CHAPITRE II
Rébellion américaine. — Premier appel aux Canadiens. — Fidélité des Canadiens. — ^louvement en France. — Invasion. — Guerre défensive.— Conduite de Carleton. — Politique de Montgomery. — Attaque de Québec. — Second appel aux Canadiens. — Siège de Québec levé. — Guerre offensive. — Echec dés Américains aux Trois- Rivières. — Combat naval. — Les Anglais dans la Nouvelle- York. — Déclaration d'indépendance des États-Unis. — La France reconnaît les États-Unis. — Destruction des cantons Iroquois. — Indépendance des États-L^nis. — Les Loyalistes de l'Empire- Uni ou RoyaUstes.
Rébellion américaine. — L'Angleterre, qui avait fait de grandes dépenses pour conquérir le Canada, voulut associer ses colonies américaines au paiement des dettes énormes qu'elle avait contractées, et décréta, pour cet effet, l'impôt du timbre (Stamp Act)^ Cette
1 Tout acte public tels que contrat, testament, etc., devant être écrit sur papier timbré.
imposition monta les esprits. Toutes les colonies protestèrent, car, conformément au droit britannique, elles prétendaient ne pas être tf xées par un parlement où elles n'avaient pas de représentants.
Quoi qu'il en soit, des droits furent imposés sur le verre, le plomb, le thé et le papier. Les colons s'entendirent pour ne pas faire usage des produits manufacturés de provenance anglaise. Les Bostonnais, plus ardents que les autres, pendirent les ministres en effigie, brûlèrent les registres des douanes de la vice-amirauté, et saccagèrent les bureaux des emploj'és de la métropole. Après beaucoup d'hésitations, l'Angleterre finit par ne laisser que l'impôt du thé comme marque de pouvoir souverain. Cette clause définitive vexa tellement les Bostonnais qu'on en vit plusieurs, travestis en Indiens, monter à bord de trois navires amarrés au quai, pour jeter à l'eau trois cent quarante caisses de thé, sans toucher aux marchandises exonérées (décembre 1773).
Premier appel des Anglo-Américains aux Canadiens. — Pour punir les révoltés, le gouvernement anglais fit fermer le port de Boston, et occuper la ville par les troupes royales. Un congrès général, tenu à Philadelphie (septembre 1775), réunit des députés de toutes les colonies anglaises, à l'exception de la Géorgie et du Canada ^ Entre autres choses, le congrès blâma sévèrement l'acte de Québec que venait d'adopter le parlement britannique : " Acte déplorable, disaitil, qui reconnaît la religion catholique et établit une tyrannie civile et spirituelle dans le Canada, au grand danger des provinces voisines." Pour s'affirmer ainsi contre le catholicisme, il s'appuyait sans doute sur ces vieilles rengaines injustifiables, que Charlemagne avait forcé les Saxons à se faire catholiques, on encore que Louis XIV avait entravé la liberté des protestants en révoquant l'édit de Ayantes.
Après cette sortie ébouriffante, les Américains eurent l'audace d'envoyer aux Canadiens une adresse pleine d'astuce dans laquelle ils disaient : "Saisissez l'occasion que la Providence elle-même vous présente. Osez être libres et joignez-vous à nous pour défier les tyrans." On prit cette monnaie pour ce qu'elle valait.
Fidélité des Canadiens.— L'adresse des colons américains fut bien accueillie par la plupart des protestants mécontents de l'acte de
1 Un nommé Thomas Walker, né en Angleterre, commerçant à Boston, arrivé au Canada dès 1761, et qui se mit dans le négoce à Montréal — surtout dans les pelleteries — se rendit néanmoins de lui-même au congrès. Walker était ennemi avoué du gouvernement britannique et fut le père de tout l'esprit de révolte que les prétendus Anglais de Montréal manifestèrent de 1764 à 1796 et plus tard (B Suite).