ESSAIS DE COLONISATION
RESUME
26. De Roberval.— François 1er chargea de Roberval àe. reprendre le projet de colonisation en Amérique ; Cartier, choisi pour diriger l'expédition (1540), le précéda au Canada et alla se fixer au cap Rouge, qu'il appela Charlesboiirg-Royal. Il remonta le fleuve jusqu'au saut Saint- Louis, au-dessus d'Hochelaga, hiverna à Charlesbourg- Royal, et retourna en France. En 1542, de Roberval se rendit à Charlesbourg-Roj-al, qu'il nomma France- Roy .
27. I/C Marquis de la Roche.— Le Marquis de la Roche vint au Canada en 1598, et débarqua 50 repris de justice à Vile de Sable, où ils furent abandonnés pendant cinq ans.
28. De Chauvin. — !M. de Chauvin, chargé de mener à bonne fin (1599) le projet de François 1er, ne s'occupa que de la traite des pelleteries.
29. De Chastes.— M. de Chastes reprit le projet d'une colonie en Amérique avec la grande idée de servir Dieic et la patrie (1603), mais il mourut avant d'avoir pu réaliser ses beaux desseins.
30. De Monts : Fondation de Port-Royal. — Pierre du Guast, sieur de Monts, calviniste loyal, succéda à de Chastes. Il fit une expédition en 1604 ; de Poutriyicourt, Pontgravé et Chaniplain en faisaient partie. Ils s'établirent d'abord dans l'île de Sai^ite-C^'oix, en Acadie, puis ensuite à Port- Royal (1606).
31. Poutrincourt.— Voulant fortifier Port-Ro3'al, de Poutrincourt alla en France chercher de gros renforts (1606), Âfarc Lescarbot, avocat et écrivain, et Louis Hébert, apothicaire de Paris, étaient au nombre des passagers.
32. I/es Jésuites en Acadie.— En 1611, les pères Masse et Biart arrivèrent à Port-Roj'al.
33. Etablissement de Saint-Sauveur.— En 1613, M., de la Saussaye prenait en passant à Port- Royal les pères
Massé et Biart, pour les conduire sur l'île des Monts- Déserts, à l'entrée de la rivière Pc7ttagouet, où il fonda un établissement appelé Saint- Sauveiir. Cette colonie fut détruite par Argall, envoyé par le gouverneur de la Virginie.
34. Peuplades indiennes.— Les trois principales peuplades étaient celles des Esquimaux , des Algonqiiins et des Hnrons. La race huronne comprenait la belliqueuse et farouche nation irognoise.
35. Mœurs et Coutumes.— Les deux principaux /<// w/r^ des tribus sauvages étaient V algonqnin et le huron ; chacune de ces langues avait ses dialectes. En été, les sauvages étaient presque nus ; en hiver, ils se couvraient de peaux de bêtes. Parmi eux, les vieillards et les orateurs jouissaient de beaucoup de prestige. Les enfants, faciles à contenter, étaient presque livrés à eux-mêmes.
36. Guerre.— Les sauvages ne livraient la guerre que pour se venger d'insultes reçues. Le javelot, Varc, la flèche et le tomahawk étaient leurs armes.
37. Religion.— Le soleil, la hine et les étoiles étaient les divinités supérieures des sauvages. Des génies inférieurs, appelés Manitoics, présidaient à toutes les destinées de la vie. Ils croyaient à l'immortalité de l'âme, aux songes et aux devins. Pleins de respect pour les morts, ces Indiens célébraient tous les dix ou douze ans une fête solennelle en leur honneur.
DEVELOPPEMENT
26. De RobervaL — Les guerres que François 1er eut àsouienir contre Charles-Quint ne lui permirent de reprendre son projet de colonisation en Amérique qu'en 1540. François de la Roque, sieur de Roherval, fut chargé, par lettres patentes, d'une expédition. II était autorisé à lever une armée de volontaires avec artillerie et victuailles, et à choisir des criminels dans les prisons royales pour les établir dans sa vice-royauté. Cartier fut choisi, avec l'agrément du roi, pour diriger cette expédition, destinée à former le noyau d'une colonie. Il approvisionna cinq
navires, jaugeant 400 tonneaux chacun, et put mettre à la voile le 23 mai 1541. De Roberval, qui n'avait pas encore reçu toutes ses munitions, permit à Cartier de le devancer. Les vaisseaux, à cause des vents contraires, ne purent se réunir que le 23 août, au havre de Sainte-Croix. Les sauvages de Stadaconé se réjouirent de l'arrivée des nouveaux colons, mais en apprenant la mort des Indiens emmenés en France (1536), ils conçurent quelque défiance. Agona, alors le gouverneur de la tribu, se montra très affable. En signe d'amitié, il déposa sa couronne de cuir jaune sur la tête du grand capitaine.
Cartier remonta le fleuve jusqu'au cap Houge, quatre lieues plus haut, et appela cet endroit Charleshourg-lloyal. Deux forts furent élevés, l'un pour abriter ses vaisseaux et l'autre pour se mettre en état de défense contre les naturels. La garde en fut confiée au vicomte de Beaupré. Cartier partit pour Hochelaga, se rendit jusqu'au 5at«^ Saint-Louis, puis revint à Charlesbourg- Royal, où il trouva les Français en mésintelligence avec les naturels. L'hiver fut rigoureux, les provisions s'épuisaient et de Eoberval n'arrivait pas. Dès que la navigation fut ouverte, Cartier leva l'ancre pour la France.
Cependant, le 16 avril 1542, de Roberval quittait le port de la Rochelle, avec trois gros navires portant 200 personnes, parmi lesquelles se trouvaient plusieurs gentilshommes. La rencontre des vaisseaux eut lieu à Terre- Neuve. Afin d'éluder un conflit avec de Roberval, qui l'engageait à retourner avec lui, Cartier leva l'ancre pendant la nuit. De Roberval poursuivit son voyage jusqu'à Charlesbourg- Royal, qu'il nomma France-Roy. Il mit aussitôt ses gens à l'ouvrage, et en peu de temps s'élevèrent des corps de logis assez considérables. Cinquante personnes moururent du scorbut pendant l'hiver. De
E-oberval eut à sévir rigoureusement pour maintenir la discipline. Au printemps (1543), il alla visiter le Saguenay , avec huit barques, montées de 70 hommes. Pendant le trajet, l'une d'elle chavira et huit hommes se noyèrent.
Au lieu des secours qu'il attendait, de Roberval reçut l'ordre de rentrer en France. Plusieurs historiens pensent que Cartier, dans un quatrième voyage, fut chargé de rapatrier les restes de la colonie, et qu'il vécut ensuite dans l'obscurité jusqu'à la fin de sa vie.
C'est à Cartier que l'on doit la découverte du Canada. Cet habile marin sauvegarda toujours les intérêts de François 1er, qui le regardait comme un homme de grand sens et fort expérimenté. Sa piété était à l'égal de son courage. " Tout ce beau et riche pays, écrivait-il au roi de France, donne une espérance certaine de l'augmentation de notre sainte foi."
Les essais de colonisation au moyen de gens de sac et de corde, ne réussirent pas, et grâce à ces échecs, les Canadiens n'ont pas à rougir de leurs ancêtres.
27. Le Marquis de la Roche.— L'insuccès de Roberval fit abandonner le Canada pendant près d'un demisiècle. En 1578, Henri III nomma le marquis de la Roche vice-roi des Terres-Neuves ; toutefois, suivant quelques auteurs^ accrédités, celui-ci ne prit possession de ses titres que sous Henri IV (1598). Outre son équipage, cinquante repris de justice furent mis à sa disposition. Les ayant débarqués à Xîle de Sahle, il se dirigea vers l'Acadie, afin de choisir un lieu convenable pour y jeter les bases d'une colonie. En moins de douze jours, des vents contraires le jetèrent sur les côtes de France, où il fu!; fait prisonnier de guerre par les Ligueurs. Après cinq ans de
1 Voir l'abbé Ferland. T. 1, p. 60 et 61.
prison, il révéla le sort ae ses malheureux compagnons. Henri IV envoya Chédotel pour les rapatrier.
Ile (le Sable
Il n'en trouva que douze, et encore ressemblaient- ils à (les spectres. Le roi tint à les voir et donna à chacun cinquante écus.
28. De Chauvin. — L'échec du marquis de la Eoche ne fit pas abandonner l'entreprise de la France. M. de Chauvin sollicita et obtint une commission du roi, à condition de fonder une colonie et d'y établir la religion catholique. De Chauvin ne tint aucune de ses promesses, et s'occupa exclusivement de la traite des pelleteries à Tadoussac. De Pontgravé, qui l'accompagnait, remonta le fleuve jusqu'à Trois-E/ivières. De Chauvin fit un deuxième voyage (1600) et mourut (1601) avant d'entreprendre le troisième, qu'il avait projeté.
29. De Chastes. — M. de Chastes, gouverneur de Dieppe, hérita des privilèges de M. de Chauvin. Servir Dieu et la Patrie était la devise du nouveau vice-i'oi.
32 VOYAGES de; découvertes et colonisation
Pour mener à bonne fin son projet de colonisation, il forma la compagnie dite de de Monts, dans laquelle entrèrent de très riches négociants. Pontgravé et Champlain, qui prirent part à l'expédition de M. de Chastes, laissèrent leurs vaisseaux à Tadoussac, et remontèrent le fleuve, en chaloupe, jusqu'au saut Saint-Louis. Ces explorateurs éclairés dressèrent des cartes et cherchèrent l'endroit le plus favorable à une fondation. Après une absence de près de huit mois, ils rentrèrent à Honfleur à'où ils étaient partis le 15 mars 1603.
En arrivant, ils apprirent la mort de M. de Chastes : ce fut pour eux et pour la colonie une perte considérable.
30. De Monts : Fondation de Port-Royal. — Pierre du Guast, sieur de Monts, calviniste, succéda à de Chastes. " C'était, dit Charlevoix, un fort honnête homme, dont les vues étaient droites et qui avait du zèle pour l'Etat et toute la capacité nécessaire pour réussir dans l'entreprise." De Monts conserva et augmenta la compagnie fondée par son prédécesseur. Il fixa son départ au 7 mars 1604. De Poutrinoourt, Champlain et Pontgravé , faisaient partie de l'expédition. Les vaisseaux se dirigèrent sur les côtes de l'Acadie, entrèrent dans la baie de Fundy, que de Monts appela baie Française, puis, revenant sur leur route, abordèrent dans l'île de Sainte-Croix, où les colons se fixèrent. Le scorbut enleva trente-six personnes pendant l'hiver. La petite colonie éprouvée à l'île de Sainte-Croix, alla se fixer au printemps sur une concession de terre qu'avait obtenue Poutrincourt et qu'il nomma Port-Royal (aujourd'hui Annapolis). Les Micmacs ou Souriquois habitaient ces parage=i. Memhertoit, leur chef, devint un ami fidèle et dévoué des Français.
Après l'installation de la colonie à Port- Royal, de Monts passa en France, oii les intérêts de son entreprise le récla-
maient. Le scorbut enleva encore six personnes pendant la rude saison. Ne recevant plus de secours de France, Pontgravé partit, avec tout son monde, le 14 juillet 1606. Latai'.le et Miquelet restèrent seuls à la garde du fort.
SI. De Poutrincourt. — A peine de Pontgravé était-il parti que de Poutrincourt, passé en France pour obtenir des vivres, arrivait à Port-Royal, avec de gros renforts. Marc Lescarhot, avocat et écrivain, et Louis Hébert, apothicaire de Paris, étaient au nombre des passagers. Pontgravé, ayant appris à Canseau le retour de Poutrincourt, revint à Port-Royal. Poutrincourt basa le succès de son entreprise sur la culture du sol. Aussi, dès le lendemain de son arrivée commença-t-il à préparer la terre pour recevoir les semences d'automne.
Des marchands jaloux réussirent à faire révoquer l'acte par lequel Henri IV avait accordé à de Monts la traite des pelleteries (1606). De Monts abandonna pour quelque temps ses projets de colonisation, qui lui avaient occasionné de grandes dépenses. Il ne put les reprendre qu'en 1607.
32. Les Jésuites en Acadie. — Madame de Guercheville ayant appris les conversions que des missionnaires avaient opérées en Acadie, consacra une somme considérable à cette œuvre. Son choix se porta sur les Jésuites. Les pères Massé et Biart quittèrent Dieppe pour venir à Port-Royal (1611). Membertou, chef des Souriquois, qui savait le français, enseigna l'idiome des naturels aux missionnaires. Le père Biart visita la côte voisine, remonta la rivière Kinihéki, et fut bien accueilli des Canibas, qui habitaient ses rives.
S3. Etablissement de Saint-Sauveur. —La duchesse de Guereheville, désirant fonder une colonie foncièrement catholique, confia une expédition à M. de la Saussaye (1613). Ce dernier toucha à Port-Royal afin
34 VOYAGES DE DÉCOUVERTES r.V COLONISATION
d'y prendre les pères Massé et Biavt, pour les conduire sur l'île des Monts- Déserts, à l'entrée dé la rivière Pentagouet, où il fonda un établissement appelé Saint- Sauveur. Les pères prirent possession de cette île au nom de Y Eglise et de la France, en y plantant une croix.
Cette colonie naissante fut réduite en cendres par ^ÂrgaU, capitaine anglais, qui traita les colons comme des pirates et les conduisit en Virginie.
34. Peuplades indiennes. — Quand les Français découvrirent le Canada, ils le trouvèrent habité par différentes tribus sauvages, qui, quoique distinctes, avaient néanmoins
Un groupe d'Indiens.
quelque chose de commun dans les mœurs et les u?agea. Les trois principales peuplades étaient celles des Esquimaux, qui habitaient les rives de la baie d'Hudson, du Labrador et de Terre-Neuve ; des Algonquins, que l'on trouvait sur les bords du Saint-Laurent, surtout entre Québec et Montréal ; des Hurons, qui étaient resserrés dans la petite ;?émns?^Ze située entre le lac Simcoeetles baies Nataouasaga et Géorgienne. La race huronne comprenait la belliqueuse et farouche nation iroquoise, qui se trouvait au sud du lac Ontario, depuis la rivière Hudsûn
Panache ^ a • /
Tam-tam Cou/eau a sca/per
Km.
Objets à l'usage des sauvages.
jusqu'à Niagara. Cette nation se divisait en cinq peuplades: les Agniers, les Onneyouis, les Onontagués, les Goyogouins et les Taonnonthouams.
35. Mœurs et coutumes. — Les nombreux dialectes parlés par les naturels se rattachaient à deux idiomes : Y algonquin et le huron. Les sauvages s'occupaient de pêche et de chasse. Ils allaient presque nus en été et se revêtaient de peaux de bêtes en hiver. Leurs principales parures étaient des pendants aux oreilles et aux narines, des bracelets de peaux de couleuvres, des colliers de rassade et le tatouage. Les vieillards et les orateurs jouissaient de beaucoup de prestige. Les enfants, peu tapageurs et faciles à contenter, vivaient dans une grande indépendance.
36. Guerre. — Les sauvages ne faisaient la guerre que pour se venger d'insulUs reçues. Après maintes délibérations du conseil, auquel assistaient les vieillards, la hache de guerre était levée. Un grsinà festin précédait le départ, pendant lequel chacun chantait ses exploits. L'armée se mettait en marche, vêtue légèrement, et n'ayant pour toutes provisions qu'un peu de farine brûlée. Le javelot, l'arc, la flèche et le tomahawk étaient leurs armes. Arrivée à quelque distance de l'endroit qu'elle devait attaquer, l'armée s'avançait pendant la nuit et se reposait le jour. L'attaque se faisait par surprise. Les cris et les hurlements des assiégeants et des assiégés, les aboiements des chiens et les plaintes des mourants, en faisaient une scène d'enfer. Les prisonniers de guerre subissaient les cruautés les plus barbares, qu'ils enduraient avec fierté.
37. Religion. — Le soleil, la. lune etlea étoiles, étaient les divinités eupérieures des sauvages. Les Algonquins considéraient le grand lièvre comme le chef des esprits et
l'arcliitecte du inonde. Tous les phénomènes de la nature étaient aussi pour eux des esprits. Des génies inférieurs, appelés Manitous, présidaient à toutes les destinées de la vie. Les sauvages, qui adoraient les clioses les plus bizarres, ne mirent cependant jamais leurs jongleurs et leurs héros au rang des dieux. Ils offraient des sacrifices pour éviter les malheurs ou obtenir des bienfaits.
Les sauvages croyaient à l'immortalité de l'âme et à un paradis de chasse toujours abondant en gibier. La voie lactée était le chemin qui conduisait à ce lieu de délices. Pour eux les aurores boréales étaient la danse des morts, et ils plaçaient la cour du grand esprit et les ombres de leurs ancêtres dans la région du sud-ouest.
Le respect pour les défuyits portait les sauvages à célébrer tous les dix ou douze ans la fête des morts, au sein d'une sombre forêt, dans des accents lugubres et de profonds gémissements. Cette fête se terminait par un somptueux repas.
Questionnaire. — l. Quand François 1er reprit-il son projet de colonisation en Amérique ? — 2. Qui en fut chargé? — 3. Qui dirigea l'expédition ? — 4. Jusqu'où Cartier se rendit-il ? — 5. Que savez-vous du voyage de Roberval ? — 6. Racontez l'exiîédition du marquis de la Roche. — 7. De quoi s'occupa M. de Chauvin ? — 8. Quelle compagnie forma M. de Chates ? — 9. Que savez-vous de M. de Monts ?— 10. Où jeta-t-il les bases d'une colonie? — 11. Parlez de Poutrincourt à Port- Royal. — 12. Nommez les deux Jésuites qui vinrent en Acadie. — 13. Parlez de l'établissement de Saint-Sauveur. — 14. Quelles étaient les principales peuplades indiennes? — 15. Parlez de leurs coutumes. — 16. Comment faisaient-elles la gueri'e ? — 17. Que savez-vous de leur religion ?
Devoirs. — 1. Faites le récit du troisième voyage de Cartier. — 2. Racontez la fondation de Port-Royal. —3. Parlez des peuplades sau- Tages.
DEUXIEME PERIODE I/C Canada colonie française
PREMIERE EPOQUE
PRBMIBRS ETABI^ISSBMBNTS COI,ONIATJX