C. — Premier cimetière (emplacement actuel de la Douane
D. — Château de Maieonneuve, construit en 1652
E. — Hôtel-. Dieu, fondé en 1644.
Note. — La Petite ri\'ière coulait 1:\ où se trouve aujourd'hui la rue Craig.
Ville-Marie et ses environs, à l'origine.
Fondation de Ville-Marie. — -Dès que la navigation fut ouverte, en 1642, une petite flottille quittait Québec pour se rendre à Montréal, à l'endroit désigné l'automne précédent, pour y commencer un établissement . M. de Puiseaux, Mme de la Peltrie et le père Vimont faisaient partie de l'expédition. L'arrivée eut lieu à l'aube du 18 mai\
1 Le 3 février 1641 est la vraie date de la fondation de Ville-Marie par la compagnie de Montréal. Le 8 avril 16.53, M. de Maisonneuve reçut l'autorisation par lettre de cachet de Louis XIV d'exercer la fonction de gouverneur de Montréal.
A la suite de M. de Maisonneuve, les colons sautèrent sur le rivage, et, transportés d'enthousiasme par l'un de ces élans spontanés que le cœur ne peut maîtriser, tous se prosternèrent sur la terre qu'ils venaient cultiver de leurs mains, arroser- de leurs sueurs, et, pour plusieurs, teindre de leur sang.
Un autel champêtre, élevé à la hâte, fut élégamment décoré de fleurs printanières par Mme de la Peltrie et Jeanne Mance. Le père Vimont y célébra la messe, à l'issue de laquelle il adressa la parole en des termes éloquents : " Croissez, dit-il, multipliez-vous à l'ombre de ce sanctuaire de Marie, et qu'un jour votre race soit aussi nombreuse que les grains de sable des rives majestueuses du grand fleuve qui arrose la terre dont vous prenez aujourd'hui possession."^ Le reste de la journée se passa en réjouissances. Un jour, deux vieillards de la nation de riroquet conduisirent Maisonneuve jusqu'au sommet de la montagne. " Nos ancêtres, lui dirent-ils, habitaient le pays que tu vois. Ces collines, à l'ouest et au midi, étaient couvertes de nos cabanes. Les Hurons ont chassé nos pères. Les uns se sont réunis aux vainqueurs. C'est ainsi que notre peuple a été dispersé et comme anéanti ; nous te cédons nos droits sur cette terre."
Dès le lendemain, les colons se mirent à l'ouvrage. Des tentes, un retranchement de pieux et une humble chapelle d'écorce s'élevèrent comme par enchantement. N'ayant pas d'huile, on substitua à la lampe qui doit toujours brûler devant le saint Sacrement, une petite bouteille de verre contenant des mouches à feu.
La consécration de l'île et de lia colonie de Montréal eut lieu le jour de l'Assomption (15 août).
La solennité fut imposante. Des Français et des sauvages convertis accoururent de tous les points du Canada pour y prendre part. Tous les colons assistèrent à la messe, y communièrent et, au bruit de l'artillerie, chantèrent le Te Deum avec un cœur plein de reconnaissance.
Ce jour-là, des naturels allumèrent leurs feux sacrés pour honorer la vierge Marie. Là, " l'Iroquois et l'Algonquin plus faible, écrivait le père Le Jeune, feront leur demeure ; le loup vivra avec l'agneau et un petit enfant sera leur guide. "^
1 DoUier de Casson, p. 28.
2 Relation des Jésuites, année 1643, pp. 52, 55, 66.
JeannoMance (1606-1673)
Piété admirable, esprit de sacrifice et courage héroïque sont les vertus qui la caractérisent; à l'affût de tous les dévouements, elle devient l'ange tutélaire des miséreux de la colonie naissante de Ville-Marie.
Guerre. — La nation iroquoise, belliqueuse et barbare, exerçait des ravages sur tous les points de la colonie.
En 1633, des Hurons furent surpris dans un de leurs villages par les Iroquois, qui fendirent la tête à douze hommes endormis ; les autres s'enfuirent. La même année, trois cents Algonquins, Montagnais et autres sauvages s'assemblèrent à la rivière des Iroquois, pour aller en guerre. Ayant rencontré quelques ennemis en cet endroit, ils se jetèrent sur eux et en tuèrent vingt-huit : hommes, femmes et enfants.
En 1637, les sauvages de Tadoussac, avec quelques Algonquins, portant la guerre chez les Iroquois, furent défaits et mis en déroute. Il y eut aussi un combat en canots, entre les Iroquois et les Algonquins ; ceux-ci, plus nombreux, remportèrent la victoire et firent treize prisonniers. La même année, les Iroquois se rendirent à l'entrée du lac Saint-Pierre, où les Hurons descendaient faire la traite, firent trente prisonniers et s'emparèrent d'une grande quantité de pelleteries, avant l'arrivée des Française
En 1640, un parti d'Iroquois se porta sur les rivières pour y surprendre les sauvages alliés qui faisaient la chasse ; deux jeunes Français furent faits prisonniers près des Trois-Rivières.
Deux partis de sauvages, étabhs aux Trois-Rivières, ne se croyant pas en sûreté auprès des Français, se dirigèrent (1641), l'un à Saint- Joseph de Sillery et l'autre au pays des Algonquins : ce dernier fut massacré par les Iroquois.
Durant l'été de 1642, deux mille sauvages de la nation Neutre allèrent en guerre contre la nation de Feu, et attaquèrent un bourg bien palissade, qui fut, pendant dix jours, lestement défendu par neuf cents guerriers. Les Neutres, ayant triomphé, tuèrent bon nombre d'ennemis, prirent quelques cents captifs après avoir brûlé soixantedix des plus habiles défenseurs.
Ce court exposé nous donne une faible idée des massacres sans nombre exercés, surtout par les Iroquois, contre les sauvages alliés des Français. La destruction de la nation huronne nous en dira encore davantage.
Missions des Hurons. — -Travaux des missionnaires. — ^Les missions, se développant à vue d'œil, occupaient déjà plus de quarante
1 Relation de 1637, pp. 78, 80, 84, 88, etc.
missionnaires. Outre les missions volantes, qui s'improvisaient au besoin, il y en avait un bon nombre de stables, dont la plus importante était celle de la nation huronne. Les missionnaires vivaient pauvrement ; ils partageaient le frugal repas de l'Indien et souvent n'avaient pas même de linge pour se changer. A peine pouvaient-ils se procurer le pain nécessaire pour le saint sacrifice ; quant au vin, ils l'exprimaient des vignes sauvages. Dès quatre heures du matin, ils se levaient pour vaquer aux exercices de piété prescrits par la règle. Vers huit heures, chacun reprenait l'occupation qui lui était assignée par l'obéissance. Un religieux restait toujours à la maison pour tenir l'école, présider aux prières réglementaires récitées à la chapelle, et recevoir les visites souvent trop importunes des sauvages. Sur le déclin du jour, tous les missionnaires rentraient à la communauté pour assister à une conférence, où chacun était libre de soumettre ses doutes, de faire part de ses vues personnelles et des difficultés de langue qu'il avait rencontrées. Après s'être mutuellement encouragés dans le bien, les religieux terminaient la journée par la prière, comme ils l'avaient commencée. Souvent le peuple était convoqué à des conférences publiques par les misssionnaires, qui, à l'instar de saint François Xavier, parcouraient les différents villages en sonnant une clochette, pour inviter à les suivre tous ceux qu'ils rencontraient. Ces entretiens famiUers manquaient rarement de faire de nouvelles conquêtes.
Pour domicilier les sauvages convertis et les maintenir dans leur foi, les missionnaires fondèrent des bourgades chrétiennes.
Bourgades chrétiennes. — Les principales bourgades chrétiennes étaient: Saint-Joseph, chez les Attignaouantans, Saint-Louis, Saint- Ignace et Sainte-Marie ou Notre-Dame de la Conception, chez les Atarouchronons, toutes resserrées dans la petite péninsule située entre le lac Simcoe, la rivière Severn et la baie Géorgienne. Les côtes dentelées, les baies profondes et sûres, les nombreux cours d'eaux et les forêts giboj^euses de la presc^u'île huronne en faisaient une contrée délicieuse, qui convenait parfaitement à un peuple guerrier, commerçant et chasseur. La population, qui, du temps de Champlain, s'élevait à près de 35,000 âmes, ne comptait plus que 13,000 adultes vers 1650. La bourgade Sainte-Marie, assise sur la rive droite de la petite rivière Wye, était le poste central de la misssion, où demeuraient ordinaire-
ment les pères et les Français attachés à leur service. Vers ce centre principal, venaient aboutir toutes les directions des villages circonvoisins.
Une ceinture de pieux élevés, surmontée de quatre grandes croix, enfermait une vaste enceinte rectangulaire, qui protégeait l'agréable solitude de Sainte-Marie. Outre le fort bastionné, contenant la chapelle, on trouvait dans l'enceinte quelques champs cultivés, un cime-