Les côtes d'Huil.-;«>n
taine d'hommes. De Valrennes s'attira les plus grands éloges dans cette circonstance. Voici ce que le comte de Frontenac écrivait au ministre de la guerre : "Depuis l'établissement de la colonie, il ne s'est rien passé d'aussi fort ni de si vigoureux, et l'on peut dire que le sieur de Valrennes a conservé la gloire des armes du roi, et procuré un grand avantage au pays, puisque cela nous a donné moyen d'achever paisiblement nos récoltes, dans lesquelles nous aurions été fort inquiétés, et qui, venant à nous manquer, nous auraient mis dans la dernière désolation."
Reprise de Port-Royal. — L'Angleterre négligeait l'Acadie pour s'occuper des immenses territoires du sud qu'elle voulait conquérir. Villeho7i, attentif à ce mouvement, chercha à reprendre la péninsule. Il passa en France, soumit son projet au ministre de la guerre, et lui assura qu'avec le seul secours des Abénakis, il pourrait déloger les Anglais de Port-Royal. Villebon, voyant son plan agréé, revint à Québec pour de là se porter avec cinquante hommes et deux petites pièces d'artillerie, vers la place qu'il voulait attaquer ; mais les Anglais venaient d'évacuer le f or t^ tout en y laissant flotter encore le drapeau britannique. Villebon reprit sol^nellement la place au nom de la France, en arborant le drapeau fleurdelisé (1691).
Les Acadiens, cruellement abandonnés par la mère-patrie dans les circonstances les plus pénibles, ne parurent pas se réjouir du retour des Français. Sur la rivière Saint-Jean, Villebon s'empara d'un navire où se trouvaient l'ancien gouverneur de Port-Royal et le sieur Nelson.'^ Ce dernier, qui maintes fois s'était montré favorable aux Français, était chef d'un parti de guerre opposé à celui de Phipps,
hECTURE. — Étaient-ils soldats f — Depuis que je travaille à me rendre compte de la manière dont les premiers habitants du Canada se sont recrutés en France, les localités d'où ils sont venus, ce qu'ils y faisaient pour gagner leur vie, dans quels endroits du Canada ils se sont fixés, et ce qu'ils y faisaient, il m'a été impossible de trouver dix familles de soldats avant l'année 1675, date où l'émigration cessa presque complètement^. Alors que devient la croyance à nos origines militaires ?
Nous savons que de 1632 à 1665, la colonie n'a pas eu de troupes pour la défendre et cela explique les massacres commis par les Iroquois. Le régiment de Cari-
1 Nelson, constitué prisonnier à Québec, reçut de Frontenac, en reconnaissance de sa bienveillance pour les Français, des marques d'estime et une liberté presque sans limites.
2 Bulletin des Recherches historiques de 1698 — .il est bon d'ajouter qu'il vint de France des artisans habiles et des personnes ayant de la culiure intellectuelle, et que si les fondateurs de la colonie n'étaient pas militaires de carrière, ils ne manquaient ni de couraRe, ni de force, ni d habileté pour le devenir.
gnan, arrivé en 1665, reparti en 1669, nous a laissé à peine quelques hommes. De 1670 à 1675, il est venu peut-être deux cents soldats, mais pour le service des forts. Rien d'étonnant que je ne rencontre que des cultivateurs à mesure de la formation des groupes d'habitants. Sur quoi donc est basée la fameuse chanson :
Nos pères, sortis de la France, Étaient l'élite des guerriers.
Nos pères, sortis de la France, étaient des paysans tout à fait étrangers à la carrière des armes.
Malheureusement, pour protéger le commerce de fourrures on obligea les fils de ces cultivateurs à se constituer en milice et, de 1684 jusqu'à 1715, ensuite à diverses dates, puis de 1744 à 1760, on les employa contre les Iroquois, contre les Anglais, à faire des incursions militaires, des guerres désastreuses, où leur bravoure se manifesta brillamment ;— mais ceux-là n'étaient point venus de France, ils étaient nés ici, et le rôle militaire qu'on leur imposa différait du tout au tout avec la culture des champs qui était la seule vocation de "nos pères sortis de France."
Benjamin Stjlte.