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CHAPITRE XIV

Les effets de la guerre.— Ordonnances des intendants. — Compagnie d'Occident. — Colonie de la Louisiane.— Le fort Rosalie. — Fondation de la Nouvelle-Orléans.— Colonie du Détroit.— Autres établissements dans l'ouest.— Ile du Cap-Breton.— Fondation de Louisbourg. — Les colonies du golfe. — Commerce. —Population. — Les Abénakis.— Assassinat du père Rasle.— Fondation de Niagara et du fort Saint- Frédéric— Immigration.— Naufrage du " Chameau".— Mort du marquis de Vaudreuil .

Les effets de la guerre. — La traité d'Utrecht donna une nouvelle ère de prospérité à la colonie. M. Bégon disait alors (1714) des manufactures du pays : ''La cherté des marchandises a rendu les habitants industrieux ; ils font des droguets avec du fil et de la laine du pajs ; ils font aussi beaucoup de toile. Il y a, à Montréal, jusques à vingtcinq métiers pour faire de la toile et des étoffes de laine. Les sœurs de la Congrégation m'ont fait voir de l'étamine qu'elles ont faite pour leur habillement, qui est aussi belle que celle qui èSi en France, et on fait ici des étoffes noires pour l'habillement des prêtres, et des bleues pour celui des pensionnaires ; la nécessité a fait prendre ce parti."

Les trente années d'une guerre désastreuse pour la colonie, furent suivies de trente années de calme et de sécurité, qui permirent à la France de peupler Vîle Royale et la Louisiane, et de relier celle-ci au Canada par une ligne de forts au nombre d'une soixantaine, érigés sur des hauteurs commandant les plaines environnantes, et destinés à devenir autant de centres de colonisation.

Ordonnances des intendants. — Jacques et Antoine Raudot, père et fils, furent conjointement intendants du Canada (1705-1712). Ils favorisèrent la prospérité dans les campagnes et contriljuèrent à maintenir l'ordre dans les villes de Québec et de Montréal. Ayant reconnu qu'au préjudice des moutons et des bêtes à cornes, on élevait trop de chevaux, ils restreignirent le nombre de ceux-ci à deux ou trois pour chaque particulier. Cette mesure était surtout prise pour faire perdre aux jeunes gens l'habitude de se servir des chevaux pour leurs courses en hiver au lieu de les faire en raquettes ; car l'habileté de marcher à la raquette avait souvent donné aux Canadiens de grands avantages sur les Anglais et les Hollandais, pendant la guerre. Jacques Raudot, le père, fut un habile administrateur ; c'est lui qui suggéra, dans un mémoire remarquable, l'idée de coloniser le Cap-Breton et la vallée de la rivière Saint-Jean.

Claude-Michel Bégon, parent de Colbert, remplaça lés Raudot, et fut un intendant distingué. Le marquis de Seignelay lui procura successivement les intendances des îles françaises et celle du Canada, où le peuple s'attacha à lui à cause de son désintéressement. Nous lui devons les fortifications en pierre de Québec, du côté du fleuve, commencées en 1720. Il encouragea fortement les explorations faites dans le but d'atteindre l'océan Pacifique. Il consacra 30,000 livres à cette entreprise, afin de la rendre indépendante des traitants, aux caprices desquels elle avait été laissée jusqu'alors.

A la louange des intendants du Canada nous pouvons dire avec Benjamin Suite que, dans les fréquentes querelles entre les censitaires et les seigneurs, ils ont toujours pris la défense de l'habitant. C'est grâce à leur esprit de justice que le seigneur n'a pas empiété sur les colons, et que notre système féodal, — féodal seulement de nom, — ^a été si peu arbitraire.

Compagnie d'Occident. — -La colonie était pauvre ; elle avait peu de pièces de monnaie et on y attachait une plus grande valeur qu'à celles de France. Pour faciliter les opérations commerciales, on substitua à la monnaie un système de cartes, qui n'avait cours qu'au Canada. Il y en avait de vingt et de quarante sous ; de quatre, seize et trente-deux livres. Chaque carte portait sa valeur nominale, l'année de l'émission, les noms et les paraphes de l'intendant et du trésorier. Dans la suite, le gouverneur apposa sa signature, afin de rendre la contrefaçon moins facile. Ce système donna satisfaction

pendant trente ans ; mais les difficultés qu'avaient les marchands à faire payer leurs lettres de change, â cause de la pauvreté du trésor, en amena la suppression (1718). On en brûla pour plus d'un million de francs. La disparition de la monnaie de cartes n'aurait laissé que peu de regrets dans la colonie, si la mère-patrie eût fourni aux Canadiens le numéraire voulu. Tel ne fut pas le cas, et c'est ce qui fit regretter l'ancien système. La mère Juchereau écrivait : "Nous ne laissons pas de regretter la monnaie de cartes, car il sort tous les ans du Canada plus d'argent que le roi n'y en envoie, et nous retombons dans la peine que nous avons eue autrefois par la rareté des espèces, etc."

La monnaie de cartes devint plus populaire après qu'avant son abolition. Nos ancêtres la redemandèrent avec instance et en usèrent pendant plusieurs années encore. Ce fut en 1764 que le conseil d'Etat décréta l'abolition et la liquidation définitive de cette monnaie : ce système avait duré 79 ans (1685-1764).

La colonie, qui n'avait guère pour tout com.merce que la vente des peaux de castors, se trouvait presque entièrement à la merci de la France. La valeur de ces peaux, avec lesquelles on confectionnait beaucoup de chapeaux, diminua peu à peu, ce qui amena successivement la ruine de trois compagnies. C'est alors qu'on songea à fonder la compagnie d'Occident, qui, avec le temps, prit beaucoup d'importance. Le roi lui accorda le monopole du commerce du Canada et de la Louisiane pendant vingt-cinq ans ; elle jouissait des privilèges accordés autrefois à la compagnie des Cent-Associés. Aussi, donnât-elle une puissante impulsion aux défrichements des terres et à l'exploitation des forêts. Elle tenait aussi du roi le privilège de réclamer dix francs sur chaque barrique d'eau-de-vie qui entrait dans la colonie, cinq sous sur chaque livre de tabac, et de plus le quart des peaux de castors et le dixième des peaux d'orignaux qui en sortaient. Les droits sur la vente des pelleteries amenèrent de la contrebande. Les Canadiens — -surtout les jeunes — voulaient avoir part aux avantages de la compagnie. Pour cet effet, les uns se rendaient à MichiHimakinac, d'autres se cachaient dans les forêts pour faire la traite. On en vit même aller jusqu'à Albany pour y vendre leurs pelleteries aux marchands anglais. C'est surtout à ces voyageurs qu'on a donné le nom de coureurs de bois ; ils y trouvaient tant de charmes qu'il était difficile ensuite de les attacher à leurs foyers.

Colonie de la Louisiane —Pour plus de sécurité, la France avait d'abord établi ses colons sur les rives du Saint-Laurent, avant d'aller peupler les immenses territoires du sud-ouest, favorisés d'un climat plus doux et d'une fertilité plus grande. Ce fut en 1699 que d'Iberville jeta les bases de la Louisiane ; il y fonda deux centres principaux : Biloxi et Vile Dauphine, appelée île du Massacre, à cause des nombreux ossements humains qu'il y trouva. Cette nouvelle colome végéta sous Crozat, à qui Louis XIV avait accordé le privilège exclusif de tout le commerce de la contrée pendant seize ans. Il y jeta de suite huit cents Français plutôt aventuriers que colons. Crozat ne comprit pas qu'on paralyse les progrès d'une colonie si on empêche les hal)itants de s'enrichir. Les commis taxèrent les pelleteries à un prix si élevé que les chasseurs les portèrent au Canada ou dans les colonies anglaises. Le manque d'initiative de Crozat dut lui faire résiUer son monopole après trois ans (1714-1717). Ses droits furent concédés à l'Écossais Law, qui forma la compagnie occidentale ou du Mississipi, constituée pour vingt-cinq ans. La Louisiane se détacha alors du Canada (17 septembre 1717), et eut un gouverneur particulier. On donna les plus belles couleurs à cette contrée, on en fit même un Pérou abondant en gisements aurifères. Law, d'une imagination gigantesque, établit, sous l'autorité du régent, une banque percevant et acquittant les billets même sans escompte, ce qui lui permit dès les débuts de fixer les intérêts à sept et demi pour cent^

Pour favoriser ses projets, Law répandit les bruits les plus fabuleux sur les bénéfices à recueiïhr, et dans cette prévision qu'il donnait

1 Au fond, ce système était bien simple. Au nom de la banque, derrière laquelle se trouvait le régent de l'État, on empruntait de l'argent et, en échange des espèces reçues, on remettait des billets ainsi conçus : "La banque promet de payer à vue, au porteur, 100, 1000, 10,000 livres, en monnaies de même poids et de même titre que la monnaie de ce jour valeur reçue à Paris. ' Tout papier monnaie, pour conserver sa valeur, doit avoir une garantie ; ici la garantie donnée au porteur reposait sur l'exploitation des mines d'or et d'argent du Mississipi, quoique dans le temps on ne connût dans la vallée du Mississipi qu'une mine de plomb et, à deux ou trois lieues plus haut, une nune de cuivre. La banqueroute s'effectua en 1720.-En 1719 le roi ou plutôt le régent remboursa les actionnaires, pnt l'établissement entre ses mains, l'aopcla Banque royale, et les billets s'exprimèrent ainsi : la Banque

promet de payer au porteur à vue Uvres en espèces d'argent, valeur reçue à Pans, etc. Ce

changement dans la forme du billet, léger en apparence, était fondamental. Les premiers billets stipulaient une qualité fixe d'argent, celle qu'on connaissait au moment de la date sous la dénonunat.on d'une livre. Les seconds, ne stipulant que des livres, admettaient toutes les variations qu .1 plairait au pouvoir arbitraire d'introduire dans la forme et la matière de ce qu'il appellerait toujours du nom de livres. On nomma cela rendre le papier-monnaie fixe : c'était au contraire en faire une monnaie infiniment plus susceptible de variations, et qui varia déplorablcment. Law s opposa avec force à ce changement : les principes fuient obligés de céder au pouvoir, et les fautes du pouvoir, lorsqu on en sentit les fatale» conséquences, furent attribuées à la fausseté des pnncipes.

comme assurée, il éleva le capital de la compagnie jusqu'à cent vingtcinq millions de livres. La banque était autorisée à émettre des billets jusqu'à la concurrence de deux cent quarante millions. L'affluence des capitaux fut énorme. Tous ces rêves dorés, qui ne reposaient que sur le mensonge et la crédulité de gens habitués à l'honnêteté, s'évanouirent bientôt. Quand le jour se fit, ce fut un véritable désastre. Un bon nombre de familles, en France et à l'étranger, furent complètement ruinées. La compagnie elle-même aboutit à la banqueroute. Sans l'intervention de la police, le peuple eut mis Law en morceaux. La compagnie n'abandonna cependant pas son projet. Elle envoya, en 1718, trois cents émigrants tirés des diverses classes de la société. Le régent créa des marquisats, des comtés et des baronnies pour les gentilshommes. En même temps, Law obtenait un duché sur la rivière Arkansas. Pour le peupler, il fit partir 1,500 Allemands et Provençaux, qu'il voulait faire suivre de 6,000 Palatins du Rhin, quand sa disgrâce arriva. Ces malheureuses familles, débarquées à Biloxi, furent réduites à la plus cruelle misère. Elles ne vivaient que d'huîtres et de crabes péchés au bord de la mer. La famine causa la mort à plus de cinq cents familles ; le chagrin et le désespoir en tuèrent autant. Les complots et les révoltes attirèrent aussi de graves inconvénients : c'est ainsi qu'on vit une compagnie de soldats suisses se donner aux Anglais de la Caroline du Sud. Un bon nombre de colons, dégoûtés de ce pays, où ils mouraient de faim, grossirent ainsi les rangs des possessions anglaises. La compagnie dépensa au-delà de vingt-cinq millions pour donner une mince valeur à ces immenses concessions.

Le fort Rosalie. — Les Canadiens, par leur activité, leur adresse et leur courage, avaient trouvé moyen d'aider leurs compatriotes de la Louisiane. Le sieur Saint-Denis, de la famille des Juchereau, s'y fit même une grande réputation. Avec quelques naturels de ces contrées, il remonta le Mississipi jusqu'à un village espagnol nommé Presidio del Norte. Le but de son voyage, dit-il au commandant du fort, qui le reçut courtoisement, était d'établir avec eux des relations commerciales. Le commandant lui répondit qu'il ne pouvait rien faire sans consulter le gouverneur, qui demeurait à soixante lieues de là, sur la route du Mexique ; et ce dernier le renvoya au vice-roi du Mexique, résidant à Mexico, à trois cents lieues de Presidio del Norte. L'année suivante, Saint-Denis, ayant pour guide un officier et escor-

té de vingt-cinq cavaliers, se rendit au Mexique. Le vice-roi, sans l'écouter ni examiner son passeport, le fit incarcérer en arrivant. Il vit en lui un de ces coureurs de fortune, venant pour examiner les produits des mines. Saint-Denis passa trois mois en prison et il y serait peut-être resté jusqu'à sa mort, si des officiers français ne fussent pas intervenus pour l'en faire sortir. En recouvrant sa liberté, Saint-Denis eut aussi les bonnes grâces du vice-roi, qui lui fit des présents, le combla de faveurs et employa tous les moyens possibles pour le garder auprès de lui. Après trois ans d'absence, il rentra dans la Louisiane, et apprit que les Xatchez avaient commis un acte de trahison contre les Français qui demeuraient parmi eux ; ils en avaient tué quelquesuns, dont ils avaient cherché à cacher la mort. Bien ville, lieutenant du roi, chargé de les châtier, se rendit dans leur village, avec une centaine de Français. En le voyant arriver, les traîtres se décidèrent à livrer les meurtriers, auxquels le commandant ordonna de casser la tête. Afin de ne pas trop contrarier les Natchez, qui pouvaient nuire beaucoup à l'établissement de la Louisiane en interrompant la navigation du Mississipi, la paix fut accordée à condition qu'ils construiraient à leurs dépens un fort dans leur grand village, avec magasins et logements nécessaires pour la garnison et les commis qu'on établirait, et qu'ils répareraient tous les dommages causés. Le chef accepta et, dans dix semaines, tout fut terminé. Le fort prit le nom de Rosalie, en l'honneur de Mme de Pontchartrain, épouse du ministre des colonies.

Fondation de la Nouvelle-Orléans. — M. Jean-Baptiste Le Moyne de Bienville jeta dans les roseaux qui couvraient les rives dû Mississipi les bases de la Nouvelle-Orléans (1717). C'est à partir de ce moment que la vallée du deuxième fleuve du monde prit quelque importance. Persuadés que la richesse d'un pays se trouve dans l'exploitation du sol, les nouveaux colons cultivèrent avec succès diverses céréales et élevèrent beaucoup de bestiaux ; c'est ce qui leur permit de vivre dans une honnête aisance. "Les colons les plus prospères, dit Bancroft, étaient les vigoureux émigrants du Canada, qui n'avaient guère apporté avec eux qu'un bâton et les vêtements grossiers dont ils se couvraient". Là, comme ailleurs, les missionnaires furent les plus puissants coopérateurs du progrès et de la civilisation. Des Jésuites, des prêtres séculiers de Québec et de ^Montréal, des

Capucins envoyés de France par Mgr Mornay\ coadjuteur de Mgr de Saint-Vallier, furent les premiers apôtres de la Louisiane. Le manque d'émigration française dans cette contrée, fit prendre de l'importance aux Anglais.

A quatre ou cinq cents lieues de la Nouvelle-Orléans, quelques chrétientés, chez les Illinois, rappelaient par leur vie exemplaire les fidèles de la primitive Église. Les pères Gravier, Mermet, Marest, Daloes, et Bineteau s'en firent les promoteurs.

Colonie du Détroit. — ^Le célèbre et intelligent aventurier de la Motte-Cadillac fonda la colonie du Détroit, en 1700. Il obtint le titre de seigneur de l'endroit, à condition de peupler cette contrée et d'y construire un fort. Cent Canadiens et deux missionnaires l'accompagnaient. La beauté du site et la douceur du climat de ces lieux les enchantèrent. Ce pays, légèrement ondulé, est très fertile. Des forêts de chênes, d'érables, de platanes et d'acacias, des rivières parsemées d'îles, des prairies émaillées de fleurs, de verdoyants pâturages couverts de troupeaux, en font la richesse. Les indigènes et les Anglais surtout s'opposèrent vivement à cet établissement qu'ils regardaient, sans se tromper, comme bien propre à enlever à MichiUimakinac une partie de son importance, et à relier le Canada à la Louisiane. Le caractère hautain de Cadillac entrava son œuvre, et la nouvelle colonie ne se développa que sous l'impulsion du gouvernement. Le Détroit conserve encore aujourd'hui quelques traces de son origine française^.

Ile du Cap-Breton. — -L'île du Cap-Breton, d'une cinquantaine de lieues de longueur et d'une largeur moyenne de trente, est séparée de l'Acadie par le détroit de Canseau, d'une lieue environ de largeur ; elle est éloignée de quinze à vingt lieues de Terre-Neuve. Ses ports de mer remarquables, surtout du Dauphin ou de Saint-Anne, la baie des Espagnols et le havre à V Anglais, ses lacs et ses rivières poissonneuses, ses forêts giboyeuses et ses bois de construction, avaient plus d'une fois attiré les regards des deux nations rivales.

Ce fut en 1713, après la cession de l'Acadie, que la France, pour compenser cette fâcheuse perte, voulut faire coloniser l'île du Cap-

1 Mgr Mornay ne vint pas au Canada. Mgr Dosquet gouverna l'Église de la Nouvelle-France jusqu'en 1734, époque à laquelle il devint titulaire.

2 Gabriel Richard, prôtre français, arrivé au Détroit en 1798, peut être considéré comme le second fondateur de cette ville importante, qui en 1900, comptait 343.000 âmes. Cet abbé ouvrit des écoles françaises, travailla à la fondation d'une université (1817) dont il fut le premier vice-président et s'occupa de la publication d'un journal bilingue dans l'état du Michigan. Ses mérites le portèrent à la délégation du congrès de Washington, en 1823.

Breton et en faire une place forte, afin de fermer l'entrée du Canada à l'Angleterre. Le Cap-Breton prit alors le nom d'île Royale. Des colons de l'Acadie et de Terre-Neuve vinrent s'y établir.

Fondation de Louisbourg.— Dès 1706, les intendants Jacques et Antoine Raudot, père et fils, avaient suggéré au roi la pensée de fonder un établissement à l'île du Cap-Breton, pour y protéger les pêcheries et le commerce du Canada , mais les guerres fréquentes avec l'Angleterre empêchèrent le ministre d'examiner cette affaire. Le traité d'Utrecht (1713) fit aboutir ce projet. L'ancien gouverneur de Plaisance, M. de Costebelle, eut charge de mener l'établissement à bonne fin (1713). Le port Sainte-Anne et le havre à l'Anglais se disputaient par la beauté de leurs sites et leurs immenses avantages, l'honneur de posséder la capitale de la nouvelle colonie. L'abord facile du havre à l'Anglais lui valut la préférence. La ville naissante prit le nom de Louisbourg. Ses fortifications, restées inachevées, coûtèrent trente millions de livres. Cette ville, bâtie sur une langue de terre, n'atteignit jamais plus qu'une demi-lieue de longueur. Les maisons étaient en bois, les rares habitations de pierre qu'on y trouvait appartenaient au gouvernement. Les navires accostaient à des quais qui s'avançaient fort loin dans le port. Sauf la ville de Louisbourg, l'île n'acquit alors qu'un très petit nombre d'habitants, épars sur les côtes, au port Toulouse (aujourd'hui Saint-Pierre), à Sainte-Anne et à la baie des Espagnols ( aujourd'hui Sydney), où dès lors on commença à exploiter les mines de charbon^.

Le gouvernement de Louisbourg fut modelé sur celui du Canada, et son gouverneur, comme celui de la Louisiane, était subordonné au gouverneur général de la Nouvelle-France.

Les colonies du golfe. — ^ Jusqu'à la fondation de Louisbourg, a France n'avait pas encore songé à coloniser les îles du golfe Saint- Laurent. La fertilité du sol de l'île Saint-Jean (Prince-Edouard) 2, ses abondants pâturages et son excellent port attirèrent son attention. Le comte de Saint-Pierre, premier écuyer de la duchesse d'Orléans, se mit à la tête du mouvement (1719). Le roi lui concéda les îles Saint- Jean, Miscou, de la Madeleine et Ramées. Dès l'année 1720, il y avait déjà dix-sept familles d'étabhes à l'île Saint- Jean, dont trois familles acadiennes, et les autres venues des côtes de France, au port

1 Rameau. La France aux colonies, pp. 71 et 72.

2 Cette île mesure 22 lieues de longueur sur une lieue en moyenne de largeur.

la Joie et au havre Saint-Pierre^. La seigneurie de Jejnsek, qui appartenait ci-devant au sieur Damours des Chauffours, était, à l'époque de 1739, la propriété de M. de Vaudreuil ; il s'y trouvait alors dix-huit familles de colons, comptant cent seize âmes ; on appelait cette paroisse O'Ekoupac. L'émigration acadienne, qui commençait à se prononcer assez vivement depuis trois ans dans les îles du golfe Saint-

ROYALE ""■BRETON • fsP/io/vo/s

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