PREFACE V
La domination anglaise va nous présenter de nouvelles luttes, qu'on verra se dérouler non pas sur les champs de batailles, mais sous la coupole des parlements. Les Canadiens français, cédés à l'Angleterre par le traité de Montréal (1760), auront à défendre le patrimoine sacré de leur religion, de leur langue et de leurs droits. Les orages n'auront des accalmies que pour reprendre ensuite avec plus de violence.
Bien que l'acte de capitulation concédât aux catholiques la libre pratique de leur religion, ce droit ne tarda pas à leur être contesté. On voulut les obliger à jDrêter le serment du test ( 1763), qui attaquait plusieurs points du dogme. C'est alors que l'attitude menaçante des colonies anglaises de l'Amérique, travaillant à arracher le Canada à l'Angleterre, amena l'acte de Québec (1774).
Le gouverneur Craig, voulant réserver au roi la nomination des curés, trouva, en Mgr Plessis, un défenseur habile, ferme et loyal, des droits ecclésiastiques (1810). On avait, d'ailleurs, déjà rencontré la même attitude en Mgr Briand, dans une circonstance analogue (1766).
Après la cession, le clergé soutiendra et dirigera les Canadiens abandonnés par la France. Il fondera des collèges pour la formation intellectuelle et morale des jeunes gens, qui, dans la politique, auront à soutenir nos droits, et sauront faire intervenir leur autorité quand il s'agira de conserver le catholicisme dans les écoles des provinces maritimes, du Manitoba, de l'Ontario efc des territoires du Nord- Ouest.
C'est aussi en dépit de l'acte de capitulation que le despotisme anglais voudra angliciser le Canada. Pour cet effec, on verra l'Institution royale (1801) couvrir d'écoles anglaises tous le"; points du ppys. Le but de l'établissement du gouvernement constitutionnel (1791), en divisant le Canada en deux provinces, et celui de l'Acte d'Union (1840), en réunissant de nouveau les deux provinces, sera en faveur de l'élément anglais et en opposition avec le développement de la langue française. Durant les huit premières années du Canada sous l'Union, les actes gouvernementaux ne seront rédigés qu'en anglais. On verra le gouverneur lord Elgin être vertement blâmé par de -fanatiques journalistes anglais, pour avoir parlé français plutôt qu'en anglais, dans son discours du trône, en 1849.