Campagnes de d'Iberville dans le Maine et à Terre-Neuve
c'est ainsi que deux fois on vit des Français huguenots livrer la baie aux Anglais.
D'Iberville, la perle de nos gloires nationales de ces temps héroïques, s'était souvent rendu dans ces régions glacées, où il avait toujours soutenu victorieusement l'honneur du drapeau français (1684- 1695).
Ce héros exposait au ministre (1696) qu'en laissant les Anglais envahir Terre-Neuve, d'où ils retiraient de si grands profits de pêche, on fermait à la France l'entrée du Canada. Il ajoutait : "Le véritable moyen d'empêcher les Canadiens de courir les bois, c'est de les
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pousser à la pêche et au commerce." L^ cabinet de Versailles prit connaissance des suggestions de l'officier canadien ; Louis XIV les sanctionna et chargea d'Iberville de raser le fort Pemaquid^ de ruiner les établissements de Terre-Neuve et de se rendre ensuite à la baie d'Hudson pour reprendre le fort Bourbon'^, entrepôt de guerre des Anglais. En arrivant en Acadie avec ses deux vaisseaux, d'Iberville apprit que trois navires anglais croisaient à l'entrée de la rivière Saint- Jean ; il se porta aussitôt à leur rencontre, s'empara du premier, puis sans perdre un seul homme, força les deux autres à prendre la fuite. S' arrêtant à Pentagouet, pour radouber ses vaisseaux, il reçut un renfort de deux cent quatre Abénakis et de vingt-cinq soldats commandés par de Villiers. D'Iberville alla ensuite mouiller devant Pemaquid (14 août 1696), et somma le commandant Chuhb de rendre le fort. Chubb refusa, disant qu'il le défendrait quand même la mer serait couverte de vaisseaux français et la terre de hordes abénakises. Les premiers coups de canon des assiégeants émoussèrent cette bravade, et Chubb, malgré sa garnison de quatre-vingt-douze hommes, ses canons et ses munitions, se rendit à la seconde sommation. Le fort fut rasé et une partie de la garnison envoyée à Boston. Peu après cet exploit, d'Iberville échappa à une escadre de sept voiles anglaises, en serrant la côte, aux abords de laquelle les vaisseaux ennemis, qui avaient cherché à lui barrer le passage, n'osèrent le suivre de peur de se briser sur des rochers.
Dans Terre-Neuve.— Du fort Pemaquid, d'Iberville se rendit à Terre-Neuve^, où de Brouillan, gouverneur de Plaisance, devait unir ses forces aux siennes, pour attaquer la ville de Saint-Jean. MalheTireusement, de Brouillan, dont la jalousie aveugle ne voulait pas par-
1 Pemaquid, avec ses murailles de 22 pieds de hauteur et ses 18 canous, était une véritable forteresse qui menaçait l'Acadie. Ce fort situé sur les terres des Abénakis pouvait aussi porter les Anglais à tourner cette nation contre la France.
2 Deux huguenots, Chouard des Groseillers et Radisson, avaient été chargés par une compagnie qui prit le nom de compagnie du Nord, de construire le fort Bourbon (1681). Le travail achevé, ils vinrent à Québec, et no s'étant point entendus avec les membres de !a compagnie, ils passèrent en France pour régler leurs différends. Ayant rencontré, à Paris, lord Prcstou, ambassadeur anglais, ils lui livrèrent, sous l'aspect des plus séduisantes promesses, le fort Bourbon, qui contenait alors des pelleteries pour plus de 4000 francs. Voir Garneau, 4e édi., T.I. pp. 363 et 364.
3 Cette île, de forme triangulaire, mesurant 320 milles de long sur 310 de large, était à cette époque couverte de forêts impénétrables. Froide, brumeuse et rebelle à la culture, elle tirait toute son importance de ses pêcheries et du voisinage de son fameux "banc", où le monde entier s'approvisionne de morue. En 1695, le commerce des Anglais dans l'île, s'élevait à $3,400,000 par an. Il était donc important pour la France de reprendre les établissements que lui avaient enlevés les Anglais.
tager l'honneur de la victoire, essuya la honte d'une défaite. Tout son rôle se borna à capturer une trentaine de vaisseaux marchands et à dévaster quelques postes d'une mince importance. Après bien des démêlés entre d'Iberville et l'ombrageux de Brouillan, il fut décidé qu'on tenterait de nouveau d'enlever Saint-Jean aux Anglais. Tous ceiix qui osèrent opposer quelque résistance à leur passage se virent mis en déroute. Deux forts furent emportés d'emblée, et la ville de Saint-Jean se rendit pour éviter l'asSS'ut. Après avoir signé l'acte çle capitulation, de Brouillan retourna à Plaisance. En ÎTOO, il alla remplacer de Villebon, gouverneur de l'Acadie. D'Iberville était l'idole de son bataillon de cent vingt-cinq Canadiens. "Ces braves, dit Charlevoix, étaient la dixième légion, qui ne combattait que sous la conduite de César, et à la tête de laquelle César demeurait invincible." Ils explorèrent toutes les côtes de l'île, pour y détruire les étal;Ussements anglais. Ces intrépides volontaires, les raquettes aux pieds, le sac de provisions sur le dos, et n'ayant d'autres armes que le fusil et la hache de bataille, tuèrent deux cents personnes, firent sept cents prisoiiniers, et semèrent partout la terreur du nom français. Le petit nombre de soldats du héros canadien ne lui permit pas d'attaquer Bonnavista et l'île Carhonnière, postes fortifiés dans lesquels s'était réfugiée la garnison anglaise.
Combat naval. — 'Après les brillantes campagnes de Terre-Neuve, d'Iberville revint à Plaisance, où il trouva son frère Sérigny, qui venait d'arriver de France (1697) avec une escadre de quatre vaisseaux et un brigantin. Ce fut avec cette flottille que d'Iberville se porta de nouveau à la baie d'Hudson, pour reprendre aux Anglais le fort Bourbon ou Nelson. Il quitta Plaisance le 8 juillet, et entra dans la baie le 3 août.
"Les glaces, dit-il, poussées par les courants, nous pressèrent si fort, qu'elles écrasèrent le brigantin, sans c^u'on put sauver rien que l'équipage. Les vaisseaux sont bloqués par les glaces, du 3 au 28 août, puis séparés les uns des autres ; tous éprouvèrent des avaries considérables." La mer est enfin devenue libre ; d'Iberville, monté sur le Pélican, de quarante-six canons, prend la route du fort Nelson, où il arrive le 4 septembre. Le 5, il aperçoit trois vaisseaux anglais : un de cinquante-deux canons et portant deux cent cinquante hommes, et deux de trente-deux canons. Bien qu'il soit seul, ses deux
vaisseaux ne l'ayant pas encore rejoint, d'ibervillle décide de combattre, pour empêcher l'ennemi de secourir le fort, qu'il ne pourrait pas reprendre s'il était ravitaillé par les vaisseaux anglais. A son approche, les Anglais lui crient qu'ils savent bien qu'il est d'Iberville, qu'ils le tiennent enfin, et qu'il faut se rendre. D'Iberville commence le feu à neuf heures du matin ; à midi, voyant que la partie est décidément inégale, il résout d'en finir ; il fait pointer tous ses canons à couler bas, aborde vergue à vergue le gros vaisseau anglais, et lui envoie sa bordée, qui le fait sombrer sur-le-champ. Puis il se jette sur le second vaisseau pour l'enlever à l'abordage ; celui-ci amène aussitôt son pavillon ; d'Iberville le fait amariner par ses chaloupes et poursuit le troisième vaisseau, qui a pris le large et file toutes voiles dehors. Le Pélican, "crevé de sept coups de canon" et ayant eu deux de ses pompes brisées pendant le combat, ne peut épuiser l'eau qu'il fait ; aussi laisse-t-il échapper le troisième vaisseau anglais. ''Dieu merci, écrit d'Iberville, dans le combat je n'eus personne de tué, et seulement dix-sept blessés." Le 7 septembre, une violente tempête engloutit la prise de d'Iberville et jeta le Pélican à la côte, à deux lieues du fort Nelson ; mais à ce moment, d'Iberville est rejoint par ses autres vaisseaux. Le 13 il va bombarder le fort, l'oblige à capituler le 14, et il repart le 24, avec trois cents hommes malades du scorbut. Le 7 novembre le chevalier est à Belle-Isle, en France, et le lendemain il rédige pour le ministre de la marine, M. de Pontchartrain, le rapport duquel a été extrait le récit de ces combats. Cette belle victoire donna la baie d'Hudson aux Français.
Irruptions des Iroquois. — -Les Iroquois firent de nombreuses incursions en 1692. En novembre, trois cent cinquante tombèrent inopinément sur la bourgade du saut Saint-Louis, mais les quelques troupes envoyées par M. de Callières les mirent vite en déroute. Une autre bande, dirigée du côté du lac Champlain, n'eut pas plus de succès. Quarante de ces barbares, s'étant glissés furtivement au milieu des habitations françaises, réussirent néanmoins à faire quelques prisonniers. Une escouade embusquée dans les parages de Chambly, surprit les chasseurs du saut Saint-Louis, en tua quatre, et fit huit prisonniers ; cinquante Iroquois convertis la mirent en désarroi et délivrèrent les prisonniers. C'est aussi vers la même époque que M. de Beaucourt, avec trois cents hommes, délogea une cin-
quantaine de chasseurs tsonnontouans de l'île Toniata, au-dessus de Cataracoui ; vingt-quatre furent tués et l'officier de La Plante, prisonnier chez eux depuis trois ans, fut mis en liberté.
La Chaudière-Noire^ — Les prisonniers tsonnontouans apprirent aux Français que deux cents de leur nation devaient se rendre sur les bords de l'Outaouais, afin de s'unir à cent autres qui y faisaient la chasse, et qu'ils passeraient l'été, embusqués dans ces parages, pour y surprendre le passage des Français. Afin d'éviter que des canots nombreux chargés de pelleteries, attendus de Michillimakinac, tombassent dans leurs embuscades, M. de Frontenac députa Lanoue, en toute hâte, avec quarante hommes, pour s'assurer si les eaux de l'Outaouais étaient libres.
Comme plusieurs petites bandes d'Iroquois y avaient été aperçues, Lanoue fut envoyé de nouveau avec trente Français et autant de sauvages pour y maintenir en respect ces farouches ennemis. Lanoue, escorté de trente hommes commandés par le lieutenant de la Gemeraye et de deux fils d'Hertel, se mit en route une troisième fois pour sauvegarder soixante sauvages de la nation des Têtes de Boule, venus du côté de la baie d'Hudson pour vendre leurs pelleteries.
La Chaudière-Noire attaqua soudainement Lanoue et ses hommes, qui ne purent se soustraire à ses coups meurtriers qu'en fuyant en toute hâte en canots. L'embarquement précipité fit chavirer le canot de Saint-Michel et des deux Hertel,et tous trois devinrent prisonniers. Profitant de quelques moments de paix, de Frontenac descendit à Québec, où il trouva les secours attendus de France. Le Poli, vais seau du roi commandé par d'Iberville, venait d'arriver au port. Mais la joie éprouvée dans cette circonstance, fut encore troublée par la Chaudière-Noire, qui tomba inopinément sur les habitations de La Chesnaie, et s'empara de quatorze cultivateurs occupés aux foins. De Vaudreuil et du Plessis Faher~, commandant trois cents soldats, furent envoyés par M. de CalUères à la poursuite des ennemis, qui se cachèrent dans les bois, laissant derrière eux canots et bagages. Vildonné, prisonnier français, profitant de cette bonne aubaine pour s'échapper, fit connaître au gouverneur de :vIontréal que les Iroquois avaient une cachette de pelleteries près du Long saut,
1 C'était l 'homme le plus populaire parmi les Onnontagués.
2 Ami de Vauban.
et que c'était là qu'il fallait aller les surprendre et les déloger. De Vaudreuil, à la tête de quatre cents hommes, en fut chargé. On lui opposa une vive résistance. Une vingtaine d'assiégés succombèrent à la première attaque. Après un combat désespéré, un grand nombre préférèrent se noyer plutôt que d'être faits prisonniers. Le redoutable chef, la Chaudière-Noire, put atteindre à la nage la rive opposée, laissant entre les mains des Français sa femme, qui fut conduite au Long saut. Neuf des Françris, pris à La Chesnaie, furent délivrés. Sans l'intervention des sauvages alliés, deux cents Iroquois eussent été passés au fil de l'épée. Le brillant exploit du Long saut n'eut pas pour résultat de mettre la colonie en parfaite sécurité. Peu de jours après, les Iroquois tuèrent le sieur de Lusignan, dans l'une des îles du lac Saint-Pierre.
Grande expédition contre les Iroqucis.-^Le comte de Frontenac nourrissait toujours la pensée de porter la guerre chez la grande nation des Iroquois, mais les luttes qu'il avait à soutenir contre les Anglais l'en empêchaient. D'autre part, pendant les guerres entre les colons de la Nouvelle-France et ceux de la Nouvelle-Angleterre, les Iroquois attirés par les uns et les autres, ne savaient trop parfois de quel côté se ranger : c'est ce qui explique certaines contradictions apparentes de leur conduite. Ne voulant pas non plus s'exposer à être écrasés en se montrant trop en faveur de l'un des partis belligérants, ils savaient parfois, au plus fort de la guerrC; tout en semblant favoriser les Anglais, s'arrêter à propos.
En 1694, Téganissorens^ et huit députés Iroquois se rendirent à Québec pour demander la paix. Frontenac accéda à leur désir, à l'unique condition de rétablir le fort Cataracoui (Frontenac). Fletcher, gouverneur de la Nouvelle- York et du Massachusetts, fit échouer ce projet. Alors, Frontenac se décida à ne plus les ménager. Pontchartrain lui promit de le secourir. Le premier soin du gouverneur fut de sortir Cataracoui de ses ruines, malgré une vive opposition de personnes influentes. Cette mesure intrigua beaucoup les Anglais et leurs alliés. On confia la garde du fort au chevaUer de Crisasy, commandant quarante-huit hommes. Les Iroquois, poussés par les Anglais, se distribuèrent par bandes près de Montréal et
1 Téganissorens était le premier orateur des Iroquois. Les Anglais et les Français l'entendaient toijours avec plaisir. Charlevoix assure qu'après s'être fait catholique, il mourut au saut Saint-Louis.
dans les environs pour prendre des Français par surprise, mais ils furent partout repoussés avec vigueur. La Durantaye, avec une poignée de volontaires canadiens, de soldats et d'alliés, obligea un parti qui s'était glissé derrière Boucherville à se retirer avec des pertes considérables. Les Iroquois éprouvaient en même temps plusieurs échecs dans l'ouest, où La Motte-CadiUac et Courtemanche les repoussaient vigoureusem.ent.
C'est sur ces entrefaites que de Frontenac organisait un grand parti de guerre. Les sauvages alliés se rendireni fidèlement à l'appel. Une armée de deux mille hommes quittait l'île Perrot(7 juillet 1696), pour aller débarquer à Cataracoui (19 juillet), afin d'y attendre l'arrivée de quatre cents Iroquois convertie qui ne vinren. pas. L'armée reprit sa marche (25 juillet), traversa heureusement le lac Ontario, campa à l'entrée de la rivière Chouaguen, pour y passer la nuit, et continua, dès le lendemain, sa marche vers les Onnontagués^.
Frontenac envoya à la découverte de la bourgade un prisonnier tsonnontouan, qu'il croyait sincèrement attaché aux Français. Ce malheureux trompa la confiance du gouverneur ; il effraya tellement les Onnontagués par les récits fabuleux qu'il leur fit de l'armée française, que les sauvages, épouvantés, brûlèrent leurs bourgades et se cachèrent dans les bois. Les Français, en face de monceaux de cendres, se contentèrent de dévaster les champs de maïs. Les Onneyouts, effrayés de ces désastres, députèrent un prisonnier français et un sauvage vers le gouverneur pour demander la paix. Frontenac accepta, à condition qu'ils entreraient sous son gouvernement, qu'ils le suivraient à Montréal, et qu'en attendant leur décision, ils lui livreraient cinq des plus notables de leur nation. Pendant ces négociations, M. de Vaudreuil, à la tête d'un détachement de six ou sept cents hommes, atteignait la bourgade d'Onneyout, où il ne trouva qu'une quarantaine des principaux guerriers, qui lui déclarèrent qu'ils acceptaient les conditions d'Ononthio. Après avoir mis le feu à la bourgade et dévasté les moissons et les récoltes, Vaudreuil et les Onneyouts rejoignirent Frontenac. Celui-ci était déterminé à détruire les bourgades des autres nations ; mais ayant appris que les Anglais s'étaient unis aux Agniers, il cru plus prudent, nonobstant des mécontentements manifestes, de retourner à Montréal.
1 L'armée fut partagée en deux corps : l'un, commandé par MM. de Callières et de Ramezay, devait suivre la rive droite, et l'autre, par MM. de Frontenac et de Vaudreuil, devait suivre la gauche
Paix de Ryswick. — 'Le plan bien arrêté du comte de Frontenac était non seulement de détruire les cinq cantons, mais d'attaquer aussi la Nouvelle-Angleterre et de s'attacher lep nations de l'Ouest. Pour cet effet, M. de Pontchartrain confia au marquis de Nesmond, officier de mérite, dix vaisseaux et quelques brûlots. De Frontenac, avec 1,500 hommes, devait joindre son action à celle de cette flotte afin de détruire Boston et New-York. Mais le mauvais temps, des lenteurs et autres circonstances inextricables firent traîner les préparatifs, et la paix de Ryswick, signée en 1697, l'obligea de renoncer à ce projet. Ce traité rendait à la France tous ses territoires en Amérique, et faisait renoncer les Anglais à toutes leurs prétentions sur la baie d'Hudson. La rivière Saint-Georges démarquait les limites entre la Nouvelle-Angleterre et l'Acadie. Pour ne pas irriter les Iroquois, que les puissances rivales ménageaient avec soin, les limites des possessions anglaises et françaises de ce côté restèrent indéterminées.
■ Mort de Frontenac. — -Frontenac mourut le 28 novembre 1698. " Il était dans sa soixante-dix-huitième année ; mais dans un corps aussi sain qu'il est possible de l'avoir à cet âge, il conservait toute la fermeté et toute la vivacité d'esprit de ses plus belles années. Il mourut comme il avait vécu, chéri de plusieurs, estimé de tous, et avec la gloire d'avoir, sans presque aucun secours de France, soutenu et augmenté même une colonie ouverte et attaquée de toutes parts, et qu'il avait trouvée sur le penchant de sa ruinée"
A vrai dire, la guerre et le commerce des pelleteries occupèrent plus Frontenac, que le développement de la colonie.
LECTURE. -Le marché de Qiu'bec en 1700. -Façon de voyager. -Québec offrait un excellent marché pour toutes les campagnes environnantes, qui y apportaient le bois, le blé, les légumes, les herbages, les volailles, le beurre, les œufs, le lait et toutes les choses nécessaires à la vie. Ces produits de la ferme s'y vendaient fort cher. Les colons recevaient en retour des étoffes, de la toile, des souliers. Vu la rareté de l'argent monnayé, les commerçants étaient obligés de recevoir en échange de leurs marchandises des peaux de castors et d'orignaux, du blé, et tous les produits des champs.
Un règlement dvi 1 1 mai 1676 avait fixé deux jours de marché pour la ville de Québec : le mardi et le vendredi. Ces jours-là les hommes et les femmes apportaient leurs denrées. Les uns les étalaient sur la grève ou les vendaient dans leurs canots,
1 Le père Charlevoix.
les autres se tenaient sur la place à la porte de l'église de la basse \'ille. Alors comme aujourd'hui, la scène était parfois fort animée. Chacun débattait ses prix et il s'ensuivait des disputes assez bruyantes. Ceux qui assistaient au service divin dans la petite église de Notre-Dame, finirent par se scandaliser de ces querelles. L'intendant Raudot inter\'int et ordonna aux habitants de se mettre au milieu de la place ou dans les côtés en laissant un passage le long des maisons.
D'autres abus se commirent. Les hôteliers et les cabaretiers enlevaient les denrées dans les canots aussitôt leur arrivée, ce qui ôtait aux autres persoimes de la viïle le moyen de se procurer les choses qui leur étaient nécessaires. Le sage Raudot ordonna de tout apporter sur la place et les cabaretiers reçurent la défense de ne plus rien acheter avant huit heures^du matin (1708). Les habitants apportaient aussi une grande quantité de poissons. Ils étalaient ces poissons sur la place "de vant la clôture de M. Macart". L'anguille, par exception, pouvait se vendre sur la grève.
En 1681, il n'y avait encore qu'un seul cheval dans la seigneurie de Lauzon. Etienne Charest en était l'heureux propriétaire. Tous les laboxirs, tous les travaux des champs se faisaient par des bœufs. On se servait aussi beaucoup des canots pour se rendre d'une habitation à une autre. En ce temps-là, tout le monde savait manier la rame ou l'aviron. Le Conseil Supérieur avait bien ordonné en 1665, qu'un chemin public devait longer le fleuve sur la grève, mais ce chemin n'était encore, vingt ans après, qu'à l'état rudimentaire, un sentier raboteux tracé à travers les galets du rivage. Nos pères ne connaissaient point encore l'art ni le luxe de se donner de belles voies carossables. Personne, du reste, ne songeait aux peines ni aux misères du voyage. On partait alors à pied ou en canot poxir aller à Montréal, ou aux extrémités des grands lacs, d'un cœur aussi gai, d'une allure aussi leste, que s'il se fut agi de se rendre à l'habitation voisine.
Jos.-Edm. Roy.
"Histoire de la Seigneiirie de Lauzon," T. L