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CHAPITRE XVII

Fondation d'Halifax. — Bravoure du comte de VaudreuiL — M. Ange, Marquis Duquesne de Menneville, gouverneur. — Campagne de l'Ohio. — Assassinat de Jumonville. — Prise du fort Nécessité. — Dilapidation des deniers publics. — Invasion des possessions françaises : Moncton en Acadie. — Exil et dispersion des Acadiens. — Le général Braddock. — Bataille de la Monongahéla. — M. Pierre Rigaud, marquis de Vaudreuil-Cavagnal, gouverneur. — -Défaite de Dieskau. — Prise du fort Bull.

Fondation d'Halifax. — ■!! était facile de prévoir que la paix d'Aix-la-Chapelle, rétablissant toutes choses comme avant la guerre, ne tarderait pas à être troublée, et que l' Acadie, réclamée par les deux puissances, deviendrait encore le brandon de discorde. Les Anglais, ayant juré de posséder seuls l'Amérique du Nord, prirent le parti de ne respecter ni traités, ni droits, et d'arriver à leur fin par n'importe quels moyens.

Lord Halifax, pour assurer à sa patrie la possession de l'Acadie, fit un chaleureux appel aux protestants de toute l'Europe, et promit à ceux qui voudraient le suivre l'exemption du service militaire et l'appât d'un partage égal des pêcheries. Plus de 2,500 officiers et soldats de marine, amenés par lord Edouard Cornwallis, vinrent s'établir au port de Chïhouctou, sur la côte sud-est, au-dessus du port de la Hève (1749). La nouvelle ville, nommée Halifax^ en l'honneur de son fondateur, était destinée à supplanter Port-Royal et à devenir la capitale de la presqu'île. L'arrivée de ces fanatiques émigrants fut de mauvais augure pour les Acadiens, qui, pour ne pas subir les funes-

1 "Bulletin des Recherches historiques" de 1889.

2 Rameau, p 42.

tes influences de cette domination étrangère, abandonnèrent leurs foyers pour aller s'établir aux environs de Québec et à l'île Saint-Jean.

Bravoure du comte de Vaudreuil.— En 1750, le comte de Vaudreuil^ soutint vaillamment l'honneur de la marine française. Il était monté sur Vlntrépide, l'un des huit vaisseaux du roi commandés par M. Des Herbiers de VEstandière et destinés à escorter une flotte de 252 navires marchands, qui devaient se distribuer dans les différentes îles françaises de l'Amérique. A 90 lieues du cap Finisterre, la flotte française rencontra quatorze vaisseaux de guerre anglais sous les ordres du vice-amiral Haivk. A cette vue. Des Herbiers donna l'ordre à la flotte, protégée par la frégate le Castor^, de s'esquiver à toutes voiles, et à son escadre de se ranger sur une seule ligne pour affronter l'ennemi. Les Anglais, favorisés du vent, donnent le signal de l'attaque. Les premiers coups se portent sur les vaisseaux de l'arrièregarde française: bientôt le combat devient général. «De Vaudreuil, commandant l'avant-garde, s'aperçoit que les vaisseaux de l'arrière sont réduits et que le Tonnant, qui porte le chef, est entouré d'ennemis et en partie démâté. Sa résolution est aussitôt prise de le délivrer ou de périr. Virant de bord, il brave le feu des Anglais sur toute la ligne pour l'aller rejoindre. Cette manœuvre hardie étonne les adversaires et arrête un instant le combat, qui reprend ensuite avec plus de vigueur qu'auparavant. Les deux vaisseaux français le soutiennent jusqu'à 8 heures et demi du soir, quand les Anglais cessent la lutte.

L'Intrépide, étant le moins endommagé, prit le Tonnayit à sa remorque pour s'éloigner des vaisseaux anglais pendant la nuit. Le lendemain matin, ils n'avaient pas encore perdu de vue la flotte ennemie, qui, cependant, ne marchait pas à leur poursuite. Les six autres vaisseaux de l'escadre étaient au pouvoir des Anglais. Le Tonnant et Vlntrépide retournèrent au port de Brest. Trois jours après leur arrivée, le comte de Vaudreuil reçut de l'Estandière une lettre de félicitations sur sa belle conduite. Cette nouvelle eut du retentissement en Europe, et, plus que jamais, détermina la France à ne pas se désister de ses droits.

M. Ange, marquis Duquesne Menneville, gouverneur. — A

1 Louis-Philippe, comte de Vaudreuil, fiU du premier gouverneur de ce nom, natif de Montréal, entra dans l'armée en 1698, fut nommé enseigne de vaisseau en 1711, capitaine de vaisseau en 1738, chef d'escadre en 1748, devint lieutenant général des armies navales et mourut en 1763.

2 Cette frégate avait été construite à Québec.

la suite des plaintes parvenues en France, le marquis de la Jonquière, prévoyant sa disgrâce, demanda son rappel; mais, sur ces entrefaites, il mourut de peine à Québec (17 mai 1752)^.

Le marquis de Duquesne, capitaine de vaisseau et parent du grand amiral de Louis XIV, fut désigné pour le remplacer. En attendant son arrivée, le baron de LongueuiP administra la colonie. Le nouveau gouverneur ayant bientôt sondé de graves désordres, écrivait au ministre : ''Les officiers ne veulent pas obéir, et paraissent consternés quand ils reçoivent un ordre de service. . .L'indiscipline des soldats est outrée, il y a beaucoup de déserteurs et de mauvais sujets. Cela provient de l'impunité dans les cas les plus griefs . . Les soldats ont des dettes, sont malpropres et ne respectent pas leurs officiers."

Dans son gouvernement, de Duquesne marcha sur les traces du comte de la Galissonnière, et se conforma en cela aux instructions que la cour lui avait données. Il fortifia les postes militaires existants, et en érigea d'autres; il réforma les abus glissés dans l'administration, rétablit, non sans faire des mécontents, l'ordre et la discipline dans l'armée, en un mot, fit tout ce qu'il put pour mettre la colonie en état de lutter avantageusement contre l'Angleterre.

Compagnie de l'Ohio.— Tandis que le marquis de Duquesne luttait à Québec, la question de la vallée de l'Ohio entrait dans des complications qui devaient amener sûrement la guerre. La compagnie virginienne envoyait Christophe Gist, explorer les terres situées à l'ouest des Alléghénys; ce voyage avait un but plus politique que géographique. Gist gagna plusieurs tribus indiennes à son parti. Les Miamis même tournèrent le dos aux Français: "Vous nous avez pris par la main, lui dit le chef, dans la grande chaîne de l'amitié; c'est pourquoi nous vous faisons présent de ces deux ballots de peaux, pour faire des

1 M. de la Jonquière s'attira des ennemis en élevant ses parents aux emplois lucratifs. Il travailla même à faire nommer son neveu doyen du Chapitre. Quoique millionnaire, il s ingéra dans les affaires commerciales et fit fermer des maisons soupçonnées de lui faire concurrence. Des plaintes portées contre lui à la cour lui attirèrent des reproches. Il y fut si sensible qu'il demanda son rappel ; mais il mourut avant d'être relevé de sa charge. De la .lonquière poussait l'économie si loin qu'il se refusait même le nécessaire. Dans sa dernière maladie, il fît remplacer par des chandelles les bougies placées près de son lit, disant que les chandelles coûtaient moins cher et éclairaient tout aussi bien. Il fut enterré avec pompe dans l'église des Récollets, où reposaient déjà les cendres de Frontenac et du marquis de Vaudreuil.

2 M. de Lonèueuil était petit-neveu d'Iberville et membre d'une famille qui avait rendu de grands services à la colonie. Seule, son origine canadienne empêcha la cour de lui confier la charge de gouverneur, qu'il avait demandée.

souliers à votre peuple, et de cette pipe pour y fumer et vous assurer que nos cœurs sont bien disposés envers nos frères." Différents traités furent signés à Albany (1751). Les Français bravèrent l'orage.

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