CHAPITRE II
Arrivée des Récollets. — Missions des Récollets. — Couvent des Récollets — Arrivée des Jésuites. — ^Aspect de la vie à Québec.
Arrivée des Récollets. — 'Les premiers missionnaires du Canada furent les Récollets, qui obtinrent du pape Paul V et du roi de France Louis XIII (1615), la permission d'y venir ''pour prêcher le saint Évangile." "Ayant reconnu, dans mes nombreux voyages, dit Champlain, qu'il y avait en quelques endroits du Canada des peuples sédentaires et se livrant à l'agriculture, amis qui avaient ni foi, ni loi, et vivaient sans la coïinaissance de Dieu, sans religion et comme des bêtes brutes, je compris que je me rendrais coupable si je ne faisais tous mes efforts pour leur procurer les moyens de connaître Dieu et notre sainte religion. Pour exécuter ce dessein, je tâchai de trouver quelques bons religieux qui avaient le zèle de la gloire de Dieu."
Les premiers missionnaires, au nombre de quatre, étaient les pères Denis Jamay, commissaire, Jean Dolheau, Joseph Le Caron et le frère Pacifique Duplessis. Ils traversèrent sur le vaisseau de Pontgravé, le Soint-Étienne, et arrivèrent à Tadoussac le 25 mai 1615.
Le père Dolbeau, Champlain et le frère Pacifique partirent presque aussitôt pour Québec, "afin, comme le raconte le dernier, de donner ordre à ce qui dépendait de l'habitation, tant pour le logement des pères rcligiei;x, qu'ornements d'église et construction d'une chapelle pour y dire la messe, comme aussi d'employer autres personnes pour y défricher les terres." Les pères Jamay et Joseph Le Caron s'em-
barquèrent avec les traitants et, sans s'arrêter à Québec, se hâtèrent à\^'!Kuisi^\^d'aller rencontrer les Hurons au saut Saint-Louis. Les ayant trouvés en grand nombre à l'extrémité est de l'île de Montéal, où l'Outaouais, sous le nom de rivière des Prairies, mêle ses eaux au Saint- Laurent, ils s'arrêtèrent à ce poste, donnèrent l'ordre d'y élever une petite chapelle, retournèrent à Québec pour y chercher les choses nécessaires pour dire la messe, et revinrent aussitôt à la rivière des Prairies, où, le 24 juin, au milieu des Hurons, la messe fut célébrée pour la première fois au Canada, depuis le temps de Cartier, "Elle fut chantée, dit Champlain, sur le bord de la rivière, avec toute dévotion, devant tous les peuples, qui étaient en admiration de voir les cérémonies dont on usait et les ornements qui leur semblaient si beaux, choses qu'ils n'avaient jamais vues."
La chapelle de Québec venait d'être terminée^ Le père Dolbeau y célébra le saint sacrifice pour la première fois. Après la messe, on chanta le Te Deu?n avec de grands transports de joie, au bruit de l'artillerie du port. "Rien ne manqua, dit le père Le Clercq, pour rendre cette action solennelle... S'étant préparés par la confession, les colons reçurent le Sauveur par la communion eucharistique. Le Te Deum y fut chanté au son de leur petite artillerie, et, parmi les acclamations de joie dont cette solitude retentissait de toutes parts, l'on eût dit qu'elle s'était changée en un paradis, tous y invoquant le Roi du ciel, et appelant à leur secours les anges tutélaires de ces vastes provinces."
La traite finie, à la rivière des Prairies, les pères Jamay et Le Caron se séparèrent: celui-ci s'en alla hiverner au milieu des Hurons, et l'autre, en compagnie de Pontgravé, retourna à Québec. Il s'arrêta aux Trois-Rivières (26 juillet), en passant pour dire la messe — -la première en ce lieu — en l'honneur de la bonne sainte Anne".
Le père Jamay se chargea de la mission de Québec et des environs, jusqu'aux Trois-Rivières, inclusivement, tandis que le père Dolbeau fut envoyé à Tadoussac, chez les Montagnais'^, pour y fonder une mission; mais n'ayant pu vaincre l'incommodité de la fumée des cabanes
1 Cctce chapelle de Québec a servi d'église paroissiale jusqu'en 1629.
2 Pour plus de remeignements, voir "La Mission du Canada avant ISIgr de Laval", par ^L l'abbé Auguste Gosselin.
3 Les Montagnais ne s'arrêtaient que là où ils trouvaient du gibier, du poisson et des racines qu'ils pouvaient manger.
pour sa vue, il fut contraint de revenir à l'habitation de Québec, après deux mois d'absence.
Missions des Récollets. — -En parlant des missions, l'écrivain protestant Bancroft dit, dans son histoire des États-Unis, que "ni les raisons de commerce, ni l'ambition de ses souverains ne portaient la France à établir son autorité jusqu'au cœur même du continent; son motif était la religion. Les Français ont entrepris la conquête de l'Amérique, moins dans des vues politiques que pour accomplir les vœux les plus chers de l'Église, qui embrasse tous les membres de la grande famille humaine dans le même amour sans avoir égard aux différences de races et de couleurs."
On se demande, néanmoins, si les chefs de trafic, en se disant prêt à tout faire pour aider à la propagation de l'Évangile, n'ont pas Irissé trop souvent les missionnaires à la charité des sauvages.
De 1615 à 1623, huit pères Récollets et deux frères convers vinrent au Canada^ Les principaux propagateurs de l'Évangile furent le père Piat, chez les Cannibas, les pères Le Caron et Viel, qui poussèrent leurs courses apostoliques jusqu'au delà du lac Huroir.
Pour évangéliser les sauvages du Canada, les missionnaires menaient ime vie toute hérissée de périls, de fatigues et de privations. Leur devise était: "Allez, enseignez les nations." Afin de gagner des âmes à Jésus-Christ, ils ne calculaient point avec le travail, les veilles, la santé et la vie même. Trop souvent, les courses errantes des néophytes nuisaient à la foi qu'ils venaient d'embrasser. Pour obvier à cet inconvénient, les missionnaires se firent un devoir, nonobstant les difficultés à vaincre, de les accompagner partout. Montés sur les frêles canots indiens, ils maniaient la pagaie, faisaient le portage ou servaient de portefaix, en courant risque, à chaque instant, de tomber entre les mains des farouches Iroquois. Une chose bien pénible pour les ouvriers évangéliques était la nourriture qu'ils devaient partager avec les sauvages. Les meilleurs mets étaient le poisson rôti sur de la braise ou séché aux ardeurs du soleil. Le plus souvent, ils devaient
1 Voici leurs noms: Jean Dolbeau, Joseph Le Caron, Huet, Poulain, Le Baillif, Galleran, Piat, Viel et les frères Pacifique Duplessis et Gabriel Sagard. Ce dernier n'était que frère convers quand il vint au Canada ; il a publié un " Grand voyage au pays des Hurons (1623) " et une " Histoire du Canada (1636)".
2 Le père Viel fut plus tard (1625) jeté par les Indiens dans un rapide, au nord de l'île de Montréal, lequel, à cause de ce fatal événement, porte encore le nom de sault au Récollet. M. G. Delfosse a représenté ce fait douloureux dans un magnifique tableau, qui se trouve dans la cathédrale de Montréal.
se contenter de bourgeons, d'écorces tendres, et d'une espèce àe mousse appelée tripe de roche. Dans l'abondance, la préparation des aliments se faisait dans des chaudières, aux parois souvent moins épaisses que la couche graisseuse qui les couvrait. Ce qui devait encore les dégoûter singulièrement, c'était de voir les sauvages presser de leurs mains sales les mets qu'on devait servir. L'eau des fleuves et des rivières servait de breuvage ordinaire. Parfois, au printemps, on buvait de l'eau d'érable. La nuit, si elle était belle, se passait sur la terre nue et sans abri; quand elle était pluvieuse, on improvisait des cabanes d'écorce et de branches soutenues par quatre perches plantées en terre et reliées par le sommet. L'hiver, si rude au Canada, offrait des difficultés presque insurmontables pour les voyages. La marche se faisait sacoche au dos et raquettes aux pieds. La nuit devenait un véritable martyre; elle se passait en de grands trous creusés dans la neige jusqu'au sol et recouverts de branches de sapins liées ensemble et formant une espèce de toit, au miHeu duquel se trouvait une ouverture servant tout à la fois de fenêtre et de cheminée. Dans ces espèces de cavernes, ils avaient à souffrir de beaucoup de manières: couchés autour d'un grand feu, flambant au centre, ils rôtissaient d'un côté et gelaient de l'autre. Souvent la fumée, refoulée à l'intérieur par la violence du vent, leur cuisait les yeux et les suffoquait presque à perdre la respiration. Le seul moyen de se soulager un peu en ce pitoyable état, était d'appliquer leur bouche contre la terre gelée. Les meutes de chiens des sauvages importunaient aussi beaucoup les missionnaires dans les cabanes. Ces animaux, souvent affamés, allaient, venaient, et rôdaient de tous côtés, sur les pieds, les mains et la figure même des voyageurs, pour trouver quelque nourriture. Ils devenaient encore plus importuns pendant les repas, en mettant le nez plus vite dans les écuelles que les convives n'y portaient la main.
Telle était la vie de ces ouvriers évangéliques, qui n'avaient rien autre chose en vue que la conversion des infidèles et le mérite du martyre. Le frère Sagard écrivait, au bord des grands lacs (1635) : "Ce n'a pas été pour aucun autre motif que celui de Dieu et la conversion des sauvages que nous avons visité ces larges provinces, où la barbarie et la brutalité y ont pris tels avantages, que la suite de ce discours vous donnera en l'âme quelque compassion de la misère et de l'aveuglement de ces pauvres peuples, où je vous ferai voir quelles obligations nous
avons à notre bon Jésus, de nous avoir délivrés de telles ténèbres et brutalités^"
Couvent des Récollets. — La pose de la première pierre du couvent de Notre-Dame-des- Anges, par le père Dolbeau, eut lieu le 3 juin
1620. On lit daps Gabriel Sagard: "Ce petit couvent des Récollets est en un très bel endroit sur la rivière Saint-Charles, entouré de jardins et vergers. Le corps de logis est au milieu de l'enclos, lequel est de six à sept arpents de terre, avec courtines et remparts faits de bois, avec un bastion à chaque coin. Une tour carrée de pierre sert de chapelle^. L'assiette de l'établissement des Récollets est une des plus belles du pays, car le fond de la terre est très bon et sans pierre aucune; les arbres y sont clairs, avec une petite rivière du côté du septentrion, sur les bords de laquelle se trouvent des prés très commodes pour la nourriture du bétail^. Les Récollets estiment que depuis 1615 à 1621, ils ont visité des peuples sauvages au nombre de 300,000 âmes'^. En
1621, on ouvrit le séminaire Saint-Charles, au couvent de Notre- Dame-des- Anges, pour l'instruction des enfants des sauvages : dès lors, six y entrèrent^. M. le Grand-Vicaire de Pontoise informa le père Denis Jamay (27 février 1627) qu'il avait versé 200 écus pour cette œuvre, avec promesse de continuer à envoyer encore davantage."
Atrivée des Jésuites^ — Le duc de Montmorency,îaA,igué d'un gouvernement hérissé de tracasseries, vendit sa vice-royauté à son neveu, Henri de Lévy, duc de Ventadour, qui venait de quitter la cour pour entrer dans les ordres sacrés. Toutes les préoccupations du nouveau vice-roi se portèrent sur l'extension de la foi dans la nouvelle colonie. Les Récollets, ne pouvant plus suffire à la tâche, demandèrent le concours des Jésuites, qui arrivèrent au Canada le 19 juin 1625. La nouvelle recrue d'ouvriers évangéliques comprenait les pères Charles
1 Le frère Gabriel savait quelque chose de ces brutalités, par son compagnon de missions, le père Nicolas Viel, que l'on avait noyé.
2 Sagard, 1er vol. p. 56.
3 Sagard, 1er vol. p. 60.
4 Sagard, 1er vol. pp. 81 et 82.
5 Sagard, 1er vol. pp. 62 et 71.
Lalemant^, Ennetnond Massé, Jean de Brébeuf et les frères François Charleton et Gilbert Burel. Le frère Jean-Joseph de la Roche-Daillon, récollet, les accompagnait. A leur arrivée à Québec, les Jésuites furent mal accueillis. Les calvinistes, endurant à peine les Récollets, avaient monté les esprits contre les nouveaux missionnaires, en faisant circuler contre eux un livre grossièrement mensonger, intitulé, "Anti-Coton", dans lequel on essaya de prouver, que les Jésuites étaient les auteurs du meurtre commis sur la personne de Henri IV. L'absence de Champlain favorisa la haine des sectaires. De Caen non seulement refusa aux Jésuites l'entrée du fort, mais il engagea même les principaux marchands à leur interdire le seuil de leurs magasins.
Dans cette malencontreuse circonstance, les Récollets mirent à la disposition de leurs coopérateurs évangéliques le toit hospitalier de leur petit couvent. Dès l'automne, les Jésuites plantèrent solennellement une croix, à 200 pas environ de la rive nord de la rivière Saint- Charles, en un endroit alors appelé le fort Jacques-Cartier. Ils se mirent aussitôt, avant la tombée des neiges, à défricher et à bêcher la terre^.
Le père de Brébeuf, n'ayant pu se rendre chez les Hurons, comme il l'espérait, à cause de la mort du père Nicolas Viel, partit de Québec (20 octobre) pour aller chez les sauvages, à 25 ou 30 lieues de l'habitation, et ne revint que l'année suivante (27 mars 1626)^.
A 800 ou 900 cents pas de la résidence des Récollets, les Jésuites élevèrent une construction en bois, pour loger les ouvriers de leur habitation, qui fut commencée vers la mi-carême et terminée le lundi de la semaine sainte^. En 1632, ils reçurent deux petits pen-
1 Le père C. Lalemani traversa quatre fois la mer dans l'iatérêt des missions du Canada, et, après le traité de paix de Saint-Germain, il prit soin (1635) de la résidence de Notre-Dame-de-Reeouvrance, à Québec, et commença les premières écoles pour les enfants français. On le verra aussi assister Champlain dans ses derniers moments.
2 Le père Jean de Brébeuf, issu d'une famille noble de Normandie, après avoir passé l'hiver de 1626 chez les Montagnais, fut envoyé chez les Hurons. La prise de Québec par les Anglais interrompit sa mission; mais le Canada ayant été rendu à la France, il se rendit une seconde fois (1634) sur le théâtre de ses premiers travaux. En 1649, quand les Iroquois s'emparèrent de la bourgade Saint-Louis, on le verra, lui et le père Gabriel Lalemant, tous deux missionnaires de cette bourgade, faits prisonniers pour être condamnés au plus cruel martyre. Le père de Brébeuf était âgé de 56 ans. Il a laissé deux relations sur les Hurons.
3 En 1626, il n'y avait à Québec que trois ou quatre familles qui avaient défriché deux ou trois arpents de terre, oCi elles semaient du blé d'Inde. L'habitation ne comptait alors que cinquante-cinq personnes, dont \'ingt-quatre ouvriers.
4 Relation de 1626, p. 76.
5 Relation de 1626, p. 6.
8b PREMIERS ETABLISSEMENTS COLONIAUX
sionnaires, l'un de sept ans, qu'ils nommèrent Bienvenu, en attendant qu'il fut baptisé, et un autre qu'ils appelèrent Fortuné^.
Le duc de Ventadour concéda aux Jésuites les terres environnant leur demeure, à laquelle ils donnèrent le nom de Séminaire de Notre- Dame-des- Anges. Les pères Noyrot et de Noue amenèrent de France une vingtaine d'ouvriers constructeurs, qui, en peu de temps, donnèrent un logement aux Jésuiteb.
Aspect de la vie à Québec. — 'Québec offrait, tout à la fois, un aspect militaire et religieux. Une escouade de soldats, payés par la compagnie des Cent- Associés, faisait au lever et au coucher du soleil, l'exercice militaire autour du fort. On récitait l' Angélus, le matin, le midi et le soir, au son de la cloche. Les missionnaires éprouvaient beaucoup de consolation en voyant la fidélité de la petite population à assister aux offices de l'Église et à recevoir les sacrements. Le père Le Jeune, venu en 1632 au Canada, écrivait : "La Nouvelle-France est le vrai climat où l'on apprend parfaitement bien à ne chercher que Dieu, à ne désirer que Dieu, à avoir l'intention purement à Dieu, etc. Y vivre, c'est à vrai dire, être dans le sein de Dieu, et ne respirer que l'air de sa divine conduite ; et encore : si quelqu'un de ceux qui meurent dans ces contrées se damne, je crois qu'il sera doublement coupable." Les amusements mêmes étaient des actes de religion. Le jour de la Saint-Joseph, on tirait un feu d'artifice auquel présidait le gouverneur.
Le 1er mai de 1637 apporta une grande réjouissance ; un arbre surmonté d'une triple couronne, portant les noms de Jésus, Marie, Joseph, fut planté avec solennité ; les soldats présentèrent les armes devant cet arbre et le saluèrent d'une volée de mousqueterie.
La procession de la Fête-Dieu était pompeuse. Le gouverneur, en habit de cour et un indien vêtu de peaux de castor, portaient le dais. Tous les dimanches, après les vêpres, le père Le Jeune enseignait le catéchisme à l'église. Bien souvent le gouverneur, les officiers et les principales familles françaises s'y rendaient pour encourager les enfants indiens, en leur distribuant des objets de piété.
LECTURE. — Les Jésuites et la Nouvelle-France. — Les Jésuites ont été avant tout les missionnaires de la Nouvelle-France. En 1611, on les trouve en Acadip. puis, en 1625, à la demande des Récollets, ils viennent à Québec. Charles Lalemant, En-
1 Relation de 1662. p. 12.
2 Voir de Rochemonteix, pp. 154 et 155.
nemond Massé et Jean de Brébeuf ouvrirent cette longue liste d'apôtres dont le zèle, la vertu, l'énergie et l'esprit de sacrifice demandaient des âmes héroïques.
Passés en France quand Québec tomba entre les mains des Kertk (1629), et revenus au Canada après le traité de Saint-Germain-en-Laye (1632), ils furent, depuis cette époque jusqu'à l'arrivée de Mgr de Laval ( 1659), à peu près les seuls prêtres de la colonie. Ayant repris les missions du pays des Hurons, fondées avant la prise de Québec, ils virent, à la veille de jouir du fruit de vingt ans de travaux incessants, les farouches Iroquois tomber inopinément sur ces bourgades chrétiennes pour tout saccager, détruire presque entièrement la nation huronne, et donner la mort à plusieurs missionnaires.
La barbarie des Iroquois n'empêcha pas, néanmoins, les pères Chaumonot, Le Mercier, Jogues, Bressani et plusieiu-s autres, de se rendre dans les cantons ennemis de la race huronne pour y répandre la semence de l'Evangile.
D'ailleurs, le zèle des fils de saint Ignace suffisait à tout, et leiu- champ d'apostolat s'étendit de l'Atlantique aux montagnes Rocheuses, de la Nouvelle-Angleterre à la baie d'Hudson.
Dans leur vie de peine, de misère, de fatigues et de privations de toute nature, plusieurs d'entre eux eurent à subir le martyre, que tous, d'ailleurs, désiraient.
En pensant à l'histoire de la domination française, cette épopée héroïque et chrétienne, qui ne se rappeUe immédiatement les Brébeuf et les Lalemant, couverts de poix et de charbons ardents, scalpés, mutilés, hachés en grillades dévorées sous leurs yeux, puis enfin expirant après plusieurs heures de tourments épouvantables ? A ces noms héroïques, joignons ceux de Jogues, de Bressani, de Daniel, de Chabanel et de Garnier. Ce dernier, qui trouva la mort dans l'exercice de son saint ministère, est appelé l'agneau des missions, de même que le père Brébeuf doit en être considéré comme le lion.
O Canada, ne sois pas ingrat, rappelle-toi que le sang des martyrs a fait germer sur ton sol une semence de chrétiens !
Les Jésuites ont partout suivi les explorateurs et les découvreurs dans leurs excursions. On voit les pères Chaumonot et Brébeuf se rendre jusqu'au lac Érié (1640); le père Druillettes remonter les rivières Chaudière et Kénébec (1640); le père de Quen se rendre au lac Saint-Jean (1647); le père Allouez, en franchissant le saut Sainte-Marie, entrer dans le lac Supérieur, qu'il nomma TracJ^ Parmi lea plus célèbres, citons encore le père Marquette, compagnon de Louis Jolliet dans le voyage au Mississipi (1673).
Les Jésuites n'ont pas seulement été au Canada les pionniers de la foi, mais axissi les propagateurs de l'instruction primaire et secondaire. Ils fondèrent un collège à Québec, en 1635. Peu après son arrivée dans la colonie, Mgr de Laval, en parlant de cette institution, écrivait au Saint-Siège (1661) : "A Québec, les pères jésuites ont leur collège, où les classes d'humanités sont florissantes et où les enfants vivent et sont élevés de la même manière qu'en France."
Plusieurs des professeurs de la jeunesse canadienne et indienne auraient pu, par leur talent et leur science, briller sur un théâtre plus élevé. Voici ce qu'en a écrit Faucher de Saint-Maurice : "Dans le silence des cellules du collège, le père de Bonnécamp préparait ses travaux d'hydrographie et ses études sur les voyages scientifi-
ques ; le père Bressani faisait d'importantes observations astronomiques ; le père Laure levait sa carte depuis le Saguenay jusqu'au lac Mistassini ; le père Aubery esquissait celle du pays situé su midi du Saint-Laurent ; le père Lafitau mettait ses herbiers en ordre et découvrait le ginseng ; les pères Charles Lalemant, Le Jeune, Vimont, Jérôme Lalemant, Ragueneau, Dablon, Brébeuf et de Quen rédigeaient les Relations des Jésuites, monument impérissable de leurs travaux et de leur dévouement; le père Charlevoix commençait à accumuler les travaux de sa magnifique Histoire et description de la Nouvelle-France" .