‹ Histoire du CanadaChapitre 34 sur 120 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Les premiers fondateurs. — Émigration. — Colonisation. — Mœurs et coutumes des premiers Canadiens. — Nourriture. — Monnaie. — Habitations. — Vêtements. — Climatologie. — Église. — Compagnie des Cent-Associés. — Tableau des missions du Canada.

Les premiers fondateurs. — -Un demi-siècle après la fondation de Québec, c'est-à-dire après cinquante ans de tâtonnements, de mécomptes, de souffrances et de périls de toutes sortes éprouvés par les colonisateurs, Vauban s'écriait : " Qui peut entreprendre quelque chose de plus grand et de plus utile qu'une colonie ? N'est-ce pas par ce moyen, plus que par tous les autres, qu'on peut avec toute justice, s'agrandir et s'accroître ? " Ces paroles conviennent surtout à Champlain qui, sous l'inspiration d'une pensée patriotique, jeta sur nos rivages les bases d'une France nouvelle, et voulut mourir au milieu des peuplades barbares qu'il chercha à éclairer des lumières de l'Evangile. Tous les noms nobles et dévoués à la cause de notre pa^ s'effacent devant la constance, le courage, l'activité et le patriotisme de l'illustre fondateur de Québec. A côt^ de ce grand nom, on peut placer celui de Pontgravé, qui l'aida puissamment dans les fondations de l'Acadie et de Québec. Les relations du père Le Jeune, jésuite, publiées en France, suscitèrent les établissements de Sillery, du collège des Jésuites, des Hospitalières, des Ursulines et enfin de Ville- Marie, qui en fut le couronnement. Ces différentes fondations, inspirées et soutenues par des cœurs généreux qui surent s'élever audessus d.es, intérêts égoïstes et personnels, amenèrent sur nos plages des martjTS de la charité comme les pères de Bréheuf et Lalemant; des héroïnes comme madame de la Peltrie, Marie de VIncarnotion, Jeanne Mance et Marguerite Bourgeoys ; des âmes magnanimes comm.e de Montmagmj, de Maisonneuve et Mgr de {Laval, des héros comms Dollard et ses compagnons. Ces types de courage et de dévouement laissent loin derrière eux les grands hommes de Rome païenne.

Emigration, — 'L'histoire constate qu'aucune famille ne se fixa définitivement au Canada avant la fondation de Québec (1608), et

que les Européens ne s'attachèrent à la Nouvelle-France que quand on mit la charrue dans le sol.

Lors de la conquête des Kertk (1629), Québec comptait soixanteseize personnes parmi lesquelles vingt Français, et un missionnaire revenu du pays des Hurons. En automne, le clergé, les emplo3^és de la traite et autres, y compris Champlain, retournèrent en France, ne laissant que vingt-huit personnes avec la garnison anglaise de quatre-vingt-dix soldats. A cette époque, il n'y avait qu'une vingtaine d'arpents de terre en culture.

Il est bon de noter que quand les Kertk eurent arboré le drapeau anglais au sommet du cap au Diamant, c'est Champlain seul qui, par sa belle campagne diplomatique, amena la restitution du Canada à la France. Il eut à lutter contre l'hostihté des hommes d'affaires, dont il divulgua les manques de parole, et contre l'ignorance et l'apathie de ceux pour qui il acquérait un empire.

Charlevoix fait remarquer que de 1634 à 1639, le Canada comprenait le fort de Québec, environné de quelques méchantes maisons et de quelques baraques ; un commencement d'habitation aux Trois- Rivières ; deux ou trois cabanes dans l'île de Montréal, autant peutêtre à Tadoussac et en quelques autres endroits sur le Saint-Laurent, pour le commerce des pelleteries et de la pêche. En 1642 la colonie comptait soixante-sept familles, comprenant deux cent-cinquante personnes, dont trente-trois aux contrées des Hurons, et cinquantecinq à Montréal.

Avant 1660, dit Rameau, arrivèrent au Canada l'émigration presque entière du Perche, que nous avons évaluée en totahté à 300 ou 400 âmes, et les émigrations dirigées sur Montréal, 300 à 350, ce qui, joint aux émigrations diverses venues à Québec et aux Trois-Rivières, ne peut guère dépasser de 1,000 à 1,200 émigrants dans cette période ; ces chiffres, unis à celui des naissances, donnent les 3,000 âmes qu'avait alors le Canada (1660). A cette époque, selon l'abbé Ferland, les enfants nés dans le pays formaient déjà une part considérable de la population. Autour du no^'au primitif vinrent successivement s'agglomérer les émigration postérieures, qui en modifièrent un peu le caractère, sans néanmoins le changer notablement.

Immigration Française. — Statistique des colons arrivés au Canada de 1615 à 1666, et noms des lieux d'où ils provenaient:

De 1615 à 1641 inclusivement.

Lieux

Nombre

Lieux

Nombre

Normandie

' Beauce

Perche

Paris

Picardie

Bretagne ....

Maine

Ile-de-France . .

Brie

Poitou

Champagne

Lieu de naissance inconnu .

Total

De 1641 jusqu'au commencement de 1666.

Lieux

Nombre

Lieux

Nombre

Normandie

Lyonnais

Perche

Forez .

Saintonge

Beauce

Aunis

Hainaut

Ile de Rhé

Guyenne .

Ile d'Oléron

Gascogne

Champagne

Berry . .

Poitou

Périgord

Blaisois

Lorraine

Maine

Flandre française

Brie

La Marche. ...

Languedoc

Ile-de-France

Bretagne

Paris.

Anjou

Provence

Bourgogne

Angoumois

Picardie

Touraine

Total

Grand Total ....

Colonisation. — La colonisation du Canada fut une œuvre éminemment chrétienne et nationale. L'œil vigilant des gouverneurs et du clergé ne souffrait rien de la part des colons qui put mal édifier les tribus indiennes qu'ils voulaient convertir et constituer en société.

Le Canada se développa au moyen des seignem-ies, concédées à des gentilshommes en état de créer par eux-mêmes des centres de colonisation. Dès 1598, Henri IV donnait au marquis de la Roche le pouvoir " de faire baux de terre de la Nouvelle-France aux gentilshommes, en fiefs, châtellenies, comtés, vicomtes et baronneries, à la charge de tuition et défense du pays et à telles redevances annuelles dont il jugerait à propos de les charger, mais dont les preneurs seraient exempts pour six années." — " Lorsque Richelieu forma la compagnie des Cent- Associés (1627), il lui fit accorder par le roi toute la Nouvelle-France en pleine propriété, seigneurie et justice, avec le pouvoir d'attribuer aux terres inféodées tels titres, honneurs, droits et facultés qu'elle jugerait convenables, et d'ériger même des duchés, marquisats, comtés, vicomtes et baronneries, sauf confirmation par le prince. Elle ne pouvait songer néanmoins, à couvrir de duchés et de marquisats un pays sans habitants— elle y concéda de simples seigneuries^"

Rameau dit qu'à partir de 1627, le système de colonisation consistait non seulement à distribuer des terres aux émigrants autour de Québec, mais encore à concéder d'immenses étendues de terrain, à titre de tenure seigneuriale, à ceux qui, par leur fortune et leur situation, paraissaient en état de créer eux-mêmes des centres de population. Ce dernier mode de concession prévalut à la longue ; il dura jusqu'à la fin de la domination française ; la colonisation s'opéra par l'intermédiaire des concessions seigneuriales, au moins dans la contrée qui forme aujourd'hui le Bas-Canada-,

" Tout le sj^stème de colonisation reposait sur deux hommes, le prêtre et le seigneur, qui marchaient côte à côte et se prêtaient généralement un mutuel soutient"

Un seigneur, au Canada, pouvait être considéré comme l'entrepreneur du peuplement d'un territoire qu'on lui avait concédé ; le

1 Gameau, Histoire du Canada, t. I, p. 171.

2 A la fin de l'année 164.5, le Canada comptait vingt -cinq seigneuries. Au sud du fleuve, c'étaient : Lauzon, Sainte-Croix, Godgrey et la Citière; dans le fleuve: les lies aux Oies, d'Orléans, de Montréal et de Jésus: au nord: Beaupré, Beauport, Xotre-Dame-des-Anges, l'Espinay, la banlieue de Québec, Sainte-Foy. Sillery, Porv-Neuf, Cha\agny, Grondines, Batiscan, l'Arbre-à-la-Croix, Saint- Louis des Trois-Rivières, Dautray et Saint-Sulpice. Toutes ces seigneuries ne comptaient alors qu'une oentame de familles, au fieu de 5,000 colons que la compagnie de la Nouvelle-France aurait dû fuumir jusqu'à cette époque.

3 L'abbé Casgrain : Une paroisse canadienne.

bénéfice qui lui en revenait était loin d'être excessif. L'habitant^ qui recevait une terre n'avait rien à débourser d'abord ; on lui donnait même ce qui était nécessaire aux premiers défrichements. Ce n'était que quelques années plus tard qu'il commençait à payer une redevance annuelle.

Il ne faut pas considérer les seigneurs du Canada comme des •hommes de cour, vivant dans les honneurs, le luxe, la mollesse, les jouissances et les divertissements, mais comme des pionniers infatigables, ne cherchant que la gloire de l'oubli et du désintéressement.

Mœurs et coutumes des premiers Canadiens. — Les premiers Canadiens ne dégénérèrent pas de leurs ancêtres. On voyait rayonner la piété au foyer domestique. La prière se faisait en commun, le Bénédicité et les Grâces se récitaient à chaque repas, et on ne commençait aucune action importante sans faire le signe de la croix. M. de Gaspe^ dit à ce sujet : '' La pieuse coutume des habitants de faire une prière avant de commencer un ouvrageaui oeut les exposer à quelque danger : telle que l'érection du comble d'un édifice, etc., existe encore de nos jours. C'est un spectacle imposant de les voir se découvrir, s'agenouiller et d'entendre un vieillard réciter, à haute voix, les prières auxquelles tous répondent.^'

La gaieté vive et franche de l'esprit gaulois régnait dans l^^^^^l^v/^ les. Des divertissements honnêtes, des repas qui, comme les agapes des premiers chrétiens, réunissaient les parents et les amis , la visite des malades, l'assistance des pauvres et des orphelins, faisaient, pour ainsi dire, de chaque paroisse, une communauté religieuse. Le jour de l'an amenait, comme aujourd'hui, des souhaits, des vœux, des cadeaux, et des réjouissances. Le journal des Jésuites (1645-1668) note les aubades, les compliments, les présents qu'on se faisait.

Les enfants ne manquaient pas, la nuit de Noël, de suspendre leurs bas à la tête de leurs lits, pour recevoir les étrennes du petit Jésus.

1 Les cultivateurs canadiens se sont toujours montrés fiers du nom d'hnbifant, qui a un sens plus relové que celui de paysan. En 1757, Bougainville éciivait :" Les simples habitants du Canada seraient scandalisés d'être appelés paysans. En effet, ils sont d'une meilleure étoffe et ont plus d'esprit, plus d'éducation que ceux de France. Ils ne payent aucun impôt et vivent dans une espèce d'indépendance," Duchesncau écrivait à Colbert (6 octobre 1679) : Quant aux laboureurs qui s'appliquent avec as.siduité à la terre, ils subsistent fort honnêtement et sont, sans comparaison, plus heureux que ce qu'on nomme en France les bons paysans."

2 Philippe-Aubert de Gaspé (1780-1871), auteur d'un livre attachant intitulé : "Les Anciens Canadiens." Il nous a fiussi laissé ses mémoires, qu'il écrivit à l'âge de quatre-vingts ans.

Tous ces usages, embaumés de la charité la plus tendre, de l'affection la plus cordiale et de la piété la plus sincère, rendaient aux premiers Canadiens la Xouvelle-France aussi chère que la Gaule l'était aux Francs.

Nourriture. — La nourriture des premiers Canadiens était à peu près celle de nos campagnes d'aujourd'hui. D'après M. Boucher, les boudins, les riches tourtières, les pannes, les porcs frais, les graisses de rôts, les saucisses, les Saintes-Menehoulds, les cochons de lait et les cretons étaient déjà en faveur parmi les colons. Le poisson et le gibier étaient abondants. Cependant, la colonie de Montréal se trouva à la gêne à ses débuts : " Dès le commencement de cette habitation, dit AI. Dollier de Casson, on avait bien semé un peu de pois et du blé d'Inde, et on continuait fort cette agriculture tous les ans, mais cela n'était rien à tant de monde ; ils consommaient outre cela beaucoup de vivres qui venaient de France, encore n'étaitce pas suffisant." Le mets par excellence était la soupe aux pois ou aux haricots, dont l'usage s'est conservé parmi nous et qui peut faire, à elle seule, l'éloge de la cuisine canadienne. Ce fut vers 1645 qu'on commença à fabriquer le pain avec le blé du pays.

Monnaie. — On connaissait à peine l'argent monnayé avant l'arrivée du régiment de Carignan (1665).

Un magasin de fourrures générales donnait des notes signées par les commis pour les produits reçus ; en échange de ces billets, le même magasin livrait les outils, les effets d'habillements, etc., dont les colons ne pouvaient se passer, et qu'ils n'étaient pas libres d'acheter ailleurs.

Habitations. — -Les maisons ressemblaient à celles que l'on voit encore aujourd'hui dans nos campagnes éloignées des villes. Elles étaient simples, mais propres et d'allure hospitalière. D'après M. Boucher, on en trouvait en pierres et couvertes de planches ou ais de pin ; d'autres étaient bâties de colombages ou cliarpcnte et maçonnées entre les deux ; un certain nombre, entièrement de bois et couvertes de planches.

La main-d'œuvre était chère à cette époque. La mère de l'Incarnation écrivait (1651) : " C'est une chose étonnante combien les artisans et les manœuvres sont cher ici ; nous en avons à quarante-cinq et à cinquante sols ou sous par jour. Les manœuvres ont trente

sols par jour, avec leur nourriture". Dans les inventaires de mobiliers, de 1650 à 1660, il n'est pas question de vaisselle de faïence, de couteaux de table, de fourchettes en métal commun, de poterie et de fer-blanc. Au lieu de chaises, dans les maisons, on se servait d'escabeaux, de bancelles et de longs bancs à dossier. En 1653, la mère de l'Incarnation écrivait aussi : " Nos couchettes sont de bois et se ferment comme des armoires. Quoiqu'elles soient doublées de drap ou de serge, à peine peut-on se réchauffer." L'usage des poêles n'était pas connu ; on se chauffait au feu des cheminées^. La mère de l'Incarnation dit encore à ce sujet : "A quatre cheminées, nous brûlons par an cent soixante et quinze cordes de gros bois ; après tout, quoique le froid soit si grand, nous tenons le chœur, mais l'on y souffre un peu."

Les prêtres plaçaient des chaufferettes sur l'autel quand ils disaient la messe. Quelques paroissiens apportaient des réchauds qu'ils mettaient sous leurs pieds. Il n'y avait pas de bancs dans les églises.

Vêtements. — ^Les Canadiens fabriquaient eux-mêmes, au moyen de métiers, la flanelle, le droguet et la toile dont ils confectionnaient leurs vêtements. La chaussure des sauvages était portée pendant l'hiver ; les bottes de cuir rouge du Canada étaient en usage toute l'année ; plus tard, les familles aisées se procurèrent, pour les fêtes et les dimanches, les "souHers français" et les "bottes malouines". "Nos ancêtres, écrit M. de Gaspé, dépensaient un sou avec plus de répugnance que leurs descendants un louis de nos jours. Alors — -au dix-huitième siècle — riches pour la plupart, ils ignoraient néanmoins le luxe : le produit de leurs terres suffisait à tous leurs besoins." La coiffure des habitants était une tuque de laine tricotée. M. Faillon nous dit qu'en dehors des grandes circonstances où il devait figurer comme gouverneur, M. de Maisonneuve portait une capote de serge grise" à la mode du pays.

Climatologie.— On aurait tort de croire, comme certains étrangers, que le Canada est enseveli dans les glaces, que ceux qui l'habitent passent leur vie vêtus de fourrures, et que le froid y est

1 Les premiers poêles de fonte fabriqués au Canada datent, de 1730. Néanmoins des documents nédita mentionnent que certaines familles en avaient. Les autres pays n'étaient pas plus avancés

sous ce rapport.

2 Cette serge grise est la fameuse étoffe du pays si difficile à user.

Tissage à la maison

Travailler au métier et filer au rouet, Des femmes, en hiver, étaient l'unique ouvrage On tissait à l'envi toile, étoffe et droguet, Pour tous les vêtements aU foyer en usage.

intolérable durant la plus grande partie de l'année. Ceux qui pensent ainsi sont à la remorque de Louis XV, roi de France, biffant de sa carte géographique cette colonie qui ne consistait, selon la pensée de Voltaire, qu'en quelques arpents de neige. Si l'on porte des pelleteries pendant la saison rigoureuse, c'est plutôt comme objets de luxe que par urgente nécessité. Le déboisement des forêts et l'assainissement des terrains marécageux ont contribué, comme dans les pays d'Europe, à améliorer notre climat. La latitude n'est pas la seule chose qui contribue à la température d'un pays. Pour s'en convaincre, on n'a qu'à observer qu'Ottawa et IMontréal sont sur la même latitude que Venise, et que Québec est de quelques lieues plus au sud que Paris. L'altitude contribue plus au climat d'un pays que la latitude. En cela, l'Amérique du nord, qui a pour altitude moyenne 748 pieds, a la supériorité sur l'Europe, dont l'élévation moyenne n'est que de 671 pieds. L'influence du Guif Stream se fait sentir sur le littoral de l'Atlantique. A Halifax, en plein cœur de l'hiver, il suffit que le vent du sud souffle une dizaine d'heures, pour faire fondre les plus gros bancs de neige. La côte canadienne du Pacifique est tempérée par la mer du Japon, et c'est ce qui fait que la température de l'île Vancouver est comme celle du sud de l'Angleterre avec une chaleur plus intense, mais moins humide en été. Les immenses nappes d'eau douce des rivières et des lacs, formant presque la moitié des eaux douces du globe, et le soleil ardent des longues journées d'été, faisant mûrir les moissons rapidement, sont aussi des causes qui modifient considérablement la température du Canada.

On lit dans les œuvres de Champlain : " Il est à remarquer qu'il n'y a point quinze jours de différents, d'une année à l'autre pour la température de l'hiver, qui est depuis le 2 novembre jusques en avril que les neiges se fondent, et mai est le printemps. Quelque fois, les neiges sont plus grandes en une année qu'en l'autre, qui sont de un pied et demi et trois ou quatre au plus, au plat pays ; car aux montagnes du côté du nord, elles sont de cinq ou six pieds de haut^"

En mai 1624", Champlain disait : " Le 8, les cerisiers commencèrent à épanouir leurs boutons, pour pousser leurs feuilles dehors ; en même temps sortaient de terre de petites fleurs, de gris de lin, et

1 Champlain, 2e part. p. 63.

2 Champlain, 2e part. p. 67 et 68.

blanches, qui sont les primevères du printemps de ces lieux-là. Le 9, les framboisiers commencèrent à boutonner, et toutes les herbes à pQUSser hors de terre. Le 10 ou 11, le sureau montra ses feuilles. Le 12, des violettes blanches se firent voir en fleurs. Le 15, les arbres furent boutonnés et les cerisiers revêtus de feuillages, et le froment monté à un empan de hauteur. Les framboisiers jetèrent leurs feuilles ; le cerfeuil était à deux pouces de hauteur. Le 18, les bouleaux jettent leurs feuilles ; les autres arbres suivent de près. Le 29, les fraises commencent à fleurir. Le 30, les fraises étaient toutes en fleurs. Les chênes avaient leurs feuilles d'environ un pouce de long. Les pruniers et les cerisiers en fleur, et le blé d'Inde commençait à lever."

L'Eglise. — L'histoire du Canada est une véritable épopée. Les fondateurs de la colonie étaient animés de l'esprit chrétien ; leurs œuvres et leurs paroles nous en donnent la preuve. Jacques Cartier, découvreur du Canada, voulait la conversion des aborigènes. " Le soleil, disait-il, vient de l'Orient, comme notre sainte foi, il passe de l'est à l'ouest ; ne pouvons-nous pas conclure que les rayons de l'Évangile doivent suivre sa trace et répandre leur brillante clarté dans la même direction?" Le grand navigateur planta solennellement, en présence des sauvages et au bruit du canon, l'étendard de la croix sur la côte de la baie de Gaspé (1534). Le premier dôme sous lequel le saint sacrifice fut célébré sur nos plages, a été, paraît-il, une tente d'écorces, posée au pied des pins de la forêt, sur la petite rivière Sainte- Croix, aujourd'hui appelée rivière Saint-Charles (8 septembre 1535).

Les Indiens de Stadaconé se montrèrenx désireux de connaître les vérités religieuses, mais ce ne sera que soixante-quinze ans après le dernier voyage de Cartier qu'on verra des missionnaires s'occuper de l'œuvre de l'évangélisation (1615).

Champlain, qui vint pour la première fois au Canada en 1603, travailla énergiquement à la conversion des Micmacs et des Abénakis. Le hardi marin de Brouage, en Saintcnge, qui fit de l'ancien hameau indien de Québec une ville française, joignit une âme d'apôtre au génie de la colonisation. Après la fondation de Québec (1608), centre de la Nouvelle-France, il invita les missionnaires à se rendre dans la colonie, et les Récollets répondirent à son appel (1615). Le zèle des missionnaires pour répandre les lumières de l'Évangile au milieu des hordes sauvages peut être comparé à celui des apôtres, au sein du

monde païen. La messe, qui n'avait pas été dite à Stadaconé depuis les voyages de Cartier, fut célébrée solennellement au bruit de l'artillerie et aux acclamations de joie des colons, dans une chapelle située au pied du promontoire, sur le bord du fleuve, à peu près au lieu où se trouve actuellement l'église de la basse ville. Les Jésuites, à la demande des Récollets, vinrent au Canada, en 1625. Les religieux de ces deux ordres célèbres travaillèrent concurremment à la conversion des aborigènes jusqu'à ce que Québec tombât entre les mains des Anglais (1629). Quand la colonie fut rendue à la France (1632), les Jésuites y revinrent seuls pour continuer à évangéliser les sauvages^

Afin de favoriser les progrès religieux et conserver dans la pratique des préceptes divins les nouveaux convertis, les Jésuites établirent des bourgades, qui furent, comme nous l'avons vu, bientôt détruites par la barbarie iroquoise. Quelques-uns des premiers missionnaires trouvèrent une mort héroïque dans leur œuvre apostoUque.

La fondation de Montréal est un acte de foi des plus touchants. Voici ce que M. de Maisonneuve, le premier gouverneur de l'île, disait à M de la Dauversière, l'un des membres les plus dévoués, avec M. Olier, de la société de Notre-Dame de Montréal : " J'ai assez de bien pour mon peu d'ambition. J'emploierai ma fortune et ma vie à votre entreprise, sans autre récompense que l'honneur de servir mon Dieu et mon Roi, dans les armes que j'ai toujours portées."

Le peuple naissant de Ville Marie ne songeait qu'à procurer la gloire de Dieu et la conversion des indigènes. La nouvelle mission, d'abord desservie par les Jésuites, passa ensuite aux mains des fils de M. Olier (1659), dont le zèle apostolique et l'esprit ecclésiastique ne se sont jamais démentis. Le rôle des. messieurs de Saint-Sulpice a été surtout de former à la science sacrée et aux vertus sacerdotales les membres du clergé de Montréal et d'ailleurs.

1 Par un bref apostolique, les pouvoirs accordés aux Récollets et aux Jésuites, pour les missions du Canada, cessaient à leur départ de cette contrée. A la demande de Richelieu, les Jésuites revinrent au Canada après le traité de Saint-Germain-en-Las'e, lorsque leurs pouvoirs furent renouvelés par Rome. En 1635, un décret de la Propagande autorisait les Récollets à revenir aussi à condition de se fixer là où il n'y avait pas de missionnaires ; mais alors il y avait déjà dc>s Jésuites partout. D'ailleurs, le plus grand obstacle au retour des Rôcollets dans nos parages fut amsnS par Richelieu, qui trouvait le pays trop pauvre pour subvenir aux besoins ds deux ordres de missionnaire?. Le roi dut iniarvenir directement, en 1670, pour op'^rar Is retour des Récollets au Canada. (Voir "La Mission du Canada", par l'abbé Auguste Gosselin.)

L'abbé de Queylus, après rinstallation de ses confrères à Montréal, fixa sa résidence à Québec et s'empressa d'aller visiter le modeste sanctuaire de Sainte-Anne de Beaupré, élevé sur les bords du Saint- Laurent et exposé à être emporté, au printemps, par la crue des eaux. Il fut changé d'endroit. Dès les premiers temps de son épiscopat, Mgr de Laval fit l'acquisition d'un terrain voisin de celui qu'on avait concédé à l'abbé de Queylus, et c'est en ce lieu que s'éleva une église ouverte au culte en 1660, et livrée à la piété des nombreux pèlerins qui, depuis, se rendent chaque année pour obtenir quelques faveurs de la grande' thaumaturge du Canada.

A cette époque, on voyait déjà à Québec une église paroissiale en forme de croix latine et mesurant cent pieds de long sur trente-huit de large, à l'endroit même où se trouve actuellement la basiHque, sur un terrain donné par sieur Guillaume Couillard. Ce fut le père Jérôme Lalemant qui présida à la cérémonie de la pose de la première pierre. Le père Poncet y célébra la première messe en la nuit de Noël 1650. Seize ans plus tard l'église paroissiale de Québec était consacrée par le premier évêque de la Nouvelle-France.^

Des religieuses, Ursulines et Hospitalières, vinrent aussi, les premières pour se livrer à l'éducation, les secondes pour être des anges de charité auprès des malades. Voici ce que dit d'elles, Hawkins, écrivain protestant : " Des personnes jeunes et déhcates, s'arrachant aux douceurs de la civilisation, sont venues, bravant tout, apporter aux sauvages étonnés, les remèdes du corps et ceux de l'âme, .... affronter les rigueurs du climat, la famine et la mort ; . . . . soutenues par une force surhumaine, elles ont réussi à établir au sein de nos contrées les autels de leur Dieu et la foi de leur pays."

Compagnie des Cent- Associés.— En 1663, la compagnie des Cent-Associés, à cause de ses pertes nombreuses et des incursions continuelles des IroQuois, se vit forcée de remettre sa charte entre les mains du roi. La colonie comptait alors 2,500 habitants presque tous groupés autour de Québec, de Montréal et des Trois-Rivières.

1 L'église paroissiale de Québec avait remplacé Notre-Dame-de-Recouvrance, incendiée en 1640.

Années

Noms des Missions

Renseignements

Montagnais

Pays des Hurons .

Pays des Hurons. .

Pays des Hurons.

Saint-Joseph (Sillery) Trois-Rivières

Pays des Hurons

Pays des Hurons

Les Récollets estiment à 300,000 les sauvages qu'ils ont visités depuis six années.

Le père Piat part le 15 décembre pour aller hiverner chez les Montagnais, à 6 lieues de Québec.

Les pères Viel et Le Caron, et le frère Sagard partent, avec onze Français, pour le pays des Hurons.

Le père de Brébœuf part de Québec le 20 octobre pour aller évangéliser les sauvages, à 25 ou 30 lieues de Québec, et ne revient que le 27 mars suivant.

Les pères de Noue et de Brébeuf se rendent au pays des Hurons, et le père Joseph de la Roche Daillon va chez les Neutres.

Trois pères jésuites, avec quelques Français, vont au pays des Hurons.

On compte six résidences de Jésuites en la Nouvelle-France, savoir :

Mission Sainte-Anne au Cap-Breton ;

Mission Saint-Charles . . .à Miscou, située à l'entres de la baie des Chaleurs ;

Mission Notre-Dame-de-la-Recouvrance à

Québec, proche du Fort Saint-Louis ; " de la Conception .... aux Trois-Rivières; " Saint-Joseph. . . .à Ihonativia (chez les Hurons ) .

On ne compte que deux familles sauvages, à Sillery, comprenant environ 20 personnes.

800 Algonquins descendent se caban er auprès des Français des Trois-Rivières, pour embrasser la foi.

A Ossassanée (pays des Hurons), s'élève une chapelle de 30 pieds sur 15, et 24 de hauteur.

Les missions du pays des Hurons sont comme suit :

Mission Sainte-Marie " Saint- Joseph " de la Conception " St-Jean-Baptiste " des SS. Apôtres

Les missions comptaient 32 bourgades, 700 cabanes. 2,000 "feux, 4,000 familles, soit environ 12,000 personnes.

Années Noms des Missions

Ren seignements

Pays des Hurons .

Pays des Hurons.

Pays des Hurons.

Sillery

Pays des Hurons.

Pays des Hurons..

Abénakis .

Les pères jésuites dirigent les sept missions qui suivent, savoir :

Mission Sainte-Marie, Nation des Ata-^ vonchvonons, Saint- Joseph, Nation des Attin-

quenongnahacs, de la Conception, Nation des At-

tiguaouentans, Saint-Jean-Baptiste, Nation des

Ahvendavonons, Saints-Apôtres, Nation des Khionta-

tenons (Nation du Pétun), Saints-Anges, Nation Attikadavons

(Nation Neutre), Saint-Esprit, Nation des Nipigairiniens (Nation Algonquine).

Note. — Les missions de la nation du Pétun et des Neutres furent abandonnées, en 1641, faute de missionnaires. — Quatorze Jésuites demeurèrent au pays des Hurons. — Une mission fut commencée, durant la même année, à Tadoussac.

Aux Trois-Rivières, ou comptait 80 néophytes en 1641 ; la chapelle était trop petite pour réunir lensemble les sauvages et les Français.

Il y avait au pays des Hurons 3.3 Français, tant religieux que laïcs.

On comptait 35 à 40 familles sauvages chrétiennes à Sillery.

22 soldats vont au pays des Hurons. On compte sept missions au pays des Hurons, dont six résidences, savoir :

Mission Sainte-Marie Saint-Joseph de la Conception Saint-Michel Saint-Ignace Saint-Jean-Baptiste

" Saint-Esprit Cette dernière mission était composée d'Algonquins qui hivernèrent sur le lac Huron, à 25 lieues des Hurons.

Le père Gabriel Druillettes part de Sillery pour aller chez les Abénakis, mission de l'As.somption. — Il alla même visiter les pères Capucins à Pentagoet, et il y demeura jusqu'au 15 janvier

Situées dans les cinq principales bourgades des Hurons.

TABLEAU DES MISSIONS CATHOLIQUES

Années Noms des Missions

Renseignemen ts

Matane....,

Pays des Hurons..

Pays des Iroquois.

Pays des Iroquois.

Nouvelle-France. .

Nation huronne

Nation du Pétun

Le père Druillettes alla hiverner à Matane. On compte dix Missions au pays des Hurons,

savoir :

Mission de la Conception .

" Saint-Michel ' Saint-Joseph " Saint-Ignace " Sainte-Marie " Sainte-Madeleine " Saint-Jean 'l

" Saint-Mathias / " Saint-Pierre .... sur la rive nord du lac

Huron

" Saint-Esprit, .établie au lac Winnipeg. Note. — On comptait alors au pays des Hurons 42 Européens, dont 18 Jésuites.

Note. — Cette même année eut lieu le massacre des Hurons par les Iroquois. On constate la mort glorieuse de trois Jésuites ; 15 bourgs abandonnés et les sauvages se retirent chez la nation du Pétun et dans l'île Saint-Joseph, ainsi que dans une île plus éloignée nommée Ekaentolon, que les Jésuites nommèrent l'île Sainte-Marie, éloignée d'environ 60 lieues du paj^s des Hurons. Note. — Les Jésuites descendent à Québec avec 300 sauvages Hurons, hommes, femmes et enfants, afin de les sauver d'une entière destruction . . 300 autres Hurons vinrent rejoindre les premiers peu de temps après.

Environ 40 canots hurons vinrent grossir la colonie de l'île d'Orléans. . . .Une chapelle et une résidence furent construites dans l'île et à Tadoussac, pour y loger les missionnaires.

Le père Buteux, jésuite, fut tué par les Iroquois, au troisième portage de la rivière Saint- Maurice, avec un Français et un sauvage chrétien qui l'accompagnaient.

Des missionnaires jésuites et 50 jeunes Français partent pour le pays des Iroquois.

A l'automne de 1657, on comptait au pays des Iroquois de 50 à 60 Français pour y hiverner.

Voici quel était l'état des Missions des Jésuites, de 1635 à 1657.

]\IisBion de Notre-Dame des Anges, située à % de lieue de Québec.

" de Notre-Dame-de-Rccouvrance, située à la haute A'ille de Québec.

TABLEAU DES MISSIONS CATHOLIQUES

Années

Noms des Missions

Renseignements

Nouvelle- France, ,

Pays des Iroquois...

Baie d'Hudson .

Lac Supérieur .

Monts Notre-Dame .

située à l'île

I Nations al- I gonquines.

Missions de la Conception, située aux Trois-Rivières.

de Notre-Dame, située à Montréal, de Saint-Joseph, située au pays des Hurons qui se partage en trois missions à peu près ; de Sainte-Croix, située à Tadoussac ; de Sainte-Anne, située au cap-Breton ; de Saint-Charles, située à Miscou ; de Notre-Dame de Consolation, située à Nipissiguit ; de Saint-Michel, située à SiUery, près

de Québec; de la Sainte-Famille,

d'Orléans ; de Saint-Gabriel, située

chez les Agniers de Saint-Gabriel, située chez les Onneyouts; de Saint-Jean-Baptiste, si-^ tuée chez les Onnontagués ; I Nations

de Saint-Joseph, située ■ iro-

chez les Oiougouans ; quoises.

de Saint-Michel, située chez les Tsonnontouans. ^ Les pères jésuites et les 50 ou 60 Français qui étaient à Onnontagué, partent secrètement vers les onze heures de la nuit, le 20 mars, pour éviter la mort qui les attendait.

Les pères Gabriel Druillettes et Claude Dablon, partent en mai, pour aller ouvrir une mission chez les Kilistinons, à la baie d'Hudson, mission

qu'ils appelèrent " Saint-François-Xavier "

Ayant rebroussé chemin, ils repartirent le 1er juin suivant, par la voie du Saguenay.

Le père Ménard écrit de la baie Sainte-Thérèse, à 100 lieues au-dessus du Sault, dans le lac Supérieur, qu'il avait déjà baptisé 50 sauvages adultes,

à la date de juillet 1661 S'étunt i)erdu dans

le bois, dans une course vers la rivière Noire, il fut tué par les Sioux, en août 1661. . . .C'est de tous les missionnaires celui qui a approché le plus de la mer de Chine.

Le père Pierre Bailloquet hiverna chez les Montagnais et les Algonquins, vers les monts Notre-Dame, à 160 lieues en aval de Québec.

TABLEAU DES MISSIONS CATHOLIQUES

Années

Noms des Missions

Renseignements

Pays des Iroquois

Le père Simon Lemoine alla hiverner chez les Iroquois, à Onnontagué. C'était une démarche dangereuse, mais dans l'intérêt de la paix, il fut contraint d'y aller comme une victime docile.

On comptait de 400 à 500 Algonquins qui,

craignant les Iroquois avaient hiverné auprès des Français à Québec.

Des douze pères qui ont fini leur vie en la Nouvelle-France, dix y ont été massacrés et brûlés par les Iroquois ou sont morts dans les neiges.

80 Kilistinons viennent à Montréal demander

pour leur pays des Robes Noires.

La mission du lac Maniouagan commença en cette année de 1664.

Le père Claude Allouez va établir une mission chez les Algonquins supérieurs, sur les rives du lac Supérieur.

Lac Supérieur

LECTURE. — La Guignolée. — La guignolée est une ancienne coutume consistant à se réunir en bande, dans la nuit du 31 décembre, pour aller souhaiter la bonne année aux amis et connaissances, et faire une collecte pour les pauvres, en chantant la chanson de la guignolée.

Le chant de la guignolée a déjà eu le privilège d'occuper l'attention de plusieurs écrivains de France et du Canada. M. Ampère, entre autres, fait remonter l'origine de ce refrain à r^oque druidiqy^uiand les prêtres de l'antique Gaule faisaient, au du gui sur leschênes des f ori

nouvel an, laTcuéîriette du gui sur leschênes des forêts sacrées, en pou&sant le cri de réjouissance : Au gui l'an neuf. Au reste, en plusieurs localités du Canada, guignolée se dit aginlanleu, et encore aujourd'hui, en France, suivant les régions, on emploiÛa guîA' œnneujj^fiuilannée , la gui Vanneau.

Comme c'Mrrepoids à la thèse de M. Ampère, certains étymologistcs prétendent, de leur côté, que la guignolée vient des anciens Phéniciens, qui, dans la Gaule, avaient conservé la coutume de s'envoyer recip^roquement, une fois l'an, des pots de bip vert en signe de consolation et de réjouissance, et en échangeant la formule «mhHèT'" EghiiiûuMt, p'est-à-dire le blé naît, la vie ressuscite.

"^n^^iqu il en soit de ces différentes hypothèses, une filiation directe paraît exister entre notre guignolée canadienne et certaines coutumes du nouvel an encore aujourd'hui pratiquées, dans les régions de France d'où sont venus la plupart, de nos ancêtres. Ainsi, en Saintonge, la tradition s'est conservée d^parcounr, au nouvel an, les rues des villages, en promenant un " aiguillon de bois tout neuf " dans lequel

on efaiBroche les couennes de lard reçues au passage. Cette promenade de l'aiguillon s'appelle alors V Ayilonneu ou Guilanné.

Dans l'ancienne province du Percha^pn agpe^ejjs présents du jour de l'an : les éguilas, par allusion, soutiennent le»fiaeles de M. Ampère. àJ;t€outume druidique qui était de distribuer le gui de Van neuf sous forme d^^fimés, au commencement de l'année. En d'autres régions de Normandie, ces sortes de cadeaux se nomment encore des aguignettes*.

Sylva Clapin.

1 Bulletin des Recherches historiques de 1906.

DEUXIÈME EPOQUE

Trente ans de paix (1714-1739) Dernières guerres (1740-1760)

Page 1