‹ Histoire du Canada (volume 2)Chapitre 60 sur 95 · CRISE POLITIQUE RÉSUMÉ · texte numérisé non relu

CRISE POLITIQUE RÉSUMÉ

267. Dissensions politiques.— Dalhousie, par son refus de sanctionuer le bill des subsides et par le langage insul-^ tant qu'il employa en prorogeant les chambres, suscita de nouvelles difficultés politiques ('1826).

268. Sir James Kempt, administrateur. — Kenipt, venu au Canada comme administrateur (1828), ne suivit guère que la route inique de ses prédécesseurs.

269. I/ord Aylmer, gouverneur. — Zcra^ Ayhner, qui remplaça Kempt (1830;, apprit aux représentants du peuple que l'Angleterre était prête à leur céder le contrôle des revenus publics, moyennant une liste civile de £19,000 votés pour la vie du roi : la Chambre n'accepta pas et en appela à Londres.

270. Emeute à Montréal. — L'élection d'un député à Montréal amena une émeute où trois Canadiens furent tués (1832).

271. Société nationale.— Z>MZ'<frwaj' fonda la société de Saint-J eau- Baptiste (1834), en lui donnant pour devise : Nos institutions, notre langxie et nos lois. Une société semblable fut fondée à Québec en 1842.

272. Stanley et O^Q,onné\]..— Stanley osa déclarer en plein parlement de Londres que les plaintes des Canadiens français n'étaient qu'un tissu de mensonges ; O'Connell, célèbre député d'Irlande, prit la défense des inculpés.

273. I,es 92 résolutions. — Les Canadiens exposèrent à Londres tous les griefs de la colonie contre la métropole, dans 92 résolutions.

274. lyc choléra. — Le choléra asiatique éclata pour la première fois à Québec et fit en quatre mois 3,300 victimes.

DÉVELOPPEMENT

267. Dissensions politiques.— Le discours mordant de Dalhousie en prorogeant les chambres (1826), son refus de sanctionner le bill des subsides voté sous Burton, et la violence de la presse suscitèrent de nouvelles difficultés

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politiques. MM. Papineau, Heney, Cuvillier et Qaesnel devinrent l'âme d'un mouvement populaire. Les élections furent très agitées ; dans plusieurs endroits il y eut des rixes et beaucoup de désordres ; mais les Canadiens eurent l'avantage.

Le Canadian Spectator disait : '' Les élections sont finies, les amis da roi, de la constitution et da pays ont remporté une victoire complète. Les employés de lord Dalhousie et l'administration elle-même ont été partout et hautement désapprouvés."

Dalhousie ne voulut pas reconnaître Louis Papineau comme président de la chambre, mais la majorité des membres, soutenue par Cuvillier, s'opposa au gouverneur, qui prorogea de nouveau le parlement. Cet acte de violence déplut souverainement au peuple, et MM. Viger, Cuvillier et Neïlson, se rendirent à Londres, portant une adresse de protestations recouverte de 80,000 signatures.

Le Haut-Canada, mécontent de Y oligarchie qui le tyrannisait, blâma sévèrement la conduite du gouverneur, et porta aussi des plaintes en Angleterre. Cette coïncidence donna de la force aux récriminations des Canadiens.

De son côté, Dalhousie envoya Gale pour défendre sa cause auprès de la Couronne.

Ces difficultés occasionnèrent le rappel de Dalhousie.

C6S. Sir James Kempt, administrateur. — Sir James Kempt, gouverneur de la Nouvelle-Ecosse, remplaça Dalhousie, en qualité d'administrateur (1828). Il y eut sous lui deux sessions et le nombre des députés fut porté de 50 à 84. Couvert du manteau de l'impartialité, d'après le mot d'ordre de Londres, il suivit avec dextérité la route inique de ses prédécesseurs. Cependant, Kempt reconnut Papineau comme président, réintégra dans leurs charges les officiers de la milice et les

magistrats destitués par Dalhousie. £200,000 furent votés pour les améliorations les plus ui'gentes et la presse prit an ton plus modéié. La connaissance parvenue au peuple d'une dépêche de Kempt, au ministre des colonies, lui suggérant de ne pas modifier tout de suite la composition du Conseil, l'engagea à demander son rappel.

2G9. Lord Aylmer, gouverneur— Lord Aylmer, qui remplaça Kempt (1830), apprit aux représentants du peuple que l'Angleterre était prête à leur céder le contrôle des revenus publics, à l'exception de celui des terres de la Couronne, moyennant une liste civile de £19,000 votés pour la vie du roi. Les injustices criantes du passé empêchèrent les représentants i du peuple de croire à l'impartialité de cette offre généreuse. Ce refus attira sur eux le blâme pour n'avoir pas accepté ce qu'ils réclamaient depuis quarante ans. Piqués, d'ailleurs, de ce qu'à l'avenir, aucune dépêche ministérielle ne pourrait leur être communiquée sans l'assentiment du bureau colonial, ils demandèrent au gouverneur un rapport détaillé de l'emploi des biens des Jésuites, des revenus des terres et des forêts, et des item de la liste civil'e \\i\ lui avait été transmise. Aylmer répondit d'une manière évasive.

De tous côtés, dans des assemblées publiques, on censurait le gouvernement. Des jeunes gens, plus ardents qu'éclairés, et n'entrevoyant les obstacles à surmonter qu'à travers un {)risme trompeur, pressaient Papineau de poursuivre à 'outrance les luttes parlementaires, pour forcer l'Angleterre de se rendre à ce qu'ils demandaient. Ils étaient loin de se douter qu'après l'union législative, on se servirait d'eux comme d'instruments pour "établir dans le Bas-Canada une population anglaise, avec les lois et la

1 60 Cftiiadien» {rinçais et 24 Anglais formaient la nouvelle Chambre.

GOUVERNEMENT CONSTITUTIONNEI*

langue anglaise, et de soumettre cette province au régime rigoureux d'une législature essentiellement anglaise. "^

270. Emeute à Montréal.— L'élection d'un député pour Montréal, dura trois semaines, et échauffa tellement les esprits qu'on se vit obligé de mettre les troupes sous les armes : trois Canadiens furent tués et deux autres, ,il)lessés (21 mai 1832). Tout l'odieux de cette action retomba sur le corps exécutif qui savait si bien, disait-on, " choisir les victimes."

271. Société nationale.— Ze Canadien, à Québec, et la Minerve, à Montréal, soutenaient vigoureusement nos

droits. Duvernay, alors propriétaire de la Minerve, et Tracey, rédacteur du Vindicator, furent emprisonnés pour avoir attaqué trop ouvertement le Conseil législatif.

Les ovations populaires dont ils furent l'objet obligèrent les réformistes à les mettre en liberté sans qu'il fut possible de leur intenter un procès. Duvernay profita de ce mouvement enthousiaste pour organiser la société nationale de Saint- Jean-Baptiste. Il lui donna pour devise : " Nos institutions, notre langue et nos lois," et adopta la feuille d'érable et le castor comme emblèmes. Un banquet d'inavguration présidé par M. Jacques Viger, premier maire ûo

Ludger Duvernay

1 Lord Durham.

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Montréal, eut ]ieu à cette occasion (24 juin 1834). A Québec, la société nationale de Saint -Jean-Baptiste prit naissance en 1842 ; le docteur Bardy en fut le premier président, et le 24 juin il y eut de grandes démonstrations.

La crise politique du Canada occupait l'Angleterre, et l'incomparable O'Conne^Z, surnommé le grand agitateur de l'Irlande, sa patrie, plaidait notre cause, tandis que lord Gosford, Grey et Gripps étaient nommés pour venir étudier la situation du pays et les dispositions des Canadiens.

272. Stanley et O'Oonnell.— Le Conseil législatif et les marchands anglais de Québec et de Montréal venaient de demander à l'Angleterre de maintenir la constitution existante, quand Stanley, ministre des colonies, prit en pleine chambre fait et cause pour le Conseil et eut l'audace de dire que le manifeste des Canadiens n'était qu'un tissu de mensonges : " Il est vrai, s'écria-t-il, que sur 204 fonctionnaires il n'y a que 47 Canadiens français, mais cet état de chose est juste, si l'on considère que bientôt les deux Canadas seront réunis, et qu'alors la majorité de la population sera anglaise." Stanley caressait d'ailleurs le fameux projet conçu par lord Aylmer, qui, après avoir visité les cantons de VEst et là vallée de VOutaouais, avait écrit à lord Goderich, alors ministre des colonies, que ces parages pouvaient recevoir plus de 600,000 colons et que c'était, selon lui, le meilleur moyen de noyer la race canadienne. En apprenant qu'une association se formait à Londres pour peupler ces contrées, les Canadiens demandèrent par une requête au roi de ne concéder ni terres, ni chartes, ni privilèges à aucun des membres de cette association.

0' Connell, indigné du propos de Stanley, répliqua : " Si c'est ainsi que vous entendez la juitioe, la Canada n'aura

bientôt plus rien à envier à l'Irlande. L'aveu même de l'honorable ministre des colonies est une preuve des abus commis par ceux qui gouvernent le Canada, puisque sur une population composée de plus des trois quarts de Canadiens français on ne leur accorde qu'un quart des charges publiques. La composition du Conseil législatif e** f -^ssi vicieuse, puisque, parmi ses membres, les uns sont ou nimistrès, ou juges, ou fonctionnaires publics, ce qui ctQy^-i un double avantage au gouvernement."

273. Les 92 résolutions. -Les députés <^'^ "-<"rle, fatigués de réclamer le contrôle des deniers pubii^rrr fit la réforme du Conseil exécutif, qui n'était pas resr>^^~»''^-ie à la Chambre d'assemblée, résumèrent les principe.*.!!:: •"-jriefe en 92 résolutions, qu'ils envoyèrent en Anglete»*'^*'' ''"-4). Effrayés du danger qui les menaçait de tout per^^re en voulant tout gagner, Neilson, Cuvillier et Quesof}^ «i^andonnèr«£if. le parti de Papineau.

Des groupes politiques se formèrent à Montr&ai pour activer le mouvement en faveur des 92 résolutions, qui devinrent comme le code des esprits révolutionnaires.

274. Le choléra. — C'est aussi vi-rs cette époque que le choléra asiatique, apporté par 52,000 immigrants irlandais (1832), éclata pour la première fois au Canada, et fit à Québec 3,451 victimes dans l'espace de quatre mois. La voix de Dieu, qui menaça si sévèrement dans cette circonstance, n'amena cependant pas de trêve entre les partis. Le fléau reparut avec encore plus d'intensité en 1834.

Questionnaire. — 1. Qu'est-ce qui occasionna de nouvelles dissensions politiques ? — 2. Nommez ceux qui portèrent une adresse à Londres. —3. Quelle fut la conduite de Rempt ? — 4. Pourquoi dcmanda-t-il son rappel ? — 5. Quelle nouvelle apporta Aylmer, au sujet des subsides? — 6. Quelle fut l'attitude des députés?—?. Parlez de Témeute à MontréaL — 8. Que savez-vous de Duvernay ? — Q Quel langage tint

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Stanley au parlement de Londres ? — 10. Quelle fut la riposte d'O'Connell? — 11. Comment les députés du peuple résumèrent-ils les principaux griefs ? — 12. Quel ravage exerça le choléra asiatique ?

Devoirs.— 1. Parlez des dissensions politiques sous Dalhousie et Kempt. — 2. Racontez les faits les j)lus saillants du gouvernement d'Aylmer.

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