CHAPITRE XVI
Rep ise des hostilités. — Loui.sbourg. — -Siège et perte de Louisbourg. — Partis de guerre dans la Nouvelle- Angleterre. — Escadre du duc d'Anville. — Désastre et épidémie.— Combat des Mines. — Fortifications de Québec. — M. Bigot, intendant. — M. Jacques-Pierre de Jaffamel, marquis de la Jonquière. — Combat naval du cap Finisterre. — Le comte de la Galissonnière. — ^Traité d'Aix-la-Chapelle.
Reprise des hostilités. — ^Une époque de luttes sanglantes allait s'ouvrir pour le Canada. La succession au trône d'Autriche (1740) en fut l'occasion. L'Angleterre, en se déclarant en faveur de Marie-Thérèse^, ouvrit la guerre avec la France. Le contre-coup devait naturellement se faire sentir en Amérique. La nouvelle officielle de cette déclaration n'était pas encore parvenue au Canada quand la guerre s'y ralluma. La France n'avait jamais perdu de vue le ■projet de reprendre l'Acadie. Aussi les Anglais, qui semblaient prévoir le coup, ne la peuplaient pas : on n'y comptait qu'une quarantaine de familles. Dès qu'il eut appris la rupture du traité d'Utrecht, M. Duquesnel, gouverneur de l'Ile-Royale, recommença les hostilités. Il envoya le capitaine Duvivier, à la tête d'un détachement fran-
1 Pour plus de détails, voir les articles de N. E. Dionne, dans le "Bulletin des Recherches historiques" de 1907.
2 Lorsque Marie-Thérèse succéda à son père, Charles VI, malgré la pragmatique sanction de celui-ci, qui instituait sa fille son héritière universelle, la plupart des puissances de l'Europe, oubliant l'assentiment qu'elles avaient donné à cet acte testamentaire se liguèrent contre Marie-Thérèse pour la dépouiller de .ses États. Frédéric ne manqua pas de profiter de cette occasion pour agrandir la Prusse : il s'empara de la SUésie et ne déposa les armes qu'après que l'Autriche lui en eut cédé la possession. Aidé des Hongrois, de l'Angleterre et de la Hollande, Marie-Thérèse, malgré la perte de la bataille de Fontenoy (Belgique) contre les Français, sortit avec honneur de cette guerre. Elle conserva ses possessions, et son époux, François de Lorraine, fut reconnu empereur d'Allemagne.
çais, attaquer l'établissement du Cap Canseau, poste anglais le plus rapproché de Louisbourg. Duvivier débarqua sans encombre, détruisit la pêcherie, le fort, les magasins, et ramena quatre-vingts prisonniers de guerre à Louisbourg.
Vers le même temps, les Micmacs marchèrent contre Annapolis, d'où ils ne furent repoussés qu'avec peine. Si les Acadiens eussent alors opéré un soulèvement, ils auraient chassé les Anglais de la péninsule.
Après avoir passé l'été à Louisbourg, les quatre-vingts prisonniers furent renvoyés sur parole à Boston. Ils peignirent Louisbourg dans un état si triste et si abandonné, que Guillaume Shirley, gouverneur du Massachusetts, conçut l'idée de s'en emparer. Après beaucoup d'hésitations et de pourparlers, l'expédition finit par être vot^e à une voix de majorité. Le New-York se chargea de l'artillerie, et la Pensylvanie des vivres.
Les colonies du Massachusetts, du Connecticut et du New-Hampshire devaient mettre sur pied une armée % plus de 4,000 hommes, ce qu'elles firent. Peppere^fut miiïif|2,4^mmandant de l'expédition.
Le fanatisme puritain, ne rêvant que la dévastation des églises et des couvents, présida à cette espèce de croisade dirigée contre les "papistes" de Louisbourg. La devise du drapeau des volontaires était celle d'Oglethorpe, fondateur de la Géorgie: "Il ne faut désespérer de rien avec le Christ pour chef." Le chapelain général de l'armée portait une grosse hache destinée à briser "tous les signes de l'idolâtrie", c'est-à-dire les statues et les images des saints. Bancroft a tracé de cette armée une peinture piquante et pittoresque. "L'un, dit-il, proposait un équipage de ponts volants à l'aide desquels on escaladerait les murailles, même avant l'ouverture de toute brèche. Un autre avait trouvé un préservatif contre les mines. Un troisième offrait à son général, aussi peu familier que lui avec la guerre, un projet de campement, d'ouverture des tranchées, de placement des batteries. Shirley proposait d'armer une centaine de petits bâtiments, de débarquer de nuit sur le rivage, et, marchant sur la ville à travers les fourrés et les ravins, d'enlever par surprise, à la pointe du jour, la forteresse et les batteries ennemies. Le gros du corps expéditionnaire était composé de pêcheurs qui avaient apporté avec eux leurs instruments de pêche dans le but d'utiliser les loisirs du siège ; d'ouvriers, de bûcherons, de laboureurs, familiers d'ailleurs avec les armes à
feu et les surprises nocturnes des Indiens; de gens d'église qu'accompagnaient généralement leurs femmes et leurs enfants. Les glaces du cap Breton chassaient en telles masses qu'elles rendaient les côtes inaccessibles, et retinrent plusieurs jours la flotte de la Nouvelle- Angleterie à Canseau. Tout à coup, par un ciel clair et un soleil brillant, l'escadre du commodore Warren apparut. Il venait précisément de décliner l'entreprise. Mais, en même temps, étaient arrivés d'Angleterre des ordres qui lui enjoignaient de prêter aide au Massachusetts. Aussi, ayant appris en mer l'embarquement des troupes, avaitil fait route pour Canseau. Le lendemain, neuf vaisseaux amenaient les forces du Connecticut."
Louisbourg. — Louisbourg était une place forte, ceinte d'un rempart de pierre du côté de la mer, et protégée d'un vaste fossé de quatre-vingts pieds de large du côté de la terre. Les murailles, de
LOUISBOURG U tu 1745