Péninsule huronnc
tière pour les chrétiens et deux grandes cabanes : l'une servant d'hôpital pour les malades ; l'autre, d'hôtellerie pour héberger pendant quelques jours ks sauvages qui voulaient se préparer immédiatement au baptême ou assister à de grandes fêtes religieuses.
En 1640, Painte-Marie comptait treize misssionnaircs et dix-sept Français.
Destruction des chrétientés et martyre des missionnaires ; les pères Jogues et Bressani. — ^Le père Isaac Jogues, arrivé
comme missionnaire à Québec le 2 juillet 1636, fut employé aux missions huronnes et iroquoises. Le 2 août 1642, il partit de Québec pour se rendre au pays des Hurons. Il était accompagné de Guillaume Cousiure, de René Goupil, d' Ahatsistari et d'une quarantaine d'hommes taopFrançais que sauvages, montés sur douze canots. Etant arrivés près des îles de Sorel (4 août), ils rencontrèrent soixante-dix guerriers iroquois, dans douze canots dispersés çà et là sur les deux rives du fleuve. Le combat s'engagea ; tout d'abord Ahatsistari, qui, depuis sa conversion, aimait à escorter les missionnaires dans leurs périlleuses excursions, voyant la lutte impossible à cause du grand nombre d'ennemis, refusa de combattre et se cacha, avec ses hommes, dans la partie la plus reculée du bois. Le père Jogues aurait pu le suivre, mais il aima mieux, au risque de sa vie, attendre l'ennemi de pied ferme pour lui annoncer la parole de Dieu. Le généreux Indien, devinant l'héroïque détermination du père Jogues, quitta sa retraite pour lui porter secours. En l'abordant, il lui dit : " :M on père, je t'ai promis de partager ton sort ; je viens, parce que je veux rester fidèle à ma parole." Les Iroquois firent vingt-deux prisonniers, qu'ils commencèrent tout de suite à torturer.
Cousture qui, dans sa résistance, avait tué un de leurs chefs, eut à subir les plus cruels tourments : on lui arracha les ongles à belles dents, on lui broya les doigts et on lui perça la main droite d'une épée. Il supporta ces cruautés inouïes avec calme et résignation. Après ces premières tortures, les prisonniers se virent contraints de suivre les Iroquois, qui retournèrent dans leur village. Le trajet dura sept jours. Chaque soir amena de^ji^velles tortures. On coupa les pouces a Ahatsistari, et, par laj>laie de la main gauche,on enfonça un bâton très aigu jusqu'au coude. Le père^Jo|ues eut les mains mutilées et fut suspendu par les bras à deux poteaux, où il serait mort, si un jeune '< Iroquois ne l'eut délié. Chaque village ami de^Ja^ nation iroquoise, rencontré sur la route, offrait de nouveaux 'bourreaux. On prenait surtout plaisir à faire passer les courageuses victimes entre deux haies de ces barbares, qui les frappaient à coups de bâton : c'est ce qu'ils appelaient caresser les prisonniers. Le père Jogues trouvait encore des consolations dans ces terribles épreuves. Un épi de blé lui est jeté : des perles de rosée adhèrent à sa large tige : cela lui suffit pour baptiser deux catéchumènes. 5"t-«^
Ahatsistari, condamné à être brûlé vif, endura ce supplice en chantant les louanges du Seigneur. Plusieurs Hurons partagèrent son sort avec la même résignation. On assomma'^îoupil d'un coup de tomahawk, pendant qu'il récitait son chapelet avec le père Jogues. L'heure du martyre n'était pas sonnée pour l'héroïque missionnaire, qui fut vendu aux Hollandais^. Libre dans sa captivité, il se récréait en écrivant sur l'écorce des arbres le nom de Jésus. Après treize mois d'esclavage, il s'embarqua sur un vaisseau de ses nouveaux maîtres pour rentrer en France. Quoiqu'il eût les mains mutilées, le pape Urbain VIII l'autorisa à célébrer le saint sacrij&ce en lui disant : "Il serait indigne de Jésus-Christ que son martyr ne pût pas boire son sang."
En 1646, il revenait au Canada pour gagner au christianisme ceux qui l'avaient tant fait souffrir. Il retourna donc chez les Iroquois, accompagné d'un jeune homme nommé Lalande ; mais malheureusement, cette même année, la mauvaise récolte amena une famine désastreuse. Le père Jogues fut accusé de maléfices, et sa mort fut arrêtée. Comme il entrait dans une cabane, où il avait été invité à souper, un Iroquois, caché derrière la porte, lui fendit la tête d'un coup de hache. Lalande subit le même sort. On piqua les deux têtes sur des pieux de l'enceinte, afin d'apaiser la colère des manitous^.
Vers le même temps, un autre missionnaire, le père Bressani, eut aussi la gloire de souffrir le martyre. En se rendant chez les Hurons (1644), il tomba aux mains des Iroquois. Il fut xrlf!ne pieds nus à travers les'^iriKî^es et les lourrés, meurtri à coups de bâton, torturé et brûlé en diverses parties de son corps ; on lui coupa la paume de la main gauche et deux doigts de la main droite. Il ne dut sa délivrance qu'au dégoût qu'inspiraient, même à ses bourreaux, ses hideuses blessures. Il passa ensuite en France et se rendit jusqu'à Rome, sa ville natale. Le pape Innocent X le reçut comme un apôtre, baisa les plaies de ses mains, et lui permit de célébrer la messe, en lui disant : " Vous avez été mutilé pour la pubhcation de l'Évangile, vous ne devez pas être privé de l'honneur d'offrir le saint sacrifice^." En 1645, Bressani venait reprendre au Canada ses travaux apostoliques.
1 Ces Hollandais étaient, des puritains anglais d'abord réfugiés en Hollande, et qui en 1020 vinrent s'établir en Américiue. Ils y fondèrent (1G23) les forts Orange et New-Arasterdam, aujourd'hui Albany et New-York. Ils fournirent aux Iroquois des armes pour combattre les Canadi-^ns Les Anglais s'emparèrent de leurs établissements en 1664, et la Nouvelle-Hollande devint la Nouvelle- York.
2 Le père Jogues, âgé do quarante-huit ans, en avait consacré douze aux missions du Canada.
3 Les Jésuites de la Nouvelle-France ,par De Rochemonteix.
La bourgade Saint-Joseph et le père Daniel.— Les succès obtenus de tous côtés par les Iroquois dans la guerre d'embuscade leur donnaient du prestige et de la hardiesse. Ce n'était pas la soif des richesses ni la pensée d'étendre ses domaines qui animait cette nation, mais le seul espoir de dominer et d'abattre des rivaux qui leur étaient inférieurs intellectuellement. Bientôt sonna l'heure de la grande catastrophe qui devait presque anéantir la nation huronne, si généreusement soutenue par les Français.
Le premier désastre fut celui de la puissante bourgade de Saint- Joseph de Teanaustaya, où le père Antoine Daniel se trouvait alors. " Le 4 juillet 1648, au matin, pendant que les guerriers étaient à la chasse et qu'il ne restait au village que les femmes, les enfants et les vieillards, le père Antoine Daniel entend des cris de terreur. Il accourt et voit ses convertis, frappés d'épouvante, tomber victimes de la fureur des Mohawks\ L'âge le plus tendre n'obtient pas merci, la faiblesse du sexe n'inspire pas de pitié. Un groupe de femmes et d'enfants court vers lui, pour échapper au tomahawk, comme si des lèvres, messagères d'amour, pouvaient trouver des paroles capables d'arrêter la rage de l'ennemi. Ceux qui jusqu'alors avaient dédaigné son ministère, implorent la grâce du baptême. Il les exhorte à demander pardon à Dieu de leurs fautes, et plongeant son mouchoir dans l'eau, il baptise, par aspersion, la foule des suppliants. A ce moment même, les pahssades sont forcées. Fuira-t-il ? Il court d'abord aux wigwams pour baptiser les malades. Il donne ensuite une absolution générale à tous ceux qui la demandent et se prépare à sacrifier sa vie en obéissance à ses vœux. Le village est en feu et les Mohawks s'approchent de la chapelle. Daniel s'avance avec sérénité à leur rencontre. Saisis d'étonnement, les barbares hésitent un instant, puis reculent et lui envoient une décharge de flèches. Défiguré, criblé de blessures, mais dominant par sa voix les clameurs des sauvages il continue à parler avec une énergie surhumaine,' tà^i^les''merïaçanî de la colère céleste, tantôt adoucissant ses accents pour se faire apôtre de grâce et de miséricorde^Tels furent ses derniers moments jusqu'à ce qu'enfin un coup de MWebarde lui donnât la mort. Cette victime de. l'héroïsme de la charité mourut le nom de Jésus sur les lèvres. Le cî^ sert lui fournit une tombe, et les Hurons le pleurèrent."-
(M-Ar^si-'VO
1 Les Iroquoi
2 Bancroft.
Les bourgades Saint-Ignace et Saint-Louis : les pères de Brébeuf et Lalemant. — ^Le massacre exercé dans la bourgade Saint- Joseph jeta l'épouvante dans tout le pays des Hurons. Les habitants des villages des frontières cherchèrent un lieu de sécurité dans l'intérieur du pays. Cependant la puissance des Iroquois grandissait avec la lutte, et la destruction de toutes les bourgades huronnes fut résolue. Plus de mille guerriers iroquois passèrent l'hiver de 1648 dans les bois, afin de commencer une campagne décisive dès les premiers beaux jours du printemps. Le 16 mars 1649, ils tombaient inopinément, comme des loups affamés, sur la bourgade Saint-Ignace, qu'ils réduisirent en cendres. Les quatre cents personnes qui s'y trouvaient furent massacrées ou brûlées, à l'exception de trois, qui coururent donner l'alarme à la bourgade voisine, appelée Saint-Louis. Après avoir été repoussés deux fois de celle-ci, les assiégeants y pénétrèrent, comme un torrent dévastateur, par une brèche pratiquée dans la palissade. Le carnage fut épouvantable : tout fut mis à feu et à sang. Les pères de Brébeuf et Lalemant, occupés pendant le massacre à l'exercice de leur saint ministère, devinrent prisonniers. La mort la plus atroce les attendait. L'un et l'autre sont attachés à un poteau et les tortures commencent : fer, feu,' poix, eau- bouillante, rien n'est épargné. Le courage héroïque du père de Brébeuf excite la rage des barbares. Au milieu même de son supplice, il leur parle de Dieu et de l'éternité. Les bourreaux, exaspérés d'entendre ces vérités, lui coupent le bout du nez, la lèvre inférieure, et lui enfoncent un morceau de fer rouge dans la gorge. Privé de la parole, le saint martyr les exhorte encore de son regard.
Quelques instants auparavant, le père Lalemant, enveloppé d'écorces de sapin des pieds à la tête, jette dans cet état pénible, iin regard sur le père de Brébeuf, tout ruisselant de sang, qui lui adresse ces paroles : " Mon frère, nous avons été mis en spectacle au monde, aux anges et aux hommes^" Dégagé pour un instant des liens qui l'attachent au poteau de la torture, le père Lalemant court s'agenouiller aux pieds de son cher compagnon de supplice, baise ses blessures avec amour, et le supplie de prier pour lui. Les bourreaux le forcent de revenir au théâtre de son martyre, mettent le feu aux écorces dont ils l'ont couvert, et s'arrêtent un instant pour savourer le plaisir d'entendre les soupirs et les gémissements
1 I Corinth, IV, 9.
que leur victime, d'une constitution frêle et délicate, ne peut s'empêcher de pousser, tout en se résignant avec calme à la sainte volonté de Dieu.
Au lieu de s'apaiser, la fureur des bourreaux semble s'accroître" et leur inspire des raffinements de cruauté. Les deux missionnaires sont scalpés. En dérision du baptême qu'ils ont administré à tant de Hurons, on leur verse de l'eau bouillante sur la tête. Taillant des lambeaux de chair sur le corps de leurs victimes, les Iroquois dévorent ces grillades, en disant au père de Brébeuf : " Tu nous assurais, tout à l'heure, que plus on souffre sur la terre, plus on est heureux dans le ciel ; c'est par amitié pour toi que nous nous étudions à augmenter tes souffrances, et tu nous en auras obligation."
Le père de Brébeuf expira après trois heures de souffrances, et ses bourreaux se partagèrent son cœur, croyant par là acquérir un peu du courage de leur victime^
Après la mort du père de Brébeuf, les bourreaux déchaînèrent toute leur rage sur le père Lalemant ; ils lui arrachèrent les yeux, qu'ils remplacèrent par deux tisons ardents. Ses tourments duraient depuis dix-sept heures, quand un Iroquois, fatigué de le voir languir depuis si longtemps, mit un terme à ses souffrances en lui assénant un coup de hache sur la tête (1649)^.
Espérons que l'Église glorifiera bientôt ces martyrs de la charité. On travaille aujourd'hui à la cause de leur canonisation.
Dispersion, des Hurons.— Après ces différents massacres, les Hurons eclîaCppês aux mains de l'ennemi, se retirèrent momentanément dans l'île Saint-Joseph (aujourd'hui Christian Island), avec l'espoir de pouvoir un jour se rapatrier.
Les Petuns, leurs alliés, retranchés dans la bourgade Saint-Jean, au nombre de plus de six cents familles, furent aussi défaits par les Iroquois. Le père Garnier, attaché à cette mission, trouva la mort dans
1 Cet héroïque missionnaire, du diocèse de Baveux et oncle du traducteur de "la PharsaleV' consacra ses vingt meillf^res années aux missions du Canada. En honneur de sa glorieuse mémoire, sa famille fit faire son buste en argent, de grandeur naturelle, qu'elle donna au collège de Québec. Le •*■ pèr.? est revêtu d'un rochet pour rappe'er sa mort dans l'acte même du ministère apostolique. Le socle
sur lequel il repose est en ébène et de forme octogonale. Le dernier Jésiiit." qui mourut à Québec (1800)fit présent de ce buste aux soeurs hospitalières, qui le conservent encore aujourd'hui précieusement.
2 Le pjre Lalemant, *gé de .39 ans, exerçait son ministère au Canada depuis 1646.^ / 1/ r/ / ( V
l'exercice de son ministère. Le lendemain, le père Noël Chabanel, en se retirant dans un bourg voisin, recevait la mort de la main d'un Huron apostat.
Pendant l'hiver, la famine se déclara sur l'île Saint-Joseph et décima la population. Le retour du printemps ne donna que des lueurs d'espérance. Découragés, les Hurons résolurent d'aller s'installer à l'île d'Orléans, où, protégés par les canons du fort de Québec, ils pourraient vivre tranquilles, et être à l'abri des incursions iroquoises. Le convoi, comptant soixante Français et plus de quatre cents Hurons, montés sur de légers canots, partit le 10 juin. Tous ces fugitifs hivernèrent à Québec, où ils reçurent une bienveillante hospitalité. Le printemps suivant, ils prirent possession de l'île. Pendant deux ans, jusqu'à ce qu'ils pussent vivre du produit de leurs terres, les communautés et les principaux habitants de Québec les assistèrent. Le père Chaumonot activait leur foi et relevait leur courage dans les épreuves. Bientôt, des Hurons dispersés de tous côtés, apprenant la paix dont jouissaient leurs frères, vinrent se joindre à eux. Mais malheureusement, cette ^^ccalmie devait être de courte durée ; car les implacables Iroquois, informés de la retraite de leurs ennemis, les surprirent dans les champs pendant^*tés" semailles, en tuèrent un certain nombre et firent plusieurs prisonniers.
Les Hurons ne se relevèrent pas de ces malheurs. Les Iroquois dépeuplèrent entièrement leur pays et en firent une vaste solitude, qui ne se repeupla que longtemps après.
Monsieur Louis d'Ailleboust de Coulonge, gouverneur. — La cour, jugeant à propos de ne pas laisser chaque gouverneur plus de trois ans, nomma M. d'Ailleboust de Coulonge pour remplacer de Montmagny (1648). M. d'Ailleboust était un homme de bien et de religion, connaissant parfaitement les be;soins de la colonie. Il s'agissait pour lui de soulager Ville- Marie, trop loin de Québec, et peut-être aussi fondée trop tôt et avec des éléments insuffisants à l'entreprise.
Le nouveau gouverneur apportait un édit royal réorganisant le conseil d'administration du pays. Les membres du nouveau conseil étaient : le gouverneur général, le supérieur des Jésuites, en attendant qu'il y eût un évêque, le dernier gouverneur sorti de charge, et deux habitants du pays, élus de trois ans en trois ^, par les syndics de Québec, de Montréal et des Trois-Rivières. Les gouverneurs de Mont-
réal et des Trois-Rivières avaient droit d'assister au conseil, quand ils se trouvaient à Québec.
M. d'Ailleboust, après son administration, s'établit et mourut au Canada.
Combats à Ville-Marie. — Ville-Marie eut à soutenir plusieurs combats contre les Iroquois. En 1644, M. de Maisonneuve, ayant appris que ceux-ci, au nombre de 200, rodaient autour du fort, sortit à la tête de trente des siens, pour les mettre en fuite. Les Français éprouvèrent une vigoureuse résistance et durent se retirer. Plusieurs furent tués ou blessés dans cette rencontre.
Charles LeMoyne devint un des meilleurs soutiens de la colonie naissante de Ville-Marie. Un fier compagnon de C. LeIMoyne était Lambert Closse " tout de cœur et généreux comme un lion ". Closse, ayant aperçu (1652) deux cents Iroquois en embuscade, près du fort, sortit avec vingt-quatre hommes et deux petits canons pour les combattre. Après s'être frayé un chemin au milieu des balles ennemies, ces braves se retirèrent dans une bicoque où ils firent un feu si terrible que l'ennemi dut se retirer.
LECTURE. — Les premières familles canadiennes. — Il n'y a pas eu de colonisa' ion stable, au Canada, avant la fondation de Québec (1608). Les Malouins qui vinrent dans nos parages avec Cartier, ou après lui, ne songèrent qu'à faire un peu de traite de pelleteries avec les sauvages, et à charger leurs petits navires de poissons, pour le commerce en France. La correspondance de Champlain démontre clairement qu'il n'y avait sur les bords du Saint-Laurent aucun habitant de race blanche avant 1608, et, qu'à partir de cette date jusqu'à la prise de Québec par Kertk, les hommes n'étaient emplo3^és que temporairement par les compagnies qui s'occupaient du trafic de fourrures. On ne trouvait alors au pays que les familles Hébert, Martin et Couillard, plus quelques colons épars qui se marièrent après 1632, avec des jeunes filles qui vinrent de France en même temps que leurs parents. Nous ne parlons pas ici des coureurs de bois, peu nombreux d'ailleurs, et qui n'exercèrent aucune influence siu" les familles venues toutes formées de France.
Il faut taxer d'ignorance ou de mauvaise foi ceux qui se plaisent à dire que la première colonisation française du Canada s'est faite au moj'en de déserteurs de vaisseaux, de fripons, d'aventuriers ou de gens tirés des prisons ; ou encore que nous sommes les descendants des compagnons de Jacques Cartier. N'est-il pas ridicule d'entendre également : " Fils de la Bretagne et de la Normandie, les Canadiens français chérissent toujours la France." Quel historien pourrait prouver qu'un des hommes de Cartier a fait souche au Canada ? De 1632 à 1700, on n'y compta pas plus qu'une centaine de Bretons. Ce n'est qu'un siècle et demi après les voyages de Cartier qu'on voit venir sur nos rives les premières familles bretonnes.
Ne disons donc pas que les pionniers du Canada ont été Roberval, le marquis de la Roche, Chauvin, etc., dont le séjour a été de courte durée sur nos rivages, et qui ne se sont guère occupés que de commerce des pelleteries. Sans doute, Cartier a planté au Canada le drapeau français tout en y arborant l'étendard de la croix, mais on ne peut avancer qu'il ait songé à y fonder une colonie. Cette glorieuse entreprise était réservée à Samuel de Champlain, et le soin qu'il apporta au choix des colons permet à tout Canadien français de lever haut la tête et d'être fier de sa