‹ Histoire du CanadaChapitre 38 sur 120 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Arrivée du comte de Frontenac — Baie d'Hudson. — Les Abénakis.— Triple parti de guerre dans la Nouvelle-Angleterre.— Première invasion du Canada: Acadie. — Siège de Québec — Combat de la Canardière et de Beauport.— Retraite des Anglais.— Combat de Repentigny.— Projet d'une deuxième invasion du Canada. — Combat de Laprairie.— Reprise de Port-Royal.

Arrivée du comte de Frontenac.-rEn 1689, de Frontenac arriva pour la seconde fois à Québec, en qualité de gouverneur général, avec la double tâche de réduire les Iroquois et de porter la guerre contre les Anglais. La colonie, qui l'accueillit avec une grande joie, vo3^ait en lui, rtialgré ses défauts de caractère, un homme ferme, expérimenté dans la guerre, connaissant les besoins du pays et plein d'ascendant sur les tribus indiennes. La valeur militaire de Frontenac devait suppléer au manque d'hommes.^ A peine arrivé à Québec, il vola à Montréal pour contremander l'ordre donné par de Denonville à M. de Valrennes, de détruire le fort Frontenac dont il avait la garde, plutôt que de le laisser tomber aux mains des Iroquois, mais cette démarche fut inutile. Un convoi de trois cents hommes montés sur 25 canots, envoyés pour cet effet, venait à peine de quitter Lachine quand ils rencontrèrent de Valrennes, avec quarante-cinq hommes, qui leur apprit qu'après avoir fait sauter le fort il avait fait couler

1 La population canadienne française ne comptait que 12,000 âmes, tandis que celle des colonies anglaises s'élevait à 250,000.

à fond trois barques naviguant sur le lac Ontario, ainsi que les provisions et les munitions de guerre dont il n'avait pas besoin. Cette nouvelle contrecarra les desseins de Frontenac et le contraria beaucoup.

Baie d'Hudson.— D'Iberville ruina le commerce des Anglais à la baie d'Hudson. Ayant capturé deux de leurs vaisseaux .(1689), il amena lui-même le meilleur à Québec et confia l'autre à Maricourt, son frère, chargé de surveiller les postes environnants. Peu avant ces exploits, de la Ferté, lieutenant de d'Iberville, avait enlevé, près du port Nelson, le gouverneur du fort de New-Severn. On trouva dans les papiers du gouverneur de la place des lettres par lesquelles les directeurs de la compagnie de la Baie-d'Hudson ordonnaient à tous les Anglais de ces parages de reconnaître comme leurs souverains le prince et la princesse d'Orange, qui venaient de supplanter les Stuarts dans la personne de Jacques II (1688), le dernier roi catholique de ce royaume. Par le fait même de ce changement de souverains, l'alliance française, qui remontait à Henri IV et à Elisabeth, était rompue, et la Grande-Bretagne entrait dans la coalition d'Augsbourg contre la France. Le Canada devait tôt ou tard être une des victimes çie cette lutte acharnée, qui mit le feu aux quatre coins de l'Europe. \

Les Abénakis.— Dans la même année (1689), les Abénakis vengeaient le barbare attentat des Anglais sur quatre cents des leurs, à Cocheco, en un temps de paix. Dix de ces Indiens avaient été pendus et les autres conduits en esclavage à Boston (1676). Waldroji, vieillard octogénaire, qui, comme magistrat, avait présidé au supplice des Abénakis, fut torturé dans sa chambre au miheu des moqueries et des reproches les plus amers de ses bourreaux. Les maisons voisines furent incendiées, trente-deux Anglais tués et vingt-neuf conduits en captivité. Les Abénakis marchèrent ensuite sur Pemaquid^, établissement prospère défendu par une forte palissade et vingt canons. Après un combat opiniâtre de vingt-quatre heures, le commandant de la place fut obhgé de capituler. Les sauvages lui promirent de ne molester personne et tinrent parole. Ils ravagèrent plusieurs petits forts des environs de Kennehec et se retirèrent chargés de butin et de munitions de guerre.

1 Pemaquid était situé entre Kinnibéki et la rivière Peaobscot.

Triple parti de guerre dans la Novivelle- Angleterre,— De

Frontenac, voulant à tout prix venger l'honneur des armes françaises au CanadaAorganisa trois corps d'armée qu'il dirigea contre les principaux postes de la Nouvelle-Angleterre|i Sa troupe régulière, qui ne comptait que 1,300 soldats, fut puissamment aidée par les Canadiens et les sauvages alliés.

Le premier corps, composé de deux cents hommes, sous les ordres de MM. d'Ailleboust de Mantet, de Sainte-Hclùne et d'Iberville, se dirigea sur Corlar (Schenectady). Ces braves quittèrent Montréal (premiers jours de favripr 1690) avec la perspective d'avoir à parcourir une centaine de neijes sur la neige et à travers de profondes forêts qui ne leur offriraient d'autre abri que le ciel glacé. Le sac de provisions au dos, le fusil en bandoulière, les raquettes aux pieds, la bravoure et l'espérance plein le cœur, ils affrontèrent hardiment ces

difficultés et arrivèrent pendant la nuit (18 fév.) à Corlar, qu'ils attaquèrent incessamment. Les assiégés furent écraseset ne purent se défendre. Une soixantaine trouvèrent la mort, et l'on fit bon nombre de prisonniers. Ceux qui purent s'ecna|fper répandirent la terrifiante nouvelle du côté d'Albany. Trente Agniers, résidant à Corlar, furent mis en liberté, pour leur prouver que ce n'était pas à eux qu'on en voulait, mais aux Anglais et aux Hollandais. La petite armée revint à Montréal chargée d'un riche butin.

Le second corps, de cinquante-trois hommes commandés par le vaillant Hertel, partit des Trois-Rivières (28 janvier 1690) pour se rendre à Salmon-Falls (New-Hampshire), où il n'arriva qu'à la fin de mars, après un trajet long et pénible. Nonobstant le courage et la valeur des assiégés, ce bourg fut emporté d'assaut, pillé et livré aux flammes. Trente des plus braves défenseurs furent tués et cinquante-quatre constitués prisonniers. Deux cents Anglais, s'étant mis en route pour couper la marche aux vainqueurs, furent repoussés à l'arme blanche.

Le troisième corps, de cinquante Français et de soixante Abénakis sous les ordres de Portneuf, quitta Québec (28 janvier 1690), pour aller attaquer le fort Casco, situé sur le bord de la mer, à l'embouchure du Kennebec. Ce parti, n'ayant pu se munir de vivres à cause de leur extrême rareté, fut obligé de se nourrir de cnasse pendant son long trajet, qui dura jusqu'au mois de mai. Casco, défendu par une centaine d'hommes et huit canons, perdit la moitié de ses défenseurs dans une embuscade tendue par deux Français et quatre sauvages. Le reste de la garnison se rendit à la vue d'une tranchée que les assiégeants ouvraient avec activité dans le flanc d'un coteau escarpé, qui garantissait le principal p^ste de la place.

A peine ces opérations étaient-elles terminées que quatre voiles anglaises, venant au secours de Casco, furent aperçues ; m.ais les capitaines de ces vaisseaux, ne voyant pas flotter le drapeau anglais sur le fort, crurent qu'ils étaient venus trop tard et retournèrent en Angleterre. Portneuf encloua les canons et mit le feu au fort, aux maisons environnantes, et à toutes les provisions qu'on ne put emporter.

Première invasion du Canada : Acadie.— i-Le succès des expéditions de Frontenac alluma le feu de la vengeance dans le cœur des Anglais des colonies. Ceux-ci, favorisés par le nombre et la richesse,

résolurent de s'emparer de Port-Royal, en Acadie, et d'attaquer Québec. L'amiral William Phipps, commandant une flotte de sept voiles montée par sept cents hommes, fut chargé de cette expédition (mai 1690). Port-Royal avec ses fortifications délabrées et sa petite garnison de soixante-dix hommes mal armés ne put opposer de résistance. Phipps accorda à M. de MennevaP-, gouvernqur de cette place, une capitulation favorable, qu'il s'empressa de violer dès qu'il vit la faiblesse de la garnison. Il désarma les soldats, pilla la ville, dévasta les campagnes environnantes et garda de Menneval comme piisonnier. Il retourna ensuite à Boston, chargé de dépouilles. Après son départ, les Acadiens se rendirent de nouveau dans leur pays pour y rétablir leurs demeures.

Siège de Ouébec— Aussitôt après ses succès en Acadie, l'Angleterre porta ses efforts sur le Canada. Elle mit deux armées sur pied : la première de 3,000 hommes commandés par le général Winthrop, se dirigeait sur Montréal par le lac Champlain ; la seconde, de 2,000 miliciens portés sur 34 vaisseaux, sous les ordres de l'amiral Phipps, venait assiéger Québec, L'armée de Winthrop, à cause du manque d'entente des chefs et de la petita-^érojle qui la ravagea, s'immobilisa au lac Georges. J^ '

Informé du danger qui le menaçait de Frontenac réunit à Québec touteSles troupes disponibles, fit réparer les fortifications et augmenta les batteries établies sur les points culminants. Il chargea ses colonnes mobiles d'Abénakis et de Hurons de suivre sur les rives les mouvements de la flotte anglaise, qui ne pouvait envoyer aucune chaloupe à terre sans qu'elle fut repoussée à coups de fusils.l Le 16 octobre au matin (1690) Phipps parut devant Québeci. Les huit plus gros vaisseaux de la flotte mouillèrent au milieu du fleuve, en face de la ville, et les autres, près de la côte de Beauport, Les assiégés, épiant tous les mouvements des ennemis, virent avant les dix heures, une chaloupe où flottait le drapeau parlementaire, se détacher du vaisseau de l'amiral et se diriger vers le port. Quatre canots allèrent au-devant de cette embarcation. Après avoir bandé les yeux au messager qu'elle portait, on le conduisit au château Saint-Louis, faisant autour de lui un grand bruit d'armes et l'obligeant à parcourir de nombreux détours, comme si l'on eût circulé à travers des retranchements

1 Fils du baron de Portneuf. Il était gouverneur de l'Acadio depuis 1GS7.

de toutes sortes, pour lui donner l'idée que la ville était en état de défense. Introduit dans la salle de réception, après lui avoir ôté son bandeau, il se trouva en présence du gouverneur entouré de l'évêque, de Tétat-major et de tout un groupe brillant couvert de broderies d'or et d'argent, poudré, portant perruques, plumes et rubans, et figurant dans tout l'apparat militaire le plus recherché. Le parlementaire, impressionné à la vue d'une si noble et si brillante assistance, lut en tremblant son messsage, sommant le gouverneur de rendre la ville dans une heure. Prenant sa montre en main, il dit à Frontenac : "Il est dix heures et il me faut une réponse à onze heures." En présence de tant d'audace, l'assistance, trépignant d'indignation, aurait voulu traiter le messager comme l'envoyé d'un corsaire ; mais le gouverneur, malgré la vivacité de son caractère, se posséda et calma les esprits par cette fière réponse : "Allez dire à votre général que ce n'est pas ainsi que l'on parle à un homme comme moi, et que je vais lui répondre par la bouche de mes canons." On reconduisit le messager avec les précautions prises pour le recevoir. A peine était-il parti, qu'un COU]) de canon pointé par Sainte-Hélène, abattit le pavillon de l'amiral, qui tomba dans le fleuve. Apercevant cette précieuse dépouille flotter au gré des flots, d'intrépides Canadiens se jetèrent à la nage, sous une pluie de balles, pour l'aller chercher et la rapportèrent triomphalement à la vue de la flotte ennemie. Ce glorieux trophée fut suspendu à la voûte de la cathédrale et y resta jusqu'à la conquête du Canada (1759).

\ Phipps commença aussitôt le bombardement ; mais sa canonnade, quoique vive et nourrie, resta sans effet. D'autre part, ses vaisseaux, gravement avariés par les batteries de la ville, furent obligés de se retirer près de l'île d'Orléans.

Aux troupes de Québec et des environs vinrent se joindre celles des Trois-Rivières, commandées par Hertel, et huit cents hommes de Montréal sous les ordres de M. de Callières. Ces derniers débarquèrent à la Pointe-aux-Trembles, et se rendirent à Québec à pied pour éviter la rencontre des vaisseaux anglais. Leur arrivée se signala par de grands cris de joie accompagnés d'une vive canonnade.

Combats de la Canardière et de Beauport.-V-Pendant que

Phipps couvrait Québec de ses feux, plus de 2,500 soldats, sous les or-

dres de Whalley, se portaient en chaloupes sur le rivage de la Canardière. Trois cents Canadiens, cachés derrière les rochers, dans les bosquets et les pl^s de terrain, les repoussèrent deux fois vigoureusement (18 octobre).': Les Anglais, n'ayant pu atteindre de leurs coups ces ennemis invisibles et insaisissables, se retirèrent à nuit close en jurant contre les Français, qui disaient- ils, "se battent derrière les haies et les buissons comme les sauvages". Le même soir (18 octobre), quatre des plus gros vaisseaux s'embossèrent devant Québec pour recommencer le bombardement. Toutes les batteries de la ville répondirent victorieusement jusqu'à huit heures. Les feux reprirent le lendemain matin, mais les vaisseaux anglais, criblés de toutes parts, s'éloignèrent.

Les troupes anglaises, répandues sur la côte de Beauport et restées immobiles pendant la canonnade, s'ébranlèrent dès l'aube du jour (20 octobre) pour se diriger vers la ville. De Longueuil et de Sainte- Hélène, à la tête de deux cents volontaires ardents et vigoureux, s'opposèrent à leur passage et, par une fusillade bien nourrie et bien dirigée, les obligèrent à battre en retraite. \Dans la chaleur du combat, de Longueuil et de Sainte-Hélène furent blessés ; le premier, légèrement, le second, grièvement, et sa mort fut une perte pour la colonie. L'armée anglaise, encore mise en déroute de ce côté, tenta un dernier effort : battre la ville en brèche, en jetant quelques pièces d'artillerie sur les bords de la rivière Saint-Charles ; mais des Français, retirés dans une maison située sur une hauteur entourée de clôtures repoussèrent vigoureusement cette dernière attaque. Une quarantaine d'élèves de l'école Sainfc-Joachim les aidèrent puissamment dans cet exploit. Ces jeunes gens, habitués à manier le fusil, s'acquittèrent si bien de leur tâche que les Anglais se persuadèrent que les montagnes voisines regorgeaient de sauvages qui descendaient pour les attaquer en queue et leur couper la retrai^te. Deux écoliers furent tués.

Retraite des Anglais.— Phipps, battu de tous côtés et n'ayant reçu aucune nouvelle de Winthrop, leva l'ancre pendant la nuit (21 au 22 octobre) pour retourner à Boston. , Il avait perdu six cents hommes et abandonnait l'artillerie et les munitions qu'il avait débarquées. Pour comble de malheur, neuf vaisseaux naufragèrent dans le fleuve avec une grande partie de leur équipage, et plusieurs autres, au sortir du golfe, furent poussés par les vents jusqu'aux Antilles.

Louis XIV fit frapper une médaille pour perpétuer le souvenir de cette brillante victoire, et accorda aussi des titres de noblesse à Hertel et aux officiers qui s'étaient le plus distingués dans ce siège «mémorable. Ce fut à cette occasion que ]\Igr de Saint-Vallier, évêque de Québec^, fit donner à la chapelle de la basse-ville le nom de "Notre- Dame- de-la- Victoire."

Afin d'encourager les Hurons et les Outaouais à combattre-sans relâche les Goj'ogouins et les Tsonnontouans, de Frontenac envoya Augustin Le Gardeur, sieur de Courtemanche, porter à Michillimakinac la nouvelle de la grande victoire qu'il venait de remporter sur les Anglais. Le Gardeur trouva les Hurons et les Outaouais déjà partis pour la guerre. Les Miamis et les Illinois les avaient suivis. Les Tsonnontouans, après avoir éprouvé des pertes considérables, s'étaient retirés chez les Goyogouins.

Combat de Repentigny. — -Les Iroquois harcelaient sans cesse la colonie ; sept cents, campés à l'embouchure de l'Outaouais (mai 1691), devaient se répandre aux environs de Alontréal. Cent vingt d'entre eux assailHrent la Pointe-aux-Tremhles, mirent le feu à une trentaine de maisons et firent des prisonniers qu'ils torturèrent ; deux cents autres se glissèrent entre Chambly et la Prairie, où ils surprirent douze sauvages du saut Saint-Louis, qu'ils reconduisirent chez leurs parents dès le lendemain, feignant par là de vouloir traiter de la paix avec les habitants. Ceux-ci devinèrent bientôt le subterfuge eniployé pour les

gagner à leur cause. Un groupe de soixante-dix rodaît cliTcôté de la bourgade de la montagne, capturèrent comme prisonniers des enfants et des femmes. BienviUe, à la tête de deux cents hommes — -en partie des Agniers convertis — courut à leur rencontre, mais les Iroquois, voyant qu'ils avaient à lutter contre ceux de leur nation, refusèrent de combattre sous prétexte qu'ils pouvaient obtenir la paix sans faire couler le sang. D'autres Iroquois, distribués par petites bandes, de Repentigny au Jac Saint-Pierre, causèrent de grands dégâts sans être inquiétés : la^ŒiseUe'^e ^*îvres empêchait les troupes et les milices de les poursuivre. Enfin, MM. de Vaudreuil et de Bienville, avec une centaine de volontaires, se mirent à pourchasser ces barbares, qu'ils trouvèrent à Repentigny, logés dans une, maison abandonnée. Sans être aperçus, les Français les bernèrent Quinze

1 Successeur de Mgr de Laval, qui avait démissionné depuis deux ans.

Iroquois, couchés par terre, furent surpris et massacrés incontinent. ' Ceux qui s'étaient barricadés dans la maison furent attaqués vivement et se défendirent avec une grande énergie. Dans la chaleur de la lutte, de Bienville tomba percé d'une balle. Encouragés par cette mort, les assiégés se battirent comme des lions. De Vaudreuil mit un terme à ce combat, en incendiant la n^^^é. Presque tous les Iroquois périrent dans les flammes ; les trois ou quatre qui voulurent s'évader furent blessés grièvement et se traînèrent dans les bois pour y expirer. Sept ou huit Français trouvèrent la mort dans ce glorieux exDloit.

Projet d'une deuxième invasion du Canada. — ^Les Anglais, songeant toujours à s'emparer d«^ la colonie, envoyèrent un ambassadeur chez les Iroquois afin de les engager à lever une grande armée qui se joindrait à eux pour surprendre Montréal. L'orateur des cinq nations répondit aux ambassadeurs : " Il y a longtemps, Corlar\ que tu nous jettes seuls dans le danger ; aujourd'hui, tu dois marcher le premier. Pars, et nous te suivrons. " Les Anglais comprirent alors qu'il fallait joindre les actes aux paroles. Après de nombreux pourparlers, il fut convenu que les Agniers se joindraient à l'armée anglaise de la Nouvelle-York qui marcherait sur Montréal, et que les quatre autres nations enverraient un parti considérable qui descendrait du lac Ontario par la rivière Cataracoui.

Combat de Laprairie. — -Le major Schuyler, à la tête de 300 hommes : Anglais, Mahmgans, Sokoquis et Agniers, attaqua soudainement huit cents hommes et miliciens, campés à Laprairie (1691). M. de Callières, retenu par la fièvre, s'était fait remplacer par M. de Saint-Cirque qui, attaqué par surprise, fut blessé à mort avec plusieurs de ses soldats^. L'intrépide de Chassaigne, arrivé sur le coup avec son bataillon d'élite, repoussa l'ennemi. Schujder opérait sa retraite en bon ordre quand M. de Valrennes, accouru de Chambly, l'attaqua avec un petit détachement et le mit dans une déroute complète, après un combat opiniâtre d'une lieure et demie. Le jeune et vaillant Le Ber Duchêne fut grièvement blessé dans cette valeureuse action. Schuyler avait essuyé deux défaites en un même jour et perdu une cen-

1 Nom donné au gouverneur de la Nouvelle-Angleterre.

2 Jean-Louis de Jadon, 6cuyer, sieur de Saint-Cirque après avoir servi daas les meilleurs régiments de Franco et avoir commandé un bataillon en Sicile, vint au Canada en IGSô avec le nouveau gouverneur général, M. le marquis de Denonville. (But. des recherches historiques. Vol. XX I. No. 12).

àl^^^^Y^ '"^-

Pierre Le Moyne, sieur d'Iberville (1681-1706)

Il fallait étouffer les oursoits au repaire ; Et d'Iberville, un fort que rien ne désespère, Avec cent compagnons armés jusques aux dents, Malgré la sai^:on fauve et ses froids corrodants, A travers des milliers d'obstacles fantastiques, Aimt pris le chemin des régions arctiques^.

Louis Fréchette.

Page 1