PROSPÉRITÉ GÉNÉRALE
RÉSUME
149. M. de Beauharnois gouverneur. — M. de Beau- /«arwm remplaça Vaudreuil, en 1726. Jusqu'à l'arrivée du nouveau gouverneur le baron de Longueuil administra la colonie.
ITjO. L'intendant Dupuy. —L'intendant Diipuy, prétentieux à l'excès, ne put s'accorder avec le gouverneur et le clergé : le roi le rappela (1728).
151. La Louisiane : Massacre des Français. — La Louisiane n'eut aucune importance jusqu'à la fondation de kl Nouvelle-Orléans, par M. de Bienville (1717). c//t pari, voulant enlever aux Natchez le village de la Pomme, fut massacré avec ses soldats Cl 729).
155. Expédition contre les Natcliesj et les Chicasas.— Pour venger la mort de Chepart tt de ses soldats, le major Loubois et ses troupes massacrèrent les Natchez, réunis pour célébrer une fête publique en l'honneur de leur victoire sur les Français (1730). Afin de punir les Chicasas, qui avaient poussé les Natchez à la révolte, de Bienville leur porta la guerre, mais la maladie ravagea ses troupes et l'obligea à signer la paix (1740).
153. Soulèvement des Outagamis. — M. de Ligneris, commandant 450 Canadiens et 700 à 800 sauvages, attaqua les Outagamis ou Renards (1728), qui cherchaient à interrompre les communication entre la Louisiane et le Canada, et les obligea à signer un traité de paix.
154. M. Hocquart, intendant. — L'intendant Hocquart (1731) encouragea la culture du tabac, et l'exportation des produits de nos forêts.
155. Pierre Gaultier de Varennes.— M. de Varennes, sieur de La Vércndrye, accompagné de ses fils et d'un père Jésuite, explora les contrées de l'Ouest, et découvrit i^s, montagnes Rocheuses (1731-43).
156. Siège épiscopal de Québec. — Québec fut érigé en évêché en 1674. Sous la domination française, les suc-
cesseurs de Mgr de Laval, ont été : Mgr de Saint- Valier (1688) ; Mgr de Marnay (1728), qui ne vint pas au Canada ; Mgr Dosqiiet, coadjuteur jusqu'en 1734, et puis titulaire, Mgr de V Auberiviere (1740) ; Mgr «'^ Pontbriand (1741).
DÉVELOPPEMENT
149. M, de Beauharnois gouverneur. — Après la mort de M. de Vaudreuil, Charles Le Moyne, baroa de Longueuil, administra le Canada par intérim, jusqu'à l'arrivée de M. de Beauharnois (11 juin 1726), homme sage, prudent et expérimenté.
150. L'intendant Dupuy. — M. Dupuy, versé dans les sciences, vint à Québec en même temps que M. de Beauharnois, pour remplacer Bégon.
Le caractère prétentieux du nouvel intendant l'empêcha de s'accorder avec le gouverneur et le clergé. M. de Beauharnois dut plusieurs fois se contenir pour ne pas renouveler les scènes regrettables qui avaient caractérisé la première administration du comte de Frontenac.
Le roi rappela l'intendant Dupuy en 1728.
loi. La Louisiane : Massacre des Français.— La fondation de la Louisiane par d'Iberville qui en jeta les bases en y créant les centres de Biloxi et de l'île Daujo/ime (1699), végéta jusqu'à l'établissement de la Nouvelle-Orléans par M. de Bienville (1717). Un fâcheux accident faillit amener la ruine de cette nouvelle colonie. Chepart, qui commandait au fort Rosalie, voulut enlever aux Natchez^ le village de la Pomme pour le transformer en une grande ferme agricole. Le chef des Natchez, désigné sous le nom de Grand-Soleil, protesta en ces termes :
1 Les Natchez, qui habitaient les bords sud-ouest du Mississipi, étaient la peuplade la plus sensuelle et la plus efféminée de ces parages.
TRENTE-CINQ ANNÉES Dfî PAIX 127
" Le même soleil nous a éclairés, la même terre nous a nourris, a reçu nos tombeaux et passera à nos enfants. Pourquoi nous ravir les prairies que nous avons partagées avec les Français, les cabanes où nous les avons reçus, lanatte où nous avons fumé ensemble le calumet de la paix?" Chepart s'obstine et n'accorde un délai qu'à condition de lui payer un tribut en grain.
Le grand conseil de la nation se réunit, et le jour du massacre des Français est fixé. Les Natchez se rendent en foule au fort Rosalie pour remettre à Chepart le tribut demandé, puis sous différents prétextes, se dispersent dans les habitations. Des coups de feu donnent le signal de l'attaque ; Chepart est égorgé, ses soldats massacrés et toutes les campagnes environnantes dévastées. Deux missionnaires, les pères Dubuisson et Capucin, trouvèrent aussi la mort. Les corps, jetés à la voirie, devinrent la pâture des chiens et des oiseaux de proie. Les femmes et les enfants'furent emmenés en esclavage (1729).
152. Expédition contre les Natchez et les Chicasas. — A la nouvelle du massacre du fort Rosalie, les Français de la Nouvelle- Orléans se tinrent sur la défensive, en attendant le moment favorable de se venger. Le Major Loubois, qui commandait les troupes, groupa toutes ses forces sur les bords du Mississipi (1730), et tomba inopinément sur les Natchez, qui célébraient par des fêtes publiques la victoire remportée sur les colons français. La plupart furent massacrés ou faits prisonniers; ceux qui , réussirent à déserter s'ensevelirent dans les retraites de l'Ouest, ou se retirèrent chez les Chicasas. Le Grand- Soleil et 400 guerriers furent conduits en esclavage à Saint-Domingue.
De Loubois releva le fort Rosalie de ses ruines, et ramena à la nouvelle-Orléans les femmes et les enliaats enlevés par les Natchez.
De Bienviile, ayaut pris le gouvernement de la Louisiane, se prépara à porter la guerre chez les Chiccsas, instigateurs de la révolte des Natcliez, qui inquiétaient plusieurs villages, accueillaient les marchands de la Caroline, interrompaient les communications entre Kaskakia et la Nouvelle-Orléans, et tâchaient de refroidir l'ami lié des Illinois pour les Français leurs alliés. D'Artaquette devait envahir leur territoire pendant que de Bienviile se rendrait au fort Condé, sur la Mobile (1736). 1200 Chactas brouillés avec les Natchez après avoir été leurs alliés, s'unirent aux forces de Bienviile. Ce dernier se dirigea sur le principal village des Chicasas où il rencontra une vive résistance, qui l'obligea à se retirer. D'Artaquette ne fut pas plus heureux ; fait prisonnier avec Vincennes'^ et le père Sénat, il dut mourir comme eux dans les plus cruels supplices (1736).
De Bienviile, à la tête de 3000 hommes, marcha de nouveau contre les Chicasas (1740). La maladie, qui enleva une partie de ses troupes, le força à accepter la paix demandée par une députation de Chicasas. Par le fait, il cédait à ces derniers les vastes solitudes de l'Ouest comprises entre Bàtoii- Rouge et Kaskakia, qui coupaient les communications de la Basse-Louisiane avec l'Illinois. C'est ainsi que les Chicasas, alliés des Anglais, devenaient l'appui de la rivale de la France.
L'échec de de Bienviile menaça de rendre inutiles les secours de Louis XIV et du cardinal de Fleury, l'héroïsme de La Salle et d'Iberville, l'intrépidité des colons, les concours des Indiens et le zèle des ouvriers évangéliques.
153. Soulèvement des Outagamis. — De Ligneris commandant 450 Canadiens et 700 à 800 sauvages, mar ■
1 Vincennes avait fondé vv village portant son nom, et comn3ent>à par là l'état d'Indiana (1736.
cha contre les Outagamis ou Renards (1728), qui cherchaient à interrompre les communications entre la Louisiane et le Canada. Cette petite troupe, partie de Montréal, se rendit à Chicago, pir l'Outaouais et le lac Huron. Les Malhomines ou Folles- Avoines, alliés des Outagamis éprouvèrent une déroute complète en voulant s'opposer au débarquement de Ligneris. A cette nouvelle, les Outagamis se dispersèrent dans les bois. Ligneris mit le feu à leur bourgade et détruisit leurs moissons. La campagne de Ligneris amena les Outagamis à signer un traité de paix qu'ils gardèrent pendant quelques années.
154. M. Hocquart, intendant. — M. Hocquart, nommé intendant en 1731, travailla à réparer les pertes considérables que la petite vérole avait fait éprouver à la colonie en favorisant l'immigration. Il fortifia Montréal, exploita les mines du Saint-Maurice, encouragea la culture du tabac, et fit exporter à Rochefort quelques produits de nos forêts.
155. Pierre Gaultier de Varennes de La Vérendrye. — De La Vérendrye^ commandant d'un petit poste sur le lac Nipigon, au nord du lac Supérieur, fut chargé par M. de Beauharnois d'explorer les contrées voisines de la mer de l'ouest (1731-43). La cour de France, à laquelle il demanda des secours, ne lui accorda que la traite des fourrures des parages qu'il visiterait. Malgré cela il entreprit sa première expédition avec oO hommes, trois de ses fils, son neveu et un père jésuite nommé Charles-Michel Mesaiger.
1 Pierre Gaultier de Varennes de La Vérendrye, né à Trois-Rivières (le René Gaultier, chevalier de Varennes, et de Marie Boucher, servit dans l'armée et fut même laissé comme mort sur le champ de bataille de Malplaquet après y avoir reçu neuf blessures. Pour récompense de son dévouement à la cour française, il ne reçut, comme tant d'autres, qu'un vain titre.
Il eut à surmonter des obstacles considérables. Une partie de son équipage l'abandonna à quinze lieues au sud-ouest de Karainistiquia, sur le lac Supérieur, pour ne pas faire un portage de neuf milles. De La Vérendrye continua néanmoins son voyage, et se rendit jusqu'au lac à la Pluie, où il fonda le fort Saint- Pierre. Il y laissa son neveu pour faire la traite des pelleteries avec les Indiens, et retourna à Kaministiquia, où il passa l'hiver. L'été suivant (1732), il pénétra jusqu'au lac des Bois, où, sur la rive occidentale, il éleva le iori Saint- Charles. Pour se rendre au désir des Cris et des Assiniboines, qui réclamaient un poste plus près de leurs campements, il érigea le fort Maurepas (1734) à l'embouchure, de la rivière Winnipeg. Laissant à cet endroit son fils aine, Jean- Baptiste, il se rendit à Montréal, puis à Québec pour s'entendre avec ses créanciers, et leur concéda, pour ses dettes énormes, le droit d'exploiter au moyen d'agents les produits de ses établissements. Libre alors de tout intérêt commercial, il partit avec le père Jean-Pierre Aulneau de de la Touche^, jésuite, pour se livrer tout entier aux explorations commencées. Il essuya beaucoup d'épreuves ; la plus considérable fut celle du massacre de son fils aine et d'un parti de 21 hommes, par les Sioux, sur une île située à environ 20 milles au sud du fort Saint-Charles. Quelques jours après cet afîreux massacre, les corps des victimes furent trouvés par un parti de Français. Les têtes, pour la plupart scalpées, gisaient sur des peaux de castor. De La Vérendrye envoya chercher les corps de son fils et du père Aulneau avec les têtes des autres victimes pour leur donner une sépulture convenable dans la chapelle de son fort'.
1 Le père J.-P. Aulneau de la Touche remplaça le père C.-M. Mesaiger, retourné à Québec pour cause de maladie.
2 Les nombreux ossements trouvées pêle-mêle au fort Saint-Charles montrent d'une manière évidente que les restes des victimes y ont été transportés.
L'œuvre si bien commencée par de La Vérenùrye fut continuée par ses fils. Deux d'entre eux, accompagnés de deux Canadiens français, montèrent la rivière Assiniboine, traversèrent le Missouri et se dirigèrent vers l'ouest jusqu'aux montagnes Rocheuses. Le plus jeune des fils du grand explorateur monta la ^askatchewan jusqu'à la bifurcation de cette rivière.
Avant les découvertes des de La Vérendrye, on ne connaissait rien de l'immense contrée située entre la Californie et la baie d'Hudson.
156. Siège épiscopal de Québec. — En 1674, Québec était érigé en évêché. Le premier titulaire fut Mgr de Laval, qui, jusque-là, n'avait été que vicaire apostolique du Canada. Tout en dépendant immédiatement du
saint-siège, le nouveau diocèse ne cessait pas d'être uni à l'Église de France. Après vingt-cinq ans d'un laborieux et fécond épiscopat, Mgr de Laval obtint du roi Louis XIV de se trouver un successeur. Son choix tomba s\k M. de Saint-V allier, natif de Grenoble (1653), et recom- Mgr de saint-vaiiier maudable par ses éminentes
qualités du cœur et de l'esprit. Le nouvel évêque divisa son diocèse en 82 paroisses et régularisa partout le service religieux. Il visitait les malades et leur rendait souvent les services les plus bas. Si on lui faisait remarquer que ces sortes de soins ne convenaient pas à son ministère sacré, il répondait: *' Je ne crains pas d'avilir mon sacerdoce en exerçant la charité tant recommandée par celui qui a adopté les pauvres pour ses enfants." Ce digne prélat s'éteignit à l'hôpital général de Québec en
1727. Il fut vraiment regretté de toute la population naais surtout des pauvres, dont il était le père et le protecteur. Ses dernières paroles aux religieuses qui devaient continuer sa mission aupi'ès des déshérités de la fortune, furent celles-ci : "Mes filles, oubliez-moi après ma mort, mais n'oubliez pas mes pauvres."
Le successeur de Mgr de Saint- Vallier fut Mgr de Mornay ,(1728). Ne pouvant venir au Canada à cause de son grand âge et de ses infirmités, il choisit comme coadjuteur M. Dosquet, qui devint évéque titulaire en 1734. Lasantn débile de ce dernier le détermina à remettre son sièue à M. François -Louis Pourroy de L' Auherivière, sacré dans la chapelle de Saint-Sulpice, à Paris. Pendant la traversée du nouveau prélat, la fièvre éclata à bord ; il soigna avec dévouement ceux qui en étaient atteints, la prit lui-même en arrivant à Q,aébec, et mourut quelques jours après (1740).
Cette perte plongea la colonie dans le deuil : les sauvages manifestèrent leurs regrets en envoyant des colliers au gouverneur.
Mgr Henri- Marie Duhreuil de Pontbriand, le dernier évêque sous la domination française, succéda à Mgr de L'Auberivière et s'empressa de venir prendre possession de son siège (1741). La Nouvelle-France comptait alors 100 paroisses ou dessertes et plusieurs missions au centre du pays, dans l'Ouest, en Acadie, sur les rives du golfe Saint- ' Laurent et du Mississipi. La population s'élevait à plus de 40,000 âmes.
Questionnaire. — l. Que savez-vous de l'intendant Dupvi}'? — 2. Parlez du massacre des Français par les Natchez. ~3. Comment Loubois se vengea-t-il de ce massacre ? — 4. Pourquoi de Bien ville portat-il la guerre contre les Chicasas ? — 5. Que savez-vous de Ligneris ? — 6. Parlez de l'intendant Hocquart.— 7. Quelles découvertes fit de La Vérendrye? — 8. Quel fut le successeur de Mgr de Ltxval? — 9. Que savez-vous de Mgr de Saint- Vallier ? — de Mgr de L'Auberivière ?
Devoirs.^]. Bacontez l'expédition contre les Natchez et les Chicasas.— 2. Parlez des explorations de La Vérendrye et de ses fils.