CHAPITRE XX
Les provinces du golfe : Acaclie. — Rivière Saint-Jean (Nouveau-Brunswick). — Ile Saint-Jean (Prince-Edouard). — Ile du Cap-Breton. — Terre-Neuve. — Affaires de l'Église: sanctuaires vénérés. — Floraison religieuse. — Missions catholiques. — Instruction publique.
L'Acadie. — -L'Acadie qui, au rétablissement des Stuarts (1660), fut rendue à la France, n'eut rien de véritablement stable avant M. d'Andig7iy de Grandfoniaine, qui y fut envoyé en 1667 comme gouverneur. Il subordonna à l'autorité centrale tous les éléments français pour ne laisser qu'un droit seigneurial à chaque titulaire des diverses concessions. La presqu'île ne comptait alors que quatre familles, qui devinrent l'origine d'une population aussi remarquable par sa moralité et l'élévation de ses sentiments que par sa bravoure chevaleresque. Durant les quatre-vingts ans qui suivirent l'établissement de Grandfontaine, l'Acadie ne reçut guère de France que deux cents immigrants. L'isolement de cette petite population lui donna un esprit d'entreprise et d'initiative par lequel elle put se suffire à elle-même. Quoique ce nombre si limité de colons ne leur permit pas de lutter avantageusement contre les Anglais, ils purent cependant, aidés de leurs fidèles alliés les Abénakis, les poursuivre souvent sur terre comme sur mer et en tirer un riche butin.
Un aventurier béarnais, brave, vigoureux, entreprenant, le baron de Saini-Castin, était venu se fixer parmi les Abénakis du Pénobscot (1670) pour y goûter la pleine satisfaction d'une vie d'embuscades, de dangers, de combats, de pillages, et devint un des chefs les plus notables et l'idole de ses hôtes sauvages. Il fut alors la terreur des Anglais du Massachusetts et retarda de trente ans leur colonisation en cette région. Chaque page des chroniques puritaines lance contre cet aventurier farouche les plus terribles imprécations. Retourné en France vers 1720, il y mourut en 1722, laissant en son fils un successeur digne du père.
Après le traité d'Utrecht (1713), nous trouvons déjà le fils de Saint-Castin cantonné avec les Abénakis dans les bassins du Pénob-
scot et du Kennebec, où, en s'aventurant dans les colonies anglaises, il fut cerné et saisi par ses implacables ennemis. Ayant pu s'échapper, il retourna en France après la mort de son père, pour 3^ recueillir sa succession. L'humeur vagabonde de ce fils d'une race entreprenante, le ramena sur les frontières de l'Acadie, où nous le retrouvons encore au milieu de ses amis les Abénakis (1731). Il est plus que probable que sa lignée se perpétua longtemps parmi les débris de sa tribu adoptive.
Pour se mettre à l'abri dep expéditions anglaises, un certain groupe d'Acadiens alla chercher un refuge à la baie des Mines et à Beau Bassin (Nouvelle-Ecosse): ces endroits d'une grande fertilité devinrent le commencement d'une véritable colonisation agricole dans la péninsule.
Les colons anglais tentèrent bien des fois de s'emparer de l'Acadie. Comme nous l'avons vu dans les chapitres précédents, en 1690, Phipps s'empara de Port-Royal, détruisit la ville et amena prisonnier le gouverneur Menneval avec sa petite garnison ; mais Villehon, qui remplaça Menneval, remit bien vite les choses sur l'ancien pied. De 1704 à 1707, les Bostonnais tentèrent trois fois, mais toujours sans succès, de détruire de nouveau Port-Royal. Les Anglais furent plus heureux en 1710 : le traité d'Utrecht (1713) mit l'Angleterre en possession de l'Acadie et de Terre-Neuve et délivra pour toujours jles colonies anglaises des incursions de leurs redoutables voisins. J
Après le traité d'Utrecht, la majeure partie des Acadiens se concentra dans le canton des Mines et de Beaubassin, et, malgré quelques vexations, demeura française en conservant sa langue. On trouvait aussi des essaims d'Acadiens sur les côtes de l'Atlantique, notamment au cap de Sable, à la Hève, au cap Canseau, à Chedabouctou. • ,
En présence de tels résultats, on regrette l'incroyable négligence du gouvernement français, qui eût pu, à peu de frais, soutenir une population douée d'une énergique vitalité, et s'assurer une fondation solide et durable en Acadie. La perte de la péninsule mit d'ailleurs la France dans l'obligation de fonder Louisbourg^ , qui lui coûta trente millions. Le quart de la somme dépensée pour construire la citadelle, qui devait fermer l'entrée du golfe Saint-Laurent à l'Angleterre, au-
1 Louisbourg avait uno population d'environ 4,000 habitants, la plupart pêcheurs. Les rues de cette ville, assez régulières, étalant bordées de maisons de bois : seuls les édifices publics, tels que casernes, hôpital, château du gouverneur, étaient construits en pierre.
rait suffi pour garder l'ancienne position et décupler la population acadienne en peu d'années. Enfin, la majeure partie des habitants de la péninsule, traîtreusement faite prisonnièDe par les milices de la Nouvelle-Angleterre, tomba sous le coup de la loi atroce du vainqueur, et dut subir le sort malheureux de l'expatriation (1755). Le seul district des Mines compta 4,000 prisonniers.
Avant la proscription, les di^'ers groupes français de l'Acadie étaient répartis comme suit: Péninsule, 8,200; Cap-Breton, 3,000; terre ferme ,4,300 ; île Saint-Jean, 3,000 ; ce qui donnait en tout 18,500 âmes. Après la proscription, la population fut réduite à 12,500 âmes. La population anglaise de ces parages était évaluée à 5,000 âmes (1755),
Lors de l'exil des Acadiens, plusieurs colonies anglaises portèrent l'inhumanité jusqu'à ne vouloir pas les accueillir sur leurs côtes: c'est ainsi que 1,500 de ces malheureux furent repoussés en Virginie, et 450, destinés à la Pensylvanie, échouèrent près de Philadelphie. Le gouvernement de cette dernière colonie forma le barbare projet de vendre les pauvres expatriés comme des esclaves, mais leur énergie les préserva de ce sort malheureux.
Les 1,200 ou 1,500 Acadiens réfugiés à Shédiac et à la rivière Saint-Jean (1755) se fixèrent dans la province de Québec. Les uns furent placés au sud de Montréal, où ils formèrent une paroisse connue encore aujourd'hui sous le nom d'Acadie; d'autres s'installèrent au nord du Saint-Laurent, dans la paroisse Saint-Jacques de VAchigan; un certain nombre enfin s'établirent dans les seigneuries de Nicolet et de Bécancour. Comme les Anglais devenaient de plus en plus hostiles, on calcule que de 1748 à 1755, à la demande des officiers français et des missionnaires, quatre à cinq mille Acadiens passèrent dans les îles du Cap-Breton et de Saint-Jean. Le nombre d'âmes restées sur les côtes de l'île, après la prise de Louisbourg, peut s'estimer à un millier.
En dépit des persécutions des Anglais, les Acadiens dispersés partout comme des rameaux détachés de l'arbre de leur nationalité, sont demeurés forts et vigoureux, et ont conservé leur langue, leurs mœurs, leurs traditions et leur identité. Bien qu'à son début l'Acadie n'ait compté que quatre cents habitants, elle devint une contrée prospère et la plus avancée en culture, à cette époque, de toute l'Amérique. Si cette presqu'île eût reçu la dixième partie des 10,000 immigrants
venus au Canada sous la domination française, elle eût eu une garnison pour se défendre, elle eût été plus peuplée que le Canada en 1755, et probablement plus riche que le Massachusetts.
Il n'}^ a pas de doute que le clergé catholique prit une large part dans la formation de la société acadienne. Le récit du dévouement et des malheurs de celle-ci nous le prouve. A chaque page de son histoire brillent les mots Religion et Patrie : partout sur les digues et les ruines de ses établissements se trouvent inscrits les mots Liberté, Spontanéité et Industrie.
Les Acadiens ne se laissaient rebuter par aucune difficulté. La prospérité semblait naître sous leurs pas et se mesurer à la grandeur de l'énergie qu'ils déployaient au milieu de leurs épreuves. A l'île Saint- Jean (Prince-Edouard), à la rivière Saint-Jean (Fredericton), à Madawaska, à Saint-Domingue, en Louisiane, au Massachusetts, à travers les obstacles de tout genre qu'ils rencontrèrent, ils s'élevèrent victorieux comme la plante rustique qui se dégage des broussailles jusqu'à ce qu'elle se soit épanouie à l'air et au soleil.
Ils étaient aussi habiles pour la pêche que pour l'agriculture. L'île de Jersey leur doit les brillantes fortunes de ses armateurs de pêcheries. C'est aussi à leur adresse personnelle que les Acadiens devaient la construction de leurs vaisseaux.
Rivière Saint- Jean (Nouveau-Brunswick). — La contrée de la rivière Saint-Jean, concédée à la famille Damours des Chauffours, originaire de Bretagne, sous le nom de seigneurie de Jemsek, comptait vingt et un habitants en 1693 et cinquante en 1698; elle appartenait à M. de Vaudreuil, en 1739.
Lors de la proscription (1755), neuf cents Acadiens, transportés à la Caroline, capturèrent un vaisseau d'émigrés repoussé des côtes, gagnèrent la baie de Fundy, débarquèrent près de la rivière Saint-Jean, puis, ayant armé un vaisseau en corsaire, se rendirent redoutables à tous les navires anglais qui naviguaient dans ces parages. D'autres Acadiens s'emparèrent d'un vaisseau pendant la route, et se dirigèrent également à la rivière Saint-Jean. Cette agglomération subite de quelques centaines d'habitants nouveaux, amena la disette, et une bonne partie des émigrants durent s'expatrier à Québec (1757). Ceux qui restèrent dans cette contrée purent jouir de la paix et se livrer avec succès à la culture des terres nouvelles.
Ile Saint-Jean (Prince- Edouard). — Cette île, longtemps liée à celle du Cap-Breton, comptait, en 1720, quatorze familles de pêcheurs bretons, normands et saintongeois, fixées au port la Joys (aujourd'hui baie de Hillsborough), et au havre de Saint-Pierre; il n'y avait alors que deux familles acadiennes, qui devinrent la souche d'une nombreuse postérité. L'augmentation de la population ne fut guère due qu'au croît naturel. Cependant, quelques immigrants français, vers 1735, vinrent se fixer au havre de Saint-Pierre, qui tendait à devenir le centre commercial de l'île. Pendant les années 1756 et 1757, l'accroissement se fit sentir davantage, car la majeure partie des 3,900 Acadiens réfugiés à Shédiac et à Miramichi, passa dans ces parages.
Après la prise de Louisbourg (1758), le petit détachement français du port de Joys se rendit aux Anglais, puis toute l'île tomba au pouvoir de ces derniers. En 1760, la population s'élevait à 10,000 âmes.
lie du Cap-Breton.^C'est dans l'île du Cap-Breton que l'on trouve les rejetons les plus nombreux de la race acadienne. On a vu précédemment, qu'en 1713, après avoir cédé l'Acadie à l'Angleterre, la France fit construire au Cap-Breton la puissante citadelle de Louisbourg, destinée à tenir les vaisseaux anglais en échec dans le golfe.
Avant la fondation de Louisbourg, les parages brumeux du Cap- Breton et son sol ingrat n'avaient guère attiré que les pêcheurs. Louisbourg, par suite des travaux considérables du gouvernement et par le commerce du poisson salé, attira un concours assez considérable d'immigrants de France, du Canada et, en plus petit nombre, d'Acadie. Après la première prise de Louisbourg par les Anglo- Américains (1745) toute la population de la ville et des environs fut transportée en France et débarquée à Brest. Lorsque par le traité d'Aix-la-Chapelle (1748), Louisbourg et les îles du Cap Breton et de Saint -Jean furent rendues à la France, l'administration française fit appel aux Acadiens pour grouper une population importante dans ces parages, surtout à l'île Saint-Jean, à cause de sa fertilité, et jusque-là laissée à l'abandon. La voix des officiers et des missionnaires fut entendue, et dans l'espace de sept ans (1748-1755), quatre à cinq mille Acadiens quittèrent leur pays pour s'établir dans les îles. La prise définitive de Louisbourg par les Anglais (1758), occasionna la déportation de plus de 1,700 personnes à la Rochelle. Après le désastre de la citadelle, l'île brumeuse resta dans l'oubli.
Terre-Neuve. — L'île de Terre-Neuve, où se fit probablement le premier établissement des Français en Amérique, se partagea tout d'abord, à cause des pêcheries, entre la France et l'Angleterre, il est certain que M. de Mésy, en conduisant un convoi d'émigrants au Canada, en 1663, laissa soixante-quinze colons à Plaisance, où la France avait déjà une fondation.
En 1711, outre les trois cent cinquante-quatre pêcheurs hivernants, on y comptait soixante-six habitants en état de porter les armes, ce qui suppose une population de trois cents âmes. Ces habitants étaient originaires de France ou nés dans la colonie : on n'y trouvait pas trace d' Acadiens et de Canadiens. Le traité d'Utrecht (1713 ) céda Terre-Neuve aux Anglais. La population française qui s'y trouve aujourd'hui doit provenir des rejetons des familles françaises établies dans cette île dès les débuts. Néanmoins, leur nombre s'est considérablement accru par l'accession de beaucoup d' Acadiens et d'émigrants français attirés par la pêche. L'expatriation des Acadiens en amena aussi un certain nombre sur les côtes de cette île.
Affaires de l'Église : sanctuaires vénérés. — ^Plusieurs sanctuaires du Canada, célèbres par les faveurs obtenues, sont devenus des lieux de pèlerinage.
Notre-Dame-de-Bonsecours de Montréal. Ce sanctuaire doit son origine à la vénérable Marguerite Bourgeoys. Cette admirable servante de Dieu forma dès 1657 le pieux dessein de construire une chapelle à la très sainte Vierge, mais ce ne fut que seize ans plus tard (1673) qu'elle put réaliser son projet. On vit alors s'élever près du fleuve une petite égUse en pierre^ Afin de hâter les travaux, Marguerite et ses compagnes, sans s'occuper des fatigues, s'imposèrent la rude besogne de servir les maçons. Pour contribuer à une aussi belle œuvre, M. de Maisonneuve "fit abattre les arbres pour la charpente, et aida lui-même à les traîner hors du bois." Depuis qu'elle existe. Notre Dame-de-Bonsecours a toujours été vénérée des habitants de Montréal. Récemment, pour embelHr ce sanctuaire, on lui a malheureusement enlevé ce caractère d'ancienneté qui en faisait une relique si douce à la piété des fidèles.
Sainte-Anne de Beaupré. — 'La dévotion de Mgr de Laval envers la bonne sainte Anne le portait à faire de fréquents pèlerinages au sanc-
1 Cette église, devenue la proie des flammes en 1754, fut reconstruite en 1773.
1608-1760 GÉNÉKALITÉS.— PROGRÈS 323
tuaire de Beaupré, dédié à l'auguste mère de la très sainte Vierge. Il fit achever la petite chapelle en bois commencée sous l'abbé de Queylus. En 1675, une église en pierre remplaça cette chapelle. On vit en 1867 une splendide église s'élever à la place de l'ancienne, elle porte, depuis 1872, le titre de basihque. Ce lieu, où de nombreux miracles ont éclaté, est devenu le pèlerinage le plus célèbre et le plus fréquenté de l'Amérique du Nord.
Notre-Dame-de-la-Vidoire à Montréal.— Nous avons vu qu'à la suite du naufrage de la flotte de Walker (1711), les citoyens de Québec, reconnaissants envers la très sainte Vierge de les avoir délivrés de l'ennemi, décidèrent de réparer l'église de Notre-Dame-de-la- Victoire et d'en renouveler le portail. En apprenant le danger qui les menaçait, les associés de la congrégation externe de Montréal avaient aussi promis à Marie de lui élever un sanctuaire si elle les protégeait contre l'invasion anglaise. A^^ant été exaucés, l'édifice fut construit dans le jardin des religieuses de la congrégation de Notre-Dame, heureuses en cela de partager la reconnaissance nationale. Cette chapelle, devenue la proie des flammes en 1768, fut reconstruite l'an née suivante : ses ruines ont été démolies en 1903.
Floraison religieuse. — Pendant la période de 1663 à 1760, une floraison de personnes de très haute vertu s'est épanouie sur la terre canadienne. Madame d'Aillehoust, regardée et vénérée comme une sainte, s'avait allier une vertu non commune à la plus grande distinction de l'esprit. Elle aida puissamment au père Chaumonot, jésuite,— l'une des gloires les plus pures de nos missions, — à établir la dévotion à la sainte Famille, qui s'est conservée au sein de nos populations.
La mère Catherine de Saint-Augustin^ , hospitalière de l'Hôtel-Dieu à Québec, mena une vie extraordinaire de dévouement et de charité, tout en marchant dans les voies de la plus haute spiritualité et en étant favorisée du don de prophétie. A sa mort, un concert d'hommages fut rendu à ses éminentes vertus.
Claude Pelletier, en religion frère Didace, né à Saint-Anne de Beaupré (1657), d'une honnête famille de cultivateurs, entra dans l'ordre des Franciscains, à l'âge de vingt et un ans, en qualité de frère convers; il y mena une vie extraordinaire de sainteté et de dévotion
1 Le lévérend père Hudon, Jésuite, a publié une vie très intéressante de la mère Catherine de Saint-Augustin (1907).
à la très sainte Vierge. Il s'éteignit aux Trois-Rivières (1699), et les nombreux pèlerins accourus à son tombeau pour obtenir des faveurs célestes furent souvent les témoins de guérisons merveilleuses. Mgr de Saint-Vallier attesta lui-même avoir été guéri d'une fièvre lente par l'intercession de cet humble religieux. La mémoire de ses vertus, oubliée pendant quelque temps, est revenue avec une nouvelle vigueur parmi nous depuis plusieurs années.
Les cantons indiens semés dans nos épaisses forêts ont été souvent témoins des héroïques vertus pratiquées par des vierges iroquoises. Nous avons parlé dans les pages précédentes de Catherine Tégakouita, surnommée "le lis de la vallée des Mohawks." Nous pouvons en mentionner encore d'autres.
Thérèse Gannensagouas, admise dans la congrégation des sœurs de Notre-Dame, passa sa vie religieuse à enseigner dans l'école de la montagne, et se distingua par une piété admirable et un grand esprit d'abnégation. Elle mourut pleine de confiance en Dieu, qu'elle avait si bien servi (1695). Ses restes mortels reposent dans une des tours du collège de Montréal, à côté de ceux de son aïeul Thoronhiongo, vénérable vieillard qui se serait fait un reproche d'avoir manqué d'offrir l'une de ses actions au bon Dieu.
Une jeune indienne de douze ans, que le père de Quen rencontra dans un bois, ramassant des écorces pour faire du feu, en voyant le missionnaire s'écria: "Enseignez-moi, mon Père, enseignez-moi à être chrétienne." Adoptée par les Ursulines, elle fut baptisée, reçut le nom à' Agnès, devint un modèle de vertu pour ses compagnes et mourut à l'âge de quinze ans, avant d'avoir pu exécuter l'ardent désir qu'elle avait de se consacrer à Dieu dans la vie rehgieuse.
Outre ces fleurs virginales, épanouies dans nos contrées aux premiers rayons des lumières de l'Évangile, on vit aussi Etienne Tegananokoa se conserver pur au milieu de la corruption de ses compatriotes. Après s'être retiré avec sa famille au saut Saint-Louis, il fut surpris, en faisant la chasse, par des Goj^ogouins hostiles aux Français, et, en haine de sa foi, torturé de la manière la plus barbare.
Louis Tahondechoren, capitaine huron du village de Lorette, haranguait sa tribu à la façon des missionnaires et propageait parmi elle la dévotion à l'Enfant Jésus.
Tels furent quelques-uns des fruits exquis de la foi chrétienne cueillis sur le sol indien, arrosé du sang des martyrs.
Missions catholiques. — La croix arborée solennellement au XVIIe siècle par nos découvreurs, nos fondateurs et nos missionnaires, sur les bords escarpés du Saint-Laurent et du Mississipi, devait produire des merveilles de salut dans les deux siècles suivants. La Louisiane,restée sous la juridiction épiscopale de Québec jusqu'à la domination anglaise (1760), vit sept missionnaires suivre les explorateurs du Mississipi (1697). Parmi les plus notables se trouvaient M. François Joliet de Montigny, grand vicaire de l'évêque de Québec, et l'abbé Bergier, évangélisateur des Tamarois (Tamaroa). Quelques-uns de leurs confrères marchèrent sur leurs brisées et remplacèrent les Jésuites, enlevés par la mort. Mentionnons entre autres les abbés Nicolas Foucault, massacré par une nation établie aux environs des Arkansas, et Antoine Davion, missionnaire des Tonicas, qui n'eut pour résidence, pendant douze ans, qu'une maison sans portes ni fenêtres, le soumettant ainsi à toutes les intempéries des saisons.
Le coadjuteur et successeur de ]Mgr de Saint-Vallier, Mgr Mornay, qui ne vint pas au Canada, confia la mission de la Louisiane à l'ordre des Capucins, dont il était membre ; ceux-ci, qui en furent longtemps chargés, eurent la consolation de convertir beaucoup d'infidèles chez les Chactas et les Oumas.
Le père Laurent Vatier prêcha avec succès chez les Outagamis, où un sauvage lui donna la mort (1715).
Les Jésuites fondèrent chez les Illinois, trois ou quatre chrétientés dont les membres, par la régularité et la pratique des vertus, rappelaient les fidèles de la primitive Église.
Le père Aulneau, accompagnant le chevalier de la Vérendrye dans sa seconde expédition (1735), s'aventura dans les contrées de l'ouest, entre les grands lacs et les montagnes Rocheuses, passa l'hiver chez les Assiniboines, pour de là se rendre au printemps chez les Mandanes. Il fut pendant ce temps en contact avec les Sioux et les Cris, adorateurs des démons. La dépravation de leurs mœurs et leurs superstitions lui firent perdre tout espoir de les convertir.
Le père Aulneau, un des fils de la Vérendrye et dix-neuf autres Français furent massacrés par uô parti de Sioux, campé dans une des îles du lac des Bois (1736). Leurs corps mutilés furent trouvés par des Canadiens et des Christinots du saut Sainte-Marie, qui s'arrêtèrent sur cette île, quelques jours après le massacre. Les farouches sauvages
avaient respecté le corps du père Aulneau, trouvé le sein ouvert, un genou en terre et la main droite levée comme pour bénir ou absoudre.
Le père Coquart fut le dernier missionnaire jésuite de ces contrées, mais des intrigues ourdies par la jalousie l'empêchèrent de dépasser le fort de la Reine, aujourd'hui Portage-des-Prairies.
Un prêtre de Saint-Sulpice, M. François Piquet (1709-1781), quitta la mission indienne d'Oka, au lac des Deux-Montagnes, où il avait été cinq ans, pour aller fonder une mission dans la ville d'Ogdensburg (N. Y.). Le fort de la Présentation, où il groupa les Iroquois dont il se fit l'apôtre, vit bientôt s'élever une chapelle et une école.
Le père Sébastien Rasle, jésuite, déploya un zèle tout apostolique chez les Abénakis de la bourgade Narantsouak, située à l'embouchure de la rivière Kennebec, pour mettre ses néophytes en garde contre le prosélytisme de sectes dissidentes, qui ne purent faire sombrer leur foi. Les Anglais de Boston, attribuant au saint missionnaire le peu de succès qu'ils avaient eu pour rallier les Abénakis â leur parti et s'emparer de leurs terres, le massacrèrent odieusement, comme on l'a raconté déjà.
Mgr de Saint- Vallier confia aux Sulpiciens les églises de Port- Royal, Beaubassin, Mines, etc. Ces apôtres dévoués partagèrent les épreuves du peuple héroïque qu'ils desservaient, jusqu'à l'époque de sa tyrannique expulsion. Les messieurs de Saint-Sulpice furent également les premiers missionnaires de l'île de Saint-Jean (Prince- Edouard). Ils y demeurèrent deux ans (1721-23). Les Récollets et des prêtres séculiers exercèrent après eux les travaux de leur apostolat dans cette contrée (1723-1755).
Les prêtres du séminaire des Missions Étrangères déployèrent aussi leur zèle apostolique en Acadie, à l'île Royale et dans le Maine. Deux d'entre eux, MM. Maillard et Le Loutre, se distinguèrent par leur dévouement patriotique. Le premier, arrivé à Louisbourg en 1735, demeura au milieu des sauvages pendant vingt ans. Il acquit un tel ascendant sur eux que les Anglais, après avoir conclu la paix avec les Micmacs et les Abénakis, jugèrent à propos de construire une chapelle pour sa mission et de lui payer une rente annuelle de vingt louis.
Après la cession, on vit les sectes dissidentes envahir le Canada de tous côtés, et finir par former la majorité de la population dans toutes les provinces, à part celle de Québec.
Une colonie juive vint aussi s'implanter dans nos parages en 1778.
Instruction publique. — 'Quoique nous n'ayons que des renseignements vagues sur l'instruction publique sous la domination française, il serait cependant injuste de conclure qu'elle était complètement négligée. Si, dans la première période de la colonie (1615 à 1629), les pères missionnaires s'occupèrent de donner l'instruction aux jeunes indiens, il est bien permis de supposer que les enfants des Français de Québec apprenaient à lire et à écrire au sein de leurs familles, ou par l'entremise des pères.
• Lorsque le marquis de Gamache mit de l'argent à la disposition des Jésuites pour fonder un collège (1636-37), le père Charles Lalemant écrivait : "Nous allons quitter le soin de défricher quelques terres. . .J'espère, si nous pouvons avoir du logement, de voir trois classes à Québec, la première de petits Français, qui seront peut-être de vingt ou trente écoliers, la seconde de quelques Hurons, et la troisième de Montagnais". De leur côté, les Ursulines s'occupaient d'instruire les petites indiennes et les jeunss filles françaises.
Québec, ne comptant alors que soixante-quatre ménages, possédait déjà deux établissements de premier ordre, qui s'augmentaient graduellement avec les besoins de la population. Il n'y a pas de contrée en Amérique, qui dans ses commencements, ait été favorisée de semblables institutions.
Dès son berceau, la ville vit une classe de lettrés : gouverneurs, Récollets, Jésuites, fonctionnaires civils et militaires. Des précepteurs enseignaient dans certaines familles. M. l'abbé Faillon nous parle de M. Jean LeSueur, instruisant les enfants de M. Jean Bourdon. C'est ainsi qu'on vit des hommes nés dans le pays, M. Pierre Boucher par exemple, occuper avec compétence des positions qui demandaient plus qu'une instruction élémentaire.
Le premier maître d'école laïque connu de la colonie fut Martin Boulet, dit Saint-Martin, qui ouvrit une école à Québec pour les enfants français (1651). Il était aussi maître-chantre, jouait du violon pour accompagner les chants à l'église, et possédait les mathématiques. Il fut chargé, en 1664, d'examiner une mine aux environs de Québec. La petite école de la Soeur Bourgeoys, commencée dans une étable (1657), prenait chaque jour de nouveaux développements. En 1670, Algr de Laval accordait à la courageuse fondatrice l'autorisation d'ouvrir des écoles dans tout le diocèse.
Le cours complet d'études classiques était déjà enseigné au collège des Jésuites, qui, d'après l'abbé Ferland, comptait en 1666, cinquante à soixante pensionnaires et autant d'externes. Mgr de Laval fonda un grand séminaire pour la formation de son clergé en 1664, et quatre an? plus tard, il ouvrit un petit séminaire pour préparer au grand. Sur la demande du roi, six jeunes sauvages furent reçus au petit séminaire, mais leur paresse et leur esprit d'indolence et d'indiscipline les rendirent nuisibles aux écoliers français.
Voici ce que le roi écrivait à Mgr de Laval (9 avril 1667) : "Comme j'ai été informé des soins continuels que vous apportez pour vous bien acquitter des fonctions épiscopales et pour maintenir les peuples dans leurs devoirs envers Dieu et envers moi, par la bonne éducation que vous donnez et faites donner aux enfants, je vous écris cette lettre pour vous témoigner le gré que je vous en sais, et vous exhorter de continuer une conduite si bonne et si salutaire." Colbert, de son côté, félicitait le vénérable prélat de l'importance qu'il donnait à l'éducation de la jeunesse, et lui envoyait pour cette œuvre six mille livres de la part du roi.
Ce fut aussi vers cette époque que Mgr de Laval fonda un pensionnat, à la ferme de Saint-Joachim, près du cap Tourmente. Les enfants de la campagne y recevaient l'éducation primaire, y apprenaient des métiers et y étaient formés à l'agriculture^. Dans un rapport, Talon disait (1671): "Les jeunes gens du Canada se dénouent et se jettent dans les écoles pour les sciences, dans les arts, les métiers et surtout dans la marine, de sorte que, si cette inclination se nourrit un peu, il y a lieu d'espérer que ce pays deviendra une pépinière de navigateurs, de pêcheurs, de matelots, d'ouvriers, tous ayant naturellement de la disposition à ces emplois."
En parlant de la population du Canada au dix-septième siècle, Garneau fait remarquer "qu'un grand nombre de contrats portent la signature des époux et des parents ou amis, preuve que l'instruction était plus répandue parmi les colons qui venaient d'outre-mer qu'on ne le pensait généralement."
M. Chauveau ajoute "qu'on aurait tort de croire que la population des campagnes a été, à n'importe quelle époque, dans cette igno-
1 Près de Québec, le séminaire possédait la ferme Maizerets, nom qui lui vient d'un prêtre zélé, M. Ango des Maizerets, qui se dévoua durant plus de cinquante ans à l'éducation de la jeunesse, dont trente et un en qualité de supérieur du séminaire.
rance absolue et abrutissante dont on est encore frappé chez les basses classes de quelques pays européens." Souvent les mères de famille instruites par les Ursulines et les sœurs de la Congrégation, se faisaient les institutrices de leurs enfants.
On est étonné en parcourant les manuscrits de nos gouverneurs, intendants, etc., d'y trouver tant de fautes d'orthographe; mais il ne faut pas oublier que c'était la façon de faire à cette époque, et que seuls les auteurs et les maîtres d'école étaient tenus à ne pas laisser de fautes dans leur correspondance. On ne se payait pas alors le luxe de l'orthographe, et c'est ainsi qu'on voit Molière, Racine, Boileau, Voltaire, Buffon, etc., avoir pour contemporains des hommes de grand mérite, qui maltraitaient affreusement la grammaire, épelaient à leur fantaisie, et ne signaient pas toujours leur nom de la même manière. Ce fut sous les auspices de Mgr de Saint- Vallier que les Ursulines se rendirent aux Trots-Rivières (1698) pour l'instruction des jeunes filles; leur établissement a toujours été florissant.
Les Récollets, qui s'établirent à Montréal en 1680, élevèrent un couvent et une éghse sur la rue Notre-Dame, ouvrirent dans la ville et les environs des écoles où, en plus du catéchisme, on donnait l'enseignement primaire.
Tout en travaillant à exploiter le sol, à s'assurer de nouvelles possessions, M. de Beauharnois, comme gouverneur du Canada, s'occupa aussi à propager l'instruction parmi la jeunesse. Une double difficulté se présentait à ce sujet: l'apathie que l'on rencontrait de la part des jeunes gens, qui préféraient les voyages et le commerce, et la peine de trouver des instituteurs compétents.
Les frères hospitaliers de Saint-Joseph de la Croix, ordinairement désignés sous le nom à^ frères Charron', destinés à exercer au Canada les fonctions d'infirmiers et d'instituteurs, voyant leur œuvre périr dans sa fleur, crurent en prévenir la ruine en unissant leur société a un institut capable de leur fournir des sujets tout formés. Leur supérieur, le frère Gervais, passa en France et fit de vives instances auprès du frère Timothée, supérieur général des Frères des Ecoles chré-
1 Les trois pieux laïques : Charron, LeBer et Frédéric, ne se contentèrent pas de fonder un hôpitd à VUle-Marie, mais avec l'agrément de l'évêque diocésain, établirent encore une congrégation de frères infirmiers-instituteurs. En 1G94. Louis XIV leur octroyait des lettres patentes pour fac.hter 1 exécution de leur projet.
tiennes, qui- lui promit d'envoj'er deux frères à Ville-Marie, pour y étudier les conditions d'existence et de recrutement qu'on pourrait leur assurer. Les frères Denis et Pacifique vinrent au Canada pour reconnaître par eux-mêmes ce qui pouvait prudemment être conclu. Mais bientôt ils apprirent que les créanciers de l'hôpital tenu par les frères Charron n'attendaient que l'installation des nouveaux rehgicux pour en saisir les biens et rentrer ainsi dans leurs fonds. Malgré les instances du gouverneur général du Canada et des ministres de Louis XV, le frère Timothée renonça au projet, auquel, d'ailleurs le séminaire de Saint-Sulpice se montrait peu favorable. Les frères Denis e^ Pacifique, rappelés en France, ne quittèrent le Canada qu'avec beaucoup de regret ; car, par le bon accueil qu'on leur avait fait, ils comprirent que leur zèle aurait trouvé dans ces parages un vaste champ d'action.
Les écoles jusque-là tenues par les frères Charron fureni confiées à des maîtres laïques sous la surveillance d ^s curés. Il faut bien admettre que, généralement, l'éducation des Canadiens fut négligée; mais ceux-ci compensèrent ce défaut, plutôt imputable à l'insouciance de l'administration qu'à eux-mêmes, par leur haute moralité et les heureuses qualités de leur caractère. Garneau dit à ce sujet: "On se contentait dans les villes des connaissances nécessaires pour le courant des emplois. Le gouvernement, qui préférait avant tout la soumission de ses sujets, se donnait bien garde de troubler un état de choses qui rendait les colons moins exigeants, moins ambitieux, et par conséquent plus faciles à conduire."
Il est bon de remarquer, néanmoins, que chaque fois que les Canadiens purent arriver à des postes plus élevés que ceux dans lesquels on voulait les tenir, ils brillèrent dans les carrières nouvelles qu'ils avaient embrassées. L'argument employé par le gouvernement français, et plus tard par le gouvernement aniglais, pour les mettre de côté, était commode: il consistait à nier leurs aptitudes sans rien prouver, afin de n'admettre aux emplois lucratifs que des créatures de leur choix. La même pression s'exerçait du haut en bas de l'échelle sociale. Le gouvernement anglais évinçait des emplois tous ceux qui, par la plume ou la parole, pouvaient plaider la cause des Canadiens. Quand les occasions se présentèrent, ceux-ci sous tous rapports, surent cependant faire honneur à leur race. C'est ainsi que sous Frontenac,
d'Iberville et Montcalm, nos milices se distinguèrent; quand les barrières élevées par l'oligarchie tombèrent, nous eûmes toute une phalange de beaux talents à mettre en ligne pour les postes civils supérieurs: ceux qui nous croyaient impropres à la navigation, virent nos pilotes, même avant la cession, remplacer ceux de France, et porter bien haut la palme dans cet art; quand l'Angleterre nous regardait comme incapables de comprendre le gouvernement constitutionnel, nos hommes politiques montrèrent au parlement qu'ils étaient de taille à lutter avantageusement contre les champions de la fière Albion, et qu'ils s'entendaient tout aussi bien qu'eux à faire des lois et à les appliquer; les Européens, qui nous croyaient peu aptes à la littérature virent surgir comme par enchantement une pléiade d'auteurs, qui surent s'élever au-dessus de la médiocrité; les beaux arts, la finance, les banques, les chemins de fer, le journalisme et toutes les branches de l'enseignement vinrent tour à tour dévoiler les aptitudes des Canadiens et fermer la bouche à tous leurs détracteurs.
LECTURE. — Une paroisse canadienne-française au XVIIe siècle. — Rien n'est plus intéressant à retracer que la physionomie d'une paroisse canadienne-française au XVIIe siècle. Il n'y faut pas voir, comme certains écrivains plus brillants que véridiques^, une agglomération d'établissements plus barbares que civilisés, des femmes "à l'aspect sauvage", des enfants courant ''nu-tête, nu-pieds et à demi-vêtus", mais des émigrés venus de diverses provinces de France, qui, souvent, avaient occupé des positions sociales dans la mère-patrie. Les registres paroissiaux, monuments de l'intelligence des missionnaires, oîi l'on constate les signatures des colons, sont une preuve indéniable de la culture intellectuelle de ceux-ci. Un autre témoignage non moins convaincant, est le parler français, soigneusement conservé parmi nous. D'ailleurs, l'histoire nationale nous apprend que les tentatives de colonisation au moyen de gens qui n'avaient qu'à choisir entre la prison ou l'expatriation, ont providentiellement échoué. Les premiers colons, guidés par le prêtre et le seigneur, ces deux colonnes fondamentales du développement du Canada, vivaient dans une unité de vues et de croyances, et jetaient ainsi la bonne semence d'une société d'élite.
En 1685 et 1686, Mgr de Saint- Vallier, après la visite pastorale de son diocèse, pouvait écrire: "Le peuple est aussi dévot que le clergé m'a paru saint. On y remarque je ne sais quoi des dispositions qu'on admirait autrefois dans les chrétiens des premiers siècles: la simplicité, la piété et la charité s'y montrent avec éclat. On aide avec plaisir ceux qui commencent à s'établir, chacun leur donne ou leur prête quelque chose, et tout le monde les console ou les encourage dans leurs peines."
1 Entre autres Parkman, dans son Old régime.
Ce fut Colbert, ministre du monarque le plus aristocratique de l'Europe, qui sur nos rives, subordonna la seigneurie à la paroisse. Depuis, celle-ci a toujours été pour nous le foyer de la vie sociale, le berceau des Libertés politiques, l'école d'apprentissage du gouvernement représentatif et populaire.
La paroisse permit aux colons français de garder les traditions de leur race, de se maintenir dans l'état social et de faire face aux invasions incessantes des Iroquois. Après la cession du Canada, elle offrit plus de résistance à l'Angleterre que le traité de Paris, pour la conservation de nos droits, de notre langue et de notre religion.
Les gouverneurs anglais les plus infatués de protestantisme, comprenant toute la force de l'organisme paroissial, voulurent soustraire à l'évêque catholique la nomination aux cures de la province; mais la fermeté de Mgr Plessis, occupant alors le siège de Québec, les fit renoncer à cet audacieux projet. La paroisse canadienne, restée catholique et française, sera toujours un élément de conservation nationale et religieuse, tant qu'elle mettra toute sa confiance en son curé, qu'elle gardera son église au clocher d'argent, ses marguillers, sa dîme, sa vente des bancs, son couvent, eon école, et ses réunions à la porte de l'église après les offices du dimanche.
Chaque paroisse, par reconnaissance envers son fondateur, devrait lui ériger un monument. Ces colonnes de pierre ou de marbre, en perpétuant parmi nous les faits et gestes glorieux de nos ancêtres, rappelleraient à nos descendants que si nous avons échappé aux poteaux de tortures des Iroquois, à l'abandon de la France et aux séductions des États-Unis, ce n'est pas tant dû à la bravoure de nos soldats et à l'habileté de nos hommes d'Etat, qu'à nos fondateurs de paroisses: curés, seigneurs et colons.