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Découvertes de P. de la Vérendrye et de ses fils

Québec pour s'entendre avec ses créanciers, et leur concéda, pour ses dettes énormes, le droit d'exploiter au moyen d'agents les produits de ses établissements. Libre alors de tout intérêt commercial, il partit avec le père Jean-Pierre Aulneau de la Touche^, jésuite, pour se livrer tout entier aux explorations commencées. Il essuya beaucoup d'épreuves; ^a plus considérable fut celle du massacre de son fils aîné

1 Le père J.-P. Aulneau de la Touche remplaça le père C.-M. Mesaiger, retourné à Québec pour cause de maladie.

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et d'un parti de vingt et un hommes, par les Sioux, sur une île située à environ 20 milles au sud du fort Saint-Charles. Quelques jours après le massacre, les corps des victimes furent trouvés par un parti de Français. Les têtes, pour la plupart scalpées, gisaient sur des peaux de castor. De la Vérendrye envoya chercher les corps de son fils et du père Aulneau. avec les têtes des autres victimes pour leur donner une sépulture convenable dans la chapelle du fort\

L'œuvre si bien commencée par de la Vérendrye fut continuée par ses fils. Deux d'entre eux, accompagnés de deux Canadiens français, montèrent la rivière Assinihoine, traversèrent le Missouri et se dirigèrent vers l'ouest jusqu'aux montagnes Rocheuses. Le plus jeune des fils du grand explorateur remonta la Saskatchewan jusqu'à la bifurcation de cette rivière.

Avant les découvertes des de la Vérendrye, on ne connaissait rien de l'immense contrée située entre la Californie et la baie d'Hudson.

Culture. — Voici ce qu'on lit, par rapport à la culture, dans les mémoires sur le Canada : — -Les terres ordinaires rapportent depuis huit jusqu'à douze et quinze minots de hlé par arpent; les terres heureuses rapportent davantage.

Les autres espèces de grains que l'on cultive sont: l'avoine, les pois, peu d'orge, encore moins de seigle. Les autres cultures consistent dans celles du lin, du chanvre et du tabac. 'Il y a peu de vergers.

Dans les bonnes années, il sort de la colonie quatre-vingt mille minots de blé, en farine et biscuits. Cependant, il en sortira peu cette année (1737), la récolte ayant été très mauvaise l'année dernière.

Siège épiscopal de Québec. — -Mgr de Mornay^, de l'ordre des Capucins, d'abord coadjuteur de Mgr de Saint- Vallier (1714) et ensuite son successeur (1727), ne put se résoudre à venir au Canada. Il lui fallait un coadjuteur: son choix tomba sur M. Pierre-Herman Bosquet, né à Liège, élevé à l'épiscopat par Benoit XIII (1725) et sacré sous le titre d'évêque de Samos. Mgr Dosquet vint au Canada sur VEléphant (1729), vaisseau du roi, qui sombra sur les rochers du cap Brûlé, à une dizaine de lieues de Québec. Heureusement que personne ne périt ; mais Mgr Dosquet, quelques officiers et des marchands éprouvèrent des pertes considérables. M. de la Tour,

1 Les nombreux ossements trouvés pêle-môle au fort Saint-Charles montrent d'une manière évidente que les restes des victimes y ont été transportés.

2 Mgr Louis-François Duplessisde Mornay, natif de Vannes (1603), en Bretagne, mourut A Paris (1741), où il avait été sacré.

abbé très instruit, qui a rédigé les mémoires de la vie de Mgr de Laval et plusieurs ouvrages historiques et théologiques, accompagnait le nouvel évêque en qualité de doyen du chapitre de Québec. Mgr Dosquet, déjà venu à Ville-Marie pour y exercer le ministère (1721)^, rencontra des difficultés en arrivant à Québec.

Pour exécuter les ordres reçus de Mgr Mornay, il blâma le chapitre d'avoir, avant son arrivée, établi des cures inamovibles, et malgré quelques désagréments, il reconstitua les choses telles qu'elles existaient auparavant. Comme la traite de l'eau-de-vie occasionnait beaucoup de désordres parmi les sauvages, il publia contre cet abus un mandement qui eut du retentissement, et qui lui attira des reproches des autorités civiles du pays, lesquelles s'intéressaient avant tout au commerce. Malgré cela Mgr Dosquet ne revint pas sur ce qu'il avait fait à ce sujet. Plusieurs raisons importantes l'appelèrent en France. Mgr Mornay, en cette circonstance, céda ses droits; son coadjuteur, devenu évêque titulaire (1733) ne revint à Québec qu'en 1734. Après y avoir séjourné encore un an, ne pouvant s'acclimater, il rentra en France, renonça à son siège, exerça les fonctions de vicaire général de l'archevêque de Paris, et mourut (1777) âgé de 86 ans.

Son successeur fut Mgr François-Louis de Pourroy de VAuberivière, docteur en Sorbonne, né à Grenoble, en Dauphiné (1711), nommé évêque de Québec par Clément XII (1739), et sacré dans la chapelle de Saint-Sulpice, à Paris. Pendant la traversée, il exerça son zèle apostolique et prodigua ses soins à plus de cent soixante personnes atteintes de la peste, que l'on transporta à l'Hôtel-Dieu en arrivant à Québec. Le dévoué prélat, débarqué en parfaite santé, tomba malade de la fièvre le 13 août 1740, et mourut sept jours après. La nouvelle de sa mort attrista la colonie, et les sauvages témoignèrent leurs regrets en envoyant des colliers au gouverneur et en en déposant sur la tombe de l'évêque. La réputation de sainteté de ce prélat l'avait devancé au Canada. On trouva parmi ses effets des instruments de pénitence dont la couleur trahissait l'usage. On fut obligé de mettre ses habits en morceaux pour satisfaire la confiance des fidèles envers celui qu'ils appelèrent le martyr de la charité. Plusieurs faits miraculeux sont attribués à son intercession^.

1 L'abbé Dosquet, agrégé à Saint-Sulpice, fut envoyé par M. Leschassier à Ville-Marie. Il retourna en France, deux ans après, pour défaut de santé.

2 Voir " Histoire de l'Église du Canada" par l'abbé A. Gosselin, deuxième partie, pp. 3.52-406.

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]\Igr Henri-Marie du Breuil de Ponthriand, né à Vannes, d'une des grandes familles nobiliaires de Bretagne, nommé évêque par Benoît XIII, sacré à Paris en 1741, et arrivé à Québec au mois d'août de la même année, remplaça Mgr de l'Auberivière. La carrière de ce prélat, sixième et dernier évêque sous la domination française, toucha aux jours les plus néfastes de la colonie. Comme un pasteur fidèle et vigilant, il resta au milieu de ses ouailles pendant l'épreuve de la lutte suprême, afin de les soutenir et de les encourager par ses actes héroïques de vertu et de dévouement. Quand les ravages du bombardement eurent abattu sa cathédrale et son palais, et qu'il vit flotter le drapeau l^ritannique sur le haut de la citadelle, il quitta avec tristesse sa ville épiscopale pour venir se réfugier au séminaire de Montréal. Il publia dans cette circonstance un mandement plein d'onction et de patriotisme. Ses jours s'éteignirent chez les messieurs de Saint-Sulpice(8 juin 1760), et il fut inhumé dans l'église paroissiale de Notre- Dame de Ville- ]\Iarie. Il était âgé seulement de cinquante et un ans et cinq mois. Sa piété et son dévouement le font considérer comme une des plus belles figures de l'épiscopat canadien.

A l'époque de la mort de Mgr de Pontbriand, la colonie, qui formait son diocèse, comptait cent paroisses ou dessertes, et plusieurs missions au centre du pays, dans l'Ouest, en Acadie, sur les rives du golfe Saint-Laurent et du Mississipi.

Après la mort de ]\Igr de Pontbriand, les trois vicaires capitulaires, MM. Briand, Perreault et de Montgolfier, furent chargés d'administrer les affaires ecclésiastiques, comme suit : le premier à Quélec, le deuxième aux Trois^Rivières, le troisième à jMontréal.

C'est sous l'épiscopat de Mgr de Pontbriand, en 1753, que la vénérable mère d'YouviUe^ fonda la belle congrégation des sœurs Grises. Ces religieuses admirables se dévouent à l'éducation des jeunes filles et donnent leurs soins aux vieillards, aux orphelins et aux malades dans de nombreux établissements situés en divers endroits du Canada et des États-Unis, et jusqu'au miheu des glaces du cercle polaire.

Population.— La population, en 1736, s'élevait à plus de 40,000 âmes sur lesquelles se trouvaient 10,000 hommes en état de porter les armes. On comptait 748 soldats, répartis en vingt-huit com-

1 Marie-Marguerite de Lajemmerais, dame d'Youville, naquit à Varennes en 1701 et mourut en 1771. Son procès de canonisation a été introduit en cour de Rome.

pagnies, ayant chacune un capitaine, un lieutenant, un enseigne en pied et un enseigne en second; si l'on déduit 214 hommes dans les postes, un nombre variable en congé, on trouve qu'il ne restait guère plus de 500 hommes pour les garnisons des trois villes de la colonie.

D'après un dénombrement effectué en 1736, de toutes les tribus sauvages, amies des Français, depuis les Abénakis jusqu'aux Mobiles, on comptait encore plus de 15,000 guerriers^

LECTURE. — Quelques sauvages en France.- — Malgré l'opposition des parents indiens à se séparer de leurs enfants en bas âge, on voit, néanmoins, de jeunes sauvages passer en France pour y ^éjourne^ quelque temps. Pontgravé, en 1604, emmena avec lui le fils de Begourat, sagamo algonquin, avec une femme iroquoise, condamnée à mort par les ennemis de sa nation. Lescarbot nous dit que ilfessawoei, le sagamo de la Hève, en Acadie, "avait été autrefois en France, y avait demeuré en la maison du sieur de Grandmont, gouverneur de Bayonne." Il mentionne aussi que le fils du célèbre Membertou séjourna à Paris. On sait, d'ailleurs, que Champlain emmena avec lui (1610) le eune Savignon, qui passa un an à Paris. En parlant de ce petit Indien, Lescarbot dit: "J'ai vu souvent ce sauvage de Champlam, nommé Savignon, à Paris, gros garçon et robuste, lequel se moquait voj-ant quelquefois deux hommes se quereller sans se battre ou se tuer, disant que ce n'était que des femmes, et n'avaient point de courage." De retour au Canada, Savignon se plaisait à raconter à ses compatriotes les péripéties de son voyage, les belles réceptions dont il avait été l'objet et les choses merveilleuses qu'il avait vues. Avant la prise de Québec par les Kertk (1629), le père Jean d'Olbeau, récollet, conduisit en France Pastedechouan, qu'il avait instruit de la religion et qui reçut solennellement le baptême dans la ville d'Angers. On donna à ce nouveau néophyte le nom de Pierre- Antoine. A son retour au Canada, Pierre se rendit dans sa famille poui apprendre de nouveau !a langue maternelle, qu'il avait oubliée. Dans ce milieu païen, il mit malheureusement trop vite de côté les pratiques de VQrtu acquises en France. Les Jésuites avaient néanmoins l'œil ouvert siu* lui. Le père Le Jeune, supérieur de • la mission, s'occupant alors d'un dictionnaire montagnais, avait souvent recours aux connaissances de Pierre; il aurait même voulu l'avoir au séminaire de Notre-Damedes-Anges, pour bénéficier plus amplement de ses services, mais celui-ci préféra se confier à Emery de Caen, qui, pour l'attirer, l'avait comblé de prévenances. Pierre ayant bientôt abusé de la confiance de Caen, fut chassé comme fripon du fort Saint- Louis, et se retira chez les Jésuites, qui furent heureux de le recevoir pour le bien de son âme et comme aide dans leurs travaux de linguistique. Après quelques mois de séjour chez les pères, Pierre, ayant mis ordre à sa conscience, partit pour la chasse et, malgré sa promesse d'un retour prochain il ne reparut plus.

Un autre sauvage, le jeune Amantacha, fut emmené en France par Emery de Caen (1626). Les Jésuites se chargèrent de .son éducation. Le petit catéchumène reçut le baptême à Rouen.

1 Garneau, 4e édi., T. III, p. 133.

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Bien que depuis soixante-quinze ans a métropole normande fût habituée à voir circuler dans ses rues des Indiens du Brésil et du Canada, le bruit répandu par les matelots qu'Amantacha, qui allait être baptisé dans la cathédrale, était le fils du roi de la Nouvelle-France, attira une grande foule de curieux. L'archevêque François de Harlay présidait à la cérémonie; le néophyte reçut le nom de Louis d Sainte-Foi. Revenu au Canada (1629), Louis, protégé par Champlain, se montra digne de la confiance que l'Ulustre fondateur de Québec avait mise en lui, et devint un précieux auxiliaire des Jésuites dans l'œuvre des missions. Son apostolat se manifestait surtout pour la conversion des membres de sa famille. En 1636, après avoir rempli son devoir pascal, il partit sous les ordres de l'un de ses oncles, pour la guerre contre les Iroquois, et, depuis ce moment, on n'entendit plus parler de lui^

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