‹ Histoire du Canada (volume 2)Chapitre 55 sur 95 · ADMINISTRATION DE SIR JAMES CRAIQ · texte numérisé non relu

ADMINISTRATION DE SIR JAMES CRAIQ

RÉSUMÉ

246. Craigf, gouverneur.— Sir James Craig arriva au Canada en 1807, en qualité de gouverneur. Des antipathies de races se manifestèrent sous son administration.

247. Violence de Craig.— Le caractère soupçonneux et violent de Craig s'emporta devant le refus de la chambre d'Assemblée, d'admettre dans son sein les juges et les Juifs ; pour se venger, il alla jusqu'à dissoudre deux fois, coup sur coup, les chambres, mais les électeurs réélurent chaque fois les mêmes députés.

248. Ryland.— Aj'/a?/^, secrétaire de Craig, se rendit à Londres pour exposer la situation politique du Canada et demander que la nomination des curés fut réservée au roi.

249. Ordonnances de l'Angleterre. — Le parlement anglais désapprouva la conduite de Craig, et ordonna d'exclure les juges du gouvernement, à condition que la chambre d'Assemblée voiât cette mesure (1810).

250. Le Canadien.— Pour avoir soutenu la chambre d'Assemblée, l'imprimeur du Canadien fut arrêté et l'on s'empara de ses presses ; des mandats d'arrestation furent lancés contre d'intrépides défenseurs des droits du peuple.

251. Mgr Plessis et Craig,— Craig trouva dans Mgr Plessis un défenseur ferme et loyal des droits de l'Eglise, quand il lui proposa de réserver au roi la nomination des curés.

252. Derniers actes administratifs et départ de Craig. — La session de 1810 s'occupa surtout des impôts et du service postal. Craig quitta le Canada sans être regretté des Canadiens français (1812).

DÉVELOPPEMENT

246. Craig, gouverneur. — Sir Jam.e« Orat^f remplaça Robert Shore Milnes dans le gouvernement général du Canada (1807). De nombreux flatteurs excitèreUt boû

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esprit irascible, en lui présentant les chefs du parti canadien comme des rebelles fomentant sans cesse la discorde et les antipatliiea de races parmi leurs compatriotes.

247. Violence de Craig. — Craig se brouilla avec les représentants du peuple, dès la première année de son administration. Une grande partie des séances parlementaires se passèrent à discuter l'exclusion des juges et des Juifs du corps législatif, à l'imitation de l'Angleterre. Les Juifs seuls furent déclarés inéligibles. Le Conseil rejeta ce bill, malgré que la chambre l'eût voté avec une majorité de vingt-deux voix contre deux. Craig traduisit son mécontentement par des tracasseries de mauvais aloi et des mesures vexatoires. Cette motion le contraria jusqu'au point de dissoudre deux fois coup sur coup (1809-1810) la Chambre. Les nouvelles élections amenèrent toujours les mêmes hommes, et la députation nationale conserva la même attitude.

Dans les débats parlementaires, qui eurent du retentissement, Bidard proposa de rendre le ministère responsable ; Papineau, dont l'éloquence avait bien des fois remué le pays, prononça un discours plein de patriotisme ; Bourdages révéla un talent oratoire de premier ordre ; Debartzch montra une sagacité d'esprit étonnante, et Taschereau protesta énergiquement contre les abus du pouvoir.

De son côté, le journal le Canadien lançait des articles vigoureux contre une politique aussi fanatique qu'arbitraire.

248. Ryland. — Ryland, secrétaire de Craig, s'étant rendu à Londres pour exposer la situation politique du Canada, proposa de rendre le gouvernement indépendant du peuple, et de payer les députés avec les revenus des biens des Jésuites et des Sulpiciens ; il demandait surtout aue les curés fussent choisis par le roi.

Craig écrivait en même temps au ministre des colonies : " J'ai dû agir énergiquement pour sauver le Canada, où le parti démagogique répand les pires doctrines ; ce parti devient d'autant plus audacieux que Bonaparte remporte de grands succès en Europe ; il est dans l'intention de relever le drapeau français ; pour lui tenir tête, il faut , abolir la constitution, réunir les deux Canadas, prendre les biens du séminaire de Montréal, et mettre les curés à la nomination du roi. Si le roi ne nomme pas les curés, la colonie est perdue."

249. Ordonnances de l'Angleterre. — Le parlement anglais désapprouva la conduite de Craig et ordonna d'exclure les juges du gouvernement, à condition que cette mesure fût votée par la chambre d'Assemblée. Le Conseil législatif ne voulut point se soumettre à la Couronne. A l'ouverture de la session de 1810, les députés protestèrent contre les paroles blessantes dont s'était servi Craig pour proroger les chambres en 1809 ; ils censurèrent la conduite de cette coterie d'oppresseurs qui ne cessait de circonvenir le gouverneur, puis ils proposèrent de se charger de toutes les dépenses civiles et de faire voter au budget le salaire des députés.

Voyant ces mesures pleines de loyauté rejetées, les députés déclarèrent vacant le siège du juge de Bonne.

250. Lq Canadien. — Pour venger son favori de Bonne, que les Canadiens appelaient l'dme damnée des Anglais, Craig cassa de nouveau le parlement, donna l'ordre de s'emparer des presses du Canadien, où il espérait saisir le fil de la prétendue conspiration contre l'Angleterre, fit arrêter l'imprimeur sous l'accusation de haute trahison, et lança des mandats d'arrestation contre Bédard, Papineau, Taschereau, et plusieurs autres intrépides défendeurs des droits du peuple. Craig relâcha bientôt ces prison-

aiers politiques, qui, pour démontrer publiquement l'injustice de leur arrestation, demandaient à subir leurs procès. Bédard ne voulut sortir de prison qu'après avoir eu le verdict du jury. En dépit de la haine de ses adversaires, il eut assez de noblesse pour dire à ses électeurs " que les Canadiens devaient faire tomber les préjugés de l'Angleterre, à force de loyauté et de sagesse."

251. Mgr Plessis et Craig— Craig trouva autant de fermeté dans Mgr Plessis, alors évoque de Québec, pour défendre les droits de l'Eglise qu'il en avait trouvé dans la chambre d'Assemblée pour défendre ceux du peuple. Le digne prélat répondit au gouverneur, touchant la prétention de réserver au roi la nomination des curés, qu'aucun membre de l'Eglise catholique ne pouvait, sans apostasie, reconnaître la suprématie religieuse du roi. L'ira^scible gouverneur répliqua d'un ton fiévreux : " Et nous, nous ne reconnaissons point l'Eglise catholique." Ces différends se pacifièrent avec le temps et, grâce à l'énergique initiative de Mgr Plessis, l'Eglise catholique au Canada put jouir des privilèges garantis par l'acte de Québec.

252. Derniers actes administratifs et départ de Craig. — La dernière session du parlement sous Craig (1810) s'occupa surtout des impôts et du service postal, qui se faisait alors au moyen ae voitures, avec des relais déterminés. Les délibérations furent plus calmes, et le gouverneur, miné par la maladie qui le conduisait rapidement au tombeau, trouva quelques paroles de remerciement pour

Mgr Plessis

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les Canadiens : " J'ai votre prospérité à cœur, leur dit-il, c'est là le dernier legs de celui qui vous parle, et s'il vit assez longtemps pour revoir son souverain, il se présentera devant lui avec la certitude de recevoir son approbation s'il peut lui dire: " Sire, j'ai trouvé les sujets que vous " m'avez confiés se regardant avec jalousie et défiance et " animés d'intérêts divers, je les ai laissés cordialement " unis."

Telles furent aux chambres les dernières paroles de celui dont le gouvernement a été qualifié du nom significatif de règne de la terreur. C'était un homme à la physionomie agréable, au port imposant, au maintien mâle et plein de dignité. Poli, afîable, il était néanmoins opiniâtre, tranchant et surtout irritable. Ce mélange de qualités et de défauts lui suscita bien des difficultés et lui fit éprouver bien des déboires. Il partit pour l'Angleterre, où il mourut en janvier 1812.

Questionnaire. — 1. Quelles furent les causes des actes de violence de Craig ? — 2. Nommez quelques Canadiens qui se distinguèrent dans les débats parlementaires. — 3. Que fit Ryland pour soutenir Craig ? — 4. Quelles furent les ordonnances de l'Angleterre? — 5. Quelle conduite tint Craig à l'égard du journal Le. Canadien ? — 6. Que voulut obtenir Craig de Mgr Plessis ? — 7. Parlez des derniers actes administratifs de Craig .

Devoir. — Résumez l'administration de Sir James Craig.

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