Là, comme ailleurs, les missionnaires furent les plus puissants coopérateura du progrès et de la civilisation. Il est bon de

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remarquer aussi que dans Y Illinois, les pères Jésuites étaient les promoteurs de trois ou quatre chrétientés, qui rappelaient les mœurs et lea coutumes des premiers chrétiens.

142. Fondation de Louisbourg. — Après la conclusion du traiié à'Utrecht {Vl\Z)y\s. France songea à fermer l'entrée du Canada à l'Angleterre, en fortifiant l'île du Cap-Breton, qu'elle appela île Royale. M. de Costehelle, ancien gouverneur de Plaisance, fut chargé d'y jeter les fondations de Louisbourg (1713). Les ports Sainte-Anne et le havre à V Anglais se disputaient par la beauté de leurs sites et leurs immenses avantages l'honneur de posséder la nouvelle forteresse ; le havre à l'Anglais eut la préférence à, cause de son facile abord. Les remparts élevés à l'île Royale, quoique inachevés, coûtèrent 30,000,000 de livres.

Le gouverneur de Louisbourg, comme celui de la Louisiane, dépendait du gouverneur général, résidant à Québec.

143. Les colonies du golfe.— La France, n'ayant pu songer jusque-là à coloniser les lies les moins importantes du golfe, concéda au comte de Saint-Pierre les îles de Saint- Jean (Prince-Edouard), de Miscou, de la Madeleine et de Ramées (1719).

Le peu d'entente des colons fit échouer l'entreprise de colonisation du comte de Saint-Pierre, et ces îles restèrent dans l'oubli jusqu'en 1749, époque où les Acadiens s'y réfugièrent, pour se soustraire à la domination anglaise. Sous le gouvernement français, la population des différentes colonies du golfe ne dépassa jamais 40,000 âmes. Les colons faisaient la traite avec les Micmacs et vivaient de pêche. Au fond, l'île Royale n'était qu'une vaste pêcherie, doublant sa po[)ulation en été.

Cette île exportait aussi en France et aux Antilles une grande quantité de bois. Les insulaires, employés au ser-

vice des riches qui avaient le monopole des pêcheries, vivaient dans l'indigence.

144. Les Abénaquis. — La question des limites mal déterminée parle traité d'Utrecht (1713), entre le territoire des x\nglais et celui des Abénaquis, occasionna un massacre épouvantable. Les Anglais, qui prétendaient posséder avec la presqu'île de la Nouvelle-Ecosse les territoires arroséa par les rivières Saint- Jean, Sainte-Croix, Penobscot et Kénebec, construisirent des forts sur ces terres, y établirent des comptoirs et sommèrent même les chefs des Abénaquis, de se retirer. L'un d'eux répondit : " Le roi de France peut disposer de ce qui lui appartient, mais quant à moi, j'ai ma terre où le Grand-Esprit m'a placé, et aussi longtemps qu'un enfant de ma tribu vivra, je combattrai pour le défendre." Les Abénaquis voulurent alors prendre les armes ; le père Rasles, qui usa de toute son influence pour les en empêcher, ne put cependant dissiper l'orage.

145. Assassinat du père Rasles. — De grand matin, le 24 août 1724, 280 Anglais envahirent Narantsouak, fort abénaquis, où ne se trouvaient qu'une cinquantaine de guerriers qui firent quelque résistance, pour donner le temps de fuir aux enfants, aux femmes et aux vieillards. Le père Rasles, éveillé par les clameurs, accourut pour se mettre à la disposition de son cher troupeau. Son apparition attira l'attention des Anglais, et une grêle de balles le renversa mort au pied d'une croix qu'il avait fait planter. Sept Indiens, ayant voulu le protéger, tombèrent à ses côtés. Après le combat, quand les sauvages vinrent. pleurer sur les ruines de leurs villages, soulager les blessés et ensevelir les morts, ils trouvèrent dans les décombres le corps du père Rasles criblé de coups, le crâne fracassé, la bouche et les yeux remplis de boue. On l'enterra à l'endroit oCi il célébrait habituellement les saints mystères.

C'est ainsi que les fanatiques colons anglais, ayant si souvent trouvé à redire contre la prétendue barbarie des sauvages convertis, s'acharnèrent sur le corps d'un saint missionnaire, qui ne leur avait fait d'autre mal que de travailler avec zèle au salut des âmes.

" Ainsi, dit Bancroft, périt Sébastien E,asles, le dernier des missionnaires catholiques dans la Nouvelle- Angleterre. Rasles était dans sa soixante-septième année, et il en avait passé trente-sept au service de Dieu en Amérique. Il était naturellement robuste, mais l'âge, les fatigues et les jeûnes l'avaient épuisé. Il connaissait plusieurs dialectes des Algonquins, et avait évangélisé diverses tribus de la vallée du Mississipi. En 1721, engagé par le père de Lâchasse^ à revenir au Canada, il répondit : " Dieu m'a " confié ce troupeau, je suivrai son sort, heureux d'être " immolé pour son plus grand bien." Ses collègues le pleurèrent comme un martyr et le glorifièrent comme un saint. Le ministère français, jaloux de donner un exemple de modération, fit taire son indignation, se confiant aux commissaires des deux nations pour rétablir la tranquillité sur les frontières."

146. Fondation de Niagara et du fort Saint- Frédéric. — Les prétentions de la Nouvelle-Angleterre se portèrent aussi du côté des grands lacs, sur les territoires iroquois, et sur une langue de terre d'une soixantaine de milles de largeur, située entre Oswégo et la rivière Cuyohaga. La France affirma ses droits en relevant le fort Niagara de ses ruines (1721), et en érigeant le fort Saiyit- Frédérie,^ la pointe à la Chevelure, sur le lac Champlain. Ces forts, tout en tenant les Anglais en échec, protégeaient à l'intérieur le commerce des fourrures. La France prenait

1 Supérieur de la mission des Jésuites au Canada.

ainsi possession des deux grandes artères de l'Amérique septentrionale, le Saint-Laurent et le Mississipi, et, dans ces contrées, on ne voyait flotter le drapeau britannique que sur Oswégo.

147. Naufrage du Chameau.— En 1725, la France envoya au Canada le Chameau, portant 250 passagers. Isl. de Chazel, qui venait remplacer l'intendant Bégon, M. de Louvigny, nommé gouverneur des Trois- Rivières, des E.écollets, des Jésuites, se trouvaient sur ce vaisseau, que des vents violents poussèrent sur les récifs de Louisbourg, où il se brisa. Le lendemain matin, la grève parut toute couverte de cadavres.

148. Mort de M. de Vaudreuil.— Peu de temps après le naufrage du Chameau, le Canada éprouva une autre perte bien sensible dans la personne de son gouverneur, qui mourut à Québec (10 octobre). Sous la longue et habile administration de M. de Vaudreuil, l'agriculture, le commerce et l'industrie avaient fait de rapides progrès, malgré les revers de la colonie pendant les guerres contre l'Angleterre.

Questionnaire. — 1. Quels heureux effets produisit la paix de 1713 à 1748 ? — 2. Qu'a dit Bancroft dos colons de la Nouvelle-Orléans ? — 3. Pourquoi Louisbourg fut-il fondé ? — 4. Parlez des colonies du ^olfe. — 5. Qu'est-ce qui amena l'assassinat du père Rasles ? — 6. Comment la France affirme-t-elle ses droits du côté des grands lacs ? — 7. Parlez du naufrage du Choineau. — 8. Quelle autre perte le Canada éprouva-t-il ?

Devoirs. — l. Parlez des fondations de la France au Canada pendant les trente années de paix. — 2. Racontez l'assassinat du père Basles.

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