VI PREFACE
Les droits de la langue française, malgré les promesses de 1870, seront méconnus au Manitoba (1890), ainsi que dans les vastes régions de l'Ouest. Aujourd'hui (1915), l'Ontario cherche à anghciser les gens par l'école sans toutefois oser attaquer le catholicisme.
La lutte des Canadiens français, contre toutes ces tentatives d'anglicisation, a été vigoureuse sans être entièrement victorieuse. Un grand publiciste, Etienne Parent (1831), lance des articles pleins de verve en faveur de la cause française, alors que les Anglais cherchent à identifier notre nationalité à la leur. Nos grands politiques se montrent toujours réfractaires à toute tentative de cette nature. La société nationale de la Saint- Jean-Baptiste est fondée (1832) pour affermir nos droits. La Fontaine, en pleine session (1842), revendique énergiquement les droits du français méconnus.
Sous la Confédération, l'abbé Giroir ouvre pour les Acadiens plusieurs écoles françaises dans la Nouvelle-Ecosse. D'ailleurs, les Acadiens, noyés dans l'élément anglais après leur dispersion, ont toujours gardé leur langue et leur bel hymne national, VAve maris Stella.
Pour donner une plus forte impulsion à l'enseignement du français, on vit, à Ottawa, en 1910, des congressistes se réunir, ayant parmi eux sir Wilfrid Laurier. Le grand tribun, dans un éloquent discours, disait que dans vingt-cinq ans l'Ontario aurait au moins 500,000 Canadiens français, au lieu de 210,000 qu'il comptait alors.
Québec, en 1912, voyait pour la première fois un "Congrès de la langue française" où se trouvaient des représentants de toutes les parties du Canada, des États-Unis et même de la France. Cette solennelle assemblée ranima les sentiments patriotiques et laissa dans les cœurs un attachement plus vrai, plus sincère et plus enthousiaste pour la langue française.
Les Canadiens français auront aussi à lutter vigoureusement pour le soutien de leurs droits maintes fois contestés. La période de 1812 à 1837 est tourmentée par la trop fameuse question des subsides. L'Assemblée législative réclame le droit exclusif de disposer des de niers du peuple pour le service public, exécutif et législatif, tandis que les gouverneurs et les deux conseils s'obstinent à le lui refuser. Ayant reçu le mot d'ordre de Londres, les gouverneurs Richmond, Dalhousie, Aylmer et Gosford se succédèrent sans chercher à régler l'acrimonieuse situation qui aura son dénouement sur les champs de bataille (1837-38).