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CHAPITRE XV

M. Charles, marquis de Beauharnois, gouverneur. — L'intendant Dupuy. — Affaires religieuses. — La Louisiane. — Massacre des Français. — Expéditions contre les Natchez et les Chicasas. — Compagnie des Sioux. — -Soulèvement des Outagamis. — M. Hocquart, intendant. — M. Sarrasin. — M. de la Vérendrye. — Culture. — Siège épiscopal de Québec. — Population.

M. Charles, marquis de Beauharnois, gouverneur. — ^Après la mort de M. de Vaudreuil, le gouverneur de Montréal, M. de Longueuil, administra le Canada par intérim. En apprenant au ministre la perte que venait d'éprouver la colonie, il lui rappelait que MM. de Callières et de Vaudreuil avaient été promus du gouvernement de Montréal au gouvernement général, et lui demandait la même faveur. M. de Longueuil ignorait, sans doute, que le roi avait déjà nommé M. de Beauharnois (1726) à ce poste important^. Sage, courageux, habile, le nouveau gouverneur possédait toutes les qualités requises pour sa charge. Il réussit par sa prudence à apaiser les jalouses et inquiètes susceptibilités de ses rivaux, et parvint à compléter le cordon de défense commencé pour maintenir nos possessions à l'ouest des Alléghénys et l'indépendance du Saint-Laurent.

On lui doit aussi le rétablissement du fort de Niagara (1726), celui de la Pointe-à-la-Chevelure, sur le lac Champlain, et de Beauséjour, en Acadie. C'est encore lui /^. envoya, dans les immenses régions du nord-ouest (1731 ), de la "^IJIndrye, à qui on doit la découverte des montagnes Rocheuses (1743).

L'intendant Dupuy.— En même temps que le nouveau gouverneur, arriva à Québec M. Dupuy, qui venait remplacer Bégon (1726)^. Ce nouvel intendant, instruit, rompu aux affaires, mais prétentieux à l'excès, fut bientôt aux prises avec plusieurs fonctionnaires publics, accoutumés à jouir d'une grande liberté dans leurs actes et à exercer leurs pouvoirs plutôt suivant l'équité et la convenance du moment

1 M. de Beauharnois était originaire de l'Orléanais. Il fut successivement enseigne (1692), Ueutenant de vaisseau (1698), capitaine de frégate (1707), capitaine de vaisseau (1708).

2 M. Bsgon, intendant du Canada de 1712 à 1726, posa la première pierre des fortifications du cap au Diamant (1720).

qu'avec la rigidité de la loi. Ses ordonnances, qui ne convenaient pas au pays, soulevèrent le peuple et le clergé. L'opiniâtreté de son caractère le porta à désobéir formellement à M. de Beauharnois, malgré les représentations du capitaine des gardes, de quelques membres du conseil, des prêtres et même de l'évêque. Sans la modération de M. de Beauharnois, on eût vu se renouveler les scènes regrettables qui se manifestèrent sous la première administration du comte de Frontenac. Maurepas, ministre sous Louis XV et sous Louis XVI, lui reprocha quelques-uns de ses actes, et dès lors il fut rappelé (1728), après deux ans de lieutenance.

Le sieur d'Aigremont, qui succéda à M. Dupuy par intérim, mourut l'année même de sa nomination.

Affaires religieuses. — -Mgr de Saint-V allier, miné par les fatigues d'un long et pénible apostolat, s'éteignit à l'Hôpital Général de Québec le 26 décembre 1727. Toute la population, mais surtout les pauvres, pleurèrent en lui un père tendre, un ami dévoué et un cœur généreux. Il ne semblait heureux qu'auprès des lits des malades. Sa charité s'étendait jusqu'aux soins les plus bas. Lorsqu'on lui reprochait que ces sortes d'offices ne convenaient pas à un homme de sa dignité, il répondait : '' Je ne crois pas avilir mon sacerdoce en exerçant la charité tant recommandée par celui qui a adopté les pauvres pour ses membres." Ses dernières paroles aux religieuses qui devaient continuer son œuvre furent celles-ci: "Mes filles, oubliez-moi après ma mort, mais n'oubhez pas mes pauvres^"

Sa mort occasionna des 4|/isions parmi les membres du clergé. L'archidiacre Lotbinière, ayailVim vent que M. Boullard, curé de Québec, qui venait d'être nommé grand vicaire par le chapitre, voulait lui disputer le droit de présider aux obsèques de Mgr de Saint- Vallier, se rendit secrètement à l'Hôpital Général, avec l'intendant Dupuy et quelques hommes, pour procéder à la cérémonie funèbre, qui se fit à huis clos, à l'entrée de la nuit, pendant que le chapitre faisait une

1 Mgr Jean-Baptiste de la Croix-Chevrières de Sainl-VaUier naquit à Grenoble, en Dauphiné, le 14 novembre 1653, et devint évoque de Québec à la retraite de Mgr de Laval (1688). Il fonda l'Hôpital Général des Anges en 1692, et le couvent des Ursulines aux Trois-Rivièrcs, en 1697. Il était à bord de la Seine, en 1704, lorsque ce navire fut pris par les Anglais : il fut retenu huit ans prisonnier à Londres. Etant A. Paris, plus tard, il publia un volume intitulé Élat présent de l'Église de la Nouvelle-France, qui, depuis a été réimprimé à Québec. Durant son épiscopat, il traversa plusieurs fois l'océan, dans l'intérêt spirituel de son diocèse. En 1702, étant à Rome, il reçut le titre d'assistant au trône pontifical. Revenu au Canada, il mourut à l'Hôpital Général (26 décembre 1727) âgé de 74 ans et quelques jours. Il ne fut inhumé que le 2 janvier suivant, en conséquence de la querelle survenue entre le chapitre et l'intendant Dupuy.

pompe funèbre à la cathédrale, où le corps devait être porté avant d'être inhumé dans l'église de l'Hôpital Général. Pendant que cette affaire se passait, des amis du chapitre sonnèrent le tocsin pour donner l'alarme, et occasionnèrent du désordre en faisant circuler le bruit que le feu s'était déclaré à l'Hôpital Général. A cette nouvelle, qui révolta le chapitre, AI. Boullard déposa la supérieure et interdit l'entrée de l'église de l'Hôpital. M. Dupuy prit fait et cause pour Lotbinière, et voulut obliger les membres du chapitre à comparaître devant lui. Seul, M. Hazeur, vicaire général et grand pénitencier, comparut, afin de protester au nom des chanoines sur l'incompétence de l'intendant et du conseil en pareille matière. Alors, le conseil, soutenu de l'intendant, menaça le chapitre d'être privé de ses revenus, s'il ne voulait pas se désister de ses prétentions. Le père Valérien, récollet, mit de l'huile sur le feu en insinuant dans son sermon à la cathédrale, à la fête de la Purification, "que l'abbé Boullard possédait toute l'autorité diocésaine, et que c'était à lui que le peuple devait obéir en matières religieuses." Le conseil fit défense " à tous prédicateurs, tant séculiers que réguliers, et notamment aux Récollets, tant de Québec que de Montréal, et autres, répandus dans les missions de la colonie, de prêcher autre chose que la parole de Dieu et la doctrine évangélique . . . sous peine d'être poursuivis extraordinairement, et punis suivant la rigueur des ordonnances." Le père Valérien dut comparaître devant le conseil pour y exposer les raisons qui le portaient à regarder l'abbé Boullard comme chef actuel de l'Église du Canada; il lui fut facile de se justifier. L'affaire s'aggrava tellement que M. de Beauharnois dut intervenir. Il blâma vertement les membres du conseil de ce que, sans le consulter, ils s'étaient mêlés d une question purement ecclésiastique, et leur imposa silence jusqu'à ce qu'on eût l'opinion du souverain. L'abbé Boullard leva l'interdit au commencement de février, et la supérieure de l'Hôpital Général fut déposée. La lutte ne se termina qu'en septembre de 1728. Le roi fit connaître sa volonté, et M. Dupuy fut déchargé de ses fonctions^

On a déjà remarqué que souvent la division régna entre le gouverneur et l'intendant. Leur rôle s'y prêtait: si le gouverneur était plus élevé en dignité, l'intendant, chargé du conseil, l'excédait en pouvoir,

1 Voir "Mgr de Saint-Vallier", par l'abbé A. Gosselin, chap. XXIV.

et c'est ce qui amena des conflits regrettables entre ces deux autorités de la colonie.

La Louisiane : massacre des Français. — La Louisiane fut témoin de différends excessifs entre les Français et la nation des Natchez. Celle-ci se trouvait groupée sur les bords sud-ouest du Mississipi (voir carte de la Louisiane, p. 181). Un édifice de forme ovalaire, d'une cinquantaine de pas de circonférence, s'élevait au centre de chaque village; c'était dans cette enceinte qu'on conservait les fétiches et les ossements des morts. Par respect, un feu perpétuel y était entretenu. A ce temple se rattachaient les souvenirs d'amitié, de gloire et de chasse. C'est là que les Natchez se rendaient pour adorer les premiers raj'ons du soleil levant, pour interpréter les songes et invoquer les sorciers pendant leurs maladies. C'est là encore qu'on décidait de la guerre et de la paix, qu'on torturait les prisonniers, et, qu'à la mort du chef, appelé le Grand-Soleil, on étranglait les guerriers de son âge pour lui servir, d'escorte dans le pays des ombres. Les Natchez étaient despotes et avaient une aristocratie. Leur civilisation ne différait pas de celle des Chactas et des autres nations du nord. Nul peuple n'était plus sensuel et plus efféminé.

Les Natchez occupaient, entre autres, le village de la Pomme, que Chepart, commandant du fort Rosalie, voulut leur enlever pour le transformer en une grande ferme. Le chef reçut l'ordre formel d'évacuer les wigwams. C'est en vain qu'il rappela à Chepart l'accueil cordial que les Natchez avaient fait aux Français: "Le même soleil nous a éclairés, dit-il, la même terre nous a nourris, a reçu nos tombeaux ot passera à nos enfants. Pourquoi nous ravir les prairies que nous avons partagées avec les Français, les cabanes oii nous les avons reçus, la natte où nous avons fumé ensemble le calumet de paix?" Chepart s'obstine : il n'accorde un délai de vingt-quatre heures que sous promesse d'un tribut en grain. Le Grand-Soleil réunit le conseil des anciens, qui voue les Français au massacre. Les Chactas, qui détestaient les Natchez, entrèrent dans la conspiration avec la conviction que ceux-ci seraient écrasés; ils restèrent neutres pendant l'action. Au jour fixé (28 novembre 1729), les Indiens se rendent en foule au fort Rosahe pour remettre à Chepart le tribut exigé. Sous divers prétextes, ils se dispersent dans les habitations, et des coups de feu donnant le signal de l'attaque. Chepart est égorgé, ses soldats massacrés, et toutes les campagnes environnantes dévastées.

Le père Dubuisson, missionnaire des Arkansas et de passage chez les Natchez, n'est pas épargné. Le père capucin desservant du village de la Pomme, absent ce jour-là, trouve la mort le lendemain, d'un coup de feu. On épargne les femmes et les jeunes enfants pour les livrer à l'esclavage. Les têtes de Chepart et des principaux officiers sont jetées aux pieds du grand chef, qui pendant l'horrible boucherie, fume nonchalamment son calumet dans le magasin de la compagnie. Les corps, jetés à la voirie, deviennent la pâture des chiens et des oiseaux de proie.

Expéditions contre les Natchez et les Ghicasas. — Le désastre de la Louisiane terrifia les Français de la Nouvelle-Orléans, et les sauvages alliés en furent aussitôt avertis. Pour se mettre sur la défensive, on arma chaque maison et l'on entoura chaque habitation d'un fossé large et profond. Les nègres, très nombreux dans ces parages, et ayant aussi quelques tendances à la révolte contre les blancs, furent gagnés par Le Sueur à la cause des Français. Le major de Louhois, qui commandait les troupes, groupa toutes ses forces sur les bords du Mississipi (1730). Les Natchez, qui avaient célébré dans des fêtes publiques l'anniversaire de leur victoire sur les colons français, furent surpris dans la nuit du 28 janvier par lés Chactas, qui délivrèrent leurs prisonniers et se retirèrent avec soixante chevelures. De Loubois complétait la victoire le 9 février. Les débris de la tribu se réfugièrent dans les retraites de l'ouest, chez les Chicasas (1731). Le Grand-Soleil et quatre cents guerriers furent conduits en esclavage à Saint-Domingue. Après avoir relevé le fort Rosalie de ses ruines, de Loubois ramena à la Nouvelle-Orléans les femmes et les enfants enlevés par les Natchez.

La compagnie des Indes occidentales ne pouvant plus faire face aux dépenses, abandonna ses privilèges à la couronne (1735). Bienville devint alors gouverneur de la Louisiane. Son premier soin fut de mettre les frontières en sécurité. Les Chicasas, instigateurs de la révolte des Natchez, inquiétaient plusieurs villages, accueillaient les marchands de la Caroline, interrompaient les communications entre Kaskakias et la Nouvelle- Orléans, et tentaient de refroidir l'amitié des Illinois pour leurs alliés. Cependant, les tribus du nord venaient offrir leurs bras aux Français. "Voici, avait dit le chef Chicago à Perrier^,

1 Perrier, lieutenant de vaisseau, remplaça de Bienville, comme commandant général de la Louisiane au mois d'octobre de 1726.

le calumet de la paix ou la hache de guerre; dis un mot et nos braves frapperont tes ennemis." Les préparatifs de guerre contre les Chicasas durèrent deux ans. D'Artaguette, commandant un parti d' Illinois envahissait leur territoire, pendant que Bienville, ayant sous ses ordres trente bateaux et autant de pirogues, quittait la Nouvelle-Orléans, pour se rendre au fort Coudé, sur la Mobile (1736). Arrivé au Tomhecbée, il rencontra 1,200 Chactas qui, attirés par des présents, s'unirent à lui. Tous remontèrent la rivière Tomhecbée et débarquèrent à une vingtaine de milles du principal village des Chicasas. "Le 25 mai au soir, dit Bancroft, on campa à une lieue du village ennemi pour tomber avant le jour sur les Chicasas. Ce fut en vain, les braves guerriers qu'on était venu surprendre étaient sur leurs gardes. Aidés par des marchands anglais, ils avaient organisé leur défense et fortifié leurs retranchements sur lesquels flottait le drapeau britannique. Deux fois, dans la journée, l'assaut fut donné à leur citadelle de bois. Deux fois, les Français furent repoussés avec une perte totale de trente hommes dont quatre officiers. Le jour suivant se passa en escarmouches entre les Chactas et les Chicasas Le 29, la retraite commença. Le 31, Bienville renvoya les Chactas et rembarqua sa troupe, après avoir jeté son artillerie dans le Tomhecbée. "

Pendant que Bienville subissait cet échec, son lieutenant d'Artaguette, accompagné de Vincennes et du père Sénat, et commandant cinquante soldats et mille Indiens, était campé aux sources du Yalabuska, pour y attendre l'arrivée des Français. Ne les voyant pas paraître,, les Indiens, impatients de donner l'attaque, ne pouvaient plus se contenir. D'Artaguette se rend à leurs désirs. Le premier fort est emporté d'assaut, puis le deuxième, mais au troisième, d'Artaguette est blessé grièvement et les Illinois se dispersent. C'en est fait encore. Un enfant de quatorze ans. Voisin, guide la retraite, poursuivi pied à pied par l'ennemi. Le malheureux d'Artaguette gisait baigné dans son sang, et près de lui quelques-uns des plus braves de sa troupe. Le jésuite Sénat, aurait pu s'évader; mais, insoucieux du danger et n'écoutant que son devoir, il reste pour recevoir le dernier soupir des blessés. Vincennes aussi, le brave Canadien, refuse de fuir et partage la captivité de son chef.

Selon la coutume indienne, tous les soins furent prodigués aux blessés dans les wigwams. Enfin, quand Bienville eut effectué sa retraite.

les Chicasas amenèrent leurs prisonniers dans un champ où se dressait le poteau de tortures : l'aventureux d'Artaguette, le pieux Sénat, de Vincennes^, dont le nom vivra aussi longtemps que les eaux de la Wabash baigneront des demeures d'hommes civilisés, tous périrent dans les tourments, sauf un seul que les Indiens épargnèrent afin qu'il pût raconter aux siens la mort de ses compagnons.

De Bienville, à la tête de douze cents blancs et du double à peu près d'Indiens et de noirs, marcha de nouveau contre les Chicasas (30 juin 1739). Le fort de l'Assomption, situé sur l'éminence où s'élève aujourd'hui Memphis, fut le quartier général de l'armée. Des lenteurs firent retarder le départ de cet endroit jusqu'en mars de l'année suivante. Pendant ce temps, les privations et les maladies firent de nombreuses victimes. Comme l'armée se mettait en marche, elle rencontra une députation de Chicasas, qui venait demander la paix. Malgré leur ton arrogant et leur indépendance, de Bienville accepta leurs propositions. Les forts de V Assomption et de Saint-François furent démantelés. Par cette paix, les Français abandonnaient aux Chicasas les vastes solitudes de l'ouest comprises entre Baton-Rouge et Kaskakias, de sorte que les communications entre la basse Louisiane et V Illinois se trouvaient coupées. C'est ainsi que les Chicasas, alliés des Anglais, devenaient l'appui de la rivale de la France dans la Louisiane.

L'échec de Bienville menaça de rendre inutiles les secours de Louis XV et du cardinal Fleury, l'héroïsme de La Salle et d'Iberville, l'intrépidité des colons, le concours des Indiens et le zèle des ouvriers évangéliques.

Compagnie des Sioux. — Pour entretenir des relations avec les Sioux et les nations de l'Ouest, M. de Beauharnois forma la compagnie des Sioux, en 1721. La même année, un premier convoi partait de Montréal, passait par Michillimakinac, descendait la rivière aux Renards, et, par Ouisconsin, atteignait le Mississipi. Les Français se fixèrent sur ce grand fleuve, au lac Pépin. En peu de temps, sur la rive septentrionale de ce lac, s'élevait un fort d'une centaine de pieds de longueur, entouré de pieux et défendu par deux bastions: on lui donna le nom de Beauharnois. Les Sioux y construisirent quatrevingt-cinq cabanes, pouvant loger environ cent cinquante hommes. Le père Guignas, jésuite, leur annonça l'Évangile pendant l'hiver. Les

1 De Vincennes fondait, en 1735, le village qui porte soc nom : c'était le commencement de l'État d'Indiana.

Français de cette nouvelle colonie célébrèrent solennellement la fête du gouverneur. Les Sioux y prirent part. Le feu d'artifice les épouvanta tellement qu'à la vue des fusées et des étoiles qui semblaient tomber du ciel, les femmes et les enfants prirent la fuite. Les hommes, plus braves, demandèrent aux Français d'arrêter le feu de cette grande médecine.

Soulèvement des Outagamis. — Les Outagamis ou Renards, que l'on avait cru exterminés en 1712, recommencèrent leurs courses et leurs brigandages; ils cherchaient à interrompre les communications entre la Louisiane et le Canada. De Beauharnois jura de les exterminer. Il lança contre eux quatre cent cinquante Canadiens avec sept à huit cents sauvages, commandés par de Ligneris. Cette petite armée, partie de Montréal au commencement de juin, se rendit à Chicago par l'Outaouais et le lac Huron. Les Malhoumines ou Folles- Avoines^, que les Outagamis avaient gagnés à leur cause, voulurent s'opposer à leur débarquement. Les Canadiens et leurs alliés les saluèrent d'une fusillade si bien nourrie que les Malhoumines se dispersèrent dans les bois. La petite troupe les poursuivit la hache à la main et leur fit essuyer des pertes considérables. Le bruit de cette victoire se répandit au loin et sema partout la terreur. Les Outagamis même prirent la fuite. De Ligneris se mit à leur poursuite, mais il ne put les atteindre. Il lui fallut se contenter de brûler leurs bourgades et de ravager leurs moissons afin de leur ôter tout moyen de subsistance. Le résultat de cette expédition, quoique peu satisfaisant, eut le bon effet d'amener les Outagamis à signer un traité de paix qu'ils gardèrent pendant quelques années.

M. Hocquart, intendant. — Après la mort de M. d'Aigremont, le chevalier Hocquart le remplaça. Le nouvel intendant, arrivé à Québec en 1731, travailla activement à développer les ressources du pays. Ce fut sous lui que l'exploitation des mines de fer du Saint- Maurice commença et que les forges entrèrent en opération. A l'instigation de M. de Léry, de nouvelles forges s'élevèrent près des premières, ce qui permit de fabriquer plus de six cent mille livres de fer par année. Pour encourager les cultivateurs à la culture du tabac, il fit lui-même, à Chamhly et à Beauport, des essais qui lui rapportèrent au-delà de 30,000 pieds par an. Il faisait aussi connaître

1 On les appelait ainsi parce qu'ils se nourrissaient d'une espèce de riz qui croît en abondance dam les plaines mar'>cageuses situées au sud du lac SupSrieur.

nos forêts, en expédiant à Rochefort différents produits, tels que glands, noix, une caisse de plantes recueillies par le médecin Lacroix, et un petit herbier formé par M. Gosselin, prêtre et chanoine. Une autre caisse, contenant du minerai de cuivre du lac Supérieur, du plomb de la baie Saint-Paul et de la colle de poisson, était aussi envoyée. On trouve au nombre de ses ordonnances un règlement des poids et mesures. Cet habile intendant fortifia Montréal, et fit construire une digue^ dans la rivière Saint-Charles pour y mettre les vaisseaux à l'abri des vents du nord-est,

M. Sarrasin. — -M. Sarrasin vint au Canada en 1687, comme médecin des troupes. Sa science, ses bonnes qualités et ses mœurs irréprochables lui attirèrent l'estime publique. La charité qui le porta à soigner les varioleux^, en 1733, rendit son nom à jamais mémorable dans les annales de notre histoire. Les Sœurs Hospitalières et MM. les chirurgiens Berthier et Benoist le secondèrent puissamment dans cette œuvre de dévouement. L'intendant Hocquart les en loua beaucoup. Le terrible fléau emporta près de 2,000 victimes. De ce nombre furent MM. de la Chassagne, gouverneur de Montréal, Boullard, curé de Québec et ancien grand vicaire. L'année suivante (1734), la colonie eut la douleur de perdre IVI. Sarrasin, âgé de 78 ans.

Pierre Gaultier de Varennes de la Vérendrye. — -De la Vérendrye^, commandant d'un petit poste sur le lac Nipigon, au nord du lac Supérieur, fut chargé par M. de Beauharnois d'explorer les contrées voisines de la mer de l'ouest (1731-43). La cour de France, a laquelle il demanda des secours, ne lui accorda que la traite des fourrures des parages qu'il visiterait. Malgré cela, il entreprit sa j^remière expédition avec cinquante hommes, trois de ses fils, son neveu et un père jésuite nommé Charles-Michel Mesaiger.

Il eut à surmonter des obstacles considérables. Une partie de son équipage l'abandonna à quinze lieues au sud-ouest de Kaministiquia, sur le lac Supérieur, pour ne pas faire un portage de neuf mil-

1 Cette digue est aujourd'hui renfermée dans le quai du Palais.

2 Cette maladie épidémique fut apportée de la Nouvelle-Angleterre par un sauvage du lac des Deux-Montagnes. Elle ravagea le pays pendant près d'un an. Le nombre des malades fut si grand, qu'il s'en trouva plus de deux mille en même temps à Québec, tant à l'Hôtel-Dieu que chez les particuliers.

3 Pierre Gaultier de Varennes de la Vérendrye, né aux Trois-Rivières, de René Gaultier, sieur de Varennes et de Marie Boucher, servit dans l'armée et fut même laissé comme mort sur le champ de bataille de Malplaquet, après y avoir reçu neuf blessures. Pour récompense de son dévouement à la cause française, il ne reçut, comme tant d'autres, qu'un vain titre.

les. De la Vérendrye continua néanmoins son voyage et se rendit jusqu'au lac à la Pluie, où il fonda le fort Saint-Pierre. Il y laissa son neveu pour faire la traite des oelleteries avec les Indiens, et retourna à Kaministiquia, où il passa l'hiver. L'été suivant (1734), il pénétra jusqu'au lac des Bois, où, sur la rive occidentale, il é'eva le fort Saint-Charles. Pour se rendre au désir des Cris et des Assinihoines, qui réclamaient un poste plus près de leurs campements, il érigea le fort Maurepas (1734) à l'embouchure de la rivière Winnipeg. Laissant à cet endroit son fils aîné, Jean-Baptiste, il se rendit à Montréal, puis à

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